Maintenant que les bases sont posées, NeXT rachetée et Steve Jobs de nouveau un pied à la maison, il s’agit pour Apple d’avancer. Rhapsody a posé les premières pierres du nouveau système, suivi par la Public Beta sortie le 13 septembre 2000. Contrairement à Copland qui n’aura jamais vu une version aboutie, Mac OS X va avancer vite, très vite. Même trop vite pour les partenaires et logiciels tiers ?

Mac OS X 10.0 Cheetah : un système d’exploitation sans grand-chose dessus
Le 24 mars 2001 sort donc Mac OS X 10.0. Si l’on se remet dans la peau de celui qui sort le CD d’installation ce jour-là, après avoir déboursé 129 dollars, l’excitation est grande : ce n’est pas tous les jours qu’un éditeur lance la toute première version d’une nouvelle lignée de systèmes d’exploitation !

Reste qu’il faut déjà avoir la machine capable de faire tourner la bestiole : avec un PowerPC G3 au minimum, 1,5 Go d’espace disque disponible et 128 Mo (oui oui, Mo) de mémoire vive, ce ne sont pas toutes les machines qui peuvent passer à Mac OS X. Il faut se remémorer le paysage Apple de l’époque : les derniers ordinateurs sortis, y compris les plus puissants, sont rarement fournies avec plus de 64 Mo de RAM et 20 Go de disque dur.
C’est le cas par exemple du PowerMac G4 (Gigabit Ethernet) qui vient à peine d’être remplacé par la version (Digital Audio) en janvier, dont la version de base se contentait de 64 Mo. Il fallait passer au pallier supérieur, avec un PowerPC G4 à 450 MHz, pour avoir le luxe de 128 Mo de RAM et 30 Go de disque dur. L’iMac de la même époque ? Oubliez sans passer par une option ou un revendeur : aucune version n’est fournie de base avec plus de 64 Mo. Mais une fois Mac OS X 10.0 disponible, toutes les nouvelles machines étaient miraculeusement dotées de 128 Mo de RAM au minimum.
L’autre gros souci, c’est la disponibilité de logiciels tiers. Les grands acteurs comme Adobe, Macromedia, Microsoft et d’autres ont bien annoncé leur participation et semblent enthousiastes, sauf qu’aucun logiciel ou presque n’est prêt pour Mac OS X.

Il faut alors se rendre à l’évidence : la plupart des usages spécifiques devront passer par Classic en attendant, un Mac OS 9 intégré comme une simple application dans OS X, qui permet de lancer des logiciels de l’ancien monde au sein du nouveau système. Ce n’est pas parfait, ça mange encore plus de mémoire, mais au moins, cela a le mérite d’accorder aux applications historiques quelques avantages du nouveau système. Les ressources semblent bien mieux gérées (mais les applications OS 9 doivent rester dans un bac à sable commun, qui fait que si une plante, elles plantent toutes) et le Mac devient vraiment multitâche pour peu qu’on utilise à côté les quelques applications optimisées pour le système, comme Internet Explorer 5.1 (encore en Preview), ou encore Mail, QuickTime 5, TextEdit… et c’est à peu près tout. Ah si, il y avait une magnifique application d’échecs, Chess, codée entièrement en Cocoa !

Les bases sont posées, et bien qu’encore très lent et à la stabilité perfectible, toutes les personnes qui ont mis la main dessus se rendent bien compte que l’avenir de Mac OS est là, dans ce nouveau système tout de bleu et blanc vêtu. Les mois de Mac OS 9 sont comptés désormais.
Mac OS X 10.1 Puma : on consolide les bases et les premiers partenaires de taille arrivent
C’est moins d’un an après la première mouture officielle de Mac OS X que sort la version 10.1, surnommée Puma, le 25 septembre 2001 — largement éclipsée dans l’actualité à l’époque. Si pour ceux qui n’avaient pas encore mis les pieds dans le nouveau système il fallait débourser les fameux 129 dollars d’entrée, pour ceux qui avaient essuyé les plâtres de la version 10.0, Apple fut généreuse. Des CD de mise à jour sans frais étaient disponibles chez les revendeurs, permettant de passer gratuitement de 10.0 à 10.1.

