À l’occasion du cinquantenaire d’Apple, on a sans doute trop peu parlé de Steve Wozniak, relégué dans l'ombre de l'incontournable Steve Jobs. Il n’est pas trop tard pour se rattraper. Début mai, le cofondateur d’Apple a prononcé un discours de remise de diplômes à la Grand Valley State University dans le Michigan. L'occasion idéale pour lui de revenir sur une histoire singulière.
L’antithèse de la start-up moderne
Steve Wozniak rappelle volontiers son parcours atypique, qui détonne furieusement avec les standards actuels où il suffit parfois d'une demi-idée pour lever des millions de dollars. Wozniak, lui, n’avait pas la moindre vocation entrepreneuriale. Il voulait simplement concevoir un ordinateur et espérait pouvoir le faire bien sagement chez Hewlett-Packard, où il se voyait faire toute sa carrière.
Mais après avoir soumis son concept d'ordinateur personnel à son employeur à cinq reprises — et essuyé autant de refus —, il a fini par se laisser convaincre par Steve Jobs de voler de leurs propres ailes. Cette décision, qui a jeté les bases d'Apple, a nourri l'un de ses messages centraux adressés aux étudiants : n'ayez pas peur d'emprunter des chemins de traverse. « Ne suivez pas les mêmes étapes qu'un million d'autres personnes », a-t-il conseillé. « Demandez-vous plutôt : "Y a-t-il quelque chose que je puisse faire un peu différemment ?" »
Pour l'amour de l'ingénierie, pas de l'argent
Ce qui a toujours animé Woz, ce n’est pas l'appât du gain, c’est le frisson de la création. « Quand vous essayez des choses, ce n'est pas forcément pour des raisons financières évidentes », a-t-il expliqué à son auditoire. « Quand nous avons lancé Apple, est-ce que je voulais gagner de l'argent ? Créer une entreprise ? Lancer une industrie ? Non. »
Il était plutôt mu par un désir viscéral de donner vie à son projet, et surtout, de gagner le respect de ses pairs. « Je voulais que d'autres ingénieurs ou informaticiens regardent mes conceptions et se disent "Ouah", qu'ils m'apprécient et reconnaissent mon génie en se demandant : "Comment a-t-il pu inventer de telles choses ?" »
Si Steve Wozniak avait eu le même sens des affaires que son acolyte, il figurerait aujourd'hui parmi les hommes les plus riches de la planète. Mais l'argent ne l'a jamais intéressé. Dans les années 80, il a progressivement vendu une partie de ses actions Apple pour les céder à des employés de la première heure qui avaient été lésés lors de l'attribution des parts, tout en versant des sommes importantes à des œuvres caritatives.
« L'argent pourrait corrompre vos valeurs »
Cette générosité illustre un scepticisme tenace à l'égard de l'accumulation de richesses. Plus jeune, il passait ses nuits à taper des mémoires d'étudiants pour de parfaits inconnus, ou à donner des cours de soutien. Non pas parce que c'était lucratif, mais par pur plaisir. « Quand il fallait les taper sur une vraie machine à écrire, de minuit à six heures du matin, pour un inconnu que je ne reverrais jamais, je facturais cinq cents », s'est-il remémoré avec amusement. « Si vous faites quelque chose que vous aimez et j'adore taper à la machine, vous n'avez pas besoin de le prouver en demandant une somme d'argent exorbitante. »
Une philosophie qu'il a jalousement conservée tout au long de sa vie. Comme il le confiait déjà au magazine Fortune par le passé : « Je n'investis pas. Je ne fais pas ce genre de choses. Je ne voulais pas être proche de l'argent, car cela pourrait corrompre vos valeurs. »
Fort de son parcours en zigzags, Wozniak a tenu à rassurer les jeunes diplômés qui angoisseraient à l'idée de ne pas trouver immédiatement la trajectoire idéale. « Ce n'est même pas la peine de faire le métier que vous voulez faire pour le reste de votre vie », a-t-il relativisé. « Prenez un travail pour avoir assez d'argent afin de vous payer un appartement. C'est la chose la plus importante. »
L'incertitude fait partie de l'équation, a reconnu le cofondateur d'Apple, tout en soulignant qu'il a toujours essayé de l'affronter avec humour. Avant de conclure son discours sur un message d'une redoutable simplicité : « Faites de votre mieux. »













