Pendant de longs mois au cœur des années 90, les utilisateurs de Mac ont scruté la presse spécialisée dans l'espoir de lire de bonnes nouvelles concernant Copland. Ce système d'exploitation devait être le remède miracle pour les machines de Cupertino, en apportant des fondations nettement plus modernes devenues indispensables, à commencer par un micro-noyau, le multitâche préemptif et une meilleure isolation des processus. La réalité fut bien différente. Incapable de structurer le développement logiciel ou de respecter le moindre calendrier, le constructeur a transformé cette promesse en un naufrage industriel absolu.
Le remède pire que le mal
Le constat d'échec est cruellement officialisé à la fin de l'été 1996. Gil Amelio, qui dirige alors l'entreprise, finit par reconnaître l'ampleur du désastre. Il décrira plus tard Copland comme une accumulation de morceaux de code disparates, développés par des équipes isolées et censés finir par s'assembler presque comme par magie. L'arrivée d'Ellen Hancock, ancienne cadre d'IBM spécialisée dans le développement matériel et logiciel, marque un tournant. Elle constate rapidement que le projet n'est plus sauvable et Apple se résout à enterrer définitivement son grand projet.
25 ans de Mac OS X : de Classic à NeXTSTEP, le chemin de croix avant le renouveau
La suite appartient à la grande histoire de la micro-informatique. Orpheline de son propre système de nouvelle génération, l'entreprise doit impérativement trouver une technologie externe pour assurer sa pérennité. Après avoir envisagé Solaris et même Windows NT, Apple concentre finalement son attention sur deux candidats : BeOS et NeXTSTEP. La firme jette finalement son dévolu sur l'entreprise de Steve Jobs, posant ainsi les bases techniques de Mac OS X et amorçant le redressement que l'on connaît.
Un musée des horreurs en WebAssembly
Si cette époque troublée vous rend nostalgique, il est aujourd'hui possible de manipuler cette relique. Historiquement rétif à l'idée de tourner sur du matériel d'époque et jamais porté en émulation jusqu'à présent, Copland s'ouvre enfin aux curieux. La dernière version de développement connue, estampillée D11E4, est désormais accessible directement depuis un navigateur web. Le projet s'appuie sur une variante améliorée de l'émulateur DingusPPC. Les performances des machines actuelles permettent même à la version WebAssembly de fonctionner à la vitesse du matériel original, sur lequel le démarrage prenait environ trente secondes.
L'expérience se veut fidèle, jusque dans les messages d'erreur. Un simple clic dans la fenêtre permet de capturer la souris et le clavier, tandis que la touche Échap vous en rend le contrôle. L'OS étant par nature instable, les plantages et autres fenêtres de débogage sont monnaie courante. Le développeur conseille d'ailleurs de cliquer sur le bouton de continuation à chaque erreur pour forcer l'exécution. Une fois sur le bureau, il est possible de fouiller dans le disque dur virtuel pour lancer des applications comme GXSlidemaster ou Eric’s Solitaire.
Techniquement, cet exploit a nécessité l'élaboration de onze correctifs spécifiques pour débloquer le système. Le créateur de ce portage précise sur la page de son projet que l'émulateur DingusPPC refuse les contributions générées par l'intelligence artificielle. Il invite donc les développeurs motivés à s'appuyer sur la documentation de ses correctifs pour les réécrire dans les règles de l'art. L'initiative tient évidemment davantage de l'anecdote rigolote que de l'outil de production, mais elle offre un témoignage interactif fascinant d'une impasse technologique qui a participé à l'une des périodes les plus critiques de l'histoire d'Apple.













