Fermer le menu

Souvenirs de la visite de Steve Jobs au Xerox Parc

Florian Innocente | | 22:33 |  56

« Comment c'était au Xerox Parc lorsque Steve Jobs est venu y faire un tour ? », c'est à cette question qu'Alan Kay a répondu sur Quora le mois dernier (via). Ce n'est pas l'unique témoignage de première main de cette démonstration faite en 1979 à Jobs et quelques-uns de ses meilleurs développeurs. Mais c'est toujours intéressant puisqu'il s'agit de l'un des événements fondateurs de l'informatique moderne.

L'Alto

Kay rappelle d'abord un fait important, les gens d'Apple n'ont pas été les premiers à voir fonctionner, en exclusivité, l'interface graphique imaginée au Parc. Une démo qui les confortera dans leur ambition de créer quelque chose de graphique, de plus convivial que les interfaces en lignes de commandes d'alors. Le Lisa était déjà sur les rails mais son développement fut réorienté à la suite du passage au Parc.

« Il est utile de comprendre que beaucoup de gens (peut-être même un millier ou plus) avaient vu des démos de l'Alto ainsi que de Smaltalk avant Steve », souligne Kay qui rejoindra plus tard Apple.

Beaucoup l'avaient vu au travers de publications contenants des photos. Il donne en exemple un article paru en 1977 dans un magazine lu par environ 2,5 millions de personnes…

Jobs n'avait pas été le premier mais avec sa délégation il fut l'un de ceux qui comprirent très vite la richesse et le potentiel inexploité de ce que Xerox avait entre les mains.

Kay raconte ensuite que Jobs n'avait même pas tout vu de la démonstration de l'interface graphique. Le co-fondateur d'Apple dira plus tard qu'elle l'avait fasciné au point de ne pas avoir accordé une grande attention aux autres démos des stations Alto reliées en réseau et celle du langage de programmation objet Smaltalk.

Il manqua par exemple l'explication à propos d'une fonction qui permettait de mettre de côté l'environnement de travail dans lequel on travaillait — sans en perdre le contenu — pour aller faire autre chose. On pouvait avoir une infinité de ces bureaux mémorisés dans leur contenu et leur état, représentés par de petites vignettes.

Pendant cette démo, Jobs laissait transparaître l'un de ses traits de caractère, dit Kay, celui qui consistait à émettre des critiques pour se donner une contenance alors qu'il se trouvait entouré de personnes hyper brillantes et plus compétentes que lui.

Il demanda s'il n'était pas possible de faire défiler le texte de façon fluide plutôt que ligne par ligne. En un tournemain le démonstrateur réalisa le changement en recodant à la volée avec Smaltalk. Même manège avec la visualisation d'une sélection de texte qui n'était pas du goût de Jobs, en deux temps trois mouvements la modification était faite.

Kay a publié sur YouTube il y a trois ans un hommage à un autre brillant chercheur, Ted Nelson, dans laquelle on voit l'interface de l'Alto en action, celle qu'a découverte Jobs. On se rend compte à quel point, malgré son ancienneté, elle était avancée.

Si l'on a la curiosité d'en savoir un peu plus sur ce rendez-vous entre Xerox et Apple, l'un des chercheurs du Parc, Larry Tesler, avait livré quelques anecdotes en 2011 (dans cet autre article Bruce Horn, tord le cou à l'idée selon laquelle Apple n'a fait que plagier les inventions du Parc pour le Lisa et le Mac)

Par exemple, Tesler rappelle que la visite d'Apple n'était pas du goût de tous parmi les chercheurs, qui sentaient qu'ils risquaient de donner les clefs de leur mine d'or. Certains en revanche étaient pour, mais elle avait été imposée par la direction qui voulait le soutien d'Apple pour commercialiser des produits à plus grande échelle. Qu'à deux reprises aussi, Steve Jobs comprit qu'on ne lui montrait pas tout et surtout pas le plus intéressant (« Il n'a même pas vu 1% de ce sur quoi on travaillait, s'amuse Tesler).

Ou encore que les lieutenants de Jobs essayèrent parfois de le museler dans l'expression de son enthousiasme, de peur que les responsables de Xerox ne finissent par comprendre, comme c'était déjà le cas pour leurs ingénieurs, qu'ils avaient quelques chose de fantastique entre les mains et qu'ils pourraient le monnayer bien plus chèrement.

