Au sein de l’Apple Park, John Ternus est l’homme qui monte. Si son nom circule avec insistance pour succéder à Tim Cook, le grand patron du matériel ne se contente plus de superviser des iPhone. Mark Gurman lève aujourd'hui le voile sur la personnalité complexe de celui qui pourrait, demain, tenir les rênes de Cupertino.
Portrait : John Ternus, l’homme qui visse le futur d’Apple
Il y a quelques semaines, nous dressions le portrait de cet homme discret qui a passé la moitié de sa vie chez Apple. Mais depuis, la lumière des projecteurs s’est intensifiée. Dans les médias, Ternus est devenu le visage de la marque, n’hésitant plus à s'exposer sur les plateaux de la télévision américaine pour vanter les mérites du MacBook Neo. En interne, son périmètre d’influence s'étend désormais bien au-delà des circuits imprimés.
Le chef d'orchestre du matériel et du logiciel
L’an dernier, John Ternus a pris discrètement les commandes d’une unité ultra-secrète dédiée à la robotique. Dans les cartons : un appareil domestique doté d’un écran capable de suivre son interlocuteur du regard lors d'un appel FaceTime. Un produit qui pourrait voir le jour dès l'année prochaine. Mais plus important encore, il est devenu le trait d’union indispensable entre l’illustre studio de design d’Apple et la direction générale. Un rôle pivot qui en fait déjà l'une des figures les plus influentes de l'histoire de l'entreprise.
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Lors de notre précédent portrait, ses collaborateurs louaient sa capacité à fédérer. Mark Gurman confirme aujourd'hui cette mue. Depuis qu'il a succédé à son mentor Dan Riccio en 2021, Ternus a réussi un tour de force : apaiser les tensions historiques entre les équipes matérielles et logicielles.
Sous son impulsion, une véritable symbiose s'est installée, notamment grâce à sa complicité avec Craig Federighi. C'est cette entente cordiale qui a permis la transition historique vers les puces Apple Silicon ou l'arrivée de l'OLED sur l'iPad Pro. On lui doit également d'avoir poussé Federighi à offrir à l'iPad un système d'exploitation propre, capable d'exploiter enfin la puissance brute des tablettes avec un multitâche digne de ce nom.
Des zones d'ombre et des erreurs de jeunesse
Le parcours de Ternus n'est pourtant pas exempt de faux plis. On oublie parfois qu'il a été l'un des plus fervents défenseurs de la Touch Bar sur MacBook Pro, la vendant en interne comme une idée marketing révolutionnaire avant de devoir l'euthanasier quelques années plus tard. Plus grave encore, il a porté le projet du clavier « papillon », un fiasco ergonomique et technique qui s'est soldé par une action de groupe et un chèque de 50 millions de dollars pour éteindre l'incendie.
Adieu clavier papillon, on ne te regrettera pas
Ces erreurs de jeunesse ont parfois tendu ses rapports avec l'équipe de design industriel. Là où les créatifs ne comptent pas, Ternus, lui, a hérité de l'œil de Tim Cook pour la réduction des coûts. Un pragmatisme qui agace les puristes, au point que certains designers auraient préféré voir Tang Tan prendre la suite de Dan Riccio à l'époque.
Le « gentil garçon » face à l'épreuve du feu
Si John Ternus jouit d'une réputation de manager affable, il sait aussi montrer les dents. Le lancement du Vision Pro en a été le révélateur. Lorsqu'un défaut technique a menacé la transmission audio ultra-basse latence vers les AirPods, Ternus n'a pas fait de sentiments.
Plutôt que de chercher une solution logicielle, il a imposé la sortie d'une nouvelle version des AirPods Pro fin 2023, obligeant les acheteurs d'un casque à 3 500 $ à remettre la main à la poche pour profiter d'une expérience complète. En interne, cette crise a laissé des traces : Ternus aurait activement cherché des coupables, menant au licenciement d'un cadre historique des AirPods. Un comportement « à l'ancienne », rappelant la culture impitoyable de l'ère précédente, même si ses partisans jurent qu'il s'agissait là d'une exception.
Un profil inédit pour le futur d'Apple
Au bilan, John Ternus semble être l'homme qui a permis à Apple de redresser la barre sur la qualité de ses produits. Mais deux inconnues de taille subsistent. La première : est-il capable d'accoucher d'un produit de rupture, d'un nouveau « moment iPhone » ?
Son profil détonne. Si Steve Jobs était l'innovateur visionnaire et Tim Cook le génie de la logistique, Ternus, lui, est un pur ingénieur. Il descend dans la soute, s'occupe des détails techniques que Cook ignore superbement. « Si le client doit le voir, Steve devait le voir. Tim, lui, ne participe pas au développement produit », résume un ancien cadre. Ternus, au contraire, parle le langage des ingénieurs.
Reste enfin le défi politique. Tim Cook a su naviguer dans les eaux troubles de l'ère Trump avec une habileté déconcertante. John Ternus a-t-il cette stature diplomatique ? Pour l'heure, le duo Cook-Ternus fonctionne en parfaite complémentarité. Mais dans les couloirs de l'Apple Park, chacun sait que le passage de témoin n'a jamais été aussi proche.



























