Deux ans après les débuts du partenariat entre Apple et OpenAI concernant la fourniture de ChatGPT dans iOS, il semble y avoir de l’eau dans le gaz entre les deux partenaires : selon Bloomberg, Sam Altman, mécontent des retombées financières de cet accord, envisagerait de porter l’affaire devant la justice. Ambiance.

Depuis iOS 18.2, les utilisateurs d’iPhone peuvent demander de l’aide à ChatGPT directement à travers Siri, grâce à un accord signé entre OpenAI et Apple concernant la fourniture des services du chatbot directement dans iOS. En Europe, il a fallu attendre iOS 18.4, pour raison de frictions entre Cupertino et la Commission européenne.
À l’origine, OpenAI a pensé signer un contrat en or : de la même manière que Google a énormément profité du partenariat avec Apple concernant la fourniture du service de recherche sur internet par défaut des iPhone, Sam Altman plaçait son entreprise en position de force, pensant voir ChatGPT devenir le chatbot par défaut de tous les produits Apple. Hélas, le pari semble raté : le retour sur investissement est bien trop faible selon le CEO d’OpenAI. Pire, un directeur voulant rester anonyme affirme qu’Apple aurait fait le service minimum concernant l’intégration de ChatGPT dans son système, alors qu’OpenAI s’attendait à se voir intégré plus profondément :
Nous avons fait tout ce que nous pouvions du point de vue produit. [...] Apple non, et pire, ils n’ont même pas fait le moindre effort.
Les choses sont plutôt compliquées en ce moment pour OpenAI : un procès fleuve se joue contre l’un de ses premiers investisseurs, Elon Musk, et si un nouveau contrat renforcé a été signé avec Microsoft, Amazon fait le chemin inverse, préférant investir dans Anthropic. La « startup » qui devait tout rafler se retrouve au milieu d’un triangle Microsoft / Amazon / Google nettement moins docile que prévu.
Apple, de son côté, est restée méfiante envers OpenAI : l’entreprise de Cupertino a préféré faire attention, jugeant que la firme de Sam Altman n’avait pas réellement fait ses preuves concernant le respect de la vie privée. Qui plus est, l’annonce du partenariat avec nul autre que Johnny Ive pour créer des produits physiques n’a pas arrangé les relations.
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Les choses semblaient pourtant bien lancées en 2024 : Sam Altman avait fait le déplacement sur le campus d’Apple pour la conférence annonçant le partenariat entre les deux entreprises, et Craig Federighi y était même allé de son laïus, qualifiant OpenAI de « pionnier et de leader du domaine ».
L’arrangement permettait à l’origine d’intégrer ChatGPT à Siri, et s’est étendu plus tard à la génération d’images avec Image Playground. En contrepartie, l’abonnement aux versions payantes du chatbot était facilité, en l’intégrant directement dans les Réglages d’iOS. Ce levier était vu comme un atout majeur pour capter de nouveaux clients par les dirigeants d’OpenAI, et comme un premier pied dans l’écosystème Apple, en avance sur les chatbots concurrents.
Le hic, c’est qu’ils ne s’attendaient pas à ce qu’Apple mette autant de garde-fous à l’utilisation de ChatGPT : plutôt que de laisser l’utilisation totalement transparente, Cupertino a rendue obligatoire la phrase « demande à ChatGPT » pour invoquer l’IA d’OpenAI, rendant l’utilisation bien moins implicite que prévu. Cette étape supplémentaire a eu un effet inattendu : les utilisateurs sont bien plus enclins à utiliser l’IA d’OpenAI directement à partir de son app dédiée, plutôt qu’à travers Siri, d’autant que les réponses sont plus complètes dans l’app du chatbot plutôt qu’à travers l’interface d’Apple.
En plus de ces mésententes, OpenAI reproche à Apple d’avoir fait le minimum syndical concernant la promotion de l’intégration de ChatGPT dans l’iPhone. L’entreprise s’attendait à une communication bien plus importante de la part de Cupertino, permettant ainsi de générer des milliards de dollars de revenus. La réalité est apparemment très, très loin de ces sommes.
Problème : Apple n’aurait apparemment pas promis monts et merveilles à OpenAI. Selon le même directeur anonyme de l’entreprise de Sam Altman, Cupertino aurait simplement indiqué que « OpenAI doit sauter sur l’occasion et faire confiance à Apple ». Rien de plus, aucun engagement chiffré, pas le moindre détail avant signature. OpenAI a entendu « deal Google Search », quand Apple parlait « intégration optionnelle ».

Depuis, les concurrents qui semblaient insignifiants au départ sont devenus bien plus performants et inquiétants pour OpenAI : Anthropic chipe très régulièrement la vedette et les premières places de performance à ChatGPT, et Google a largement avancé avec Gemini, qui a l’énorme avantage de pouvoir être intégré à Android. Pire, Apple devrait ouvrir les vannes aux autres intelligences artificielles, et par la même OpenAI verra son avantage réduit à néant.
OpenAI aurait certes pu se proposer pour aider Apple, en devenant le moteur de Siri plutôt que Gemini. Mais chat échaudé craint l’eau froide : la société aurait tout simplement refusé. Pour le directeur interrogé, « Apple a tout simplement une trop grande puissance sur le marché, ils peuvent imposer n’importe quels termes. Nous leur avons fait confiance une fois, ça s’est mal passé ».
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Au final, cette collaboration pourrait donc finir devant la justice, Sam Altman considérant que le contrat était bien trop déséquilibré à l’avantage d’Apple, et qu’il n’a pas produit les bénéfices attendus. Reste qu’avant d’intenter toute action en justice contre Cupertino, il faudra d’abord que l’entreprise se dépêtre de son procès en cours contre Elon Musk, ce qui pourrait prendre déjà quelques mois, voire années. En attendant, Altman donne l’impression de faire du Musk : quand le terrain de jeu ne rapporte pas assez, on conteste les règles.













