Pour les 20 ans d'InDesign, une médaille et son revers

Mickaël Bazoge |

À l'heure du web triomphant sur tous les écrans, il est peut-être difficile d'imaginer qu'à la fin des années 1990, le papier régnait en maître. Bien avant les réseaux sociaux, les magazines et les quotidiens impulsaient les tendances, faisaient les opinions, défaisaient les rois.

La cheville ouvrière des publications papier, c'était le studio de PAO, dont la révolution avait eu lieu quelques années auparavant grâce à Apple, l'invention du PostScript et les logiciels graphiques. Adobe, qui tenait déjà plusieurs secteurs clé du marché de la publication assistée par ordinateur avec Photoshop et Illustrator, cherchait à la fin des années 90 à ajouter une corde à son arc : celui des logiciels de mise en page.

Les plus anciens se rappellent de la domination sans partage de QuarkXPress, avec tous les abus inhérents (personne ne regrettera le dongle ADB, à l'époque indispensable pour lancer le logiciel). Voir Adobe débouler sur ce pré carré avec InDesign a été vécu par bon nombre de maquettistes comme un soulagement, ce d'autant que l'éditeur a dès le départ opté pour une relation très ouverte avec la communauté des créatifs. « Nous avons pu leur montrer très tôt ce sur quoi nous travaillions », nous a raconté Maria Yap, vice-présidente Digital Imaging Organization chez Adobe.

L'ascension côté pile

Adobe a d'ailleurs pu profiter d'un gros coup de main de la part d'Apple, son partenaire naturel. En septembre 1998, durant le Seybold qui était alors le salon le plus important de l'édition et le rendez-vous obligé de toute l'industrie, Steve Jobs lui-même monta sur scène pour présenter un aperçu de la version alpha 1.0 d'InDesign, baptisée en interne « K2 », du nom de la deuxième plus haute montagne au monde.

La relation entre Apple et Adobe a été déterminante pour le succès d'InDesign. L'éditeur voulait s'assurer de marcher dans la même direction que le constructeur pour « résoudre les problèmes rencontrés par les graphistes et les créatifs », explique Maria Yap. Ce travail en commun a permis à l'éditeur de faire des choix technologiques très tôt : « avoir ces échanges avec ce partenaire clé qu'est Apple était capital pour la compréhension des besoins et des exigences de la plateforme. Il fallait qu'InDesign soit paré pour le futur ».

Maria Yap.

Le soutien d'Apple a été d'autant plus facile à obtenir qu'au contraire du conservatisme de l'époque chez Quark, « nous voulions aussi nous mettre au diapason de la nouvelle plateforme qu'Apple développait, à savoir Mac OS X ». QuarkXPress a longtemps nécessité l'environnement Classic de Mac OS X pour fonctionner, alors qu'InDesign a naturellement trouvé sa place dans le nouveau système d'exploitation.

Les étoiles s'alignaient pour Adobe : les professionnels étaient en quête d'une solution alternative à l'outil dominant, ils connaissaient et appréciaient déjà les logiciels graphiques de l'éditeur, et en plus ce dernier bénéficiait du soutien appuyé d'Apple. Le 31 août 1999, InDesign sortait donc en version 1.0 et là… patatras. Plusieurs fonctions importantes manquent à l'appel ! « La communauté a accepté que la première version d'InDesign ne soit pas parfaite et qu’on s’emploie à l'améliorer », se souvient la vice-présidente.

Il a fallu attendre mars 2000 et la version 1.5 d'InDesign pour profiter de ces fonctionnalités indispensables. Mais dès le départ, Adobe jouait à domicile, l'industrie des créatifs soutenant le projet. « Les professionnels nous disaient : "trouvez des solutions à nos problèmes". Comme par exemple le travail en toute transparence avec nos autres logiciels, en facilitant l'importation et le traitement des images, en utilisant les mêmes raccourcis clavier et des outils semblables », illustre Maria Yap. « Ces outils que j'utilise dans Illustrator ? Je sais à quoi ils servent dans InDesign ».

Le splash screen de la version 1.0 d'InDesign, en 1999.