Catégories: 

Les derniers dossiers

Ailleurs sur le Web


56 Commentaires Signaler un abus dans les commentaires

avatar Thms 13/07/2017 - 22:48 via iGeneration pour iOS

C'est décidé, je m'abonne au club iGen, vous êtes vraiment trop forts. Super article

avatar albanet 13/07/2017 - 22:56 via iGeneration pour iOS

Oui merci beaucoup pour cet article qui répond à nombre de questions que je me pose depuis si longtemps à propos de cette fameuse visite au Park

avatar stemou75 13/07/2017 - 23:08 via iGeneration pour iOS

Et après le Xerox Park, il y aura maintenant l'Apple Park .....
Xerox s'est fait photocopié.
En informatique, c'est assez injuste, les précurseurs ne sont jamais les vendeurs.



avatar feefee 13/07/2017 - 23:33 via iGeneration pour iOS

@stemou75

"Xerox s'est fait photocopié.
En informatique, c'est assez injuste, les précurseurs ne sont jamais les vendeurs."

Injuste pour qui ?
Pour Xerox ou pour les utilisateurs ?
Si Apple ou un autre , on s’en fout , n’avait pas mis le nez là bas et mis en place la commercialisation du concept , tu es sûr que Xerox l’aurait fait ou alors leur direction aurait laissé tomber le projet ?

avatar BeePotato 14/07/2017 - 19:07

@ feefee : « Si Apple ou un autre , on s’en fout , n’avait pas mis le nez là bas et mis en place la commercialisation du concept , tu es sûr que Xerox l’aurait fait ou alors leur direction aurait laissé tomber le projet ? »

On a pu voir ce que Xerox en a fait (ou pas fait), justement.

En revanche, je ne suis pas d'accord avec la partie « ou un autre, on s'en fout ».
Parce que d'autres sont aussi allés voir ce que faisait le PARC dans ce domaine : Microsoft notamment, qui a aussi débauché du monde de là-bas. Mais quand on voit la nullité de ce qu'ils ont produit sur cette base, alors même qu'ils ont profité en plus d'un aperçu très détaillé des travaux d'Apple sur le Mac, je trouve que non, on n'en serait pas au même point aujourd'hui s'il n'y avait eu que d'autres qu'Apple à faire cette visite.

avatar feefee 14/07/2017 - 19:50 via iGeneration pour iOS

@BeePotato

"En revanche, je ne suis pas d'accord avec la partie « ou un autre, on s'en fout »."

Oui tu as raison je me suis forcé à nuancer pour ne pas attiser les commentaires du style : "ben voyons Apple à tout inventé , sans eux rien n’existerait ..."

Je me ramolli moi 😳🤔

avatar feefee 14/07/2017 - 19:53 via iGeneration pour iOS

@BeePotato

"Mac, je trouve que non, on n'en serait pas au même point aujourd'hui s'il n'y avait eu que d'autres qu'Apple à faire cette visite."

Ou alors on aurait un retard / décalage de 30 ans .

avatar BeePotato 14/07/2017 - 23:56

@ feefee : « Ou alors on aurait un retard / décalage de 30 ans . »

C'est une façon de ne pas en être au même point, note bien.

avatar Domsware 14/07/2017 - 04:22 via iGeneration pour iOS

@stemou75

"Et après le Xerox Park, il y aura maintenant l'Apple Park .....
Xerox s'est fait photocopié.
En informatique, c'est assez injuste, les précurseurs ne sont jamais les vendeurs."

Étonnant de lire cela en commentaire d'un article qui indique pourtant le contraire avec force de témoignages probants. Sans compter les éléments contractuels afférents rendus publics.

avatar JLG01 14/07/2017 - 14:15 via iGeneration pour iOS

@stemou75

Xerox a juste fait fortune en exploitant un de ses plus beaux brevet.
L'interface graphique n'était pour eux qu'un exercice de style largement utilisé dans des propres machines (écrans tactiles).

avatar C1rc3@0rc 14/07/2017 - 23:58

@stemou75

Il n'y a pas qu'en informatique, ça vaut pour le monde de la recherche et de la science en general. C'est aussi vrai dans le domaine de l'art. Le precurseur que tu evoques est un chercheur, un inventeur, un explorateur du domaine technique.

