Quand Gil Amelio comparait Mac OS à un Cessna au bord du crash

j-b.leheup |

Alors que les keynotes s’enchainent et se ressemblent depuis quelques années, avec leurs mises à jour d’iPhone, d’iMac et de systèmes d’exploitation, on peine à imaginer aujourd’hui à quel point certaines de ces conférences ont été décisives dans le passé.

Ainsi, en janvier 1997, Apple vient de racheter NeXT, l’entreprise fondée par Steve Jobs après son départ d’Apple. Lors du keynote inaugural de la MacWorld Expo de San Francisco, au moment d’inviter Steve Jobs sur scène, le CEO de l’époque Gil Amelio prend quelques minutes pour expliquer pourquoi Apple a acheté NeXT, et pourquoi elle renonce ainsi à développer son propre système d’exploitation au profit d’OpenStep.

Gil Amelio. Capture de la vidéo du keynote.

Pour bien se faire comprendre du public, Amelio prend un exemple tout simple : imaginons un instant que Mac OS ait été un avion. Disons par exemple, un beau petit Cessna tout simple et très efficace à l’origine. C’est le Macintosh original, en 1984.

Le petit avion de Gil Amelio.

Oui, mais voilà : le temps passe, et il devient nécessaire d’intégrer de nouvelles fonctions au système. Il faut ajouter des passagers à l’avion, et de la place pour les bagages. Amelio ne le dit pas, mais il parle là du Système 6 de 1988, avec son système multitâche intégré, nommé MultiFinder.

Et puis d’autres fonctions, et puis d’autres, encore et encore. Remarquez que l’avion commence à être à la peine, malgré les petites modifications apportées à son moteur… On pense alors au Système 7 de 1991, qui est encore à la manœuvre quand Amelio prononce son discours, après d’innombrables mises à jour l’ayant mené à la version 7.5.5

Et puis un beau jour, il faut remplacer le moteur : c’est la bascule du processeur 68k au PowerPC, tellement plus puissant qu’il est représenté par des réacteurs ajoutés sur la carlingue. Mais le moteur d’origine est toujours là, comme l’étaient les héritages du Mac original, des lignes de codes qui n’avaient pas pu être réécrites pour le PowerPC, pour garantir la compatibilité des logiciels lors de ce grand chambardement.

Bref, ce n’est vraiment pas la bonne manière pour concevoir un avion. Ni un système d’exploitation. Gil Amelio, avec le pragmatisme qui le caractérise, vient de reconnaitre que Mac OS, hérité du premier Macintosh de 1984, n’est plus une base viable pour l’avenir. À force de retouches et de modifications, ce système rencontre des problèmes de stabilité, de performance et de prévisibilité. Les utilisateurs de Mac au milieu des années 90 pourront témoigner de ces erreurs système qui pouvaient survenir de manière aléatoire, sans qu’il soit toujours possible de comprendre ce qui les avait provoquées.

Nouveaux processeurs, nouvelles applications, développement d’internet et du multimédia, utilisation en réseau… En 1997, il était devenu indispensable de changer les bases mêmes du système, car Mac OS était incapable de répondre aux exigences d’un système moderne : mémoire protégée, multiprocesseur, multitâche préemptif… Il avait donc été décidé de créer un nouveau système reposant sur deux piliers.

D’un côté, les anciennes applications, privées des avantages du nouveau système (lire : De NeXTSTEP à SwiftUI, comment Apple a réarchitecturé ses systèmes). De l’autre, de nouvelles applications s’appuyant sur les avancées du nouveau système. Et ce système, c’est donc OpenStep, acheté en même temps que NeXT.

Bénéfices pour Apple : elle gagne en stabilité, en performance, en vitesse de développement et de traduction, en facilité d’administration, en multimédia, en communication, et en capacités professionnelles. Et surtout, elle gagne Steve Jobs, qui fait alors son entrée sous un tonnerre d’applaudissements.

La suite, on la connait. D’abord nommé comme simple conseiller, Steve Jobs obtiendra la tête de Gil Amelio, et celle de l’entreprise, après quelques mois. La gestation de Mac OS X sera pénible, mais couronnée de succès (lire : Rétro MacG : Mac OS X est désormais plus vieux que Mac OS).

