La souris du Mac inspirée d'une borne Atari

Mickaël Bazoge |

Jim Yurchenco n'est pas pour rien dans le succès d'Apple. Ce designer, à la retraite depuis la semaine dernière, a développé pour Apple l'objet qui allait révolutionner le monde de l'informatique personnelle : la première souris grand public. Le dispositif de pointage, repéré en 1979 par Steve Jobs dans le Xerox PARC de Palo Alto, coûtait effroyablement cher, plus de 400$ de l'époque. Mais le périphérique était essentiel à la vision d'Apple d'une informatique accessible à tous, et qui devait s'incarner dans le Lisa avant de véritablement s'imposer avec le premier Mac.

En 1981, un an ou deux après sa sortie de l'université de Stanford, Yurchenco se voit offrir par la toute jeune société Hovey-Kelley une opportunité en or : concevoir la composition interne d'une souris pour Apple. Le modèle développé par Xerox (qui se basait sur les travaux de Douglas Englebart datant de 1968) se montrait « évidemment beaucoup trop complexe pour ce que Jobs désirait », rappelle l'ingénieur à Wired. Le fondateur d'Apple avait en tête un produit « à bas coût, facile à manufacturer, un produit que l'on peut produire à grande échelle ». En plus de son prix, la souris Xerox était également pleine de petites pièces dont le nombre et l'agencement représentaient des coûts très élevés. Le travail de Yurchenco était à la fois élémentaire et redoutablement corsé : simplifier un appareil complexe pour en permettre une reproduction facile à des dizaines de milliers d'exemplaires.

Jim Yurchenco au début des années 80. Crédit Ideo.

Afin d'accomplir sa tâche, Jim Yurchenco a commencé à se tourner vers d'autres dispositifs de pointage. Un en particulier retient son attention : une borne d'arcade Atari… La même entreprise où les jeunes Jobs et Wozniak ont débuté leur carrière. La bille du trackpad de la borne « flottait » dans son berceau; une liberté de mouvements dont était privée la boule de la souris Xerox. Atari utilisait également des composants optiques pour suivre le trackpad, par le biais de faisceaux lumineux dont les interruptions étaient interprétées comme des mouvements. Chez Xerox, on avait plutôt misé sur des interrupteurs mécaniques.

Tout cela a permis à l'ingénieur de simplifier la conception interne de la future souris de Lisa. Mais au delà des trouvailles mécaniques, la vraie découverte de Yurchenco concernait l'usage du périphérique en lui-même. À l'époque, tout le monde pensait que les souris devaient se montrer extrêmement précises pour offrir la meilleure expérience utilisateur possible. « Et soudain, nous avons réalisé : on s'en fiche si c'est précis ! », se rappelle-t-il. « C'est comme conduire une voiture. Vous ne regardez pas où vous tournez le volant, vous tournez le volant jusqu'à ce que la voiture aille où vous voulez ». De fait, l'utilisateur d'un ordinateur concentre son regard sur le curseur de la souris, pas sur la souris elle-même. Une variante du proverbe « Quand le sage montre la Lune, l'idiot regarde le doigt », en quelque sorte… Pas besoin d'une grande précision donc, ce qui faisait les affaires d'Apple et du designer.

La souris du Lisa.

Inutile de rappeler qu'au début des années 80, la conception de prototypes passait par la débrouillardise, couplée avec une forte dose d'huile de coude. Cela a été le cas avec cette souris, dont les premières versions se limitaient à un emballage de beurre en plastique et une bille provenant d'un déodorant ! « Tout ce dont nous avions besoin, c'était d'illustrer un principe ».

La même, en plus jolie. Crédit Ideo.

Le succès de la souris Lisa, amplifié par le carton du Mac, a démontré que les intuitions de Yurchenco étaient justes. Cette approche basique (coupler une bille libre de ses mouvements avec un système optoélectronique) s'est révélée être la bonne — Apple l'a mise à profit durant quelques décennies avant de passer au tout optique.

Quant à Jim Yurchenco, il a poursuivi sa carrière au sein de la société Hovey-Kelley, qui est devenue Ideo en 1991. On leur doit, entre autres, la conception du Palm V, qui allait poser les fondements de la mobilité moderne.


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avatar Madalvée | 

Quelle époque ! Je me demande ce que les électroniciens en herbe actuels peuvent bidouiller, à part assembler des cartes tierces et remplacer deux trois condensateurs…

avatar madaniso | 

@Madalvée Je vois pas ce qui les empeche d'en faire autant.

