Claris, l'ex-FileMaker, veut devenir un IBM « allégé »

Mickaël Bazoge |

Claris, voilà un nom évocateur pour les plus anciens et/ou nostalgiques d'entre nous ! Émanation directe d'Apple, l'éditeur de logiciels de bureautique et de base de données est devenu FileMaker… avant de retrouver son patronyme originel à la faveur d'un changement de CEO et surtout, d'une inflexion dans sa stratégie. On fait le point avec Brad Freitag, le nouveau patron de FileMaker Claris.

En 1986, pour assurer le bon développement de ses logiciels MacPaint et MacWrite, Apple crée une division logicielle : Claris est née, et avec elle plusieurs applications bureautiques dont, bien sûr, ClarisWorks. La suite logicielle, toujours regrettée par bon nombre d'utilisateurs, est reprise par Apple où elle devient AppleWorks, l'ancêtre d'iWork (Pages, Numbers et Keynote).

Image @Aventure-Apple.

En 1998, Claris change de nom pour prendre celui du logiciel de base de données développé par Nashoba Systems, un éditeur tombé dans l'escarcelle de l'entreprise : FileMaker. Chemin faisant, le logiciel s'impose comme une plateforme de développement d'applications mobiles et en ligne à destination des petites et moyennes entreprises et des professionnels, en prenant appui sur les technologies et les produits Apple.

Nouveau changement de cap cet été : à la faveur du passage de témoin entre CEO, Brad Freitag prenant la place de Dominique Goupil, FileMaker retrouve son nom historique de Claris avec une ambition renouvelée et un changement stratégique. Ce nouveau nom représente « une vision plus large », nous a expliqué le nouveau patron. Claris doit refléter « l'énergie et l'enthousiasme de notre communauté de professionnels et de développeurs qui accompagnent les changements dans le monde de l'entreprise ».

Brad Freitag. Il a rejoint FileMaker en 2013 en tant que vice-président chargé des ventes en Amérique du Nord.

Quant au nom en lui-même, il est plus parlant à l'international selon Brad Freitag. « Claris vient du latin "Clarus" qui signifie "clair, lumineux, brillant", ce qui représente bien notre stratégie ». L'éditeur a l'intention d'aller au-delà de son cœur de métier, la base de données, pour répondre aux besoins plus larges de ses utilisateurs dans leur transition numérique.

Le premier coup de main que veut donner le nouveau Claris à ses clients touche à la gestion des différents nuages. « Les gens peuvent utiliser facilement plusieurs clouds, ce qui crée des "silos numériques", une fragmentation des données », détaille-t-il. La mission de Claris Connect, le nouveau logiciel en question, est d'interconnecter tous ces services en ligne (plus d'une centaine) en exploitant les API mises à disposition par leurs fournisseurs.

Claris Connect peut s'intégrer dans les outils utilisés dans l'entreprise, par exemple un logiciel de relation client (CRM). « Vous pouvez stocker de l'information sur un prospect dans un nuage afin que l'ensemble de l'équipe puisse y avoir accès. À chaque fois que vous avez une opportunité, ça a du sens de l'intégrer dans le flux de travail et c'est ce que permet Claris Connect ». Ce nouveau logiciel est proposé en bêta sur invitation. Il sera disponible pour tous au début de l'année prochaine.

Claris Connect, qui est issu de l'acquisition de la start-up italienne Stamplay, sera le deuxième logiciel de Claris, après FileMaker qui reste le navire amiral de l'entreprise. L'application répond à la stratégie décrite en trois mots par Brad Freitag : « Créer, intégrer, partager », en mettant à disposition des entreprises l'ensemble des outils nécessaires à leur transition numérique. L'ambition est là : « Devenir une version "allégée" d'IBM ou de SAP ». Sans rien sacrifier de ce qu'est FileMaker et maintenant Claris : « Nous voulons que nos solutions soient abordables et relativement faciles à utiliser ».

« C'est certain que cette stratégie étend notre vision et la portée de ce que nous faisons », convient le CEO, mais l'idée est de permettre aux utilisateurs de la plateforme FileMaker de « proposer de nouveaux services ». Claris Connect s'inscrit dans cette volonté d'offrir davantage de débouchés. Y compris, soyons fou, sur Android, un système d'exploitation boudé par FileMaker, une entreprise historiquement liée aux plateformes d'Apple.

Bien sûr, les smartphones Android sont en mesure d'accéder aux webapps FileMaker. Le patron de Claris n'est pas allé plus loin mais son discours général laisse entendre que Claris cherche à se décloisonner et à pousser les murs : « Nous bénéficions d'une grande autonomie vis à vis d'Apple, même si nous sommes toujours une filiale d'Apple. Mais nous fonctionnons d'une manière différente ».