Après ce début en fanfare, Adobe a voulu intégrer davantage ses outils graphiques. « C'est avec la troisième ou la quatrième version d'InDesign que nous nous sommes dit que ce serait bien de proposer ces produits ensemble ». Avant l'abonnement mensuel du Creative Cloud, l'éditeur vendait des Collection : de grosses boîtes avec des tas de manuels et surtout, les principaux logiciels indispensables à la vie d'un studio de PAO. « Le seul problème c'est que les applications n'étaient pas mises à jour simultanément : la version de Photoshop était tout neuve, mais pas Illustrator ni InDesign »…

Adobe a alors pris la décision de mettre à jour tous ses logiciels en même temps, ce qui a représenté un « véritable défi en termes de ressources » : « Tout le monde criait ! Vous imaginez, c'était comme six bébés qui pleuraient en même temps ! ». Mais les choses ont fini par se mettre en place et Adobe a multiplié les fonctionnalités, transformant InDesign en « plaque tournante » de la PAO.

Le splash screen d'InDesign CC2018.

De challenger, InDesign est devenu numéro un du secteur, avec ce que cela peut comporter d'inertie et d'hubris. En 2010, Adobe a commencé à transférer une partie du développement, effectué jusqu'alors à Seattle, en Inde. Une délocalisation houleuse qui ne s'est pas réalisée sans difficultés du point de vue technique, mais aussi au niveau de l'écoute des besoins des professionnels comme le déplore Branislav Milic, formateur et spécialiste renommé d'InDesign.

La descente côté face

En 2014, pour les 15 ans du logiciel de PAO, Branislav Milic dépeignait un tableau clair/obscur, décrivant des fonctions toujours incomplètes et des bugs. Ces derniers, « pourtant très handicapants », n'ont pas été corrigés cinq ans plus tard. « Il y a des moyens de les contourner, mais cela se fait souvent en perdant en efficacité et en rapidité, soit en payant pour des scripts personnalisés », explique-t-il.

Adobe ne met pas la priorité sur « l'essentiel », indique-t-il, des fonctions de base pour un travail habituel de mise en page « ne sont pas optimisées ». Un immobilisme qui s'explique, selon lui, en grande partie par la délocalisation du développement qui a eu pour effet de bousculer les fondations du logiciel. « Nous avons des qualités variables à chaque nouvelle version : plus rapide mais infesté de bugs, moins rapide mais quelques bugs corrigés, instable, démarrage rapide, démarrage lent… ».

Plus inquiétant selon Branislav Milic, Adobe ne prend plus le temps de tester à fond les nouvelles versions d'InDesign : « de nouveaux bugs empêchent des scripts et des plug-ins tiers de fonctionner comme dans les versions précédentes, ce qui a mis à mal le business de plusieurs développeurs qui ont été obligés de rembourser leurs clients ! ». Adobe n'est pourtant pas resté les bras croisés ces cinq dernières années.

Le formateur convient que des fonctions utiles ont été implantées avec les dernières versions, « mais on a attendu cinq ans avant de voir quelque chose de consistant ». Il relève entre autres « la meilleure gestion des notes de bas de page et des notes de fin, la possibilité de gérer la couleur d'arrière-plan et les contours des paragraphes, et, plus rarement utilisé, le redimensionnement plus "intelligent" des mises en page ».

Néanmoins, le processus de développement est lent et laborieux. Branislav Milic, qui a aussi décrit ses griefs dans un billet acide, relève que des fonctions « apparaissent d'abord dans une première version, puis sont un peu améliorées dans la seconde, pour être finalement nettoyées dans une troisième non sans présenter encore des limitations ». Résultat : il faut attendre parfois trois années pour que la fonction soit réellement exploitable.

Quand le programme était encore développé à Seattle, on avait déjà quelque chose d'assez abouti dès la première version car, et je l'affirme, les développeurs y étaient meilleurs. Ce n'est pas normal de dire « Avant c'était mieux (ou plus rapide) » pour un logiciel professionnel d'une société d'une telle envergure et en 2019.