Un manque de folie ou d'inspiration peut être. Mais nous avons aujourd'hui de beaux inventeurs aussi.

avatar Mathias10 | 

@Madalvée :
À ton époque (j'imagine que tu as 35 ans surtout ne me demande pas pourquoi), les mécaniciens en herbe admiraient les électroniciens de 8 ans qui faisaient des cartes mères et des bidouilles.
Aujourd'hui les électroniciens en herbe admirent les codeurs de 6 ans qui pondent des jeux vidéos tranquillement.

avatar BeePotato | 

@ Mathias10 : « Aujourd'hui les électroniciens en herbe admirent les codeurs de 6 ans qui pondent des jeux vidéos tranquillement. »

Personnellement, je trouve que c'était plus facile à l'époque (les années 80) pour un gamin de pondre des jeux vidéos.
Enfin, à condition qu'il ait eu la chance d'avoir des parents en mesure d'acheter un micro-ordinateur, bien sûr. :-)

avatar jujuv71 | 

@Madalvée :

Les électroniciens d'aujourd'hui s'arrachent la tête pour trouver LE composant qui leur faut réellement pour leur besoin. Puis, il s'arrachent les cheveux pour essayer de comprendre les 1000 Fonctions embarquées dans la puce à 20 pattes, et essaient de le faire fonctionner avec d'autes composants tout aussi ingérables.... Puis vient le temps de la douleur occulaire où il faut créer les schémas, les typons et faire des tests avec des composants dont les broches sont espacés de 0,6mm.... Voilà, c'est la vie d'un électronicien d'aujourd'hui..... Les fondamentaux sont restés les mêmes... Sauf que maintenant, tout est 1000 fois plus compliqué à faire fonctionner car tout est intégré. Dans les années 80, on pouvait facilement faire fonctionner un proto rapidement. Maintenant, c'est une autre histoire

avatar BeePotato | 

À noter qu'à côté du travail de simplification des entrailles de la souris, confié à cette société, Apple a à l'époque conduit un autre travail non moins important, de simplification de l'utilisation de la souris, en regroupant sur un bouton les fonctions accessibles via les trois boutons de l'Alto.
Ce qui, ironiquement, a permis ensuite à d'autres de rajouter encore d'autres boutons à leurs souris.

avatar julien76 | 

Quand on parle de la pomme on dit " s'inspire " ... Quand on parle de la concurrence on dit " copie " .... Enfin je dis ça ... Je dis rien ....

avatar zcomzorro | 

@julien76 :
1

avatar BeePotato | 

@ julien76 : « Quand on parle de la pomme on dit " s'inspire " ... Quand on parle de la concurrence on dit " copie " .... »

Si tu ne comprends pas la différence (en particulier dans le cas présent), on ne peut pas grand chose pour toi.

« Je dis rien .... »

Proposition acceptée ! ;-)

avatar stiflou | 

@BeePotato
Réponse magique … *¬*

avatar madaniso | 

@BeePotato

Si dans le cas présent c'est de l'inspiration alors...

Microsoft s'est inspiré de Mac OS pour faire Windows avec une interface graphique.

Samsung s'est inspiré d'Apple pour le galaxy S2

avatar BeePotato | 

@ madaniso : « Si dans le cas présent c'est de l'inspiration alors... »

Ben oui. Le cas présent décrit l'étude du principe de fonctionnement d'un engin pour ensuite l'adapter pour la conception d'une partie d'un autre engin, dans un domaine (légèrement) différent.
Une inspiration et non une copie.

« Microsoft s'est inspiré de Mac OS pour faire Windows avec une interface graphique. »

Non.
La décision de Microsoft de se lancer dans cette direction a sans doute été inspirée en grande partie par le travail d'Apple dans le domaine.
Mais pour la réalisation effective, l'inspiration est venue de l'Alto, bien plus que de Mac OS — et là, pour le coup, c'était plus proche de la (mauvaise) copie que de la simple inspiration. Quand on regarde Windows 1, on voit un truc clairement différent du Mac OS de l'époque. C'était à des années-lumières de Mac OS, en fait. Il n'y avait même pas de navigateur de fichiers graphique — là encore, ça ressemblait bien plus à ce qu'on pouvait voir dans de vieilles versions de l'Alto.
On sait bien qu'il y a eu quelques questions fourbes de gens de Microsoft au cours du développement du Mac, pour tenter de récupérer quelques infos sur des détails techniques d'implémentation (Andy Herzfeld raconte une anecdote à ce sujet sur son site). Mais à la fin, le seul point vrai point commun de Windows 1 avec Mac OS à l'époque, c'était le fait d'être une interface graphique pilotable à la souris. Et ça, on sait bien que ce n'était pas un concept venu d'Apple.

En revanche, par la suite, Microsoft a bel et bien copié des fonctionnalités et approches d'interface apparues avant chez Apple — culminant avec Windows 95. Et là, il y a plusieurs cas où on peut parler de copie et non d'inspiration. Mais il s'agit de copie de bouts d'interface (ou de concepts ergonomiques), et non d'une copie du tout pour créer Windows.

