Il n’y a pas que chez Apple où l’on est en pleine période de transition. Après avoir fondé Dropbox il y a près de 20 ans, Drew Houston s’apprête à tourner la page. À 43 ans, le dirigeant historique va céder sa place pour assumer le rôle de président exécutif de son entreprise. La passation de pouvoir se fera en douceur : il partagera dans un premier temps le titre de co-CEO avec Ashraf Alkarmi, l'actuel chef du produit, avant que ce dernier ne prenne seul les rênes de la société.
Une fonction, pas un produit
Le parcours de Drew Houston à la tête de Dropbox force le respect. Il a largement contribué à défricher le marché du stockage en nuage, ferraillant directement avec des mastodontes comme Google et Apple, tout en se bâtissant une fortune personnelle estimée à plus de deux milliards de dollars. Pourtant, dans une Silicon Valley où les attentes sont toujours démesurées, l'entreprise donne la désagréable impression d'avoir atteint son apogée trop tôt, sans jamais réussir à s'imposer comme la marque emblématique de toute une génération.
Difficile, avec le recul, de ne pas repenser à cette fameuse rencontre à la fin des années 2000 avec Steve Jobs. Alors qu'Apple envisageait un rachat, l'échange avait tourné court. Le patron d'Apple avait alors lâché de manière quasi prophétique : « Vous êtes une fonction, pas un produit. »
Et Dropbox se refusa à Steve Jobs
Un plafond de verre tenace
Cette fin de non-recevoir n’a pas empêché Dropbox de faire son petit bonhomme de chemin, mais le service de stockage n’est jamais parvenu à briser son plafond de verre. Si la plateforme revendique aujourd’hui un peu plus de 18 millions d’abonnés payants — soit 7 millions de plus qu’en 2017 —, elle a surtout pris des airs d'outil de niche. Plutôt que de s'imposer au grand public, Dropbox est devenu le rouage invisible mais indispensable des professionnels de la création (architectes, graphistes, ou métiers des médias) qui s'en servent quotidiennement pour échanger de lourds fichiers.
Lors de son entretien avec Steve Jobs, Drew Houston visait indéniablement plus haut. Aujourd'hui, la sanction de Wall Street est sévère : avec une capitalisation boursière qui dépasse de justesse les 6 milliards de dollars, l'entreprise a vu sa valeur fondre de moitié par rapport à son introduction en bourse en 2018. Pire encore, elle vaut moins aujourd'hui que les 10 milliards de dollars estimés par les investisseurs privés en 2014.
Dropbox compte 11 millions d'abonnés payants, et perd de l'argent
L’innovation pour sortir de la torpeur
Pour sortir l'entreprise de ce surplace, le fondateur mise tout sur son successeur. L'arrivée d'Ashraf Alkarmi, un ancien de Vimeo débauché fin 2024, doit marquer le début d'une nouvelle ère. Selon Drew Houston, depuis son arrivée, Dropbox se montre déjà beaucoup plus à l'écoute de ses clients et n'hésite plus à prendre des risques sur le plan de l'innovation. Reste à voir si ce souffle nouveau suffira à transformer cette solide « fonction » en un produit à nouveau incontournable.
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