Visuellement, le système n’évolue que peu. Ce n’était de toute manière pas une obligation, tant Aqua dès 10.0 était un changement radical par rapport à Mac OS 9. Quelques détails s’affinent tout de même : il est désormais possible de placer le dock sur la gauche ou la droite de l’écran, en plus du bas, ainsi que d’ajuster sa taille et de le masquer quand il n’est pas utile. C’est aussi la première apparition des icônes de la barre de menu à droite, venant accompagner l’horloge et donnant le statut de certaines fonctions comme AirPort et le son. D’autres petites retouches sont effectuées, comme les flèches de défilement dans les fenêtres qui offrent quelques options supplémentaires, ou des Préférences Système un peu mieux organisées — bon sens qu’Apple semble avoir perdu depuis quelques temps !
Sous le capot en revanche, les grands travaux continuent d’arrache-pied : OpenGL s’améliore, permettant 20 % de performances en plus pour l’affichage global, ce qui donne une interface bien plus fluide que dans la première version. De nouvelles fonctions bien utiles voire indispensables font leur apparition, au grand soulagement des utilisateurs : les imprimantes arrivent en masse avec l’intégration de plus de 200 modèles par défaut, le partage en réseau avec Windows est largement amélioré et la gravure de CD et de DVD est enfin complètement fonctionnelle sans avoir à repasser par Classic.
Pour la détente, Apple intègre même le nec plus ultra de l’époque : une application lecteur de DVD native ultra-moderne, pour les chanceux qui avaient un lecteur de DVD sur leur Mac.

C’est aussi l’arrivée de certaines applications de productivité permettant à Mac OS X de devenir autre chose qu’une très jolie vitrine. Microsoft sort en novembre 2001 Office v.X, première vraie suite bureautique native de l’éditeur pour Mac OS X, et on peut compter également sur des jeux chez Aspyr et Blizzard, quelques outils FileMaker, etc.
Pour les créatifs, c’est enfin le bout du tunnel : InDesign 2.0 est le premier gros logiciel Adobe adapté à Mac OS X en janvier 2002 et Photoshop 7.0 sortira en mars de la même année pour libérer ses utilisateurs de Classic. Pour les adeptes de la PAO sur QuarkXPress, par contre, il faudra encore attendre, ce qui ouvrira un boulevard royal à Adobe.
Mac OS X 10.2 Jaguar : la première « vraie » version exploitable sans Classic ou presque
Le 24 août 2002, Apple lance Mac OS X 10.2 Jaguar et avec lui arrive un système enfin assez complet pour être utilisé quotidiennement sans avoir à jongler avec Classic voire Mac OS 9 natif. Au prix de 129 dollars, encore une fois, ou 199 dollars pour cinq licences en pack famille, les propriétaires de Mac OS X 10.1 pouvaient trouver la mise à jour pour 19,95 dollars grâce à un CD d'upgrade comprenant 10.2 et les Developer Tools.

Les performances sont encore améliorées : non seulement OpenGL trouve encore quelques points à grappiller, mais apparaît aussi Quartz Extreme, qui fait grand usage du processeur graphique pour quasiment toute l’interface, libérant le processeur principal pour d’autres tâches en les laissant à un GPU bien mieux qualifié pour ce genre de travail. La prise en charge des réseaux grandit encore, avec l’arrivée d’une gestion correcte de SMB pour le partage avec Windows, tellement bien intégrée qu’on commence à la proposer pour les échanges entre Mac.

Une technologie presque extra-terrestre fait son apparition pour les réseaux locaux d’ailleurs, avec Rendezvous, plus tard appelée Bonjour, et basée sur Zeroconf : ce petit bout de code permet de découvrir instantanément tout ce qui se trouve sur un réseau local et le liste dans une fenêtre du Finder, sans avoir à se préoccuper des adresses IP et autres éléments peu naturels pour les non-initiés. L’utilisateur peut ainsi quasiment retrouver un ordinateur sur le réseau local, ou une imprimante, rien qu’en cliquant sur son icône dans le Finder. Magique !
Mais c’est aussi l’arrivée de nouveaux logiciels intégrés à l’OS : iChat, ancêtre de Messages fait son apparition, permettant des échanges de messages instantanés entre Mac et avec tous les utilisateurs du réseau AIM, et de Sherlock 3, qui ouvre son champ de recherche à internet en plus du contenu des disques durs.
Certains logiciels historiques s’améliorent aussi, intégrant des fonctions devenues standard maintenant : Mail se dote d’un antispam, argument massue à l’époque face aux concurrents, et le Carnet d’adresses devient un répertoire central pour tous les moyens de communication utilisables.

C’est sous Mac OS X 10.2 que la plupart des grands éditeurs ont enfin achevé la première grande étape de leur migration : Microsoft est bien installée avec Office v.X, Adobe a déjà son duo parfait avec Photoshop et InDesign… Tout un tas de petits éditeurs viennent s’ajouter à la liste, avec des outils de personnalisation tels que TinkerTool, FruitMenu et bien d’autres. Des outils internet comme RealPlayer et le navigateur Opera sont enfin en version stable, et attention, graal absolu… QuarkXPress arrive enfin en juin (juillet en France) 2003, mettant fin à l’attente de ceux qui avaient résisté à l’appel de InDesign !
C’est donc avec Jaguar que Mac OS X atteint son statut de « vrai système d’exploitation », devenant enfin totalement exploitable. Mais l’aventure est loin d’être finie, et Apple va chambouler encore bien des acquis. Mais ça, ce sera pour le prochain chapitre !
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