Le Mac App Store est-il un échec ?

Christophe Laporte |

Si les success-stories de développeurs devenus millionnaires en très peu de temps grâce à l’App Store sont légion, ce n’est pas le cas du Mac App Store au regard des revenus générés par certaines applications qui occupent le haut de l’affiche (lire : L'illusion du top des ventes sur le Mac App Store).

Il convient tout d’abord de préciser un point : si l’App Store a fait quelques millionnaires, l’immense majorité des développeurs d’apps pour iPhone et iPad n’ont gagné que des clopinettes. Mais il est vrai que si vous parvenez à atteindre les hautes sphères de l’App Store, alors les choses peuvent devenir rapidement très intéressantes sur le plan financier. On prendra l’exemple de Mister Jump, qui à partir du moment où il s'était installé en tête des classements, générait au minimum plus de 10 000 € par jour (lire : Mr Jump : le nouveau Flappy Bird sera-t-il français ?).

Les bannis du Mac App Store

Mais de quel mal souffre le Mac App Store ? Prompts à râler, les développeurs ne l’ont pas abandonné pour autant. De leur point de vue, la plate-forme de distribution d’Apple a de nombreux défauts : elle est rigide à cause des règles de sécurité imposées par Apple, comme le sandboxing, elle ponctionne 30 % des revenus générés et elle ne permet pas de faire de mises à jour payantes.

Pourtant si l’on se place du côté d’Apple, la plate-forme de téléchargement est un franc succès. Certes, il y a quelques éditeurs qui ont pris plus ou moins leur distance avec le Mac App Store comme Panic ou Realmac Software. Mais c’est une minorité et on peut noter que ceux qui se plaignent en la matière sont souvent des éditeurs de longue date qui ont distribué leurs logiciels avant l’apparition de la boutique.

Presque tous les grands noms du développement sur Mac sont sur le Mac App Store. Même Microsoft s’y est mis : on trouve déjà OneNote dessus et tout laisse à penser que la prochaine version d’Office sera disponible sur la boutique d’Apple. Les ingénieurs de Microsoft ont pris le soin de placer Word, Excel et PowerPoint dans une sandbox, condition sine qua non à leur ajout au store.

Parmi les absents du Mac App Store, il manque principalement cinq types de logiciels :

  • les applications professionnelles comme les outils Adobe, mais on notera que l’éditeur de San José fait acte de présence a minima sur le Mac App Store ;
  • les applications de virtualisation qui font partie des logiciels les plus vendus sur Mac ;
  • les outils que l’on qualifiera de geek et qui ne peuvent pas être sandboxés : on pense pêle-mêle à Little Snitch, iStat Menus, LaunchBar… ;
  • les applications liées à Internet comme les navigateurs web (Firefox et Chrome sont absents du Mac App Store) ou encore certaines apps associées à des services en ligne ;
  • certaines applications open-source (la licence GPL est incompatible avec les App Store).

Les applications absentes ne sont, soit pas compatibles (par nature) avec les règles édictées par Apple, soit n’ont pas vocation à se retrouver sur le Mac App Store (on pense notamment aux applications professionnelles ultra-pointues). Mais pour Apple, la véritable question est de savoir si sa boutique a permis l’émergence de nouveaux éditeurs et de nouveaux logiciels.

Une grande partie des mécontents sont des éditeurs de longue date sur Mac. Lors des mois qui ont suivi le lancement du Mac App Store, les classements étaient même squattés par des applications éditées par Apple. Comme le montre cette capture, c’est beaucoup moins le cas aujourd'hui : à cet égard, la boutique de logiciels a bien offert à d’autres éditeurs une meilleure visibilité.

Dans le top 12 des applications gratuites, on trouve deux applications éditées par Apple. Microsoft fait aussi bien avec Remote Desktop et OneNote !
Dans le top 12 des applications gratuites, on trouve deux applications éditées par Apple. Microsoft fait aussi bien avec Remote Desktop et OneNote !

Une nouvelle génération de logiciels

Le premier succès du Mac App Store, c’est sans doute Pixelmator. L’éditeur d’images existait avant le lancement de la plate-forme de téléchargement d’Apple, mais ses auteurs étaient convaincus que la boutique était l'avenir de la distribution en ligne de logiciels. Par conséquent, ils ont misé exclusivement sur celui-ci et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont bien fait. Pixelmator a ramené à ses auteurs la coquette somme d’un million de dollars dans les vingt jours qui ont suivi le lancement du MAS, une success-story sur laquelle Apple a beaucoup communiqué pour illustrer le potentiel de sa plate-forme.

C’est peut-être dans la création que le Mac App Store a le plus permis l’émergence de nouveaux outils. On pense entre autres à l’éditeur Markdown Ulysses, au logiciel de création HTML5 Hype 3, à Napkin qui permet de mettre facilement ses idées sur « papier », à Flare 2 qui permet d’ajouter facilement des effets à vos images, à l’application de journal DayOne, etc.