C'est la maîtrise de la technique, associée a la creativité qui genere cette "trouvaille". Et le chercheur trouve parce qu'il ne cesse jamais de chercher.

Pour produire surtout en phase industrielle, il faut figer l'invention, souvent en extraire un sous produit simple, et l'adapter a la chaine industrielle puis commerciale.

On a un exemple parfait ici.
Jobs voit 1% de ce sur quoi travaillent les chercheurs du Xerox Parc. De ce 1% il va se focaliser sur la partie la plus anecdotique, le systeme d'interface graphique, et il va produire 2 machines derivées (le Lisa et le Mac) qui de fait constituent une anti-these de la station smalltalk de Xerox.

Car il faut revenir et insister lourdement sur ce point, l'element essentiel dans cette histoire c'est Smalltalk, l'environnement de programmation, tout le reste ne fait que servir Smalltalk, et sans Smalltalk il n'y a rien.

On le lit dans l'article, Smalltalk a un pouvoir extraordinaire: il permet de realiser les idees au fur et a mesure qu'elles arrivent. C'est encore extraordinaire aujourd'hui, car tres peu de systeme permettent cela, et encore moins le permettent avec la facilité et la puissance de Smalltalk. Mais a l'epoque, pour passer d'une idee a un programme informatique, il fallait commencer par des math, un crayon, du papier, beaucoup de temps et un resultat arrivant bien longtemps apres l'idee!

Ici, Jobs voit un liste de mot qui defile un a un, il veut que ce soit la liste entiere qui defile, illico le chercheur ecrit en Smalltalk et le resutlat est la, integre dans tout le systeme Smalltalk... tout les futurs projets pourront utiliser cette nouvelle carateristique. On est face a un organisme evolutif en temps reel.

Il faut se rendre compte que la puissance de Smalltalk ne se limite pas a manipuler directement et simplement des elements graphique sur un ecran, c'etait deja extraordinaire a l'epoque, mais ce systeme permet de modeliser a peu pres n'importe quel concept ou des "agents", des "populations", collaborent et cela en fonctionnant en parallèle et en se synchronisant en s'envoyant des messages.
Ainsi le systeme Smalltalk permet de simuler un grand nombre de types de situation, de creer des mondes virtuels, de tester des hypotheses complexes, de valider des environnements,...

L'heresie de Jobs, c'est d'avoir dissocié l'environnement de programmation de celui d'execution. Mais c'est cela qui paradoxalement a fait le succes du Mac. Smalltalk promet a tout un chacun de pouvoir programmer simplement ce qui lui passe par la tete. Le Mac promet a tout un chacun de pouvoir utiliser un ordinateur sans jamais devoir programmer...

Il est amusant de voir aujourd'hui l'iPad Pro avec le Playground de Swift. Il descend bien evidemment de cette station Xerox, mais c'est une machine extraordinairement fermée et figée, et Swift avec son playground est tres loin, mais vraiment tres loin de la puissance et de la simplicité de Smalltalk.

avatar Manu 15/07/2017 - 13:39

En fait Jobs a su exploiter le reste des technologies inventées au Parc dans NeXT où objective-C est descendant direct de smalltalk. L'interface de la première version de NeXTSTEP rappelle celle vue à Xeros en plus élégante et véloce.

avatar Bigdidou 17/07/2017 - 19:12 via iGeneration pour iOS

@stemou75

« En informatique, c'est assez injuste, les précurseurs ne sont jamais les vendeurs. »
Les sciences informatiques ont eu de telles retombées collatérales dans les autres sciences (des sciences de l’éducation aux neurosciences, en passant par les sciences comportementales) qu’il est bien difficile de donner tous leurs crédits aux informaticiens ;)

avatar reborn 13/07/2017 - 23:13 via iGeneration pour iOS

C'est fou comme cette première GUI était avancé

avatar cocoaGeneration 13/07/2017 - 23:17

Le chercheur du Xerox Park n'est pas "Larry Tester" mais Larry Tesler… Encore une blague du correcteur orthographique !

avatar Giloup92 14/07/2017 - 00:21 via iGeneration pour iOS

@cocoaGeneration
Appuie sur le mot pour signaler la faute (fait).

avatar gavroche68 13/07/2017 - 23:28

Comme j'aime ce genre d'article merci !!!

