« Je ne contrôle plus Infomaniak. » Les clients de l’hébergeur suisse ont dû avoir quelques sueurs froides en lisant cette phrase dans l’email envoyé par Boris Siegenthaler cette semaine. Cette formule choc annonce en fait une décision tout à fait volontaire de la part du fondateur et directeur stratégique. Celui-ci a transféré la majorité des droits de vote de son entreprise à une fondation suisse d'utilité publique à but non lucratif.

Cette nouvelle structure doit protéger la société contre toute prise de contrôle hostile et permettre une ouverture du capital sans compromettre ses engagements historiques. Ce sont en l’occurrence le soutien à des projets d’intérêt général liés à la souveraineté numérique et à l’éducation, au numérique éthique, à l’environnement et à la biodiversité, ainsi qu’à la transition énergétique.
« Aujourd’hui, ces engagements ne dépendent plus de moi. Ils sont inscrits dans une charte que personne ne peut défaire », écrit Boris Siegenthaler dans son message adressé directement aux clients. La Fondation Infomaniak (statuts ici) détient maintenant 65 % des droits de vote liés à la gouvernance de l’entreprise, tandis que les 35 % restants sont entre les mains du fondateur et de 36 salariés actionnaires. Auparavant, Boris Siegenthaler contrôlait 75 % des droits de vote et les salariés les 25 % restants.
La fondation est financée grâce à une part pouvant atteindre 5 % des bénéfices de l’entreprise. Elle agit uniquement comme garde-fou chargé de préserver l’indépendance et les missions du groupe. L’équipe dirigeante actuelle reste aux commandes du fournisseur de services cloud.

La société inscrit ce changement dans le contexte de la course à l’IA, où les acteurs américains ont encore renforcé leur domination déjà considérable sur le numérique. Dans cette optique, Infomaniak, qui ne compte actuellement aucun investisseur externe, annonce l’arrivée prochaine d’investisseurs « alignés sur ses valeurs, pour développer un cloud souverain à l’échelle européenne. »
Infomaniak compare cette organisation à celle d’autres groupes européens comme Bosch, Carl Zeiss, Bertelsmann, Rolex ou Victorinox. On peut aussi établir un parallèle avec Proton, qui a créé en 2024 une fondation suisse devenue actionnaire majoritaire de l’entreprise.
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