« Le jour où Apple a acheté la Grèce » : une fiction sur le trésor de guerre de Cupertino

Christophe Laporte |

On trouve de plus en plus de livres consacrés à Apple en tant que société ou à ses personnages clés. Steve Jobs, Tim Cook ou bien Jony Ive ont le droit à leur biographie, plus ou moins bien faite d’ailleurs. Que renferme le fruit défendu de Cupertino ? Les auteurs se sont souvent cassé les dents sur le sujet. Non seulement, la tâche à la base est ardue, mais les principaux personnages ne sont pas du genre très bavard.

Quand on a eu vent de la sortie du livre Le jour où Apple a acheté la Grèce, on était plutôt méfiant. Au lieu de chercher à écrire la vérité sur Apple, Jean-Cédric Michel a eu l’idée de faire une fiction. Puisqu’on ne sait pas grand-chose, autant l’imaginer ! Et c’est au final une petite réussite.

Sans trop dévoiler le contenu du livre, Le jour où Apple a acheté la Grèce s’intéresse au formidable trésor de guerre d’Apple, qui dépasse rappelons-le allègrement les 200 milliards de dollars, un montant proche de la dette de la Grèce. C’est le point de départ de ce thriller politico-financier, où Gully Samoza, jeune conseiller de Tim Cook, va tenter de convaincre ce dernier de faire entrer Apple dans une nouvelle dimension.

En attendant de voir si les GAFA finiront par prendre le contrôle de certains pays, nous avons posé quelques questions à Jean-Cédric Michel, passionné d’Apple, avocat genevois spécialiste des relations internationales… et écrivain à ses heures perdues.

MacGeneration : Comment s’y prend-on pour réaliser une fiction qui peut apparaitre comme plausible, avec une société qui pratique depuis toujours la culture du secret ?

Jean-Cédric Michel : J’ai eu plusieurs sources d’inspiration. D’abord, une bonne connaissance d’Apple et de ce que les analystes, techs ou financiers, en disent, ainsi que les rares biographies et témoignages, et puis les articles de fond dans des journaux et magazines. Même si Apple cultive le secret sur ce qui est interne, il y a tout de même des pistes. Ensuite, par mon métier, une bonne connaissance du monde corporate, de son fonctionnement, de ses « codes ». Cela donne les bases pour imaginer ce que pourraient être les réactions, internes, institutionnelles, les dialogues face à un tel projet.

Mais comme c’est de la fiction, cela reste supposé, avec une part de rêve, de fantasme, et probablement une part assez proche de ce que serait cette réalité, les actions des financiers, des ingénieurs, des politiques comme Al Gore lorsqu’il parle en tant qu’administrateur d’Apple.

La montagne de cash d’Apple est sujet à tous les fantasmes. La preuve, c’est qu’on finit même par en faire un livre. Comment l’idée vous est venue exactement ? Il y a un élément qui d’ailleurs est bien abordé dans le livre, c’est à quel point ce type de chiffres ainsi que le cours de la bourse est scruté au quotidien. Dans votre livre, finalement, on perçoit cette réserve de cash comme une chance, mais n’est-ce pas un poison en quelque sorte ou un anesthésiant ?

C’est un vaste sujet ! Cette réserve, c’est une anomalie inédite dans l’histoire du capitalisme. Comme la mère de Gully le lui rappelle lorsqu’il l’interpelle sur le rôle social que pourrait prendre un géant comme Apple, elle répond, en bonne professeure d’économie, que la seule chose qu’Apple devrait faire, c’est la distribuer sous forme de dividende. En ajoutant qu’elle sait que ce n’est pas la réponse qu’il attend…

Le cours est scruté au quotidien par tout le monde. C’est l’essence du marché boursier. C’est pour cela que c’est l’un des fils rouges du livre, toujours là, toujours en filigrane. Obsédant comme il l’est… dans la réalité. Poison, anesthésiant… La fiction, c’est précisément d’imaginer ce qu’un GAFA peut faire aujourd’hui de différent avec une telle puissance financière, de susciter cette question et le débat.

