Linus Torvalds : « je ne suis plus un programmeur »

Anthony Nelzin-Santos |

À quoi Linus Torvalds, créateur du noyau Linux et du logiciel de gestion de versions Git, occupe-t-il ses journées ? À « lire des e-mails ». À l’occasion de l’Open Source Summit Europe, le « dictateur bienveillant à vie » du projet Linux explique qu’il « ne code plus ». « Je ne suis plus un programmeur » : alors qu’il maintient le gouvernail d’un projet de plus en plus complexe, et dirige les efforts d’une communauté de développeurs de plus en plus grande, Torvalds joue le rôle « pas glorieux mais très intéressant » d’un manager.

Linus Torvalds (à gauche) et Dirk Hohndel (vice-président de VMware en charge de l’open source, à droite) lors de l’Open Source Summit Europe 2019. Image MacGeneration.

« Mon travail, c’est de dire non », plaisante Torvalds. Une blague qui peine à masquer les récents débats sur les « dictateurs bienveillants à vie », ces développeurs-stars qui contrôlent la direction de leurs projets pourtant open source, avec l'assentiment de la communauté des développeurs. Dries Buytaert avait dû affronter un fork de son système de gestion de contenus Drupal. Larry Wall a subi les débats sur Perl 6, si différent de Perl 5 qu'il mérite un nouveau nom, Raku.


avatar IceWizard | 
Modéré par la rédaction (AZ)
avatar Phiphi | 

Ils devraient aussi réfléchir un peu en termes de systèmes critiques chez Apple, au lieu de continuer à programmer comme des Shadoks !

avatar 406 | 

Je suis un programmateur =))

avatar Chamalo | 

@406

Cool tu peux m’aider avec mon micro-ondes alors.

avatar tbr | 

@406

Quel dosage pour la lessive ?

avatar jackhal | 

Comme Collin Farrel dans La Recrue :
https://www.dailymotion.com/video/x8nz1w

avatar Lucas | 

Merci pour l’article très intéressant ! Ça donne envie de se plonger dans l’histoire de ces projets...

avatar Nesus | 

@Anthony :

Le terme en français existe, c’est « despote éclairé » il a été créé pour définir Périclès ;-).

avatar Anthony Nelzin-Santos | 
@Nesus : c'est un terme consacré, je reprends la traduction habituelle. (Et non, il n'a pas été créé expressément _pour_ Périclès, si je peux me permettre de faire mon historien, même si l'on a souvent comparé la conception du « despote éclairé » — comme chez Kant pour Frédéric II de Prusse — au point de vue socratique sur l'instruction des dirigeants.)
avatar occam | 

@Nesus

"Le terme en français existe, c’est « despote éclairé »"

BDFL, « Benevolent Dictator For Life », est un terme bien établi dans la communauté open-source, remontant à près d’un quart de siècle :
https://www.artima.com/weblogs/viewpost.jsp?thread=235725

Son signifié diffère de celui de « despote éclairé », qui sied par ailleurs fort mal à Périclès.

avatar Nesus | 
avatar occam | 

@Nesus

Ce non sequitur serait amusant à éplucher.
(Et merci du lien, mais étant donné que j’ai écrit un mémoire sur la conception de la légitimité chez Kant et Locke, il n’était peut-être pas indispensable.)

Suffise de constater que :
1. les BDFL, qui sont le plus souvent des SABDFL, ne régissent que grâce au consensus omnium ;
2. leur domaine d’action est spécifique, et souvent sujet à scission ;
3. Périclès, même à son apogée, n’était ni despote (éclairé ou non), ni encore moins BDFL, mais un manipulateur et un orchestrateur d’un doigté et d’une intelligence politique rare, qui lui permit de prévaloir et de convaincre.

avatar Fabeme | 

@occam

« (Et merci du lien, mais étant donné que j’ai écrit un mémoire sur la conception de la légitimité chez Kant et Locke, il n’était peut-être pas indispensable.) »

... ce que chacun ici sait bien évidemment, était-il seulement utile de le rappeler ?

avatar Nesus | 

@occam

Et pourtant, Platon dans la république lui donne bien le terme de despote. Autocrator même.
Le mien était sur l’eschatologie dans l’armée d’Alexandre, ça ne m’empêche pas d’aller lire Wikipedia.

avatar Simeon | 

δεσπότης et αὐτοκράτωρ ont deux acceptions fort différentes si je ne m'abuse.

