NordVPN, vous connaissez ? Forcément, vu le matraquage publicitaire autour du service. Mais savez-vous qu’il est né en Lituanie ? C’est moins sûr. L’entreprise a invité une poignée de médias français, dont MacGeneration, à découvrir l’envers du décor dans son quartier général à Vilnius.
Alors que la France suffoquait sous une nouvelle vague de chaleur, c’est sous un climat nettement plus respirable que nous avons débarqué dans la capitale lituanienne début juillet. À peine le tarmac franchi, impossible de douter de notre destination : nous avons été accueillis par des panneaux publicitaires à la gloire de NordVPN et d’autres services du groupe.

Un rapide trajet en bus a suffit pour rallier Cyber City, le campus de Nord Security, l’éditeur du fameux VPN. Situé à un saut de puce du centre historique en prenant l’un des VTC Bolt omniprésents dans les rues, ce complexe est l’un des deux hubs technologiques de Vilnius. Investi en 2023 par l’entreprise, il a été érigé sur le terrain de l'ancienne usine de chaussettes Sparta. De ce passé industriel, il ne reste qu'une immense cheminée de briques reconvertie en une drôle de fontaine.
Une ruche lituanienne
Le site abrite près de 3 000 salariés, mais tous ne travaillent pas sur le réseau privé virtuel. Les jours où le présentiel est de rigueur, c’est une ruche bourdonnante où s’activent également les équipes du gestionnaire de mots de passe NordPass ou encore du récent fournisseur d’eSIM Saily. Elle héberge aussi les « cousins » de la galaxie Tesonet — le plus grand incubateur tech des pays baltes —, comme le VPN Surfshark absorbé en 2022, l’hébergeur Hostinger ou Incogni, un service qui efface les données personnelles disséminées sur le web. Liées par des investisseurs communs, ces entreprises se renvoient l’ascenseur : Incogni, par exemple, est mis en avant dans les applications de NordVPN et de Surfshark.


Pour retenir, voire faire revenir les cerveaux dans un pays qui a perdu plus de 20 % de sa population depuis les années 1990, les start-up misent sur des salaires attractifs et un cadre agréable. Nord Security applique à la lettre les codes de la Silicon Valley : salles de sport, bureaux « parents-enfants » pour parer aux galères de baby-sitter, studio de musique, multiples salles de réunion tout équipées, coach santé, espaces détente avec consoles et bien sûr baby-foot… Sans oublier le panier de basket, le sport roi en Lituanie.
Mais comment l’un des principaux fournisseurs de VPN au monde a-t-il pu émerger dans un pays de moins de 3 millions d’habitants ? Pour Brigita Kavaliauskaitė, responsable des relations publiques du groupe, l’une des clés réside dans l'agilité permise par l’État : une bureaucratie limitée et une législation souple permettent aux jeunes pousses de lever des fonds et de passer rapidement à l’action. Le succès de Vinted, l'autre porte-étendard tech installé à quelques pas de là, en est une seconde preuve. Une dynamique que l'on retrouve également en Estonie, berceau de Skype, Bolt ou Wise.

En tant que « petit » pays, il y a également une volonté de s’affirmer, de montrer que l’on est capable de faire de grandes choses, ajoute Brigita Kavaliauskaitė. Un discours qui a une résonance particulière dans le contexte actuel. Coincée entre la Biélorussie et l’enclave russe de Kaliningrad, la Lituanie est en première ligne face à la menace expansionniste de Vladimir Poutine. L’indépendance arrachée à l'URSS en 1990 est sacrée, comme en témoigne les nombreux drapeaux lituaniens qui flottent dans Vilnius, souvent accompagnés du bleu et jaune de l’Ukraine.
Jeux sans frontières
D’ailleurs, face à ce danger à l’Est et à l'isolationnisme américain sauce Trump, pourquoi NordVPN ne joue-t-il pas la carte du patriotisme européen ? Son rival Proton n'hésite pas à brandir l'argument de la souveraineté européenne pour attirer le chaland — non sans une certaine ironie, la Suisse ne faisant pas partie de l'Union européenne aux dernières nouvelles.

NordVPN a été pensé dès l’origine comme un service mondial, nous répond la responsable de la communication. Et lors de sa création en 2012 par Tomas Okmanas et Eimantas Sabaliauskas, la question de la souveraineté n’était pas aussi prégnante. Surtout, parmi les plus de 15 millions d’utilisateurs des produits Nord Security, une bonne partie se trouve aux États-Unis. Pas question de les froisser avec un discours antagoniste.