Cela fait bien longtemps que les acteurs de la high-tech ont quitté leur petit pré carré pour s’immiscer dans quasiment tous les domaines imaginables. Avec l’Apple Watch, Apple se rapproche de la santé et des assurances. Et on n’en est qu’au début ! Votre idée va plus loin. Apple s’attaque à l’un des fondements de nos démocraties : le prélèvement de l’impôt. Alors que les GAFA sont souvent présentés comme étant plus puissants que les États, peut-on s’attendre à ce qu’ils prennent un rôle actif dans le fonctionnement de ceux-ci ?

Je suis persuadé qu’ils vont tenter de prendre un tel rôle, dans la santé, l’éducation, les transports, etc. Ils ont commencé et deviennent multidisciplinaires. Apple ne vend plus seulement des ordinateurs et des téléphones, mais des services. Demain, je parie qu’Apple sera aussi une banque, et les banques le savent et tremblent à cette idée. C’est dans la nature humaine, et ce n’est pas nécessairement un mal si ce progrès est utile et maîtrisé.

Le vrai test sera de savoir si les États, les mécanismes de la démocratie, pourront contrôler cela. Le capitalisme vend du progrès, ce qui est bien, mais il le fait en principe primairement dans son propre intérêt, pour faire du profit. L’État, la démocratie, c’est ce qui défend, en principe également, l’intérêt général face à l’intérêt particulier. Les frontières entre les deux vont probablement évoluer. Mais que la démocratie continue à contrôler le capital est le véritable enjeu face à des géants d’une taille jamais vue auparavant. C’est pile la question que pose ce roman.

Finalement l’un des principaux buts du livre, c’est d’évoquer une idée qui rencontre un certain écho en Suisse : la microtaxe sur les flux financiers, qui se substituerait à tous les impôts. On pourrait parler de la grève que la mise en place d’une telle taxe pourrait susciter à Bercy, mais ce qui est « amusant » de noter, c’est qu’Apple est le champion de la taxe : de la microtaxe (avec sa commission prélevée sur chaque paiement Apple Pay) à la macro-taxe (les 30 % de commission sur les ventes sur l’App Store). Où en est cette idée en Suisse ? Est-ce que la mise en place d’une telle taxe ne serait pas également le meilleur moyen de mettre fin aux problèmes de taxation des GAFA ?

Oui c’est un autre sujet clé du livre. La fiscalité est devenue dépassée, trop lourde, injuste, trop complexe. Il y a de la triche, de l’insécurité juridique. La numérisation de tout ce qui touche à l’économie offre, comme dans presque tous les autres secteurs, la possibilité d’automatiser l’impôt. C’est une chance. Et les ressources humaines et financières qui ne seront plus affectées à déclarer, percevoir, contrôler, si elles sont affectées au développement durable ou aux sciences de l’humain, ce ne sera pas un mal !

Le problème, c’est qu’à ce jour, les taxes sur les flux ont toujours été perçues comme venant « en plus » sur certains secteurs pour les ponctionner ou en corriger les effets. Avec l’initiative qui se développe en Suisse, l’idée est de remplacer à terme tous les impôts ordinaires par une micro-taxe sur tous les flux financiers. C’est efficace, transparent et viable.

Il y a un aspect paradoxal dans votre livre concernant Apple et la manière dont vous voyez Tim Cook. « Il vaut mieux être un pirate que de s’engager dans la Navy », avait déclaré Steve Jobs au moment de la gestation du Macintosh. À l’époque, le fameux drapeau pirate trônait dans le bureau de l’équipe en charge du Macintosh. L’Apple de Tim Cook a sans doute perdu cette volonté de bousculer l’ordre établi, et c’est précisément ce qui anime votre personnage Gully Samoza. Il a un côté rebelle, qu’Apple a un peu perdu non ?

Oui, bien sûr, c’est totalement juste ! Tim Cook a réussi le pari, qui était très délicat, de succéder à Steve Jobs. Pour amener Apple au stade suivant, il fallait probablement être moins « pirate » que Steve, mais c’est ce que ce roman vient titiller : pousser Tim à se lancer dans une idée de prime abord absurde mais novatrice, disruptrice. Gully pique Tim au vif en lui disant « une idée que Steve aurait aimée » et en lui disant que si Apple ne cherche pas cette nouvelle dimension, un autre GAFA le fera, ce qui aurait rendu Steve malade. On est là en plein dans les fantasmes et la magie d’Apple, entreprise comme aucune autre au monde !