avatar Nesus | 

@Simeon

C’est assez rare d’avoir deux mots pour dire la même chose. Où ai-je dis que c’était la même chose ? Il a été désigné comme despote autocrate, comme d’autres ont été stratège autocrate où tout autre association qu’ils étaient apte à concevoir. Donc non, vous ne vous abusez pas, mais j’ai du mal à comprendre comment vous en êtes venu à poser votre question. Sauf à avoir plaisir à écrire en grec, c’est effectivement toujours un plaisir, toutefois je suis assez adepte de l’autonoos.

avatar Glop0606 | 

J'aime bien linux pour le principe d'une certaine éthique de l'informatique et je regrette que l'Europe ne soit pas devenu une terre Linux (au début des années 2000), ce qui aujourd'hui nous permettrait de concurrencer les GAFAM. Cependant ce genre d'interview me laisse perplexe. En effet, à lire cet article il semblerait que le créateur de Linux ait encore une main mise totale sur le développement du noyau (vu que c'est lui le "manager"). Cela me semble faire beaucoup de responsabilités pour une personne et la pérennité de l'OS.

avatar oomu | 

?

Linus Torvalds a un pouvoir assez conséquent, mais il est simplement l'organisateur et gestionnaire des grandes lignes du projet et de l'arbitrage entre les mainteneurs des différents composants du noyau.

Ces "mainteneurs" sont extrêmement importants. Peut être plus que Linus Torvalds. Ils ont la capacité de refuser des rustines et modifications de leur partie du projet, leur expertise est très recherchée, ils sont très sollicité par les différents contributeurs et entreprises travaillant avec/pour/sur Linux.

Bref: le point est de dire que non, Torvalds n'est pas tout seul avec un pouvoir démesuré à réfléchir du MOINDRE aspect du noyau (du pilote du haut parleur d'un portable pc jusqu'à l'ordonnanceur des paquets réseau en 40gbs sur smart nic).

Il est simplement un des personnages importants dans l'arbitrage du développement du projet. Ne vous laissez pas aveugler par le besoin nécessaire d'avoir des personnes bien en vue.

" (au début des années 2000), ce qui aujourd'hui nous permettrait de concurrencer les GAFAM."

RIEN n'aurait permis de concurrencer les USA (ce que vous voulez dire par GAFAM) car il a été choisi/admis/résigné/décidé par bien des peuples européens (français compris) de ne pas le faire.

- pas la capacité politique d'union (exemple, l'UE a beaucoup trop tardé pour imposer un cadre claire et unique de la propriété intellectuelle sur l'ensemble du territoire. Bien sur en arrière y a la conception Française de la chose, très très importante et vital comme enjeu, et une vision anglo-saxonne)

- pas la capacité de lever des fonds comme l'ont pu faire Amazon, Google, Uber, Facebook.

- pas l'envie un point c'est tout. Les Chinois eux, quand ils lancent un produit ils vous balancent toute la documentation et communication en Chinois, puis ensuite anglais. Les USA font de même en anglais, puis le rrrrreste. L'Europe est incapable ou n'a pas eu la volonté de pousser un pouvoir culturel pour maîtriser les enjeux et le discours. La France seule tente constamment mais elle et ses 70m d'imbéciles ne peuvent pas faire le poids face aux 300m d'abrutis USA et 1,4 milliards stupides chinois (tout le monde est bête, cherchez pas, même au nord-est de la Tanzanie).

- y a eu dans les années 2000s, très tôt même, de fortes initiatives françaises autour de Linux pour être pionnier.

Par exemple Mandrake (renommée Mandriva) qui fit un important travail de traduction en français et modernisation de l'installateur linux autour du projet KDE et de devenir un acteur de référence pour le déploiement de Linux dans l'administration.

Mais le jeu des marché public, le désintérêt national de bâtir une informatique solide et à l'époque, l'inexistence totale d'un propos de souveraineté nationale ou seulement même européen, a fait qu'une société comme Mandriva, mais même des Dailymotion, OVH ou Gandi, ont coulé ou stagné plutôt que d'exploiter tout leur potentiel.

Mandriva n'a pas peu lever assez de fonds en France, elle s'est tourné vers des fonds américain, qui, en bon _américain du nord qu'ils sont_, ont imposé LEUR conseil d'administration (ce qui est courant) et on repensé Mandriva non plus comme un concurrent éventuel de Suse (racheté par Novell) ou Redhat, mais comme un prestataire dans l'éducation (!)

Cela a plombé la boite.

Et des histoires comme ça on peut en trouver plein.