Bref, finalement ton exemple tombe à plat. :-)

« Samsung s'est inspiré d'Apple pour le galaxy S2 »

Non. Là, comme tout le monde a pu le voir à l'époque, c'était clairement une copie.
Copie du design du téléphone, copie de l'apparence d'une partie de l'interface — surtout la partie que tout le monde voit, l'écran d'accueil, ce qui permet au péquin moyen de se dire que c'est vraiment la même chose. Et surtout, la mesquinerie qui révèlait bien l'aspect copie de la démarche : la copie des images publicitaires, s'appuyant sur les deux éléments précédents. C'était surtout ce dernier point qui montrait bien une volonté de ne pas se démarquer de l'iPhone mais au contraire de tout faire pour être confondu avec lui.
Là, parler de simple inspiration c'est purement de la mauvaise foi.
Ce qui ne m'étonne en rien. ;-)

avatar stiflou | 

@madasino et @julien76
Il y a une différence ici entre l'inspiration d'une borne atari et le travail de MIUI (pour reprendre un article récent), il y a quand même une différence significative entre une borne Atari et une souris d'ordinateur, beaucoup plus significative qu'entre un smartphone MIUI et un iPhone.

avatar jvernet | 

Les 2 photos montrent la souris du Lisa.

avatar Mickaël Bazoge | 
Petit problème réglé, merci !
avatar marenostrum | 

ce qui était facile à l'époque, c'était la vie pas trop couteuse.
pour inventer (ou faire de l'art, peinture, sculpture, etc) il faut du temps (se consacrer à 100%), et on ne touche rien.
sans mécène c'est impossible de nos jours, il faut payer le loyer, sinon t'es dans la rue ou dans un squat avec des charlatans.
ça m'étonne pas que seul l'informatique (coder des applications) marche. il suffit d'avoir un ordinateur. c'est comme devenir écrivain, où il suffit d'avoir un crayon. ça veut dire le minimum.

avatar Danielroibert | 

@BeePotato

Julien76 à raison de soulever la question. C'est dommage qu'il y ai toujours des gens pour balayer des sujet dérangeant en essayant d'humilier avec des quasi insulte. il est plus constructif de s'occuper du sujet et pas des personne.

avatar BeePotato | 

@ Danielroibert : « Julien76 à raison de soulever la question. »

Pour ce qui est du cas traité par cet article, non. « Inspirée » est réellement le terme qui convient.

« C'est dommage qu'il y ai toujours des gens pour balayer des sujet dérangeant en essayant d'humilier avec des quasi insulte. il est plus constructif de s'occuper du sujet et pas des personne. »

Je n'ai pas balayé le sujet, puisque j'ai bien pris la peine de préciser que ma réponse concernait le cas présent et non l'usage de ces termes en général.
Je me suis bien focalisé sur le sujet et non sur la personne, et il n'y avait dans ma réponse aucune intentiion d'humiliation ni d'insulte. La formulation retenue était peut-être mal choisie si elle a pu être interprétée comme une « quasi-insulte », mais je rappelle qu'il faut dans ce cas, comme pour tous les commentaires écrits, se forcer à la relire au premier degré, sans aucune interprétation ni tentative de mettre un ton dessus, pour voir s'il y a alors un sens qui permettrait d'accorder à l'auteur le bénéfice du doute.
Une telle lecture permettra de voir le sens que je mettais dans cette réaction, qui était juste un aveu d'incapacité à expliquer plus clairement la différence entre inspiration et copie, tellement elle me paraît sauter aux yeux dans le cas décrit par l'article.

Bref, je pourrais répondre à ton commentaire sur le même mode, en disant qu'il est dommage qu'il y ait toujours des gens pour en accuser d'autres de vouloir « balayer des sujets dérangeants » alors que ces autres personnes ne trouvent peut-être tout simplement ces sujets pas dérangeants du tout, et alors, aussi, qu'une lecture simple, sans interprétation trop poussée, de leurs commentaires révèlerait un sens tout simple, tout bête, et très éloigné de toute théorie du complot (ou de fanboyisme). ;-)
Mais j'espère que la première partie de ma réponse était plus claire et plus informative que cette réponse que j'aurais pu faire (et que j'ai vaguement faite sans vraiment la faire).

avatar romain31000 | 

C'est moi ou à 0:24 la voix off dit "a machine that anybody could operate and find friendly, even the FRENCH"?

avatar Arnaud de la Grandière | 
avatar thierry61 | 

Et donc aussi la page du site d'archive de Stanford consacrée à cette souris (que je ne connaissais pas - je l'ai découvert en relisant le papier de macg de 2011 ) :

http://www-sul.stanford.edu/mac/mouse.html

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