Steve Jobs et l’équipe du Macintosh en 1984.

Dernière question, et pas la moindre : comment se fait-il que Gully Samoza utilise des PC ?

Très bonne question… et c’est la première fois qu’on me la pose ! Parce que… il part dans un projet au début un peu absurde, qui doit rester confidentiel même en interne, pour lequel il va aller dans le dark web, et donc il ne veut pas le faire sur ses Mac du travail qui sont synchronisés dans iCloud et accessibles par l’IT interne d’Apple. C’est donc pour donner un peu de mystère sur la démarche.

L’un des deux PC n’a d’ailleurs pas de connexion du tout, pour rappeler que cela demeure la seule manière d’assurer un risque zéro de piratage. Et, petit coup de pied à Windows, avec lequel nombre de secteurs sont obligés de travailler, s’énerver quand un de ses PC mets de trop longues secondes à démarrer en crépitant stupidement !

« Le jour où Apple a acheté la Grèce » est en vente dans toutes les bonnes libraires. Vous le trouverez sur Amazon en version Kindle et papier ainsi que sur Apple Books !

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avatar reborn | 

Pourtant on l’a revue depuis le drapeau pirate.

avatar hexley | 

Quand on est un vrai passionné d’Apple on a pas de PC HP sur son bureau ?

avatar IceWizard | 

@hexley

Moi c’est le t-shirt avec ses propres initiales (JCM) qui me fait rire..

avatar mk3d | 

@hexley

Si, pour se rappeler comme macOS c’est bien ?

avatar Guiguimac | 

@hexley

Exact !

avatar IceWizard | 

Une micro-taxe sur chaque transaction, quelle bonne idée ! On pourrais l’appeler TVA (Taxe sur la Valeur de l’Argent). Cela vas faire un malheur !!

avatar Un Type Vrai | 

Cessons déjà de louer notre propre argent... (loi de 1973)
80% de la dette en moins... ça pique pas les gens du peuple ça ?

avatar menlopark | 

@Un Type Vrai

+1000

avatar frankm | 

@Un Type Vrai

Argent = crédit + intérêts, soit une dette.
D’ailleurs le trésor de guerre, essayez de demander à la banque de solder le compte...

avatar Malouin | 

@IceWizard

Et hop ! La solution miracle à tous nos problèmes ! Encore une taxe...

avatar Steve Molle | 

« L’État, la démocratie, c’est ce qui défend, en principe également, l’intérêt général face à l’intérêt particulier. »

Heu pas en Macronistan

avatar Max1000du35 | 

@Steve Molle

Un vrai Homme politique est celui qui pense et défend les intérêts du peuple sans jamais penser aux siens
On est mal barré finalement

avatar ohmydog | 

@Steve Molle

Est-ce vraiment le lieu ce genre de commentaire ?

avatar oomu | 

En Corée du nord, ça ne serait pas le lieu de ce genre de commentaire.

mais en France, oui c'est vraiment le lieu de ce genre de commentaire.

Même si hors sujet.

avatar Ron Dex | 

A supprimer

avatar Steve Molle | 

@RonDex

Grosse censure d’un adepte du Macronistan...avec ou sans délation ?

avatar reborn | 

Le danger ne vient pas des GAFAM etc..
Eux ils sont facile à arrêter, il suffit de plus acheter chez eux. Mais plus facile à dire qu’à faire car leurs offres de produits et services sont excellentes...

200 milliards c’est que dalle, le vrai danger vient de la Chine, qui commence à s’offrir des petits bouts d’Afrique ici et là..