Si Claris s'intéresse d'abord et avant tout à ses utilisateurs professionnels, Brad Freitag ne ferme pas la porte aux amateurs éclairés. Pour certains d'entre nous, cela allume une petite lumière, celle de Bento : cette application de base de données grand public a été abandonnée en 2013, au grand dam de ses utilisateurs qui ont loué sa simplicité et son efficacité. « J'aimais beaucoup l'inspiration derrière Bento », indique le CEO. « Le logiciel a aidé beaucoup de gens à résoudre des problèmes à tous les niveaux ».

Le bon vieux et regretté Bento.

Si le retour de Bento n'est pas au programme, en revanche Claris garde un œil sur les « enfants du numérique », à la génération Y, bref à tous ceux qui sont nés avec une souris ou un écran tactile dans la main. Ils sont devenus des experts par la force des choses, et « l'inspiration de Bento » pourrait pousser Claris à adapter son offre.

Claris n'en est pas à sa première transformation. L'entreprise est passée d'un modèle traditionnel de vente de boîtes de logiciels à l'abonnement, tandis que du côté technique l'éditeur a mis le paquet pour embrasser le web et bien sûr les technologies mobiles. « Je pense que nous avons assez bien réussi ces défis », se félicite Brad Freitag. Reste maintenant à Claris à déployer plus largement ses solutions : l'objectif est de tripler la communauté de développeurs (ils sont 50 000 actuellement). La communication autour des outils de Claris doit s'amplifier, et ils doivent aussi être plus faciles d'accès. Un programme que Brad Freitag veut décliner dans les prochains mois.

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avatar michelyellow2 | 

Merci pour ce moment de nostalgie concernant ClarisWorks... Quant à Bento, je n’ai pas trouvé de remplaçant Mac et iOS synchronisé... si quelqu’un a une piste, je suis preneur !

avatar Xvas | 

Il y a le logiciel Tap Forms qui est pas mal. Différents systèmes de synchro dont iCloud pour les iTrucs.

avatar aspartame | 

l'avantage de bento était énorme : son format ...

base sqlite , accessible à tous les systèmes : utilisateurs non menottés !

avatar macstaw | 

@aspartame

J’ai essayé aussi. Mais j’ai adopté Ninox.

avatar Khefin | 

@macstaw

Idem. J’ai pas accroché à Tap Forms. Ninox en revanche, je l’ai trouvé complet et pratique. Malheureusement l’interface n’est pas vraiment dans l’esprit iOS ou macOS et demande un peu d’adaptation. Mais au final, ça reste simple à utiliser.
La synchro Mac / iOS fonctionne nickel. La nouvelle version propose maintenant des diagrammes de gantt et une vue kanban pour des projets plus pro.

avatar occam | 

« l'objectif est de tripler la communauté de développeurs (ils sont 50 000 actuellement) »

Objectif que Clarice Lecter compte atteindre en forçant les versions annuelles, qu’elles aient un sens ou pas, en limitant le support des versions précédentes, en forçant, en plus de l’abonnement, l’abandon des macOS antérieurs à Mojave, alors que Windows 8.1 est encore pleinement pris en compte ?

Est-ce cela, s’inspirer d’IBM et de SAP ?

Tell me Samoa, comme on dit chez les Māori.

avatar Adrienhb | 

Et developer un convertisseur pour lire les (vieux) documents claris/appleworks, ça lui dirait pas?

avatar occam | 

@Adrienhb

Pourquoi voulez-vous que Claris endosse la responsabilité de son passé ? Pas le genre de la maison.

Pour ce genre de boulot ingrat, il y a la communauté des bénévoles.
LibreOffice ouvre bon nombre de tables et bases de données .cwk, si elles ne sont pas trop étriquées.
Pour textes formatés et graphiques, il y a plusieurs bricoles de conversion, dont celle-ci :
https://denbeke.be/blog/programming/how-to-convert-all-your-old-applewor...

Claris/FileMaker nous enseigne une chose vitale : ne pas s’y fier, ne pas y compter sur le long terme.
Parce qu’en tant que client (j’en suis depuis 1986), on compte pour du beurre.

avatar switch | 

Filemaker Pro est un fabuleux logiciel, mais il est encore trop limité.
S'ils veulent tripler le nombre de développeurs, il faudrait clarifier définitivement s'ils comptent rendre obsolète la possibilité de créer des solutions d'exécution autonomes (runtime, utiles pour diffuser une application "clé en mains") car ils ne cessent de menacer que cette possibilité sera bientôt "deprecated" (et si c'est le cas beaucoup de développeurs resteront bloqués et ne renouvelleront pas leur licence).
Il faudrait régler rapidement les innombrables limitations imposées aux "runtimes", à savoir l'export PDF, l'envoi de mails, le module grapheur (et bien d'autres fonctions non disponibles dans les runtimes).
Dans le même registre, FileMaker ne fournit aucune fonction pour signer et notarier les runtimes avec un certificat de développer Apple, ce qui est absolument inadmissible, tout comme le fait qu'ils ne fournissent pas de certificat de sécurité valide lors de l'installation de la version serveur.
Sans parler de l'impossibilité de vendre une "solution" via l'App Store iOS ou le Mac App Store/Windows Store, alors que ces solutions trouveraient facilement leur public.
Il y a aussi des différences subtiles (particulièrement pénibles) de fonctionnement entre les versions Mac et Windows.
Filemaker évolue très peu d'une version à l'autre, mais impose un rythme effréné en imposant l'utilisation de la dernière ou l'avant-dernière version de macOS.
Il manque des centaines de fonctions à FileMaker, un créneau qu'occupent d'innombrables plug-ins.