Napkin est une application assez récente qui exploite à merveille les nouvelles fonctionnalités d'OS X
Napkin est une application assez récente qui exploite à merveille les nouvelles fonctionnalités d'OS X

Toutes ces applications ne sont pas forcément disponibles seulement sur le Mac App Store, mais ce dernier a contribué à leur renommée. Car il ne faut pas l’oublier, le Mac App Store est autant un canal de vente qu’un canal de promotion. Ça l’est d’autant plus que les applications sont plus facilement mises en avant que sur l’App Store iOS, où la concurrence est autrement plus importante.

Les mêmes défauts que l’App Store

Néanmoins, le Mac App Store souffre également des mêmes défauts de conception que l’App Store. À commencer par un problème de plus en plus gênant : la quantité a pris le pas sur la qualité. On trouve de nombreux clones, souvent chinois, de logiciels déjà existants ou qui sont parfois de simple clones d’applications open-source. Un exemple : en vente à 6,99 € depuis un an environ, RSS Reader Pro ne semble pas être autre chose qu’un clone (légèrement amélioré dans le meilleur des cas) de Vienna, le fameux client RSS.

Il y a également des effets de mode qui sont de plus en plus récurrents. Les gestionnaires de tâches sont à la mode ? Le Mac App Store et l’App Store ont été assaillis par les éditeurs qui ont tous voulu proposer leur version. Malheureusement, sans apporter grand-chose pour la plupart d’entre eux. Même chose plus récemment pour les éditeurs Markdown. Il y en a peut-être cinq qui flirtent avec l’excellence et cinquante autres qui ne sont que des clones médiocres.

Mais ce dont souffre le plus le Mac App Store, c’est peut-être d’être une plate-forme de distribution de seconde zone par rapport à l’App Store pour appareils iOS. Une part croissante de logiciels sont de simples portages de versions mobiles. Cela a toujours été vrai pour les jeux, mais ça l’est de plus en plus pour les apps qui sont des descendantes d’apps iOS. Parfois, la transition est très bien faite, mais souvent, ce n’est pas le cas du tout.

Cette situation montre aussi que le centre de gravité d’Apple et de ses utilisateurs a évolué : le Mac vit dans l’ombre de l’iPhone et de l’iPad. Les priorités ont évolué, les budgets des éditeurs de logiciels ont suivi en conséquence. On est sans doute plus prompt à télécharger des application pour iPhone ou iPad que pour Mac. Et avec l’arrivée prochaine d’un SDK pour l’Apple Watch, les choses ne vont probablement pas aller en s’améliorant…

avatar misterbrown | 

Oui!
Toujours évité de l'utiliser. Par principe.

avatar CNNN | 

Je préfère rémunérer l'éditeur directement sans qu'Apple vienne lui bouffer les revenus de son travail

avatar Khefin | 

Cela a été beaucoup discuté au début du MAS, mais vendre un logiciel sur son site n'est pas gratuit, ça peut coûter cher en bande passante. D'ailleurs, pas mal de petits éditeurs se contentent d'une page de présentation pour leur site web avec qq captures et un lien vers le MAS.
Donc ces fameux 30% sont à relativiser puisqu'ils incluent des frais dont les éditeurs auraient dû s'affranchir de toute façon.

avatar MacGyver | 

ouais enfin, 30% ca parait vachement arbitraire.

Entre le petit developpeur qui vends son truc a 3 euros qui paye 1 euros a apple pour le diffuser, et celui qui fait un soft a 100e qui doit raquer 30euros pour la meme chose, ya une difference qui ne s'explique pas par votre raisonnement.

avatar Domsware | 

C'est le principe du partage des risques !
La commission d'Apple n'est prélevée qu'en cas de vente; ce qui n'est pas lorsque les services sont à la charge de l'éditeur qui doit les payer quelque soit le nombre de ventes.

Dans votre commentaire il y a confusion entre la taille du développeur et le prix de l'application, qui ne sont en rien corrélés.

avatar larkhon | 

je pense que l'exemple est mal choisi, je prendrais plutôt l'idée de payer 30% qu'on en vende 10 ou 1 million. Dans le premier cas, effectivement c'est plus rentable, dans le second cas, les frais d'hébergement et de distribution/pub sont largement amortis et là je vois pas comment justifier les 30%. On dirait le FISC....

avatar oomu | 

non c'est pas "arbitraire"

en fait ça correspond à une pratique + ancienne que l'app store. On retrouvait déjà grosso modo ce genre de chiffre pour la boutique nokia, PSN (playstation network par qui les indépendants pouvaient déjà négocier d'y vendre), STEAM (de Valve, qui n'a pas attendu Apple)

et aussi le genre de deal de Amazon quand il fournit son infrastructure pour des boutiques de produits vendus en ligne.

etc.

Le fait que ceux qui sont venus après Apple se sont aussi alignés sur 30% (à qq pouillèmes prêts) n'est pas non plus un hasard : c'est que l'industrie en a l'habitude.

Apple a décliné tout bêtement son expérience de l'itunes store, elle savait donc déjà à quoi s'attendre.