Pour Adobe, la communauté des créatifs est très importante, après tout c'est elle qui a permis à InDesign de s'imposer comme le logiciel de prédilection du secteur. Chaque année, l'éditeur rencontre les professionnels durant les conférences PepCon pour en prendre le pouls et enregistrer leurs doléances. Malheureusement, ce n'est plus le rendez-vous incontournable que cela a été par le passé.

Branislav Milic ne s'y est plus rendu ces cinq dernières années. En revanche, il a entendu des confidences et des histoires « incroyables ». Un exemple : « Un spécialiste de l'EPUB, reconnu dans l'industrie des publications, discutait avec des personnes-clés de l'équipe de développement pour leur signaler que les éditeurs de livres électroniques exigeaient un aspect bien précis de la norme EPUB qu'InDesign ne gère pas. Il a bien tenté de leur expliquer les étapes pénibles qu'il faut appliquer pour que l'EPUB soit idéalement créé mais il a été confronté à deux choses : une écoute d'apparence plus polie que sincère, et la décision que les fonctions de préparation et d'exportation au format EPUB ne feront plus l'objet de mises à jour. C'était en 2016 ».

Au-delà du sommet

Dans ce contexte où la PAO traditionnelle est devenue une niche, à quoi vont ressembler les vingt prochaines années pour InDesign ? Le flottement d'Adobe permet à la concurrence de revenir dans la course. QuarkXPress refait parler de lui régulièrement à l'occasion de sa traditionnelle mise à jour annuelle, et Affinity Publisher, sorti en juin, a les crocs.

Adobe devrait avoir peur d'Affinity, selon Branislav Milic, car « une chose est sûre : des milliers de personnes ont commencé à utiliser les logiciels Affinity pour leur qualité indéniable, pour leur fonction superbe de passage d'une app à l'autre, mais aussi pour le prix qui est mortel pour Adobe et qui parle aux finances des PME et des indépendants ». Il relève toutefois qu'Affinity Publisher « comble l'espace qui était vide depuis 35 ans en PAO en répondant au besoin d'un outil médian plus orienté création et documents courts ».

InDesign reste indispensable pour les graphistes ayant besoin de mettre en page des documents longs et complexes. Le spécialiste du logiciel met en garde : « Quand je faisais des démos d'InDesign 2.0 (devant 400 personnes, c'était jouissif 🤗), après 30 minutes les gens, impressionnés, avaient compris qu'en rentrant chez eux ils passaient définitivement sur InDesign. Donc Adobe, fais gaffe, car si Publisher s'enrichit de fonctions similaires à InDesign, il suffira d'un rien… »

Quant à QuarkXPress, si le logiciel historique de la PAO semble revenir dans la course, « sa gestion des gabarits et des styles de texte est identique à celle des années 1990, et ça, c'est hors de question car les mêmes fonctions dans InDesign sont mille fois plus efficaces et plus rapides ».

Maria Yap ne s'est pas directement exprimée sur la concurrence. Mais elle explique que le secteur des industries graphiques et de la PAO a connu beaucoup de changements, mais qu'il demeure très puissant. Le médium ne va pas disparaitre de si tôt, à l'instar de la télévision et de la radio. « D'autres secteurs pourraient d'ailleurs s'inspirer de celui de la PAO, au niveau de l'adaptabilité, de la personnalisation ».

La vice-présidente admet que le temps où la PAO était un mastodonte est révolue, tout comme la domination de la presse papier. Mais « cette industrie a toujours sa place, et nous devons aider les éditeurs, les créateurs de contenus, les designers, les spécialistes du marketing à appréhender les possibilités du "cross publishing" ». Évidemment, Adobe y a toute sa place, l'objectif de l'éditeur étant de permettre à tous ces professionnels de « publier leurs histoires, leurs créations, leurs campagnes publicitaires sur tous les supports possibles : impression papier, sur le web, dans les apps… ».

« Pour s'adapter à ce marché, Adobe devrait peut-être créer une formule PRINT (PS/AI/ID/Acrobat à 20 € HT par mois) de son Creative Cloud pour un public bien spécifique », enchérit Branislav Milic. Il constate néanmoins qu'un nombre « considérable » de publications (publicités, présentations en ligne…) ne sont plus réalisées avec Photoshop, Illustrator ou InDesign, mais « avec des petits logiciels spécialisés pas chers qui proposent des fonctions optimisées, vite mises en œuvre pour les nouveaux médias ».