Vous pouvez retrouver sur YouTube la vidéo de cette conférence, durant laquelle Steve Jobs présente son système OpenStep en une vingtaine de minutes, devant une assistance souvent médusée par la puissance et la souplesse du système.

avatar NEWIPHONE76 | 

Vidéo non disponible 😔

avatar Ali Baba | 
avatar WingmanTed | 

Merci pour ce petit rappel d’histoire de la pomme!☺️

avatar stemou75 | 

Dans le titre c’est Mac OS 7 hein ..... Putaclick.

Gil Amelio a fait le bon choix pour Apple (mais pas pour lui 😂).
NextStep était en avance. Il ne s’est pas vendu à cause des prix délirants des machines NexT.
Il faudra quand 3 ans pour sortir Puma et encore c’était très buggé au début.

avatar Doctomac | 

Le premier Mac OS X (10.0), ce n’était pas Puma mais Cheetah.

avatar Phiphi | 

@stemou75

"Putaclick"

Non : le titre au passé et l’os sans X, il suffit de ne pas être crétin pour comprendre que c’est de l’histoire et pas de l’actu.

avatar Christophe Laporte | 

@Phiphi

D’ailleurs si on veut être complet on disait System 7. Et c’est à cette époque qu’Apple a commencé à le renommer Mac OS. Et les deux mots étaient séparés.

avatar occam | 

@stemou75

"NextStep était en avance. Il ne s’est pas vendu à cause des prix délirants des machines NexT. "

En avance : exact.
Prix délirants : inexact, quand on les compare à l’offre.
Pas vendu à cause de : là, c’est carrément faux.

• Dès mai 1993, NeXTSTEP était compilé et distribué sur Intel i386.
• Dès février 1995, NeXTSTEP est disponible en versions RISC et CISC, pour les architectures majeures de l’époque : SPARC, PA-RISC, Intel et, bien entendu, m68k.
Dès lors, on le retrouva très vite un peu partout.

Pour un OS aussi différent, sans parler de son côté innovant, se frayer un chemin face à la déferlante Microsoft et aux géants -ix de l’époque n’était pas une mince affaire. Le succès d’estime acquis par NeXTSTEP en relativement peu de temps était remarquable. Je me souviens de bon nombre d’adeptes qui craignaient, avec raison, que la mainmise d’Apple ne finisse par suffoquer cet outil qui promettait une belle universalité.
On n’imaginait pas Apple échappant à ses vieux démons, et l’on craignait un Steve Jobs revenant aux siens. Comme on l’a vu, encore une fois, avec raison.

avatar Albator1138 | 

@ occam

> Prix délirants : inexact, quand on les compara à l'offre

l'OS était-il vendu indépendamment du Black Hardware avant l'arrêt de la production de ce dernier ?

Je me souviens de prix (très) élevés des machines NeXT, oscillants entre 40.000 et 100.000 francs français.

Certes, comme vous le dites, l'offre proposée était techniquement remarquable,
mais la concurrence (SUN) n'était-elle pas moins chère ? (je ne me rappelle plus du tout leurs prix).

N'oublions pas aussi que le marché prioritaire visé, les universités, avait moins de budgets que les entreprises privées.

avatar occam | 

@Albator1138

Bonnes questions.

Je ne crois pas pas que l’OS ait été officiellement disponible avant que NeXT ne se résigne à l’arrêt des bécanes. Mais il faudrait vérifier.
Ce qui est certain, c’est que la décision de l’offrir indépendamment de la plateforme et de l’architecture qui l’a fait vraiment décoller.

Les prix : en termes absolus, c’est vrai, ils étaient très élevés. Mais comparés à de banales workstations -ix d’un ordre de grandeur guère plus abordable, le paquet était remarquablement complet.

SUN : c’est à eux que je pensais en premier lieu en référence aux « géants -ix de l’époque », mais aussi à Silicon Graphics. Ils avaient une offre beaucoup plus étagée. Mais pas le même niveau d’intégration, ni de solutions clé en main, à ce niveau de prix.