-
Apple a rendu tout cela "visible" au près du grand public, parce que heu..hmm.. ha oui les médias sont obsédés par Apple et chaque micro-détail.

avatar robrob | 

Honnetement herberger et vendre un logiciel ne coute pas tres cher.
J'avais mon propre site quand je faisais des logiciels Mac et l'hebergement me coutait dans les 10 euros par mois et la vente se faisait par Paypal. Au final pour un logiciel a $10 je payais entre 3 et 4% par vente.
Bien sur l'utilisation de bande passante etait minime. Mais en fait pour du logiciel comme Pixelmator qui apparemment est monte a environ 1.5TB sur un mois, la plupart n'auront pas un usage enorme.

avatar robrob | 

Et pour rajouter ce qu'on paye avec ces 30% c'est plus la mise en avant d'Apple qu'autre chose.
Oui il y a des services techniques derriere bien pratiques mais vous pourriez vous en sortir pour beaucoup moins que ca avec votre propre site. En revanche faire connaitre son propre site n'est pas simple.

avatar Domsware | 

@robrob :
Apple gère entièrement la relation client dont les remboursements, les contrats pour chaque pays, etc.
De plus dans les 30% il y a l'affiliation qui permet de rémunérer les liens pointant vers ton application.

Au final le travail de l'éditeur est grandement simplifié et comme je l'ai dit plus haut c'est une relation gagnant/gagnant : plus l'application se vend, plus le gain est important pour l'éditeur et pour Apple.

avatar robrob | 

Et a ton avis combien de surcout reprensentent les remboursements ou le fait de gerer plusieurs pays?
Je dirais par experience que c'est negligeable. En gros les remboursements pour un editeur logiciel sont tellement faibles en pourcentage qu'il vaut mieux simplement rembourser sans poser de question. Ce que tu peux faire avec Paypal sans probleme.
Gerer plein de pays c'est bien mais le gros des ventes c'est US, Allemagne, UK, France, pays nordiques. Donc pas grand chose a gerer non plus.

L'affiliation j'aimerais bien avoir des chiffres sur ce que ca represente.

Dans tous les cas les 30% ne sont pas la pour baisser le cout de la plateforme technique pour un editeur. Un editeur qui vend tout seul peut faire cela sans payer ne serait-ce que 10% de commission.
Non les 30% c'est justifie par l'exposition qu'offre Apple et son Store. Ca marche extremement bien sur iOS. Sur Mac c'est plus discutable comme l'explique cet article.

avatar Domsware | 

30 % de commission ce n'est pas "bouffer" la marge de l'éditeur : c'est payer des services que l'éditeur ne paye pas en amont. Comme dit plus haut cela a été beaucoup répété sur les commentaires de ce site.

avatar larkhon | 

sauf que ces frais, dans la pratique, ne sont pas proportionnels au nombre de produits vendus.

avatar Binette1704 | 

Sa reste toujours mieux que chez Android de toute façon ...

avatar youpla77 | 

Là on parle du Mac App Store (les applications pour Mac)...

avatar adrien1987 | 

@Binette1704 :
Android est un Os de PC ?

avatar oomu | 

si on le fout sur un pc, OUI ! :)

avatar nova313 | 

J'en profite, car je me suis exaspéré tout seul ce matin avec le MAS. Tout d'abord, c'est lent, très lent. Le temps d'aller d'une page à l'autre, ou de chercher une app, c'est une sinécure. Le temps que la page de mise à jour mettent à jour la liste d'apps qui doivent se mettre à jour, est insupportable, car la spinning wheel tourne sans arrêt. Et si on clique sur mise à jour, soyez patient, car les débits sont très faibles, contrairement à ma vitesse de up/down sur navigateur. J'évite autant que possible d'aller sur cette horreur, mais forte heureusement, quand il y a une nouvelle mise à jour d'un soft, celui-ci se met à jour sans ouvrir le MAS, contrairement aux logiciels d'Apple.

avatar scribe | 

Donc c'est le contraire d'une sinécure ;-)

avatar oomu | 

cette lenteur est usante.

avatar Joëh | 

Je l'ouvre uniquement pour installer les mises à jour OSX, ça prouve son utilité... (aucune)
Je préfère prendre mes applications directement à la source ;-)

avatar Léon | 

J'aime bien le : "au minimum plus de" ;-)

avatar Chazi | 

La note de Yosemite <3

avatar Domsware | 

La majeure partie des commentaires négatifs sont risibles : j'aime pas l'interface, j'aime pas Photos, j'aime pas les couleurs, j'aime pas les icônes,c'est lent immédiatement après la mise à jour, le chargement est lent, le chargement est interrompu, ne fonctionne pas comme avant, n'a pas assez de nouveautés...

Donc ces commentaires libres sont à prendre avec des pincettes. Un utilisateur heureux ne pensant même pas à émettre de commentaire positif.

avatar patrick86 | 

"La majeure partie des commentaires négatifs sont risibles : j'aime pas l'interface, j'aime pas Photos, j'aime pas les couleurs, j'aime pas les icônes,c'est lent immédiatement après la mise à jour, le chargement est lent, le chargement est interrompu, ne fonctionne pas comme avant, n'a pas assez de nouveautés..."

Ah. Les fameuses râleries congénitales…
J'ai arrêté de les lire. C'est inintéressant et vaut mieux tester soi-même pour se faire un avis.

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