Voilà un petit bonbon pour célébrer les 50 ans d’Apple. Une nouvelle vidéo, datée de l'été 1999, vient de faire son apparition en ligne. On y découvre un Steve Jobs décontracté, s'adressant aux employés d'Apple dans les jardins du campus de Cupertino.
Précisons le contexte : nous sommes le 27 juillet 1999. Après des années de traversée du désert, Apple commence enfin à redresser la tête. À l’époque, la firme venait d’aligner sept trimestres consécutifs de profits. La semaine précédente, à Macworld New York, Steve Jobs avait dévoilé le tout premier iBook, premier ordinateur grand public doté du Wi-Fi. Un lancement qui venait enfin compléter la fameuse "matrice" de produits.
« Nous avons présenté notre iBook, tout le monde l'a adoré et le salon était incroyable. C'était le plus grand Macworld New York de l'histoire... vous devriez être vraiment fiers. Tout le monde devient fou, y compris nos concurrents. »
La matrice est complète
Ce discours est une photographie parfaite de la stratégie d’Apple à l'aube des années 2000. Jobs y détaille son fameux tableau à quatre quadrants : des ordinateurs de bureau et des portables, déclinés pour le grand public et les professionnels. Avec l'iBook rejoignant l'iMac, le Power Mac G3 et le PowerBook G3, la grille est enfin remplie. Mais pour Steve, ce n'est que le début : le rythme doit s'accélérer pour garder une longueur d'avance sur les PC.
L'autre star de ce discours, c'est AirPort. Développé avec Lucent, ce système de réseau sans fil est alors perçu comme une révolution, surtout pour le monde de l'éducation. Jobs insiste sur le "tour de force" d'Apple : extraire une technologie complexe des laboratoires pour en faire un produit abordable et d'une simplicité désarmante.
« C'est quelque chose dont les gens rêvent depuis plus d'une décennie... nous avons pu travailler avec Lucent... pour en faire un produit à très bas prix... et faire tout le travail logiciel pour rendre cela transparent... ça fonctionne, tout simplement. »
L'iBook, le premier ordinateur sans fil d'Apple, a 25 ans
L’avantage du "Whole Widget" face à l'inertie du PC
Pourquoi Apple réussit-elle là où les géants de l'époque piétinent ? Pour Jobs, la réponse tient en deux mots : intégration verticale. Apple contrôle le matériel, le logiciel et le marketing. C'est ce qu'il appelle le "Whole Widget".
Steve Jobs, dans son style inimitable, s'amuse d'ailleurs à dépeindre l'inertie de l'industrie du PC face à l'innovation, en mimant une sorte de ping-pong bureaucratique entre les différents acteurs :
D'un côté, il y a les fabricants comme Dell ou Compaq qui se cachent derrière leur petit doigt : « Ah, mais c'est pas un standard ! Et puis, ça ne tourne pas sur Windows. Allez donc voir chez Microsoft ! ».
Et quand on arrive enfin à Redmond, l'accueil est encore plus savoureux. Steve imagine la réponse des ingénieurs de Bill Gates, totalement dépassés par leur propre usine à gaz : « Écoutez, on a déjà 38 millions de trucs qui ne fonctionnent pas dans nos logiciels. Votre petit gadget sans fil, ça n'intéresse pas grand monde pour l'instant. On va le mettre tout en bas de la pile de dossiers et, avec un peu de chance, on s'en occupe dans trois ans ! ».
C’est une pique magistrale pour rappeler que pendant que la concurrence se perd dans ses tableurs et ses listes de bugs interminables, Apple peut foncer. « Nous pouvons briser ces cycles et apporter l'innovation aux clients parce que nous contrôlons suffisamment de choses », assène-t-il, avant de lâcher une phrase très "Jobsienne" : « … nous sommes les derniers dans ce secteur à en avoir quelque chose à foutre de fabriquer de super ordinateurs. »
"Make Apple Great Again"
Si les finances sont repassées au vert, Jobs rejette l'idée que le but premier d'Apple soit purement comptable. Il est là pour la mission, pas pour le bilan.
« La raison pour laquelle je suis revenu ici n'a rien à voir avec le redressement d'Apple... ce que nous aimons par-dessus tout, c'est mettre ces super produits au monde et voir les gens les utiliser... la raison pour laquelle je suis revenu... c'est pour rendre sa grandeur à Apple, n'est-ce pas ? »
Pour y parvenir, Apple a passé deux ans à reconstruire ses fondations. Jobs vante d'ailleurs une excellence opérationnelle devenue "meilleure que celle de Dell".
Cap sur les créatifs et le grand public
Enfin, la vidéo confirme le refus d'Apple de s'épuiser dans une guerre frontale contre Windows dans les entreprises. Pas d’assaut frontal du marché de l’entreprise au programme. La stratégie est claire : reconquérir le cœur des créatifs, dominer à nouveau le secteur de l'éducation et revenir avec "férocité" sur le marché grand public.
En conclusion, Jobs lâche un dernier teaser, affirmant que les produits en préparation sont « les meilleures choses qu'il ait vues de sa vie ». Il ne mentait pas : deux ans plus tard, Apple lançait Mac OS X et un certain iPod. La suite, on la connaît.
Tout ceci et bien d’autres choses encore, vous aurez l’occasion de les (re)découvrir dans notre livre sur les 50 ans d’Apple !