Reste le point le plus douloureux, le marché scientifique/universitaire. L’institut où je travaillais à l’époque avait déboursé environ 4x ou 5x le prix d’un « cube noir » pour une station Pr1me, dont je connaissais surtout le service de dépannage. La direction étant décidée à rentabiliser ce gouffre, coûte que coûte, un NeXT n’avait aucune chance. On m’a raconté le même genre de mésaventure un peu partout où je suis allé, sauf au CERN, avec les conséquences heureuses que l’on sait. Conclusion : dans ce domaine, Jobs a raté sa cible d’un mégaparsec.

avatar Albator1138 | 

@ occam

Sans oublier la phrase de Billou qui avait déclaré à l'époque :

"Develop for it ? I'll piss on it !"

avatar fabricepsb71 | 

@stemou75

faut arrêter de voir des putes partout :-)

avatar iPop | 

@stemou75

Oui en gros presque 6 ans avec un système cul de jatte et il y en a qui arrivent de se plaindre d’iOS.

avatar MarcMame | 

@stemou75

"Gil Amelio a fait le bon choix pour Apple"

Pas un choix mais une nécessité.

avatar stemou75 | 

@MarcMame

Il y avait d’autres choix possibles qui ont été envisagés comme BeOS ou même Windows NT.

avatar nasper70 | 

Quelqu’un a vu le film Steve Jobs sur Nextflix?

avatar Grahamcoxon | 

@nasper70

Oui et j ai pas du tout aimé. Me suis ennuyé.

avatar Doctomac | 

Keynote mythique....

avatar pocketalex | 

@Doctomac

+1, surtout le moment de l'arrivée de S Jobs et sa prise de parole

Pour le reste, c'était quand même du grand n'importe quoi. Entre G Amelio qui est mollusque au possible, affalé, accoudé, limite il va aller pioncer, et le grand Marajah à la fin en descente de splif ... On navigue entre le cirque Pinder et la réunion de babos anonymes

avatar marenostrum | 

tes images sont floues (sur un écran Retina). il faut renouveler ta machine gars, avant toute chose.

on dirait un prêtre pour cet italo-americain. on comprend aussi pourquoi Jobs s'habillait plus en costume, mais en jeans.

avatar Bounty23 | 

macOS a énormément de qualité mais faut admettre que c’est aussi une cata sur plein de points. La gestion d’écran externe, pas de support au delà de 60hz, 0 optimisation pour les jeux, l’abandon d’Open Cl/Gl et j’en passe.

Mais j’adore ce système.

avatar marc_os | 

@Bounty23

Au sujet de la gestion d’écran externe, tu aurais dû voir la gestion par Windows à l’époque. Ce qui me faisait marrer, c’était de voir Excel s’ouvrir, affichant son logo et dialogues « au milieu », à cheval entre les deux écrans...
Sur Mac, tu pouvais optimiser l’affichage en fonction des caractéristiques des écrans. Par exemple, si tu plaçais une fenêtre à cheval entre les deux, l’un en noir et blanc, l’autre en couleurs, tu pouvais par exemple utiliser des pattern faits de points ou traits N&B d’un côté et des couleurs de l’autre...

PS: Admirez le bogue ci dessus :
J’ai saisi « N & B » sans espace, et regardez le résultat ! En plus, en mode édition comme là présentement alors que j’édite mon commentaire, je retrouve ce que j’ai saisi. Visiblement c’est l’affichage qui bogue. Soit dans l’app, soit côté serveur où pourraient avoir « htmlisé » l’éperluette.
PS 2: Même bogue avec espaces comme vous pouvez le voir.
C’est sûr, devoir gérer un sous ensemble réduit de balises HTML et de pseudo Markdown, c’est trop dur. Le pire, c’est que désormais il est devenu impossible d’implémenter le support du vrai Markdown sans casser l’affichage des commentaires utilisant ce machin qui utilise * au lieu de _ !!!
Dites macg, vous avez confié le développement de la chose à un stagiaire de Pôle Emploi ?

avatar Bounty23 | 

@marc_os

Ouais « à l’epoque » mais je parle de macOS 2019 la... :((

avatar marc_os | 

@Bounty23

Pas de support au delà de 60 Hz ?
Sources ?

Quant au reste, tu peux dire merci à l’industrie des jeux qui a refusé d’utiliser OpenGL préférant les techno propriétaires de M$ pendant des décennies. Du coup Apple a développé Métal par exemple.

avatar Bounty23 | 

@marc_os

Bah y’a pas besoin de citer une source branche un écran qui a plus de 60hz et tu verras que ça marche pas c’est tout... c’est ce que j’ai chez moi comme installation (144hz) et macOS veux pas plus que 60.

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