C’est un peu l'Arlésienne du numérique français. Maintes fois annoncé, puis régulièrement repoussé, le dispositif de lutte contre les sites malveillants devrait finalement voir le jour à la rentrée 2026, selon le site L’informé. Dans un projet de décret notifié à la Commission européenne, le gouvernement Lecornu avance désormais une date d'entrée en vigueur fixée au 1er septembre 2026.
Pour rappel, ce bouclier numérique doit permettre d'alerter en temps réel les internautes tentant d'accéder à des plateformes frauduleuses : usurpation d’identité, récolte illicite de données personnelles ou arnaques au paiement.
Le « filtre anti-arnaques » promis par Emmanuel Macron continue de se faire attendre
Un bras armé au ministère de l'Intérieur
Techniquement, la manœuvre sera pilotée par l’Office anti-cybercriminalité (Ofac), rattaché à la Direction générale de la Police nationale. Le mode opératoire se veut chirurgical : des agents habilités identifieront les sites litigieux et mettront en demeure leurs éditeurs de cesser leurs activités sous cinq jours.
En parallèle, le couperet tombera du côté des logiciels. Les adresses incriminées seront transmises aux éditeurs de navigateurs (Google pour Chrome, Apple pour Safari, Mozilla pour Firefox) afin d'instaurer une « mesure conservatoire » de sept jours.
Un avertissement, pas un blocage ferme
Concrètement, l’internaute ne sera pas empêché de naviguer, mais il se heurtera à une page d'avertissement soulignant le risque de préjudice. Libre à lui de passer outre en cliquant sur un bouton de type « J’ai compris » pour accéder malgré tout au site.
Ce message sera accompagné d'un lien pédagogique renvoyant vers le ministère de l'Intérieur, détaillant les motifs de l'alerte et les voies de recours. Car c'est là que le bât blesse pour certains : le dispositif prévoit un système de contestation devant une « personnalité qualifiée » de la Cnil. Point notable : l'exercice d'un recours suspendra immédiatement l'alerte le temps de l'instruction, une brèche qui pourrait bien être exploitée par les fraudeurs les plus agiles.
La crainte d'un outil de censure
Si l'intention est louable sur le papier, le projet ne fait pas l'unanimité. La Quadrature du Net et la fondation Mozilla montent régulièrement au créneau contre ce qu'ils considèrent comme une dérive dangereuse. Pour ces défenseurs des libertés numériques, confier à l'État le pouvoir de signaler des sites aux navigateurs sans l'intervention d'un juge ouvre la porte à une forme de censure administrative. Un précédent technique que beaucoup voient d'un mauvais œil, craignant que le périmètre des « arnaques » ne finisse par s'élargir un peu trop au gré des besoins politiques.











