Vous n’avez pas pu passer à côté de l’information : pour fêter dignement les cinquante ans d’Apple, MacGeneration met les petits plats dans les grands. Tout d’abord, il sera possible de se rencontrer pour de vrai à Lyon, durant toute une journée, le samedi 18 avril. Une occasion à ne pas rater ! Mais pour tous ceux qui ne pourront pas se déplacer, ou qui détestent les vrais gens, ou qui détestent Lyon, nous avons aussi eu une idée saugrenue : un livre, un vrai, à précommander sur Ulule où le financement participatif bat son plein.
Un livre ? Mais pourquoi ?
L’expérience du magazine des vingt-cinq ans de MacGeneration qui a occupé toute l’équipe pendant une bonne partie de l’année dernière l’a prouvé : il y a, dans la communauté du club iGen et au-delà, des amis du papier, des amateurs du livre en tant qu’objet. Un support durable, un souvenir concret, un ouvrage dont on a plaisir à tourner les pages.
Et quelle meilleure occasion qu’un nouvel anniversaire pour se lancer une deuxième fois dans cette aventure de l’édition, à la fois si proche et si éloignée de l’activité quotidienne de publication en ligne ? MacG avait fêté comme il se doit (bien qu’avec un peu de retard) son quart de siècle, il était déjà temps d’enchaîner avec le demi-siècle de l’entreprise qui nous rassemble.
L’idée de réunir des souvenirs comme ceux éparpillés dans les mille articles de mon site Les trésors de l’aventure Apple me trottait dans la tête depuis un long moment, et Christophe, le directeur de la publication, n’a pas hésité longtemps avant de m’assurer du soutien de MacG dans cette entreprise. Nous n’avions encore ni maquette, ni brouillon, mais déjà bien assez de motivation.
Encore un livre sur Apple…
Des bouquins publiés à l’occasion des cinquante ans d’une marque aussi iconique qu’Apple, forcément, il y en aura des tas. Anciens de l’entreprise, journalistes accrédités, spécialistes de la technologie ou de l’histoire de la Silicon Valley, ils sont nombreux à avoir de la matière première à triturer, des anecdotes et des secrets à raconter. Face à ceux-là, notre légitimité, forcément, laissait à désirer.
Mais justement ! Dès le départ, le projet s’est orienté dans une direction précise, à l’opposé de ce qui pouvait se tramer dans les grandes maisons d’édition. Nous ne voulions pas parler d’Apple en tant qu’entreprise ou raconter à nouveau ce qui a déjà été dit cinquante fois. Nous avons voulu, dès le départ, orienter les projecteurs dans l’autre sens et nous tourner vers vous, vers nous, vers les utilisateurs et les clients.

Parce qu’Apple est une entreprise passionnante, bien sûr, mais c’est l’impact dans nos vies réelles qui nous intéressait pour fêter cet anniversaire, plus que ce qui se passe dans les couloirs de Cupertino. Ce que nous voulions compiler en mots et en images sur du papier brillant, c’étaient nos souvenirs et les vôtres. Quant à ce qui s’est passé en avril 1976 dans un garage familial de Los Altos, d’autres le raconteront bien mieux que nous.
Vos témoignages au centre de notre travail
Vous avez été nombreux à réagir à notre appel à témoins sur le site, dans les forums et même par e-mail. Vos témoignages, vos histoires personnelles, nous les avons lus, décortiqués, analysés et soupesés, et nous en sommes sortis avec une confirmation : aucune autre entreprise ne peut se targuer d’avoir, de manière aussi régulière et depuis aussi longtemps, marqué notre vie quotidienne par ses produits et ses innovations.
Il y a ces héritages toujours vivants, ce logo presque aussi vieux que l’entreprise, ces réflexes acquis depuis le premier Macintosh, toutes ces premières fois que l’on répète encore dix, vingt ou quarante ans plus tard, jusqu’au raccourci-clavier des captures d’écran dont Pierre nous rappelait il y a quelques jours qu’il provient tout droit des premières versions du Mac de 1984. Et tant de souvenirs éteints, des débuts sur Apple II aux Performas et périphériques improbables des années 90, en passant par la découverte de l’iPod ou l’émerveillement devant le premier iPhone.
Mais tout cela ne serait-il pas de la nostalgie dégoulinante, une mélancolie de fort mauvais aloi ? Certains le penseront, sans doute. Mais ce n’est pas le ton que nous avons voulu donner à notre livre. Nous avons les pieds parfaitement ancrés dans le présent, nous sommes conscients du chemin parcouru vers plus de fluidité, de connexion et de puissance. Nous n’idéalisons rien. Nous nous souvenons, juste. ClarisWorks 4 sur un LC III, ce n’était pas grand-chose, et pourtant, certains y ont rédigé des thèses, des exposés de collège ou leurs premiers articles.

