De Mac OS X 10.3 à 10.6, le système d’Apple est certes encore un « nouveau » système, mais il est arrivé à maturité. Les bases sont solides, les logiciels tiers arrivés en nombre et il est maintenant temps de développer toutes les capacités des nouvelles fonctions, en attendant la première grande transition : l’abandon progressif du PowerPC pour le passage à Intel.

Mac OS X 10.3 Panther : le premier ravalement de façade, qui cache de nombreuses évolutions
Ce qui saute le plus aux yeux lors de l’allumage de Mac OS X 10.3, lancé le 24 octobre 2003, c’est le nouveau design du Finder. Non pas qu’il change radicalement dans son agencement, mais une très grande majorité de ce qui faisait la signature Aqua des premières versions de Mac OS X a été remplacée par une finition en métal brossé, qui tranche avec le blanc du fond des fenêtres ou des boutons. C’est, au bout du compte, l’intégration plus profonde dans le système du langage visuel apparu avec iChat dans Mac OS X 10.2.

iChat, justement, gagne une nouvelle fonction : après la gestion des messages instantanés sous forme de texte ou les transferts de fichiers, l’application compatible AIM intègre les conversations audio et vidéo. Cette nouvelle capacité apparait en beta publique le 23 juin 2003 durant la WWDC, en même temps qu’une webcam conçue par Apple restée dans les mémoires de par son design emblématique et sa connexion FireWire. iChat AV profite donc de Panther pour abandonner son statut de beta et devient une version stable à part entière. Ceux qui n’ont pas de webcam ont tout de même de quoi se consoler, pouvant ouvrir des conversations audio avec leurs correspondants.

Mais ce ripolinage et cette nouvelle application de chat vidéo n’est pas la seule nouveauté de Panther, loin de là. L’interface générale gagne Exposé, qui permet de présenter dans une mosaïque toutes les fenêtres ouvertes à l’écran, de réduire cette sélection à l’application courante seulement ou au contraire de dégager d’un coup toutes les fenêtres pour afficher le bureau et ses icônes. On a aussi la possibilité de changer d’utilisateur sur la machine sans avoir à fermer la session au préalable. Ce changement s’accompagne d’un effet de rotation 3D de l’écran du plus bel effet, qui amusera longtemps les utilisateurs.
La firme de Cupertino en profite aussi pour ramener des éléments longtemps attendus venus de Classic : c’est la réapparition des étiquettes de fichiers et de dossiers, permettant de donner une couleur particulière à ces éléments pour mieux les repérer. Mac OS X 10.3 défriche aussi des terrains inexplorés jusqu’à présent, afin d’améliorer l’expérience utilisateur : FileVault fait sa première apparition, pour le moment cantonné au chiffrement du dossier utilisateur, et le système de fichier HFS+ voit l’arrivée de la journalisation, permettant d’améliorer sa fiabilité et d’accélérer le redémarrage en cas de plantage.
Apple tente aussi, avec de grosses difficultés au départ, de mieux intégrer iDisk : l’espace de stockage dans le cloud de .Mac intègre une synchronisation automatique… qui n’a jamais semblé fonctionner de manière fluide. Heureusement, le reste des éléments semble bien plus fiable et la liste est encore longue : intégration de X11, première apparition de Xcode et surtout arrivée de Safari comme remplaçant d’Internet Explorer, après avoir été en beta publique sur 10.2. Une révolution à l’époque !

C’est aussi la fin de la route pour certains Mac : les premiers PowerBook G3 ainsi que les PowerMac beiges sortent de la liste des machines compatibles, faute d’avoir une New World ROM, qui équipe leurs cousins plus récents.
Mac OS X 10.4 Tiger : l’arrivée du 64 bits, les apps sherlockées et la surprise Intel
Le 29 avril 2005, Apple sort Mac OS X 10.4 Tiger. Avec cette nouvelle évolution, Cupertino étend le langage visuel lancé dans 10.3 sur tout le système, afin d’unifier le design entre le système et les applications.

De nouvelles fonctions considérées maintenant comme standard, au point que l’on se demande comment on faisait sans avant, font leur apparition : Spotlight entre dans sa version moderne, indexant la totalité des fichiers présents sur le disque dur, afin de retrouver instantanément un fichier, un mail, un contact, que ce soit par son titre ou par les métadonnées incluses.

