Apple publie un rapport environnemental plein d’ambitions… et de questions

Anthony Nelzin-Santos |

Fidèle à ses habitudes, Apple multiplie les annonces à l’approche du Jour de la Terre, célébré le 22 avril depuis 1970. Après avoir lancé hier un fonds de 200 millions de dollars pour soutenir la reforestation, la firme de Cupertino publie aujourd’hui son rapport environnemental annuel. Un rapport qui soulève autant de questions qu’il apporte de réponses.

La ferme solaire des California Flats, qui couvre une partie des besoins énergétiques de l’Apple Park. Image Apple.

Alors qu’elle s’est prononcée en faveur d’une obligation de publication des émissions de gaz à effet de serre, Apple publie son propre bilan de scope 3, au champ très étendu. Il ne s’agit pas seulement de comptabiliser les émissions directes (scope 1) et les émissions indirectes liées à la consommation énergétique (scope 2), mais toutes les émissions indirectes sur la chaine de valeur, de l’achat des matières premières à l’utilisation et la fin de vie des produits.

En 2020, Apple a été responsable de l’émission de 22,6 millions de tonnes de CO2e. Ses émissions directes sont extrêmement faibles, et celles liées au fonctionnement de l’entreprise représentent moins de 2 % du total. L’utilisation des produits frappés d’une pomme compte pour 19 % dans le bilan, mais leur fabrication (71 %) et leur transport (8 %) restent les principaux postes d’émission. Une centaine de fournisseurs d’Apple se sont engagés à passer à des sources d’énergie renouvelable.

Apple confirme son ambition de parvenir à la neutralité carbone d’ici à 2030. Mais la neutralité carbone ne signifie pas l’absence d’émission. En affirmant vouloir réduire ses émissions de 75 % par rapport au niveau — exceptionnellement élevé — de 2015, elle prévoit de continuer d’émettre une petite dizaine de millions de tonnes de CO2e. La neutralité passe par des mesures de compensation et de captation encore fort vagues.

Avec son projet de reforestation lancé en partenariat avec l’organisation à but non lucratif Conservation International et la banque d’investissement Goldman Sachs, Apple espère capter plus d’un million de tonnes de CO2e par an. La firme de Cupertino multiplie les projets similaires, notamment en Chine et au Kenya, ou même dans la mangrove colombienne.

Ces projets ont l’avantage de remplir d’autres objectifs en parallèle, comme la restauration des habitats naturels, mais l’inconvénient d’être extrêmement précaires. Ces arbres devront rester debout pendant des décennies, pendant lesquelles ils subiront les assauts du changement climatique et des activités humaines, pour remplir toutes leurs promesses.

La séquestration du carbone est un levier indispensable, et il faut saluer l’ambition d’Apple, mais incertain, et il faut dire qu’Apple repousse le sujet de la réduction des émissions liées à la production. Cela passe par des investissements massifs chez ses fournisseurs, notamment financés par des obligations vertes. Mais cela passe aussi, et surtout, par la baisse de la production et l’allongement de la durée de vie des produits.

Alors que son activité de services monte en puissance, une activité qui dépend moins de l’achat de nouveaux appareils que de l’utilisation des appareils existants, Apple ne pourra pas économiser ce débat (lire : Une pomme plus verte : Apple recycle et réutilise, mais peut-elle réduire ?). Est-elle prête à remettre en cause son modèle économique pour tenir ses ambitions écologiques ? Réponse, peut-être, dans les prochains rapports annuels.


avatar Paquito06 | 

@pme

"Dans ce contexte, je me demande comment peuvent s'articuler les rumeurs de l'Apple Car. Quand on voit comme il est difficile de faire des téléphones et des ordinateurs neutres en carbone, bon courage pour des voitures! "

Ca m’a aussi traversé l’esprit, surtout avec les objectifs actuellement définis à court terme, ce qui laisse a penser qu’:
1/ Apple pourrait exclure de son rapport le sous-traitant ou partenaire automobile, puisque c’est carbon heavy
2/ Apple aurait un partenariat avec un constructeur automobile et n’offrirait que des services/logiciels et ne s’occuperait pas de la partie materielle du vehicule.

avatar lll | 

Ou alors Apple équipe des communautés urbaines avec ses véhicules !

