Le MacBook Neo semble d’ores et déjà s’imposer comme un pari gagnant pour Apple. Pourtant, comme le souligne l’analyste Horace Dediu, ce mouvement détonne dans l’histoire récente de la firme de Cupertino. Une fois n’est pas coutume, Apple semble avoir troqué sa quête obsessionnelle de rentabilité immédiate contre une stratégie de croissance agressive.
La situation est d’autant plus singulière que l'industrie technologique traverse une zone de turbulences majeures. Le secteur est actuellement frappé de plein fouet par une explosion du coût de la mémoire vive, une conséquence directe de la demande insatiable pour les serveurs dédiés à l’intelligence artificielle. Alors que la majorité des fabricants de PC répercutent déjà ces hausses sur leurs clients, Apple a choisi, jusqu'à présent, d’être assez agressive sur le plan tarifaire.
L’étau se resserre sur la concurrence
Rassurez-vous : Tim Cook n’a pas (encore ?) décidé de se lancer dans la philanthropie. Il s’agit d’un pari sur le long terme, une stratégie de "la terre brûlée" pour la concurrence. En acceptant de payer le prix fort pour sécuriser ses approvisionnements en puces mémoire sans augmenter le prix final du MacBook Neo, Apple place ses rivaux dans une position intenable.
RAM : Apple chercherait à vider les stocks mondiaux pour étouffer la concurrence
Selon l'analyste Goldberg, cette manœuvre délibérée vise à asphyxier les autres acteurs du marché. Évidemment, cette offensive a un coût : la marge brute d’Apple pourrait dégringoler pour s’établir autour de 30 %, contre près de 40 % l’an dernier. Mais l’idée est ailleurs. Cupertino espère compenser ce manque à gagner matériel par une hausse mécanique de ses parts de marché. Chaque nouveau possesseur de Mac est un client potentiel pour les services de la marque, dont les marges, bien plus confortables, viendront éponger à terme les pertes consenties sur le matériel.
Cette volonté de changer de braquet n'est pas totalement une surprise. Il y a quelques mois, Apple avait d'ailleurs glissé dans ses rapports financiers une note inhabituelle, s'interrogeant sur sa capacité à maintenir son niveau de marge historique. Apple évoquait alors de futurs produits qui pourraient ne pas être aussi rentables que l’iPhone. Nous y sommes.
Apple prévient les investisseurs que ses futurs produits pourraient ne pas être aussi rentables que l'iPhone
Le cap du milliard d'utilisateurs
Pour Horace Dediu, la véritable métrique à surveiller dans cette bataille n'est pas le profit trimestriel, mais la taille de la base installée. Aujourd'hui, on peut raisonnablement estimer le nombre d'utilisateurs de Mac à environ 260 millions à travers le monde. C'est le fruit d'une progression constante : sur les vingt dernières années, Apple a écoulé plus de 350 millions d'ordinateurs. Si l'on considère que la moitié de ces acheteurs découvraient la plateforme, la progression est fulgurante par rapport aux 50 ou 60 millions d'utilisateurs recensés en 2006.
Le chemin reste pourtant long avant d'atteindre le milliard d'utilisateurs, un Graal qui semble encore lointain. Pour y parvenir, Apple doit impérativement convaincre les fidèles de Windows de franchir le pas. Malgré des machines plus performantes et désormais plus compétitives sur le plan tarifaire, la force d'inertie de l'écosystème Microsoft reste un obstacle de taille. Mais avec le MacBook Neo, Apple vient de poser la première pierre d'une stratégie de conquête qui ne dit pas son nom.