Mail, de son côté, innove avec l’arrivée des boîtes aux lettres intelligentes, qui agencent les e-mails dynamiquement suivant les critères indiqués par l’utilisateur, quand Safari intègre un blocage de pop-up plus efficace et la gestion des flux RSS — c’était trop beau pour rester… QuickTime 7 prend en charge le H.264 qui deviendra l’un des codecs les plus utilisés, servant de norme pour le Blu-Ray Disc. N’allez pas croire pour autant que toutes les machines devenaient des lecteurs de vidéos haute définition pour autant : un PowerBook G4 de l’époque sortait toutes ses tripes pour pouvoir lire correctement une vidéo encodée ainsi sur VLC !
Un utilitaire bien connu des bidouilleurs d’interface sur Mac est victime d’Apple : Konfabulator a l’honneur de se faire sherlocker, avec l’apparition du Dashboard et ses widgets intégrés à Tiger. Si Apple n’interdit pas cet outil tiers, il perdra énormément en visibilité avec l’intégration directe d’une bonne partie de ses fonctions dans Mac OS X 10.4.

Sous le capot, de gros changements apparaissent : Core Image et Core Video font leur apparition, permettant de faciliter les filtres de flou, d’effets 3D et bien d’autres directement à partir d’API intégrées au système, qui de son côté généralise le 64 bits, porté par la généralisation du PowerPC G5 sur les machines fixes telles que l’iMac ou le PowerMac.
Cependant, Tiger a bien caché son jeu durant sa première année d’existence : le 6 juin 2005, durant la WWDC, Steve Jobs annonce la troisième grande transition d’Apple avec le passage du PowerPC aux Intel x86 ! À l’époque, cette transition paraît logique : le G5 a échoué dans ses promesses, étant dans l’incapacité de passer la barre des 3 GHz, et encore plus embêtant, il est trop gourmand pour être intégré dans les ordinateurs portables.
Pour les logiciels, les travaux seront gigantesques, chacun devant être adapté à la nouvelle architecture x86. Mais du côté du système d’exploitation, Steve Jobs annonce une surprise : Mac OS X a été dès le départ conçu pour être multiplateforme. Dès ses débuts jusqu’en 2005, il a été développé à la fois sur PowerPC et sur x86.
Mac OS X sur Intel : aux origines du projet Marklar
Les premiers Mac Intel arriveront avec Mac OS X 10.4.4, et de l’autre coté de la frise, Tiger abandonnera quelques ancêtres : il fera l’impasse sur tous les Mac qui n’ont pas de port FireWire. Adieu donc, les premiers iMac !
Mac OS X 10.5 Leopard : le chant du cygne du PowerPC
Le 26 octobre 2007, Apple lance Mac OS X 10.5 Leopard, et avec lui, le meilleur de ce que Cupertino avait en stock pour le PowerPC. Nombre de fonctions existantes sont peaufinées et de nouvelles font encore leur apparition.

La première chose qui saute aux yeux, c’est le Dock : il est en 3D ! C’est sûrement la plus belle itération du Dock à ce jour : effet de barre en trois dimensions, profondeur, icônes avec transparence totalement abouties et effets de reflets sur la barre du Dock… c’est un plaisir pour les yeux. En plus, il gagne encore en fonctionnalités, avec l’apparition des piles, permettant d’empiler les fichiers pour les faire sortir d’un clic comme le diablotin d’une boîte.
La barre des menus, elle, devient semi-transparente. Le Finder se voit embelli lui aussi, avec des icônes bien plus fines dans la barre latérale et l’intégration de Cover Flow, pour faire défiler les fichiers avec un effet 3D.
Si le décorum est choyé, le système ne manque pas pour autant de nouvelles fonctions : Time Machine fait son apparition, venant simplifier la sauvegarde d’un Mac, à tel point que l’utilisateur se présentant avec un disque dur en panne s’en voudra d’avoir perdu toutes ses données s’il n’a pas utilisé cette fonction.
L’effet 3D du changement d’utilisateur se généralise au changement de bureaux, cette fois avec un effet de glissement, Mac OS X intégrant pour la première fois Spaces, qui permet de dédier un bureau différent à chaque usage. C’est aussi la première apparition de Quick Look, permettant un aperçu rapide sur de nombreux fichiers sans avoir à les ouvrir.
Les applications maison ne sont pas délaissées : Safari passe en version 3, plus rapide et améliorant la gestion des onglets, quand iChat de son côté gagne le partage d’écran et iChat Theater, permettant de faire une présentation à ses interlocuteurs avec l’intégration de photos, de keynote et de vidéos directement dans la conversation vidéo. Les arrière-plans sont aussi modifiables, permettant de donner quelques vertiges à l’utilisateur se trouvant à l’autre bout, avec le fond Rollercoaster !