Comment, on me souffle que ce qui compte, c'est qu'un maximum de gens achètent leur propre véhicule ? Ha ! La planète et les enjeux écologiques avant tout, c'est vrai. :D

avatar Paquito06 | 

@lll

"Ou alors Apple équipe des communautés urbaines avec ses véhicules !
Comment, on me souffle que ce qui compte, c'est qu'un maximum de gens achètent leur propre véhicule ? Ha ! La planète et les enjeux écologiques avant tout, c'est vrai. :D"

On va rigoler quand les Asiats (Chinois + Indiens) voudront chacun leur vehicule 🙃

avatar Steekus | 

#greenwashing

avatar leinuo88 | 

Les telephones et ordi d’apple ont déjà ceux qui ont à durée de vie la plus longue, car ils ont généralement une deuxième voir troisième vie d’occasion.
Après, il faut qu’il y ait un certain renouvellent du matériel si on veut que le progrès technologique continue.
Faut arrêter avec la décroissance... idéologie mortifère.

avatar Derw | 

@leinuo88

« Faut arrêter avec la décroissance... idéologie mortifère. »

🥺😩

avatar Alex Giannelli | 

Aurélien Barrau, que j'apprécie beaucoup, impose la décroissance comme seule solution pour sauver la planète et l'espèce humaine. Quand on y réfléchit, cela prend tout son sens. Je profite de la qualité des commentaires : selon vous, y a-t-il une solution alternative plausible à la décroissance pour répondre aux problématiques climatique, sanitaire, humaine et animale ?

avatar matthieud | 

La décroissance ne fait pas beaucoup rêver, car ça veut dire avoir un peu moins chaque jour. Certes on consomme beaucoup de choses de manière superflue, mais ces choses sont aussi ce qui nous nourrit, par la création de valeur. On peut facilement décréter qu'on veut tout changer du jour au lendemain en arrêtant beaucoup de productions inutiles, mais le problème c'est que beaucoup d'emplois vont en pâtir (directement, via l'emploi, et indirectement, via l'investissement).

Dans le même temps, si on continue sans rien changer on va droit dans le mur. Donc il faut toujours une croissance (produire plus de valeur pour soutenir l'emploi), mais différente: plus durable et plus qualitative, et donc plus chère. En achetant moins mais mieux, on créé toujours de la valeur, mais de manière moins polluante (plus locale, plus endurante, plus maintenable, etc.).

Dans le cas d'Apple, on pourrait passer à modèle d'abonnement, où l'on achète plus son matériel mais on le loue, puis on le rend une fois l'usage terminé. Ça permettrait à Apple d'avoir moins à se soucier à réengager ses clients chaque année via du nouveau matériel, tout en s'assurant des revenus régulier. Ça permettrait aussi de récupérer plus facilement le matériel pour le recycler.

avatar Steekus | 

@matthieud

Que tu loues les bidules ou que tu les vendes c’est strictement la meme chose d’un point de vue comptable pour la planète.
Produire un truc = énergie + ressources

A 8 milliards, et probablement 10 dans 20 ans, tout le monde ne pourra pas avoir le niveau de vie d’un français, d’un ricain ou d’un chinois.

En effet la décroissance implique de moins consommer, de moins voyager etc...
Tant que posséder plus que son voisin sera considéré plus «  cool » que l’inverse on n’y arrivera pas.

avatar matthieud | 

Si louer t'amènes à moins consommer, on y gagnerait. Si Apple (et les autres du secteur) se mettent à louer leur matériel, ils ont peut-être moins d'intérêt à renouveller régulièrement leurs gammes, et donc à donner envie aux gens d'être "cool" comme tu dis en ayant le dernier gadget.

Moins consommer, moins voyager veut dire détruire des emplois, donc il faut penser à comment on compense la perte d'emploi. Je crains que juste dire "merci de moins consommer" ne suffise pas, car cela a des conséquences économiques directes, et pas que pour les plus aisés.

avatar Steekus | 

@matthieud

Je n’ai pas la solution.

mais à mon sens le « leasing » pousse les gens à changer régulièrement ( je prend l’exemple de quelques amis qui font du leasing auto, et qui change de voiture tous les 3 ans..).

