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La MPAA va faire son cinéma au W3C

Stéphane Moussie | | 19:01 |  11

La Motion Pictures Association of America (MPAA), puissant lobby de l'industrie du cinéma américain, compte maintenant parmi les membres du W3C, l'organisme de standardisation du web.

« Nous sommes enthousiastes à l’idée de rejoindre le W3C et nous avons hâte d’écouter, d’apprendre et de contribuer », a déclaré Alex Deacon, senior vice-president de l'association interprofessionnelle. Cette arrivée intervient juste au moment où le W3C étudie le controversé système Encrypted Media Extensions, un cadre standardisé qui permet la mise en place de DRM pour les vidéos (lire : Le W3C valide la protection anticopie des vidéos HTML5). L'EFF, un organisme de défense des droits des internautes, estime que le W3C a cédé le contrôle de l'utilisateur aux producteurs de contenus.

La MPAA est particulièrement active dans la lutte contre les téléchargements en dehors du circuit marchand. Son dernier fait d'armes majeur est la fermeture d'IsoHunt, un des trackers BitTorrent les plus populaires. Le bras armé des majors d'Hollywood a également soutenu des projets de loi polémiques comme Stop Online Piracy Act (SOPA). Le concept de SOPA était de faire bloquer au États-Unis par les fournisseurs d'accès Internet tout site internet considéré comme promouvant la violation du copyright (lire : SOPA, un super Hadopi à l'américaine). Devant le tollé général, la Chambre américaine n'a pas voté le texte.

« Vous pouvez cliquer, mais vous ne pouvez pas vous cacher », une campagne de la MPAA pour lutter contre le téléchargement en dehors du circuit marchand - Photo Seth Anderson CC BY-SA

« Sans l'utilisation de DRM, les consommateurs honnêtes n'auraient pas de consignes et pourraient éventuellement en venir à ignorer totalement le copyright et devenir par conséquent des pirates causant d'importants dommages aux créateurs de contenus », avait déclaré en 2006 le patron de la MPAA.

Les prises de positions de la MPAA sont donc diamétralement opposées à la mission du W3C qui est notamment d'assurer « la valeur sociale du web [permettant] la communication humaine, le commerce, et le partage des connaissances. » Entourée de 390 autres membres, la question est de savoir si la MPAA parviendra à influer sur les choix de l'organisation, dont celui portant sur la mise en place des Encrypted Media Extensions.

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11 Commentaires

avatar oomu 08/01/2014 - 19:41

Imaginons qu'un "DRM" soit facile à activer sur les contenus que nous (particuliers, organisations, hébergeurs, entreprises, intermédiaires, artistes) mettons en ligne et que nos machines le respectent, via nos navigateurs et les serveurs web, le tout abordable et standardisé.

Une fois un tel système simple de verrouillage de contenu dans les navigateurs, nous découvrirons que tout est "sous droit d'auteur ou potentiellement".

Plus exactement:

- il n'est pas toujours facile de savoir si quelque chose est sous domaine publique ou non. Mieux vaut donc mettre sous DRM, au cas où.

- il n'est pas toujours évident de savoir ce qui relève du droit à l'illustration (et qui est très différent du "fair use" des USA), mieux vaut donc mettre sous DRM, au cas où.

- On va pas embaucher une armée de zombies pour tagguer ni bloquer tout le monde à priori. On va donc utiliser des algorithmes, des programmes zélés qui marqueront autant que possible un contenu comme sous copyright ou droit d'auteur. Ho bien sur vous aurez un recours, après le fait, tel youtube. L'effet immédiat, c'est que potentiellement tout peut être marqué et être bloqué et votre ordinateur obéira poliment, sur simple demande administrative d'un ayant droit partenaire ou Etat. Par effet de bord, le système peut être amené à brider du contenu libre.

- les lois des différents pays sont contradictoires. Les régimes de domaine public ne sont pas les même. Le net étant international, c'est la loi la plus forte et contraignante qui s'appliquera partout par effet de bord. Vu qu'on centralise (youtube, Facebook, flickr, etc) les contenus ou qu'il est facile de partager à tous à tout pays, pour éviter les abus, il sera + facile de mettre TOUT contenu sous DRM, même ceux du domaine publique, au cas où. Ce qui est du domaine publique en France, peut ne pas l'être au Canada. Alors on mettra sous DRM aussi, avec autorisation aux seuls français géolocalisés. Même un particulier avec son blog wordpress peut être amené à raisonner ainsi.