avatar Le docteur | 

Pour que je me réconcilie avec cette boîte il faudrait le retour de Bento.
Ils se sont bien fichus de nous sur ce coup-là.

avatar gwen | 

@Le docteur

Je regrette également Bento. Depuis, j’ai abandonné toute gestion et si j’ai vraiment besoin je passerais par Numbers. C’est bien suffisant et je peut faire un export CSV qui reste compatible même avec TextEdit au besoin.

avatar mediapress | 

@ switch : possesseur de Filemaker 16, je ne peux que être d'accord...

Déjà pour commencer, mon logiciel est obsolète avec la nouvelle version de l'OS, il faut passer à la caisse pour la version 18, le runtime est bien un truc qui doit être amélioré et pas évincé... (annoncé comme obsolète, même si il est toujours présent, ben, ça donne carrément envie d'arrêter avec Filemaker), les évolutions sont effectivement très mineures en évolutions, et pour être compatible avec les derniers OS, faut passer à la caisse... Suppression du partage de base de données avec le logiciel (maintenant, il faut passer par le cloud qui est bien évidemment payant tous les mois à prix d'or pour un indépendant), bref, là, je ne sais plus ou ils se positionnent... Moi je suis indépendant, et je n'y trouve plus trop mon compte, ma version 16 sera déclaré complètement obsolète en septembre 2020, c'est très court... Les dernières évolutions manquent beaucoup de "croustillants" qui donne envie pour un indépendant, c'est beaucoup pour les gros comptes, ce qui n'a aucun intérêt pour moi...

avatar mediapress | 

et je dirai même en plus, il y aurait peut-être toute la partie graphique à revoir , maintenant, l'OS d'Apple, a un mode sombre, qui n'est pas du tout prévu par Filemaker...

avatar switch | 

On peut dores et déjà créer une interface sombre, mais au prix de bidouillages qui exigent pas mal de travail.
La possibilité de choisir soi même les couleurs des objets en mode sombre devrait voir le jour dans la version Mac, avec une fonction permettant un switch automatique vers ce mode.

avatar mediapress | 

oui avec les feuilles de styles et créer de nouveaux modèles, mais quel boulot !!

déjà , en mode normal, il faut créer des versions iPad, iPhone, et bureau, c'est déjà un gros travail... et un résultat qui n'est toujours pas très moderne par rapport à ce qui se fait en matière de logiciel aujourd'hui...

avatar cv21 | 

Le "SGBD/RAD" 4D dimension est rarement cité.
Pourtant, j'ai l'impression que son offre reste fidèle à Apple malgré les multiples évolutions à la fois des bases de données et de macOs.

Par plaisir ou besoin très modeste, MS Access(PC + VB), Libre Office, php ou python + les SGBD open source, même en programmant maladroitement je trouve que l'on peut s'en sortir en adaptant les nombreux exemples trouvés sur le web. Avec Swift, à part sqlite, je trouve le chemin plus rude.

avatar bdc | 

D'un logiciel parfaitement accessible à un bouzin ignorant en informatique mais pas trop con en logique (je me suis décrit, là...), Filemaker est devenu une usine à gaz inaccessible à ces mêmes bouzins, et a priori incomplet pour les pro. Je me demande bien où ils trouvent leur clientèle, en dehors des afficionados qui finiront par se lasser...

Je rêve d'un Filemaker à prix doux, un genre de mini-FMP, ou de super-Bento. En attendant je me garderai bien de mettre à jour mon Powerbook, qui permet de faire tourner FMP 12 sur Sierra.

avatar switch | 

Avec Sierra, vous pouvez faire tourner FileMaker Pro 17, mais pas la 18 (dernière en date, qui exige High Sierra minimum)

avatar cybergl | 

Developper File Maker depuis 20 ans. J’arrête cette année. Le modèle économique des licences cloud pour les PME consomme la totalité de ma marge.
Je me lance dans une reconversion avec des outils 100 % Web, plus difficile d’accès mais moins coûteux à déployer. Car c’est vraiment le déploiement qui pose problème chez FMPro !

avatar mediapress | 

cybergl : je me tâte réellement aussi, j'ai ma base qui m'a pris beaucoup de temps, donc quand même grosse hésitation, mais là, Filemaker n'est plus à l'écoute des petites structures (ou indépendants comme moi)... Ca me coûte au final cher, mais pour une base qui n'est pas si pratique que ça à amener partout (je n'ai pas pris l'option Cloud à 42 € HT par mois)...

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