IBM, au salon Hot Chips 2026, a présenté un drôle de processeur, capable d'exécuter des programmes issus de deux jeux d'instructions avec les mêmes cœurs. Dans un processeur classique, un cœur est pensé pour un jeu d'instructions précis, par exemple celui d'ARM ou le x86 d'Intel, et il n'est habituellement pas capable d'en accepter un autre. Il existe quelques puces qui peuvent accepter deux jeux d'instructions différents, mais généralement à travers l'intégration de deux cœurs différents, comme dans les Raspberry Pi Pico 2. Mais la solution d'IBM, elle, repose sur un seul cœur.

C'est une démonstration technologique, mais elle a un intérêt précis pour IBM : elle va permettre à IBM de migrer facilement ses mainframe. Le processeur est en effet un modèle qui emploie un jeu d'instructions rare, la z/Architecture. C'est un descendant direct des System/360 des années 60 et la gamme est encore employée dans les banques et quelques domaines critiques. Pour passer facilement de son architecture CISC vieillissante au jeu d'instructions ARM64, IBM a donc conçu une puce capable d'exécuter les deux types d'instructions et de passer d'une solution à une autre en quelques nanosecondes.
L'idée est de permettre aux serveurs d'exécuter le code z/Architecture existant, mais aussi de permettre aux développeurs de commencer une transition vers le code ARM64 sans reposer sur un émulateur. IBM indique que les performances sont du même ordre avec les deux jeux d'instructions, ce qui est important dans ce contexte. La puce dispose de 11 cœurs gravés en 2 nm avec une fréquence élevée (5,7 GHz) et 36 Mo de mémoire cache de niveau 2. Comme le Telum II, son prédécesseur, elle prend en charge un cache de niveau 3 et 4 virtuel, capable notamment d'employer la mémoire cache de niveau 2 des autres cœurs comme mémoire cache de niveau 3.

Dans la présentation, partagée par Toms Hardware, IBM montre les modifications nécessaires pour permettre à un cœur pensé au départ pour un jeu d'instructions d'en exécuter un autre. Par ailleurs, il y a évidemment quelques blocs pour accélérer les traitements IA, un point important en 2026.
Une voie déjà explorée différemment
Ce n'est pas exactement la première fois qu'IBM tente de créer un processeur hybride. Dans les années 90, le PowerPC 615 devait être capable d'exécuter du code x86 et du code PowerPC avec le même processeur, mais il a été abandonné quand Microsoft a décidé de ne pas le prendre en charge. De même, les Crusoe (Transmeta) pouvaient techniquement exécuter différents jeux d'instructions, mais pas en même temps1. Enfin, quelques puces intègrent des fonctions qui permettent d'améliorer l'émulation d'un autre jeu d'instructions. On retrouve dans ce cas les Itanium d'Intel et dans une moindre mesure les puces Apple Silicon, dans les deux cas pour le x86. La solution d'IBM, elle, ne passe pas par une émulation. Si Apple veut un jour abandonner l'ARM64 pour le RISC-V, c'est une méthode qui pourrait avoir du sens…
Rosetta 2 : comment les Mac Apple Silicon font-ils pour exécuter si bien des apps Mac Intel ?
-
Seul le x86 est réellement sorti. ↩︎