Adobe a bien identifié ce marché avec la suite Spark, même si celle-ci segmente encore plus sa famille de logiciels « et par conséquent une baisse des parts de marché de PS/AI/ID ». Il pointe toutefois un « manque de standard ouvert qui combinerait dans un seul fichier une publication lisible en mode déconnecté ET en responsive design ». Ce rôle pourrait être celui du PDF 2.0, un format prometteur. Si le monde de la PAO embrasse un tel standard, alors il prédit une « quatrième révolution [...] après l'apparition du Mac et de QuarkXPress, l'apparition du PDF et l'apparition d'InDesign ».

Et InDesign pourrait y jouer un rôle central, si le logiciel intègre « des fonctions de mise en page en responsive design aussi simples à utiliser que dans feu Adobe Muse, et la possibilité d'exporter dans un format digital unique et lisible sur toutes les plateformes et toutes les tailles d'écran ». Rendez-vous dans 20 ans.

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avatar Madalvée | 

Je poussoie pour la formule Print de la CC, des années que je l'attends ! InDesign étant mon logiciel principal, j'arrive à utiliser Affinity photo et Designer mais je bloque encore sur Publisher.

avatar Dimemas | 

Pareil je l’attends de pied ferme.

Très bon article !

avatar Kinky | 

Oui, chapeau à Mickaël pour cet excellent article. :-)

avatar raoolito | 

@Kinky

Excellent !

avatar mariol66 | 

Exact, la formule Print serait déjà une très bonne nouvelle. Ma femme graphiste, utilisant ces trois logiciel est obligé de prendre la totale à 60 €/ mois, un sacré budget pour les indépendants. Le monopole n’a pas que du bon, indesign est devenu le xpress d’avant. Pour l’utiliser de temps à autre, je trouve que c’est devenu une usine à gaz, mal optimisé, un peu comme les autres logiciels de l’éditeur d’ailleurs. Ce qui les tient c’est que les habitudes sont longues à changer. J’avais montré l’année dernière à ma femme la démo de Publisher, très prometteur, mais l’agence de comm avec laquelle elle travaille n’est pas encore dans l’optique de remplacer Indesign.

avatar zata | 

Avant de sortir InDesign, Adobe avait racheté Aldus en 94 et son PageMaker.

avatar albert13 | 

@zata

Pour la petite histoire et c’est rigolo, à l’époque un journaliste a demandé au dirigeant : votre société s’appelle Adobe et en rachetant Aldus comment va s’appeler la nouvelle société ?
réponse du dirigeant : « nous allons conserver le A de Aldus » 😂🤪

avatar zata | 

Ils n'ont pas eu cette même attention avec Macromedia 😁

avatar Dark Phantom | 

A mon avis , affinity publisher va tout tuer.
Autant affinity photo n’est pas encore au niveau de Photoshop, déjà en confort d’utilisation, en conversion cmjn, puis surtout pour les brushes
Autant affinity publisher, rien que par son prix, c’est quand même le moyen de tuer totalement l’abonnement à la creative suite avec indesign qui coûte un bras. Pour un bon nombre de gens, d’autres logiciels concurrents de Photoshop, dont Photoshop éléments peuvent suffire

avatar PahraDeHaske | 

@Dark Phantom

Ça fait des années que j’entend la même chanson, « Affinity va tuer InDesign ». Pour autant j’attend toujours son envolée à celui la parce que je commence à en avoir ma claque d’InDi et son monopole mégalomaniaque. Marre d’un logiciel bourré de fonctionnalités toutes plus intéressantes les unes que les autres mais imbuvables au possible. J’ai du me mettre à la prod de documents longs et les notes de bas de page, bordel, quelle plaie, complexe, rigide, peu intuitif, dispersé, daubesque de chez daubesque. Hâte qu’un petit nouveau vienne mettre son grain de sel et oblige Adobe à revoir sa copie pour conserver sa clientèle.
Malheureusement l’effet WAW chez Affinity se fait attendre. Il est sorti et je vois pas un confrère lui filer la bague au doigt. À l’époque quand InDi avait déboulé, en quelques mois les boites de Quark tombaient dans les poubelles comme des mouches. Je pense que si l’engouement ne c’est pas fait tout de suite, ils peuvent toujours courir chez Affinity, c’est perdu d’avance.

avatar Dimemas | 

Tu es sur ? ...
il manque quand même beaucoup de chose dans la suite .

