Une entreprise chinoise aurait commencé à produire ses propres machines de lithographie, selon The Information. Cette rumeur a enflammé les marchés boursiers du monde entier, avec des chutes observées à Wall Street et en Asie, comme le souligne BFM Bourse. La Bourse de Séoul, en Corée du Sud, avait perdu plus de 10 % à sa fermeture le lendemain de la publication, tandis que celle de Tokyo au Japon avait baissé de 4 %. Plusieurs fabricants de semi-conducteurs ont été touchés, dont Samsung Electronics et SK hynix, tandis que l’action de Nvidia a poursuivi sa baisse, passant derrière celle d’Apple.
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Tous ces mouvements s’expliquent par la réalisation que la Chine pourrait gagner son indépendance et rebattre largement les équilibres mondiaux. Produire les puces indispensables à notre monde extrêmement informatisé repose sur une longue série d’étapes complexes, parmi lesquelles la lithographie est une phase centrale. C’est à ce stade que l’on dessine les microscopiques motifs des circuits imprimés sur une tranche de silicium. S’il y a peu d’entreprises dans le monde capables de réaliser cette étape, il y a encore moins de fournisseurs des machines de lithographie qui sont utilisées pour la gravure.
Le Néerlandais ASML est l’un des plus importants, car c’est le seul qui maîtrise une technique indispensable pour atteindre les finesses nécessaires à la production des puces les plus modernes. Sa supériorité technique repose sur l’EUV, pour extreme ultraviolet, une technologie qui utilise une lumière de 13,5 nm, quatorze fois plus courte que la méthode traditionnelle, pour tracer des motifs nettement plus fins. Pour parvenir à la maîtriser, l’entreprise a mis au point des machines extrêmement sophistiquées, avec une zone de travail sous vide et des miroirs calibrés très précisément.
La méthode traditionnelle, dite DUV pour deep ultraviolet, est relativement plus facile à exploiter, si bien qu’ASML n’est pas le seul à pouvoir livrer ces équipements, même si cela reste d’une grande complexité. La lumière de 193 nm peut être manipulée avec des lentilles, ce qui est relativement plus simple, tout en limitant le nombre d’acteurs sur le marché. Les firmes japonaises Nikon et Canon font partie de celles qui peuvent produire ces machines et si l’on en croit The Information, il faudra bientôt compter sur un nouvel acteur chinois. Shanghai Yuliangsheng Technology aurait justement lancé une production de série pour des machines de lithographie DUV par immersion.
La start-up aurait prévu d’en produire cinq dès cette année et une vingtaine en 2027, ce qui reste modeste face à ASML, qui a expédié 131 machines DUV en 2025. Sa technologie moins pointue est loin d’être inutile pour autant. La lithographie DUV est en réalité la plus utilisée en volume, notamment pour toutes les gravures sous la barre des 6 nm environ. Ce nouvel entrant ne sera pas encore capable de répondre aux besoins de TSMC ou Intel sur les meilleures puces du moment, mais la majorité des besoins mondiaux devrait pouvoir être satisfaite par ce nouvel acteur, en tout cas sur le plan technique.
La Chine vise une indépendance technologique
Au-delà des spécifications ou des chiffres de production à court terme, cette annonce signale au monde que la Chine cherche à gagner son indépendance dans ce domaine aussi crucial aujourd’hui. L’État participerait au financement de la nouvelle entreprise, un soutien public important qui devrait l’aider à décoller. Par ailleurs, ce n’est pas parce qu’elle ne maîtrise que le DUV aujourd'hui, que l’EUV n’est pas sur ses radars. Bien au contraire, The Information ajoute qu’il y aurait déjà des prototypes de machines de lithographie utilisant la technique plus avancée et même si leur finalisation demande plusieurs années, ASML pourrait, à terme, voir émerger un vrai concurrent. La Chine étant privée du meilleur de la production néerlandaise, le pays a tout intérêt à créer ses propres équipements dans ce domaine.
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Les premiers clients de Shanghai Yuliangsheng Technology devraient d’ailleurs être des acteurs locaux. D’après nos confrères, ses machines DUV seront d’abord livrées à Hua Hong, Semiconductor (SMIC) et ChangXin Memory Technologies (CXMT). Si ce dernier nom vous dit quelque chose, c’est sans doute parce qu’Apple espère utiliser sa production en mémoire vive dans ses produits. SMIC est un fondeur généraliste et parmi les plus gros acteurs du marché, avec une gravure pas aussi fine que chez TSMC, mais qui s’en approche.
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Face aux pénuries, de plus en plus d’acteurs occidentaux s’intéressent à la production chinoise pour satisfaire leur demande, Apple n’est qu’un exemple parmi d’autres de ce mouvement. En parallèle, ASML profiterait de sa situation pour augmenter ses prix, y compris sur ses machines d’ancienne génération, les seules autorisées en Chine.
Dans ce contexte, l’émergence d’un acteur local, certainement moins cher, prend tout son sens. Tout comme l’inquiétude des marchés boursiers face à cette perspective…













