La France mène l'enquête sur Pegasus, le logiciel espion qu'elle aurait envisagé d'acquérir pendant un temps

Stéphane Moussie |

Les révélations continuent dans la complexe affaire Pegasus qui mêle secrets d'États et secrets technologiques. D'après le MIT Technology Review, la France a envisagé d'acquérir Pegasus, le logiciel espion de NSO utilisé par plusieurs pays pour surveiller qui des journalistes, qui des opposants politiques, qui des hauts responsables étrangers… Les intentions françaises avec un tel outil ne sont pas précisées. Mais alors que les négociations auraient été sur le point d'aboutir, les révélations parues cet été auraient fait capoter l'accord au dernier moment. Parmi elles, on apprenait qu'Emmanuel Macron apparaissait personnellement sur la liste des cibles potentielles de Pegasus pour le compte du Maroc.

Après la publication de l'article, le ministère des Affaires étrangères a démenti auprès du MIT Technology Review avoir voulu acquérir le logiciel espion controversé. Le journal Le Monde a une version différente de ce qui se tramait en coulisses. D'après ses sources, la France a été démarchée par NSO et a décidé dès fin 2020 de ne pas faire affaire avec l'entreprise israélienne.

Image Paul Hudson (CC BY)

La France est l'un des rares pays européens à ne pas être client de NSO. « Nous avons eu la confirmation que Pegasus est utilisé par des États européens, en judiciaire et même en renseignement pour certains d’entre eux, mais on peut penser que tout ceci s’effectue dans un cadre juridique légal, à l’instar de celui qui existe en France pour les techniques de renseignement ou pour les techniques spéciales d’enquête – contre-ingérence, lutte antiterroriste, protection économique et enquêtes judiciaires en matière de criminalité organisée ou de lutte antiterroriste », a indiqué au Monde une source au sein des services renseignement français.

Depuis l'ébruitement de l'ampleur de l'espionnage mené grâce à Pegasus dans le monde, les autorités françaises restent publiquement discrètes sur le sujet mais enquêtent sur ses implications dans l'Hexagone. Sur plusieurs centaines de téléphones appartenant à des proches du pouvoir qui ont été examinés, deux iPhone présentent des traces de Pegasus, un logiciel « furtif, très difficile à détecter […] qui permet d’accéder à tous les contenus, y compris en temps réel. »

Ces deux iPhone appartiennent à de hauts fonctionnaires travaillant sur des dossiers sensibles de défense, des cibles intéressantes pour les services de renseignement étrangers. Seulement, les enquêteurs n'arrivent pas encore à désigner avec certitude le ou les responsables derrière ces attaques. « C’est une enquête longue. Tous les pays concernés sont confrontés aux mêmes difficultés », fait savoir un membre du renseignement.

Alors qu'iOS 15 semble être un rempart efficace contre Pegasus actuellement, la France cherche à se prémunir contre des attaques similaires menées avec d'autres logiciels espions. Toujours selon Le Monde, les services de renseignement sont en train de dresser la liste des entreprises qui fournissent ce type de programmes.

Apple vient de porter plainte contre NSO pour le tenir « responsable de la surveillance et du ciblage » de ses utilisateurs et a annoncé qu'elle informera ceux-ci lorsqu'ils sont la cible d'une attaque menée par un État. L'entreprise israélienne est maintenant dans la tourmente : fin octobre elle a été placée sur la « liste noire » des États-Unis, ce qui lui met de gros bâtons dans les roues pour commercer avec des entreprises américaines, et ses investisseurs s'inquiètent de la suite des événements.


avatar raoolito | 

donc en fait on a un autre logiciel aussi bien chez nous, c'est l'idée ?
ben oui inutile de payer ( au prix fort c pas donné le pegasus) si on sait deja faire!

avatar kinon | 

De toutes manières à partir du moment où un système permettant d'espionner un pays étranger, concurrent ou ennemi, est disponible sur le marché il serait ridicule de ne pas l'utiliser aussi. Et c'est déja la même chose avec toutes les techniques classiques d'espionnage depuis la nuit des temps qu'utilisent TOUS les pays.
Le point important est de faire le nécessaire pour ne pas être en danger soi même et donc de prendre les mesures adéquates pour se mettre à l'abri .
Si on ne prends pas ces mesures on accepte donc d'être espionné en connaissances de cause. Jouer les vierges effarouchées parce qu’un nouveau procédé est rendu possible par la technologie est particulièrement faux cul.
Si la France à renoncé à acheter le logiciel Pégasus, j'espère que c'est parce qu'elle a développé son propre outil ( de préférence plus discret) sinon c'est simplement ridicule, irresponsable et dangereux.

avatar marenostrum | 

Un système en vente est inefficace pour espionnage. Tu ne rattrape que les pigeons. Les autres savent se protéger même s’ils n’ont pas les moyens technologiques, tout simplement de ne plus utiliser les appareils concernés pour ce genre de choses.

avatar f3nr1l | 

T'inquiètes, la France a toujours été à la pointe du renseignement, même si elle prend un malin plaisir à laisser entendre le contraire.
Par exemple, si on ne s'est pas laissé entrainer dans la chasse aux chars gonflables en Irak, c'est parce que nous avons nos propres satellites espions, Ce qui a permis à Chirac de prendre une décision éclairée, non basée sur les photos truquées des faucons de l'administration bush.

avatar fallherpe68 | 

Il se dit qu'une quinzaine d'entreprises mènent des activités similaires que NSO Group dans le monde dont au moins une française. Vraisemblablement le pays dispose de capacités similaires. Néanmoins, si on suit l'article, on peut tout de même s'interroger sur le fait que la France a hésité à acquérir ce logiciel Pegasus. Cela signifierait qu'elle n'a donc pas les capacités fournies par Pegasus... Bref partie de poker menteur !

avatar rolmeyer | 

@fallherpe68

Exactement. On écoute mais on se sait écouté, faut pas se faire d’illusions.
https://www.numerama.com/magazine/33491-les-usa-ont-mis-sur-ecoute-hollande-sarkozy-et-chirac.html

Quand on ne veut pas être écouté on sait comment faire. En tout cas au niveau étatique.

Hésiter peut aussi faire JUSTEMENT laisser croire qu’on en a pas mes capacités. Ou tout bêtement que ça ne valait pas le prix demandé.

avatar Nielp | 

"on peut tout de même s'interroger sur le fait que la France a hésité à acquérir ce logiciel Pegasus. Cela signifierait qu'elle n'a donc pas les capacités fournies par Pegasus... Bref partie de poker menteur !"

Ou alors c'est pour savoir comment ils s'y prennent là-bas et si on a des 0days qu'ils n'ont et inversement ? :)

avatar Gandulf | 

J’espère bien que les services de renseignement français ne discutent pas dans la presse de leurs moyens d’écoute. Toutes ces informations ne sont pas sérieuses.

avatar jardineur | 

Et si on arrêtait avec ces joujoux interceptables ? Vous savez que la Marine continue de converser en morse optique pour éviter les interceptions ?
Contre les interceptions chinoises, revenons au télégraphe de Chappe et au pigeon voyageur :)

Pis ça sera éco-responsable, en +

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