Dailymotion par exemple a eu une destinée _absurde_. Elle aurait du devenir le Youtube à la place de Youtube. On pestera sur les atermoiement de son financement, le refus des chaînes de télé, la complication Orange, etc.

Dans le même temps Youtube a avancé comme un boulet de canon, ajoutant constamment des améliorations à son site web et le déploiement d'apps sur tout ce qui bougeait.

Rien, ni même Linux ou l'invention du meilleur langage informatique du monde par un habitant de Limoges n'aurait pu changer le cours de l'histoire : pas la masse critique ni la motivation !

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Mais revenons à Linux :

Le projet se porte bien et il permet à un nombre important d'entreprises de développer des solutions commerciales, tout en maintenant un terreau particulièrement fertiles de projets académiques et indépendants.

Si on doit penser en terme capitaliste : tout va bien, on nage dans le financement et le profit.
Si on doit penser en terme "alter", communauté et projets : tout va bien, github et gitlab explosent de projets passionnants par quantité de gens qui mènent à terme leurs logiciels et solutions linux.

Linus Torvalds, ça marche. Quand le torvalds ne marchera plus, on le jettera et on le remplacera par un nouveau modèle d'humain (ou plusieurs) plus performant.

Bien qu'après Torvalds, on risque surtout un bureau de gens gluants fournis par les quelques gros de l'informatique (IBM, Microsoft, Redhat, Peoplesoft, Oracle, Nvidia, Cisco, etc et ptet un chinois pour faire plaisir), histoire de faire "professionnel" et rassurer les gens comme vous.

M'enfin, je ne suis pas pressé de retrouver une gouvernance industrielle à la POSIX et autres CDE.

avatar Anthony Nelzin-Santos | 
@Glop0606 : pour compléter la réponse d'oomu : « Quand le torvalds ne marchera plus, on le jettera et on le remplacera par un nouveau modèle d'humain ». Torvalds continue à fixer la direction générale du projet, mais est déjà entouré d'une solide équipe à la fondation Linux. Greg Kroah-Hartman, dont je parlais avant-hier, est le mainteneur principal du noyau stable par exemple.
avatar Glop0606 | 

@oomu

Merci pour vos informations complémentaires et intéressantes. Je pense que si l’Europe et la France avaient eu une réelle politique en faveur d’une souveraineté informatique, nous en aurions aujourd’hui les bénéfices. Tout aurait dû passer par l’éducation à savoir que chaque étudiant aurait été formé sur Linux et non Windows. Cependant en me rappelant mes années d’études, il n’y avait que Windows et office qui étaient proposés car ils faisaient office de « standard ». Et pourtant mes premiers contacts à l’informatique furent le TO7 à cassette 😁.

avatar pim | 

@Glop0606

C’est exactement ça ! Heureusement, dans mon cas, j’ai fait 1 an d’étude à l’étranger (Canada), et tout d’un coup, il a fallut que je me débrouille sans Windows. Sans cette expérience, beaucoup de choses auraient changé pour moi, les conséquences se font encore sentir.

C’est en cela que la France est étrange, c’est Windows et MacDo partout, et il faut aller aux Amériques pour découvrir qu’en fait, il n’y a pas que ça.

avatar pim | 

Un lien vers ce fameux logiciel SubSurface :

https://subsurface-divelog.org/fr/

avatar huexley | 

Et c'est un vraiment bon soft en plus je m'en suis servi des années avec mon OSTC ! Je savais même pas qu'il était derrière !

avatar donatello | 

Pour paraphraser un ancien président, Linux est un système d'avenir et il le restera.

avatar ever1 | 

Pourtant en termes de deploiements, il a déjà une grosse part du marché smartphones et monopolise les serveurs/cloud

avatar xbill | 

@donatello

Linux occupe 100% du top 100 des super calculateurs 😉

avatar oomu | 

Linux est le passé, le présent et l'avenir.

Cela dit, pourquoi être médisant si un truc n'est pas totalement Omnipotent partout dans la guOle.

Linux sur quasiment toute l'infra internet et presque tous les téléphones portables, c'est pas déjà cool et bien assez ?