- Pour qu'un système de DRM soit fonctionnel, il faut que par définition ce qui n'est pas géré sous le DRM soit considéré comme NON autorisé. C'est le principe de fonctionnement de HDCP par exemple.

- Un hébergeur, un auteur de blog, un diffuseur, un amateur, aura tendance à activer DRM pour TOUT contenu (même de lui) pour limiter la diffusion si éventuellement il a mis en ligne quelque chose qu'il n'aurait pas du (erreur sur l'auteur, erreur sur la licence, etc). De fait, bien des contenus seront bridés pro-activement, au cas où.

L'utilisateur moyen ne sera pas embêté ? Peut être: il aura son ordi standard, des usages standards, avec un logiciel standard. Mais tous ce qui est sera à la périphérie, nouveau, différent, innovateur, pas encore reconnu et géré par les autorités sera ostracisé de fait. L'inertie sera un problème.

Il est donc peu susceptible que même avec le W3C dans le coup, on finisse par avoir un système de gestion standard et global des contenus transitant par les navigateurs, tellement cela serait des plus frustrants.

Mais cependant, si on réalise qu'il y a toujours contamination du domaine privé sur le domaine publique (par remix, par erreur, par pays différents, par le traitement différent et complexe des oeuvres selon leur nature, etc), il faut être attentif aux pratiques, services en lignes et logiciels qu'on va nous faire bouffer à l'avenir.

avatar Bigdidou 08/01/2014 - 22:30

C'est apocalyptique, ce que tu nous décris (prédis, j'espère pas...).

avatar oomu 08/01/2014 - 22:50

volontairement

Mais je veux rappeler qu'il est facile de "propriétariser" le domaine publique et de nous retrouver avec toutes sortes de contenus restreints alors même qu'ils n'auraient pas besoin de l'être.

Un peu comme une app gratuite, libre, sous licence autorisant explicitement la copie/échange/modification/etc se retrouve sous DRM fairplay Apple parce que distribuée via l'App Store. App Store obligatoire sur iOS (sauf à compiler et signer soi même une app).

Idem avec ibooks: qu'importe la licence, âge du texte ou le souhait de l'auteur, TOUT livre distribué (gratuit compris) par ibooks store est sous DRM (lisible que sur ipad/iphone/mac donc).

On a donc bien une DRMisation d'oeuvres libres de droit. Ho bien sur, un vieux sherlock holmes peut être mis en ligne en n'importe quel format par n'importe qui, et il ne sera pas bien dur de le trouver. Mais on voit bien la nature absolutiste de l'industrie (dont fait partie Apple).

avatar Switcher 09/01/2014 - 16:10

Brillant, un peu pessimiste - mais je pense qu'on s'en rapproche hélas…

avatar oomu 09/01/2014 - 19:03

merci. j'ai exagérément fait pessimiste (en suivant la logique de l'industrie à son paroxysme) pour rappeler combien ça peut aller vite.

avatar NAVY7GAS 08/01/2014 - 20:11via iGeneration pour iOS

Comment t'as fait pour envoyer un post de 5000 caractères ! ?

avatar macouillelafrip... 08/01/2014 - 21:07

Partager ça ne veut pas dire voler. Je ne vois pas en quoi la MPAA est en contradiction avec le W3C.

avatar oomu 08/01/2014 - 22:54

jusqu'à présent, le W3C a toujours explicitement travaillé à se tenir à l'écart de toute technique de restriction de la lecture de contenu web.

Et l'une des missions du W3C est l'écriture de normes libres et ouvertes. Hors, DRM ne peut PAS être "libre et ouvert". Le W3C va (supposément) donc accoucher d'un mécanisme permettant d'indiquer un greffon binaire qui contient le fonctionnement proprement dit du DRM.

avatar macouillelafrip... 08/01/2014 - 23:13

Libre et ouvert ne veut pas dire violer la propriété intellectuelle. Je pense qu'au pire ils baliseront des drm moins contraignantes et plus respectueuses de l'utilisateur.
Tout le monde veut tout gratis mais personne ne supporterait de ne pas être payé. Si les gens étaient intellectuellement plus honnêtes, on aurait pas besoin de contraintes.

De toute façon, rien n'est encore fait et rien ne dit que le MPAA arrivera à faire pression. Faut arrêter de crier à la prostitution. Des bonnes choses peuvent émaner de ce genre d'alliance inattendue.

avatar Orus 09/01/2014 - 20:25

MPAA = Mafia.

avatar macouillelafrip... 09/01/2014 - 20:29

Le penser ça te donne meilleure conscience quand tu télécharges des films?