Bien sûr qu’il faudra ré-orienter une partie des emplois ( dans l’agriculture de proximité, le maraichage, les circuits courts, le low tech, etc..)

Et sortir un peu les gens des villes au profit des ‘campagnes’
La ville est un lieu de vie non résiliant, qui ne produit rien d’autre que du service.
Une ville sans flux de marchandises entrant ne tient pas plus d’une semaine avant que cela devienne MadMax.

avatar matthieud | 

En fait je me dis le modèle de location permet de faciliter l'économie circulaire: plutôt que garder le matériel informatique dans les tiroirs, faute de savoir qu'en faire, on le rend systématiquement au constructeur qui le remet en état ou le recycle. Aussi avec des modèles d'abonnement dégressifs on pourrait inciter à garder plus longtemps son matériel, d'autant plus si on a la garantie qu'il soit repris.

Oui c'est intéressant de retrouver les campagnes et les emplois manuels. Mais pour qu'on accepte de le faire il faut bien les rémunérer - peut-être en taxant plus justement l'achat neuf des produits non essentiels/luxueux ?

avatar Steekus | 

@matthieud

Je suis d’accord
Mais j’ai l’impression que les accros au dernier ibidule font déjà une sorte de leasing, en revendant leur joujou chaque année sur Le Bon Coin pour compenser le nouvel achat.

avatar Brice21 | 

@Steekus

"qui ne produit rien d’autre que du service"

Elle produit surtout des humains.

avatar Steekus | 

@Brice21

Oui mais pas de quoi les nourrir.

avatar spezzic | 

@matthieud

Parce que vous trouvez que depuis des decennies on cree de l’emploi ? Bien sur que non ! Les investisseurs sont bien trop laches pour ne pas vouloir un retour sur investissement sitôt l’argent versée. Et la rentabilité des entreprises aujourd’hui est synonyme de réduction de masse salariale pour gaver les actionnaires qui en veulent toujours plus sans bouger leur cul de leur fauteuil ! Alors on licencie meme dans les entreprises qui sont largement bénéficiaires ! La decroissance ne veut pas dire arreter de faire... c’est faire autrement. Dans toutes les grandes mutations de sociétés des metiers ont disparu et d’autres ont été inventés. Je ne vois pas pourquoi il en serait pas de meme pour une reforme en profondeur de notre système actuel.

avatar matthieud | 

Vous dites "Parce que vous trouvez que depuis des decennies on cree de l’emploi ?" puis "Dans toutes les grandes mutations de sociétés des metiers ont disparu et d’autres ont été inventés." n'est-ce pas une contradiction ? Oui je crois qu'il y a aujourd'hui de l'emploi, et qu'il faut sauvegarder (je n'ai pas dit que tout le monde avait un emploi, ni un emploi parfait).

Aussi je ne suis pas sûr qu'opposer les méchants patrons et actionnaires aux gentils salariés aide à changer notre façon de vivre. Nous sommes tous des agents économiques avec nos propres motivations. Et dans un modèle de décroissance, je crains que tout le monde (patron, actionnaire, employé, indépendant, etc.) soit perdant.

Enfin on est pas en désaccord ici sur le besoin de réinventer la société, mais je dirais plutôt avec une croissance différente, où les coûts carbonne et social soient comptabilisés notamment, que simplement moins de croissance.

avatar Brice21 | 

@AlexG

"seule solution pour sauver la planète et l'espèce humaine"

Ni la planète, ni l’espèce humaine ne sont en danger. Par contre la destruction de leur habitat mets surtout en danger des espèces animales. Et ça, c’est un vrai problème.

avatar Brice21 | 

@AlexG

"y a-t-il une solution alternative plausible à la décroissance "

Oui : le progrès scientifique et technique en général. Depuis deux siècles c’est le progrès qui nous à permis de produire de quoi nourrir 10 milliards d’etres humains et d’éradiquer des famines, de combattre les épidémies, de produire de l’énergie nucléaire à bas coût, d’augmenter l’espérance de vie et de soigner les malades, de réduire le niveau de pauvreté et de réduire le nombre de guerres.