On se souvient tous de sa première voiture. Si on la croise par hasard, on la suit des yeux, on la désigne du doigt à un ami, un fils, une petite-fille : « Tu vois, ce machin pétaradant qui passe là ? Eh bien c’était ma première voiture ». On a plaisir à retrouver la notice d’un Lego qu’on adorait, un vinyle qu’on avait reçu à Noël, un vieux Discman, une GameBoy dans un tiroir ou sur la table d’un vide-greniers. Notre livre, c’est tout ça à la fois : des logiciels, des jeux de toutes les époques, des marques, des gestes, des normes, des machines, des écrans, des réglages, des périphériques…
C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleurs livres
On lit parfois (et même dans les colonnes de MacG) qu’un ordinateur, passé quelques années, n’est plus bon à grand-chose. Il paraît qu’un Mac M1, comparé aux derniers M5 Pro, pédale dans la semoule. Et pourtant, c’est sur un vaillant iMac i7 de 2015 que ce livre et ses illustrations ont été conçus. Des photos de 36 mégapixels digérées sans broncher par Pixelmator Pro et un fichier de 258 pages qui n’a même pas suffi à faire apparaître l’infâme ballon de plage dans la dernière version d’InDesign.

Le secret ? 32 Go de mémoire vive, pour commencer. On a beau dire, l’ennemi de la fluidité dans ce type de flux de production, c’est le manque de mémoire. Alors quand on a la chance de pouvoir glisser quelques barrettes de RAM dans son Mac, il faut en profiter. L’autre avantage de ce bon vieil iMac, c’est qu’il a utilement chauffé la pièce où je travaillais durant l’hiver au prix d’un gros effort pour faire abstraction de son ventilateur qui, pour le coup, ne se faisait plus oublier du tout.
À propos des images, justement, vous lirez en deuxième de couverture du livre la mention suivante : « Des outils de retouche et d’IA ont été utilisés pour restaurer certaines images anciennes ». Rien ne nous obligeait à le préciser, car, contrairement aux mannequins pour maillots de bain ou aux plats tout prêts du supermarché, les mentions « Photographie retouchée » ou « Suggestion de présentation » ne s’appliquent pas aux ordinateurs de trente ou quarante ans. Mais il nous a semblé utile de vous le dire, tant il a fallu user des outils les plus modernes pour vous offrir des visuels de la meilleure qualité.

Ce livre contient plus de sept cents illustrations, des icônes les plus simples jusqu’aux photographies pleine page les plus somptueuses (n’ayons pas peur des mots). Il y a des captures d’écran qui ne vieillissent pas, sur de vieux Macs sortis de la cave ou par le truchement de l’émulation, et des photographies récentes de machines anciennes, qu’il a fallu patiemment retoucher pour éliminer salissures, rayures et décolorations. Mais il y a aussi des images extraites de publicités ou de brochures de la marque à la pomme, qui permettent de restituer les machines dans leur contexte d’origine, comme si le temps n’avait pas eu de prise sur elles. Pour ces images, il a fallu ruser, et c’est là que l’IA est entrée en jeu.

