Les récentes offensives menées par le groupe ZeroBytes contre plusieurs services de l'État ont laissé des traces. L'heure est au constat, plutôt amer, du côté du gouvernement. Mercredi, Sébastien Lecornu a dû admettre une réalité inquiétante : face à la menace cyber, les ministères français sont loin d'avoir le niveau de protection exigé.
Pour répondre à cette prise de conscience tardive, le Premier ministre vient d'accorder un délai de trois jours à Nicolas Roche, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, pour mettre sur pied une nouvelle unité d'intervention.
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L'urgence d'une force de réaction rapide
Dans une lettre de cadrage adressée au secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), autorité de tutelle de l'ANSSI, le chef du gouvernement fixe un cap direct et autoritaire, estimant qu'« il y a urgence à concevoir et conduire sans délai une réponse opérationnelle plus réactive et plus forte aux cyberattaques que l’Etat rencontre actuellement. Il faut reprendre l’initiative sur le terrain ».
La directive exige la formation immédiate d'une équipe de contact puisant dans les effectifs de l'ANSSI. La mission de cette escouade est très claire : elle sera « chargée d’intervenir en première ligne en cas de suspicion d’atteinte grave à l’intégrité du système d’information de l’Etat ». Son déploiement devra s'opérer bien avant l'embrasement, « en amont de crises potentielles dès la violation d’accès sensibles, pendant la crise et à l’issue ». Sébastien Lecornu insiste par ailleurs pour recevoir « systématiquement » un rapport détaillé à la fin de chaque intervention, l'objectif étant d'obtenir « une analyse après action afin de tirer tous les enseignements de ces attaques ».
Un calendrier resserré pour l'ANSSI
Déplorant le retard capacitaire des ministères et reconnaissant que le fait que peu d'entre eux « soient au niveau requis » face aux cyberattaques « n’est pas acceptable », le locataire de Matignon impose un rythme effréné. Nicolas Roche a jusqu'à ce vendredi pour présenter une copie parfaite incluant un organigramme, un budget, des règles d'engagement et le nom du responsable qui prendra la tête de cette unité. Le Premier ministre clôt d'ailleurs ses directives sur une injonction : « J’attends un engagement total de l’ANSSI dans cette mission de crise ».
Cette pression s'inscrit au cœur des missions de l'ANSSI. Fondée en 2009, l'agence opère comme le bras armé numérique de l'État. Elle orchestre la politique de sécurité nationale, protège les systèmes critiques des opérateurs d'importance vitale et intervient lors des incidents de grande ampleur. Ses 658 agents, civils et militaires selon le dernier bilan, se retrouvent donc une nouvelle fois au front.
Cette nouvelle initiative est salutaire, mais elle ne résout qu'une partie de l'équation. Ériger une structure capable de réagir promptement est une étape logique, qui ne dispense en rien d'un véritable travail de fond pour consolider l'hygiène informatique des infrastructures étatiques. Avec la montée en puissance des intelligences artificielles génératives, capables de débusquer des failles de sécurité avec une efficacité redoutable, l'urgence est réelle. Cependant, ce chantier structurel de mise à niveau est une œuvre de longue haleine qui, contrairement à la création de cette unité, ne s'achèvera pas en trois jours.
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