Au plus profond des entrailles, les grandes manœuvres se terminent : le 64 bits est définitivement achevé, quand l’OS est le premier distribué sur un DVD « Universel », capable de s’installer sur PowerPC comme sur Intel. Steve Jobs avait prévenu que la transition serait rapide… il n’a pas menti. Un coup dur attend les utilisateurs de G4 et G5 pour le prochain système, même s’il est très largement reconnu comme l’un des plus stables de la série des Mac OS X.
Mac OS X 10.6 Snow Leopard : le grand nettoyage de printemps, donnant l’un des systèmes les plus appréciés… et l’élimination du PowerPC
Apple a prévenu dès le départ : Mac OS X 10.6 Snow Leopard sera une version de peaufinage, avec une promesse, zéro nouvelle fonctionnalité, que de l’amélioration de l’existant. Cette philosophie de grand nettoyage fera une première victime symbolique : 10.6 est le premier système à totalement abandonner les PowerPC, que ce soit G4 ou G5, sans aucune exception. Cette volonté de faire une grosse mise à jour de stabilité plutôt qu’une nouvelle itération se voit jusque dans le tarif demandé : 29 dollars, ou l’équivalent en euros, ce qui en faisait jusqu’à présent la mise à jour la moins chère.

Snow Leopard est très souvent considéré par les plus anciens d’entre nous comme l’un des systèmes les plus stables, si ce n’est le plus stable de toute l’existence d’Apple. Il faut dire que Cupertino aura tout fait pour ça : si les fonctions n’évoluent pas, les dessous sont totalement revus et dépoussiérés pour s’adapter à Intel, et uniquement à Intel.
Le noyau et la plupart des applications système sont totalement 64 bits sur les machines compatibles (les premiers Core Duo ou même Core Solo dans les premières générations de Mac Intel ne sont pas 64 bits natifs), amenant la RAM jusqu’à un potentiel théorique de 16 To (avec les tarifs actuels, ça restera une belle théorie, même en 2026 !). Pour tirer au mieux parti des processeurs multi-cœurs, généralisés à quasi toute la gamme avec l’hyperthreading en plus, Grand Central Dispatch est annoncé, permettant une automatisation de la répartition des tâches entre les cœurs, plutôt que de laisser le développeur décider à la main.
Du côté graphique, OpenCL fait son apparition, promettant l’utilisation du GPU pour des calculs généraux (le GPGPU, annonciateur des calculs massivement parallèles très à la mode encore aujourd’hui pour les intelligences artificielles et le minage), accélérant significativement certains calculs.
L’abandon du PowerPC permet de très grosses optimisations : le système tout comme les applications se débarrassent du code historique, leur permettant une cure d’amaigrissement drastique. Cela se constate non seulement sur l’empreinte sur le disque dur, mais aussi au démarrage de l’OS, Snow Leopard est beaucoup plus rapide à lancer que son prédécesseur.

Safari passe au 64 bits intégral lui aussi, lui permettant d’annoncer un moteur JavaScript 50 % plus rapide que le précédent, et TimeMachine passe la surmultipliée, avec jusqu’à 80 % de gain en vitesse ! Comme quoi, il y a quand même de quoi satisfaire le public.
Si l’abandon aussi rapide du PowerPC est douloureuse, Snow Leopard renforce les bases de Mac OS X pour les années à venir. Sans cette version de consolidation, les fondations auraient été bien plus frêles pour relancer toute la vague d’innovation des années à venir. Mais ça, ce sera pour le prochain chapitre !
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