Bon déjà la 1.7 a rajouter des fonctions de base comme pour le dessin vectoriel et la gestion des PDF...

avatar lesurfeurfou | 

Dans les années 90 Adobe avait des clients, aujourd’hui elle a des usagers

avatar Hasgarn | 

@lesurfeurfou

Et ça fait une ÉNORME différence : tu ne considères pas les 2 de la même manière

avatar Dwigt | 

Il semble vraiment y avoir beaucoup de parallèle avec Xpress il y a 20 ans. Quark était dans une telle situation de monopole qu’ils s’étaient permis de virer le gros de l’équipe développeurs et d’en rester à la version 3.3. Même l’arrivée de Mac OS X ne les a pas fait réagir. C’est quand à Doby a commencé à leur tailler des croupières qu’ils ont embauché des centaines de développeurs en Inde, pratiquement pour refaire le programme de zéro, sans même avoir accès au code des versions précédentes.

avatar ziggyspider | 

La création d'une formule PRINT à 20€ serait utile pour contrer Affinity qui malgré le manque de certaines fonctions pointues est parfait pour une grande partie des boulots PAO.

avatar Almux | 

Pour les éditions de livres et d'autres travaux habituels, j'ai pu totalement me passer d'Adobe dès la sortie de la deuxième beta de Publisher.
Bien sûr, Affinity est une jeune pousse... mais il faut avouer qu'elle ne programme pas avec les pieds. L'écoute et la réactivité sont d'une redoutable (et très appréciable) efficacité.
Il est aussi probable - étant donnée la dynamique de son équipe, et les améliorations rapides apportées à leurs applications - qu'Affinity dépasse Adobe au sprint.
Et puis, il y a le prix: on paie, on installe, et on roule! Pas d'abonnement, pas de boulet à la cheville, et la liberté de passer à une concurrence encore plus futée... au besoin. Pour y jouer actuellement le meilleur rôle, Affinity connaît l'avantage de ne pas s'endormir sur ses lauriers. J'ai confiance que son équipe de développeurs est parfaitement consciente du fait.
Entre autres, une fonction optimale d'exportation Pub ne devrait sûrement pas tarder...

avatar occam | 

@Almux

Bien d’accord.

J’ai récemment comparé su ce site l’état d’InDesign (dont j’étais parmi les premiers utilisateurs) à ses débuts et celui de Publisher aujourd’hui, constatant que le produit d’Affinity est bien plus abouti que ne l’était celui d’Adobe à son lancement, et bien après, v. 1.5 incluse. Néanmoins, les utilisateurs percevaient immédiatement le potentiel d’InDesign, ce qu’ils ne manquent de faire avec Publisher maintenant, bonheur en plus, soucis en moins.

Reste à ajouter que Publisher et les autres logiciels Affinity peuvent occuper des créneaux qu’abandonne Adobe, de gré ou de force. Une partie de mon travail porte sur l’édition scientifique en Open Access. Dans ce domaine, l’Open Source devient la norme, surtout pour les jeunes chercheurs. Pour des raisons pratiques, le trio Publisher/Designer/Photo y est acceptable (sinon, ce serait le tout LaTex/GIMP/Inkscape), là où la palette Adobe n’est plus viable, économiquement comme opérativement, pour ne pas dire : moralement. Ceux qui ne connaissent pas bien ce bouillon de culture n’imaginent peut-être pas à quel point l’image de marque d’Adobe s’est dégradée auprès de la génération montante, au point de commencer à y être associée à celle d’éditeurs come Elsevier, réputés prédateurs.

Adobe consolide sans doute son bilan trimestriel, on connaît la partition ; mais qu’en est-il de son avenir ?

avatar fte | 

@occam

"pour ne pas dire : moralement."

Pourquoi ne pas le dire ?

Ou plus intéressant : pourquoi le dire ?

