Les voies d'Apple sont impénétrables : après avoir vendu un écran 6K de 32 pouces pendant des années — l'Apple Pro Display XDR est sorti fin 2019 —, la société l'a remplacé par un modèle 5K de 27 pouces : l'Apple Studio Display XDR. Ce suffixe XDR le différencie de l'Apple Studio Display classique (que nous allons aussi tester), mais visuellement, les deux moniteurs sont identiques.

Commençons par la principale régression par rapport au précédent modèle haut de gamme. On perd en définition et en espace de travail : de 32 pouces en 6K, on redescend à 27 pouces en 5K. C'est un format plus pratique sur une bonne partie des bureaux, certes, mais la surface utilisable est plus faible. Les écrans 6K permettent de travailler avec des vidéos en 4K sans redimensionnement tout en gardant un espace confortable pour les outils d'un logiciel de montage, c'est un peu plus compliqué en 5K.
C'est la principale régression pour les professionnels, mais le prix a été allégé, heureusement : on passe de 5 500 € (sans pied) à 3 500 € avec le pied ou un support VESA. La dalle nanotexturée était optionnelle à 1 000 €, tout comme le pied (1 100 €) ou le support VESA (220 €). Ici, le traitement antireflet n'ajoute « que » 300 € et dans l'ensemble, on peut donc avoir pratiquement deux Studio Display XDR pour le prix d'un Pro Display XDR bien équipé. Si des détails (très) techniques vous intéressent, Apple a publié un livre blanc sur l'écran.
Studio Display XDR : les dessous techniques de l’écran professionnel d’Apple
Toujours du Mini LED
Passons aux nouveautés. Si la dalle est toujours rétroéclairée par des Mini LED, le nombre de LED augmente nettement, de 576 à 2 304. De façon concrète, on passe d'une grille de 32 x 18 LED à une grille de 64 x 36, soit une progression assez massive. Dans le Pro Display XDR, chaque LED éclairait un bloc de 188 pixels de côté (35 344 pixels), le Studio Display XDR descend à un bloc de 80 pixels de côté (6 400 pixels). Pour se donner une idée, un E affiché dans le mode par défaut sur l'écran mesure 12 x 20 pixels.

Le Mini LED est une technologie intéressante dans le cas d'un écran LCD, car elle améliore le contraste. Le contrôleur de l'écran peut en effet allumer ou éteindre chaque LED individuellement et donc une zone noire est réellement noire quand elle n'est pas éclairée. Ce n'est pas aussi précis qu'une dalle OLED (qui peut faire la même chose au niveau de chaque pixel), mais c'est évidemment nettement plus efficace qu'avec un rétroéclairage classique. Dans un moniteur en Edge LED, avec une bande de LED disposée latéralement, il est rarement possible d’éteindre les LED : que ce soit dans une ligne ou une colonne, il y a probablement quelques pixels allumés.
L'augmentation du nombre de LED corrige en partie un défaut du Pro Display XDR : la présence de halo autour des éléments lumineux. C'est facile à comprendre avec le E évoqué plus haut : une lettre sur fond noir (ou n'importe quel point) va nécessiter d'allumer la LED placée derrière les pixels (et plusieurs dans les cas extrêmes). Vous aurez donc toujours une zone éclairée qui fait a minima 80 x 80 pixels (contre 188 x 188 auparavant). Dans la pratique, c'est visible si vous êtes dans un environnement sombre avec le curseur sur un fond sombre, par exemple : un halo grisâtre est décelable autour de ce dernier. Sur un fond qui n'est pas noir, c'est imperceptible, tout comme dans un environnement lumineux. L'effet est nettement moins gênant que sur le Pro Display XDR, sans totalement disparaître.

Pour les amateurs de vidéos, ça reste aussi observable si vous regardez un film qui n'est pas dans le ratio de l'écran, avec des sous-titres affichés dans les bandes noires. Ce n'est pas si courant dans la pratique : c'est imperceptible avec des sous-titres sur un fond qui n'est pas totalement noir et de nombreux logiciels, dans le pire des cas, permettent de les déplacer hors des bandes noires. Bandes qui ne sont par ailleurs pas systématiques : les films récents ou les séries sont dans des ratios assez proches du 16:9 et donc sans bandes noires (ou avec des bandes fines).
Enfin, nous n’avons pas décelé pendant nos tests un autre problème que nous avons parfois remarqué sur un iPad Pro, également équipé de Mini LED. Dans certains cas, une sorte de nuage un peu grisâtre peut apparaître et se déplacer dans les zones très sombres qui contiennent des éléments foncés. Impossible toutefois de le reproduire avec le Studio Display XDR.
Une dalle qui affiche plus de couleurs
Deuxième nouveauté, la dalle prend en charge un espace de couleur plus étendu (toujours en 10 bits par couleur, 1 024 nuances pour le rouge, le vert et le bleu, soit plus d'un milliard au total). L'espace de couleur est une zone standardisée qui permet de définir quelles couleurs une dalle est capable d'afficher. L'espace sRGB est assez restreint (c'est le plus classique), Apple propose le DCI-P3 sur une bonne partie de ses appareils depuis une dizaine d'années (sauf sur le MacBook Neo) et le Studio Display XDR est évidemment capable de couvrir cet espace. Mais l'écran est aussi capable, en option, de couvrir l'espace Adobe RGB. S’il est assez proche dans l'absolu, l'Adobe RGB permet quelques nuances de vert et de bleu supplémentaires, quand le DCI-P3 va plus loin sur le rouge. Apple ne prend pas encore en charge la totalité du REC.2020 (beaucoup plus large), mais il n'est pas très utilisé dans la pratique.