Car depuis une paire d’années, les outils de détramage et de démoirage biberonnés à l’apprentissage automatique font des miracles. Nous avons jeté notre dévolu sur un outil en ligne qui s’appuie sur Nano Banana Pro et qui nous a donné toute satisfaction. Le genre de machin qui vous prend un petit Apple II tout moche au coin d’un vieux prospectus et en fait une machine rutilante, sur laquelle il ne reste plus qu’à corriger les défauts dus aux hallucinations de l’IA qui imagine des boutons ronds là où ils étaient carrés, ou des claviers QWERTY quand on les voulait AZERTY. Là, ce sont les outils manuels qui reprennent… la main. Récupérer une pomme sur une photographie personnelle, réécrire le nom du modèle dans la police d’origine ou retravailler les moindres détails, nous n’avons pas lésiné sur les moyens pour vous livrer des images aussi fidèles et belles que possible.
Un livre à feuilleter, des souvenirs à picorer
Le résultat de tout ça ? Pas du tout ce qu’on avait prévu à l’origine. Je pensais m’inspirer largement du contenu de l’Aventure Apple, piocher dans cette « banque d’organe » patiemment assemblée depuis vingt-cinq ans pour proposer une sorte de blog sur papier. Puis j’ai pensé organiser ce vaste bazar autour de plusieurs thèmes, comme « 50 objets inoubliables », « 50 logiciels indispensables », « 50 flops et catastrophes », ou encore « 50 premières fois », et j’ai commencé à lister tous les sujets, mais les idées débordaient, se recoupaient, ne rentraient plus dans les cases.

Là-dessus, nous avons eu l’idée de faire intervenir des « grands témoins », des utilisateurs d’Apple venus de tous les horizons, pour qu’ils partagent avec nous un souvenir particulier. Bonne pioche : malgré les difficultés à entrer en contact avec toutes nos cibles, nous avons pu sélectionner cinquante témoignages très personnels, qui montrent à quel point l’informatique en général, et Apple en particulier, sont intrinsèquement liées à nos vies personnelles et professionnelles, mais aussi familiales.
Même si ça manque lourdement de parité, il y en a pour toutes les générations : vous y croiserez Philippe Bonnaure, Audrey Couleau, Guillaume Gete, Daniel Ichbiah, Victor Jachimowicz, Franck Perthuis, Bruno Rives, Wil Shipley, François Sorel, des développeurs, des YouTubeurs, des journalistes et nos amis de Mac4ever, MacBidouille, iCreate et Avosmac, parmi bien d’autres et même une très grande dame à qui nous avons réservé la troisième de couverture. Si certains ont des regrets et veulent prendre la parole dans le tome 2, notre adresse mail 50ans@macg.co reste ouverte.

Autour de ces témoignages, les sujets se sont éparpillés naturellement, entre des Face-à-face où se rencontrent des objets d’hier et d’aujourd’hui, des Coups d’œil pour mettre en lumière des souvenirs particuliers, des Coupures pub pour nous remémorer les meilleures réclames de la Pomme, des pages App Store où nos bons vieux logiciels reprennent vie et des galeries, des Time Machine et des Time Capsule sous forme de galeries de souvenirs… et même des pages Game Center pour mettre vos connaissances à l’épreuve ! Ça se lit dans l’ordre, dans le désordre, ça s’oublie, ça se relit, à votre convenance !
Quant à la mise en page, elle se veut sobre et aérée, faisant la part belle aux images. Nos amis David Benamou et Nicolas Gozlan, le duo qui était à l’œuvre derrière la revue iCreate, nous ont prêté main forte pour peaufiner la maquette, contrôler le gris typographique, et s’assurer de la bonne mise sous presse par l’imprimeur qui avait donné toute satisfaction pour le magazine des vingt-cinq ans.
Est-ce qu’on a fait le tour de la question ? Honnêtement, non. On a eu quelques idées plutôt sympathiques pour évoquer un maximum de sujets, certains abordés en profondeur, d’autres à peine effleurés par une ligne, une fenêtre sur une capture d’écran, un mot dans un témoignage… Juste assez pour réveiller des centaines, peut-être même des milliers de madeleines de Proust au fil de la lecture. Mais on ne résume pas cinquante années en 250 pages. Nous rêvons à un tome 2, bien sûr, mais on pourrait sans doute en remplir des dizaines. Alors plutôt que de vous lasser, on préfère vous laisser profiter de ce premier livre où nous avons couché sur le papier tant de souvenirs, en souhaitant que vous ayez autant de plaisir à vous y replonger que nous en avons eu à les réunir !
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