Vous auriez voulu aussi TOUS les PC et MAC en plus de vos playstations et box internet pour vous dire "ha ben, ce linouks a de l'avenir heu"

bof,il aurait été cantonné qu'à des arduino, que ç'aurait bien été suffisant pour rendre heureux les communautés arduino et leur donner un Avenir

et c'est tout ce qui compte.

avatar smog | 

J'ai une admiration pour tous ces gens qui ont contribué à l'histoire de l'informatique. Je ne sais pas ce qu'ils ont dans la tête pour avoir pensé (et surtout cru) à leurs inventions, mais c'est tellement inaccessible pour moi que je reste perplexe. Inventer un langage, un système, ça m'impressionne. Surtout quand on en fait profiter les autres "gratuitement" (OK, il gagne très bien sa vie, mais je crois comprendre qu'il s'est vraiment donné du mal pour en arriver là...)

avatar oomu | 

Bosser. Faire son truc, se retrouver le premier ou pile dans l'air du temps au bon moment. Continuer à faire son truc.

Quand Ken Thompson et Dennis Ritchie ont créé le langage C et Unix, ils n'ont pas eu le sentiment d'avoir inventé la Révolution, d'avoir conçu l'état de l'art ni même d'avoir mis des efforts particulier pour créer la Perfection

Simplement ils avaient un besoin, dans le cadre d'un travail plus global, et ils créent leurs propres solutions, la peaufine, la distribue (en parle) et ...ben il s'est avéré que bon nombre de personnes avaient le MEME besoin qu'eux et que c'était ZE bidules très utiles.

De plus, il ne faut pas penser en terme de "donner gratuit", mais plus exactement "dans le cadre de mon TRAVAIL j'ai un besoin : je vais créer ma solution, je la mets en ligne, d'autres vont améliorer ma solution et je pourrais faire un MEILLEUR TRAVAIL"

Torvalds n'a pas créé le noyau Linux subitement un matin pour aider des gens ou faire du gratuit

il l'a fait parce que:
- Windows étai..est..sera... de la MERDE (windows 2/3.x particulièrement pourriX),
- Unix était inabordable et incompatible x86
- freebsd complètement noyé sous les avocats (et pas des avocats qui se mangent.. encore que)
- minix était pas suffisant
- hurd est ce qui arrive quand on prend de la drogue, et Torvalds ne prend pas de la drogue
- NeXTStep était inabordable et pensé pour les machines NeXT (trop tard la version 486)

bref: y avait PAS pour PC, l'ordi abordable pour gens chez soi, un BON système (cherchez pas, y avait pas. pas de Beos, pas d'openbsd, rien)

Et Linux avait un besoin : un bon système.

donc il a fait son système.

une fois qu'il a un truc à peu près potable qui fait BIP quand on le lance sur un pc

il l'a posté sur un forum d'unixiens "j'ai fait ça, faites moi du retour , lol" (je paraphrase)

ce qu'il voulait c'est d'améliorer ou qu'on lui améliore son bousin pour revenir à son Besoin pour TRAVAILLER.

la gratuité, la licence Libre, etc, tout cela sont des MOYENS. pas des fins.

et ça fait une grosse tâche et impact sur les informaticiens de l'époque.

Pour dire, vers la période où GNU fut porté à Linux, et que les premières distributions paquetageaient gnu, linux et plein de logiciels unix en un truc cohérent, ça m'a totalement changé comme je considérais l'informatique. voir le Monde.

Mais ça, Torvalds il avait ni cherché, ni calculé, ni même bossé pour cela.

Notons que pendant longtemps, il a cherché à simplement être ingénieur pour entreprise, puis un fabricant de microprocesseur; Pas à créer une société "linouks".

Pour revenir à Ken Thompson et Dennis Ritchie, ils avaient déjà un boulot, et Unix était qu'une solution à un problème.

Bref, du travail, partage, et continuer. parfois ça fait "boum".

avatar iftwst | 

@oomu

Wow. Merci.

avatar smog | 

Ça n'enlève rien à mon admiration pour cette capacité à répondre à ses propres besoins. J'ai des besoins et pourtant je ne serai jamais capable de faire ce qu'il (et d'autres) a fait, et peu le feront. Et je me doute bien que l'histoire n'est pas "je vais créer un truc open-source pour que chacun puisse faire les choses gratuitement". En attendant, au bout du compte, c'est ce qui se passe et il aurait très bien pu en décider autrement, non ?

avatar BeePotato | 

@ oomu : « - NeXTStep était inabordable et pensé pour les machines NeXT (trop tard la version 486) »

Non, en 1993 ce n’était pas encore trop tard, surtout en comparaison d’un Linux qui n’était encore rien et qui avait des années et des années de retard sur NeXTStep sur bien des points (le plus visible étant l’interface utilisateur).

Mais il n’était pas gratuit.

avatar klouk1 | 

Heureusement que Torvalds ne s’est pas prénommé Josette....

avatar Danny Wilde | 

Super article qu’on devrait voir plus souvent sur MacG !

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