Les théories écolos sont surtout du blabla et des techniques régressives sans résultats autres que de produire une génération d’apeurés, aux croyances millénaristes et régressives.

avatar Steekus | 

@Brice21

De quoi nourrir 10 milliard d’humains.... pas tous au même régime alors...

Produire de l’énergie nucléaire... ça concerne moins de 10 pays...

Réduire la pauvreté... faudra le dire aux 2,8 milliards qui vivent avec moins de 2$/jour

Notre confort occidental ne concerne pas l’ensemble de l’humanité... le changement climatique oui.

Mais c’est beau de s’en remettre au Progrès en pensant que notre mode de vie actuel est durable, ça évite de se poser des questions.

avatar Steekus | 

@Brice21

« Oui : le progrès scientifique et technique en général. Depuis deux siècles c’est le progrès qui nous à permis de produire de quoi nourrir 10 milliards d’etres humains et d’éradiquer des famines, de combattre les épidémies, de produire de l’énergie nucléaire à bas coût, d’augmenter l’espérance de vie et de soigner les malades, de réduire le niveau de pauvreté et de réduire le nombre de guerres »

Et j’ajouterais que le progrès dont tu parles ( un peu moins de 2 siècles) n’a qu’une seule origine : le pétrole.
Ce formidable concentré d’énergie, généreusement offert à l’Homme, facile à extraire et à transporter est la seule raison des 8 milliards d’habitants et de la liste non exhaustive citée plus haut.
Pas de pétrole = pas de machine = pas d’agriculture à haut rendement = pas de centrale nucléaire = pas d’hopitaux = pas d’iphone.
Le pétrole est la seule raison aux progrès fulgurants dans les tous ces domaines au 20e siècle. La seule raison pour laquelle on est en train de tranquillement tapoter sur nos ordi, la seule raison que nos aliments ( emballés et conservés dans un dérivé du petrole) sont arrivés jusqu’à nous et sont au frais dans une machine, pendant qu’une autre machine nettoie nos fringues, etc...
Il y a 2 soucis avec ce mode de fonctionnement :
une quantité limitée
La combustion de cette énergie miracle qui produit du CO2

On ne retournera jamais au Moyen Age, car l’homme maitrise désormais l’electrocmagnétisme, on sait produire de l’électricité avec du vent, de l’eau, du soleil mais pas dans les quantités consommées...
Il va donc falloir sérieusement revoir nos modes de vie et faire un trait sur certains éléments de confort. De grés ou de force.
Autant en avoir conscience.

avatar Brice21 | 

@Steekus

"Il va donc falloir sérieusement revoir nos modes de vie et faire un trait sur certains éléments de confort."

On verra ça. Moi je pense que le comfort va augmenter de plus en plus rapidement avec l’accélération de la science due au progrès foudroyants de l’informatique, de la science des données (dont le deep learning), des biotechnologie (talen, crispr cas9, onoff, arn messager) et des réacteurs nucléaires à neutrons rapides au sels fondus. Quand on aura plus de pétrole (et on en a encore pour plusieurs siècles), on aura encore des idées.

Je prends les paris qu’on ne va aller que de progrès en progrès, et que les partisans de la décroissance et de la régression, les collapsologues et autre prédicateur d’extinction rebellions resteront sur le banc de l’histoire humaine comme des spectateurs d’un mouvement inexorable qui les dépassera toujours : la soif de connaissance insatiable de l’homme et son besoin inexorable d’inventer et bâtir on futur.

avatar Steekus | 

@Brice21

Moi je mise tout sur l’aspirateur à CO2 de Dyson, le petit train de l’espace filant à la vitesse de la lumière de Musk et l’IPhone en feuille de papyrus.

avatar Brice21 | 

@Steekus

Tu es un petit rigolo toi. C’est top. Quand on a plus rien à répondre, il reste toujours les blagounettes.

avatar Steekus | 

@Brice21

Bah je vais avoir du mal à accepter ton pari : le progrès nous sauvera tous et nous allons péter dans la soie jusqu’à la fin des temps.
Ni toi ni moi ne serons là pour voir si tu avais raison.

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