En quoi est-ce amoral d’utiliser un outil payant ?

avatar misterbrown | 

J’ai commencé Indesign avec la version 1.5.
La première vraiment stable et utilisable.

J’apprenais tout seul et j’en faisait la promo à tout le monde autour de moi.
Même à ma prof de Quark.

Quelle révolution a l’époque par rapport à Quark

avatar Boboss29 | 

Idem pour moi, sur le G4 Bi processeur 800 MHZ de la boite, je bossais sur un guide sur Xpress, sous os9, et en parallèle je pouvais lancer OSX (une des première version) et indesign, je pigeais pas pourquoi je devais continuer à bosser sur Xpress alors que tout dans Indesign était mieux. L'import des PSD et des AI, l'aperçu, la souplesse des commandes, les même outils que Illustrator, la création simple de tableaux, et non, notre imprimeur voulait des fichiers natifs Xpress... C'est que par la suite quand il a enfin accepté les fichiers PDF, qu'on a pu envisager Indesign. Mais après j'ai monté ma boite, je suis passé intégralement sur la suite Adobe sur PC (moins cher), et les imprimeurs ne m'ont plus jamais imposé de trucs sur Xpress, que je n'avais pas de toute façon. Quand je vois comment c'est intuitif comme soft (à condition de connaitre un minimum les interfaces Adobe), il est normal que Xpress soit descendu de son piédestale.

avatar Jeckill13 | 

@Boboss29

Pareil ! Ce qui m’a fait passer à inDesign c’était la compatibilité agi e avec les fichiers illustrator et Photoshop ... plus besoin de convertir les fichiers en tiff pour les intégrer dans la maquette. L’interface était également intuitive pour les utilisateurs de Photoshop et Illustrator, en plus inDesign était inclus dans la Creativ Suit ce qui était financièrement intéressant.

avatar Crkm | 

Il ne fallait pas s’attendre à quoi que ce soit d’autre en délocalisant le développement en Inde…L’Inde, c’est la Chine de l’informatique : c’est très bien pour faire des tâches à faible valeur ajoutée, point final.

avatar Mac13 | 

J'ai commencé avec Xpress pour environ 10 ans enstje jonglais avec inDesign qui a des similitudes avec illustrator. Avant de tout abandonner à cause des boulets sur abonnements.
Je suis en paix sans abonnements.

avatar cv21 | 

Bel article, merci.

Les précédents articles sur macG, avec le même interlocuteur et tout aussi intéressants :
- les 15 ans : https://www.macg.co/logiciels/2014/08/adobe-indesign-15-ans-lage-bete-83891
- les 10 ans, le lien figure dans l'article des 15 ans...

Je suis plutôt de la génération qui a connu les rachats de Macromedia ( Dreamweaver, ColdFusion, Flash, toujours actifs chez Adobe mais aussi FreeHand Final Cut Pro (pris par Apple) ) et Golive Systems. Sans oublier, Cool Edit un shareware transformé en Audition.

Je ne sais pas ce qu'il faut retenir, soit Adobe malmène des belles idées au fil des mises à jour soit il est impossible de développer/maintenir un logiciel sur une durée de plus de 10/15 ans sans devoir à un moment tout réécrire. Ou peut-être les deux ! Apple, Affinity et consorts n'y échappent pas. J'ai parfois l'impression que l'informatique ressemble à un château de cartes.

avatar Rom 1 | 

Merci pour cet article !

Nous on est passé de Xpress sous iMac G3, à un système interne sous Windows bien plus simple mais moins puissant, bien qu’adapté à la charte graphique.
On est en train de basculer sur la suite Eidos plus spécialisée et déjà utilisée dans nombre de médias en France. Leur logiciel Prime ressemble beaucoup à Indesign mais il a l’avantage de pouvoir s’adapter aux demandes de chaque médias et ces nouvelles fonctionnalités peuvent profiter à d’autres, bien que souvent ça mette des plombes en fonction de l’importance de votre boîte.

Au prix qu’ils payent, les médias ont besoin de solutions sur mesure et d’écoute. Adobe est en train de perdre du terrain au profit d’éditeurs encore plus spécialisés.

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