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Le Macintosh inspiré par la révolution du livre à la Renaissance, une interview de B. Rives

Yama | | 12:32 |  29
Bruno Rives nous a accordé une interview exclusive pour la sortie de son livre Aldo Manuzio, passions et secrets d'un Vénitien de génie, édité par Librii en édition papier et version électronique enrichie.

Le livre est une docu-fiction sur Aldo Manuzio, le grand imprimeur et éditeur de la Renaissance. C'est à lui que l'on doit l'invention du premier « livre de poche ». Il fut en Europe un des principaux contributeurs à l'essor du livre et à la diffusion du savoir.

Quel rapport avec la Pomme ? Eh bien, les inventeurs du Macintosh ne se cachent pas d'avoir été inspirés par l'illustre figure de la Renaissance italienne qu'est Manuzio. Bruno Rives, qui a travaillé chez Apple de 1981 à 1986 est bien placé pour le savoir.

C'est pourquoi il a fait d'Aldo Manuzzio le héros de son livre. Un héros de la race des Léonard de Vinci, érudit et doué en tout, sachant aussi bien faire progresser les techniques de l'imprimerie que contribuer aux contenus des livres par des préfaces savantes. Ce livre ne cesse de nous renvoyer en sourdine à la saga d'Apple, il donne des clés pour comprendre ce qu'est une révolution technologique qu'elle soit de 1501 ou de 1984.

Bruno Rives, nous allons parler avec vous de l'innovation au sens large, de votre passion pour Aldo Manuzio, de votre travail sur le papier électronique, en passant par votre expérience chez Apple. Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis passionné par les formes inédites d’accès à la connaissance qu’offrent les nouvelles technologies. En relation avec les équipes de Cupertino, j'étais en charge du lancement du Macintosh en France, mais je me laissais aller à programmer un peu d’assembleur et de Pascal, ce qui me donna accès au cercle des concepteurs, designeurs et ingénieurs. Steve Jobs me parlait assez facilement, il m'expliquait sa vision de la technologie, mais aussi sa stratégie de marque et les bouleversements qu'une interface instinctive associée à une informatique personnelle allaient provoquer.

J'ai quitté Apple à l'arrivée du Macintosh II. Il ressemblait à un PC, et même si Apple revenait aux sources avec le SE/30, j’avais été trop impressionné par le Mac128k.

Par la suite, j'ai fondé des activités dans le domaine des technologies de l'information, j'ai travaillé aussi dans le secteur de la marque, en créant une filiale de BBDO, agence-conseil en communication, en 1987. J'ai fait un tour par l'Interactive Agency californienne d'Apple, de Nike et de Sony. La France n'avait pas encore pris la mesure de l'Internet : c'était là-bas que tout se passait.


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Puis, j'ai créé Tebaldo en 2000, un observatoire des tendances et usages des nouvelles technologies, qui organise des événements autour du papier électronique, d’Apple, et de la robotique apprenante. J'ai cofondé Ganaxa, designer de plateformes e-paper, ainsi que Librii, une maison d’édition.

Concernant mon livre, c'est en recherchant l'origine du nom du logiciel de mise en page Aldus Pagemaker que j'ai rencontré Aldo Manuzio. Alan Kay, personnage clé à Xerox Park dans les années 70, grand visionnaire du livre électronique, en avait fait son héros. On le croisait à l'époque dans les locaux d'Apple, et c’est auprès de lui que Steve Jobs s'est nourri pour réaliser le Macintosh. J'ai commencé à écrire ce livre en constatant à quel point Aldo Manuzio était méconnu. Le parti-pris romanesque me semblait le plus approprié pour toucher le plus grand nombre. J'ai enquêté, consulté ses ouvrages, dont le mythique Hypnerotomachia dont je parle beaucoup dans mon livre. Un grand nombre de mes recherches a été rendu possible par l'Internet ; il m'aurait fallu plus d'une vie pour remonter la piste d'ouvrages anciens éparpillés aux quatre coins du monde.

L'histoire a davantage retenu la figure de Gutenberg que celle d'Aldo Manuzio. Pouvez-vous préciser les apports de chacun ?

L'imprimerie remonte à bien avant J.-C. mais c'est en Chine qu'un certain Pi-Cheng invente l’imprimerie à caractères mobiles au XIe siècle, qui se voit freinée dans son développement à cause de la quantité de sinogrammes à graver.

En Occident, Gutenberg et Aldo Manuzio sont impliqués dans des métiers très différents. Le premier est imprimeur, le second est un professeur de grec, frustré de voir ses élèves sans livres. Il va perfectionner les ingrédients de imprimerie naissante qui font toujours et encore le livre moderne.

Pour ses propres éditions, riches et commentées, il perfectionne les poinçons, l'encre et le papier, relève le défi des signes difficiles, voire impossibles à imprimer. Il invente des ponctuations, des techniques pour l'espacement proportionnel, le tout dans un format, in-octavo maniable et peu encombrant. Il publie non seulement les grands textes grecs, mais aussi l'italien courant qui n'avait jamais été imprimé.
Gutenberg a beaucoup expérimenté et connu de nombreux échecs jusqu'à revenir au point mort : la xylographie. Il a peut-être initié un grand mouvement en Europe, mais le mérite revient surtout au marchand vénitien Jacob di Salomone d'avoir rapporté de Chine, avant Marco Polo, la description des techniques chinoises.

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29 Commentaires Signaler un abus dans les commentaires

avatar DrFatalis 11/08/2008 - 17:17

Il est intéressant de voir l'état de l'art en ce qui concerne le livre électronique. Pour l'instant, comme le dit mr Rives sur son blog, les éditeurs sont dans la situation des compagnies maritimes transatlantiques qui voyaient passer des biplans au dessus de la cheminée de leurs navires dans les années 20... Il y a un énorme marché pour ce qui est de la lecture , il ne manque que l'interface assurant la facilité d'interaction avec l'écrit. Journaux, ouvrages techniques d'un poids respectable, encyclopédies, revues...gagneraient à être proposées à pris très modique, en version électronique. Je crois d'ailleurs que c'est ce qui freine: les éditeurs sont tous contents de vous vendre le moindre roman 20 euro, le moindre ouvrage technique 50 à 100 euros, et ne peuvent imaginer le jour ou tout cela sera dispo à 0,99 euros... Personellement, je suis énervé à chaque rentrée de voir les gamins acheter les grands classiques (les molières etc) alors que depuis longtemps leurs oeuvres, libres de droits, sont gratuitement disponibles sur la toile...

avatar Anonyme (non vérifié) 11/08/2008 - 18:04

Ce n'est pas parce qu'on est les derniers venus sur cette planète qu'on est les plus malins. Avec nos bidules high tech, nous serons pour ceux des siècles prochains (enfin, si tout va bien !) aussi exotiques que les contemporains de Manuzio nous apparaissent aujourd'hui… et qui le sont bien moins qu'on le pense, dès qu'on se penche sur la question. La preuve, cet article qui nous "décolle" de nos écrans. C'est toujours bon à prendre.

avatar nlex 11/08/2008 - 19:56

intéressant !


avatar nlex 11/08/2008 - 19:57

@ DrFatalis et alors ? un livre c'est irremplaçable !

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