Incroyable ce que Xerox avait réussi à faire, des génies !!!

avatar LeGrosJeanLou 14/07/2017 - 00:53 (edité)

"The original Macintosh had extremely tight memory and disk constraints; for example, the Resource Manager took up less than 3,000 bytes of code in the ROM, and the Finder was only 46K on disk"

Et aujourd'hui on a des ordinateurs qui rament avec 4 000 000 Ko et qui n'ont pourtant pas l'air si différents de leurs ancêtres (plus de pixels à l'écran, plus de couleurs et après ?)

C'est quand même fascinant ce que les ingénieurs de l'époque étaient capables de faire avec si peu de ressources. Ça me donnerait presque envie de voir la fin définitive de la loi de Moore [c'est à dire atteindre le nombre limite de transistor au delà duquel plus rien ne marche - pas celui au-delà duquel la puissance n'augmente plus parce que je sens que ça va donner envie à C1rC3@0rc de venir expliquer que Intel stagne et blablabla blabla...]

avatar 0MiguelAnge0 14/07/2017 - 02:08 via iGeneration pour iOS

@LeGrosJeanLou

En se rapprochant des limites de la gravure, la loi que tu cites, comme elle a été énoncée n'existe plus.

avatar iPop 14/07/2017 - 09:19 via iGeneration pour iOS

@LeGrosJeanLou

A l'époque on optimisait tout.

avatar JLG01 14/07/2017 - 14:22 via iGeneration pour iOS

@LeGrosJeanLou

La limitation matériel était une contrainte nécessitant beaucoup d'efforts pour créer du code concis et efficace.
J'ai mémoire que c'était le plus attrayant dans un développement que de faire aussi bien que le collègue avec moins de code.
Il semble que ce soit assez généralement passé de mode, malheureusement.

avatar jerome74 14/07/2017 - 15:46

@JLG01 "La limitation matériel était une contrainte nécessitant beaucoup d'efforts pour créer du code concis et efficace"
C'est vrai, mais l'inverse aussi: les processeurs d'aujourd'hui sont tellement rapides, et la mémoire tellement abondante qu'on ne se rend même pas compte à quel point on code comme des cochons (et avec des outils qui gaspillent les resources à un point inimaginable, genre faire une appli avec des techno web). Il suffit de très peu d'effort pour faire beaucoup plus efficace, mais comme ça n'est même pas nécessaire… Après c'est sûr, avec beaucoup d'efforts on gagne encore plus en efficacité, mais ne demandons pas l'impossible (économiquement).

avatar Rez2a 14/07/2017 - 06:52 via iGeneration pour iOS

J'ai beau connaître l'histoire par coeur, je ne m'explique toujours pas que Xerox se soit fait dépouiller à ce point en ayant de l'or entre les mains.

Plutôt que les anecdotes des gens qui ont visité le PARC, ça serait sympa d'avoir les anecdotes des gens qui ont mis au point les trésors qui s'y trouvaient (ça existe sûrement déjà ?)

avatar Domsware 14/07/2017 - 08:33 via iGeneration pour iOS

@Rez2a

Dépouiller n'est pas le terme adéquat puisque Xerox a vendu ses connaissances et son travail volontairement.

avatar Trillot Bernard 14/07/2017 - 10:55

La première vidéo de l'article explique bien que c'est plus compliqué. Rank Xerox a lui même bénéficié de travaux qui dataient des années 50 et 60.

C'est dans les années soixante que l'universitaire Douglas Englebart a développé sa souris et les idées d'hypertext, d'interface graphique, etc. Engelbart a été embauché vers 1973 pour fonder le Palo Alto Xerox Park et y développer ses idées.

Vu comme ça, Apple aura été la première entreprise commerciale qui a compris le potentiel des ces concepts et pour cette raison, Apple a acheté de nombreux brevets à Rank Xerox dont celui de la souris qu'Apple aura à cœur de simplifier et fiabiliser.

Très vite, de nombreux ingénieurs sont partis chez Apple car ils y trouvaient une entreprise capable de leur permettre d'aller jusqu'au bout de leur démarche.

Ça a donné le Lisa en 1983 et le Macintosh en 1984.

Cette période est passionnante, mais ce n'est pas fini, il se passe encore aujourd'hui des choses tout aussi passionnantes...

Pages