Une petro nation du Golf elle s’achète la Grèce quand elle veut.. ?‍♂️

avatar John McClane | 

@reborn

Tout à fait d’accord, ça m’inquiète aussi de voir ce que fait la Chine en Afrique.

avatar en ballade | 

s 'inquiéter de ce que fait la Chine en Afrique? pourquoi? la France a en son temps fait bien pire, chacun son tour

avatar ijimax | 

@en ballade

Non justement, pas "chacun son tour".
On ne peut pas rouler sur l'Afrique comme sur un boulevard. Les temps ont changé.
Les Africains en ont pris conscience. Ca prendra du temps pour changer les choses mais l'oeuvre a commencé.

avatar marenostrum | 

il dit pas le contraire l'autre. la dette intérieure te montre tout seul que les temps ont changé. il faut les payer (avec les prix du marché) maintenant les matières premières pour faire rouler l'industrie. et ça change tout.

avatar oomu | 

"s 'inquiéter de ce que fait la Chine en Afrique? pourquoi? la France a en son temps fait bien pire, chacun son tour"

En tant que Français, on devrait justement être en mesure (historiquement) de comprendre pourquoi il faut s'en inquiéter POUR l'intérêt des Africains.

avatar debione | 

Pour l'intéret des africains? Vraiment? Ou alors par peur que vu que l'on s'est deja servi comme des gros porcs dessus, on refuse que d'autre le fasse, histoire qu'ils n'aient pas les memes "chances"?
Que la France rende à l'afrique ce qu'elle lui a spoliée pendant des années (grosso merdo des centaines de milliards) et après on pourra s'émouvoir que d'autres font comme les colonialistes que l'on était... La Chine fait juste exactement comme la France... (se rappeler de la facon dont elle est impliquée dans l'extraction d'Uranium et ce qu'elle est capable de faire pour securiser ces approvisonnement, genre envoyé l'armée, faire des morts pour que le petit francais puisse se chauffer a 25 degré en hiver...
Ou alors on reparle plus proche de nous de Kadafi? De comment la France respecte la souveraineté africaine? De comment elle a aspirer les $ pour buter ensuite le chef d'un pays et le plonger dans une guerre civile qui dure encore aujourd'hui?

avatar oomu | 

"Pour l'intéret des africains? Vraiment?"

vraiment.

"Ou alors par peur que vu que l'on s'est deja servi comme des gros porcs dessus,"

non, c'est pas par peur de cela.

" on refuse que d'autre le fasse,"

oui.

"histoire qu'ils n'aient pas les memes "chances"? "
La Chine a eu son quota d'exploitation des autres, y a aucune "chance" à donner.

"Que la France rende à l'afrique ce qu'elle lui a spoliée pendant des années (grosso merdo des centaines de milliards)"

Grosso Modo y a eu beaucoup d'évènements et d'efforts consentis par la France, bon gré, mal gré et l'histoire n'est pas finie. C'est aussi hors sujet avec la Chine ou le reste du monde.

" et après on pourra s'émouvoir que d'autres font comme les colonialistes que l'on était... "

je peux le faire à l'heure que je veux.

" l'extraction d'Uranium et ce qu'elle est capable de faire pour securiser ces approvisonnement, genre envoyé l'armée"

Le pays fait ce qui est dans l'intérêt du pays. Oui la France reste impliqué partout où des ressources premières sont nécessaires. Si un pays africain impliqué subitement essayait de d'avantage d'en profiter, même au détriment de la France, cela ne me choquerait pas.

"faire des morts pour que le petit francais puisse se chauffer a 25 degré en hiver..."

Le français n'est pas plus petit qu'ailleurs. Il est important de se chauffer en hiver. Et effectivement parfois l'Etat, les politiciens et l'Armée servent à quelque chose de concret pour sa propre population.

Enfin, 25 degrés en hiver est la température que vise le Oomu en hiver, mais en pratique on nous pousse à 21 degrés.

"Ou alors on reparle plus proche de nous de Kadafi?"

Je n'ai pas voté pour cette politique. Le résultat de l'implication de la France était annoncé comme catastrophique, ce fut catastrophique, le résultat est catastrophique.

"De comment la France respecte la souveraineté africaine?"

On peut en parler justement, c'est bien tout l'enjeu.

"De comment elle a aspirer les $ pour buter ensuite le chef d'un pays et le plonger dans une guerre civile qui dure encore aujourd'hui?"

Y a beaucoup à dire sur l'utilisation des banques françaises pour perpétuer le malheur en Afrique.

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Quel est votre point ? Faire fermer la gueule en utilisant le poids de la Culpabilité Ancestrale et du Pêché Original ?

Je suis d'accord avec vous : tout chinois à une culpabilité gigantesque envers les peuples voisins et leurs exactions millénaires et n'ont donc par conséquent pas à avoir d'opinion sur l'Afrique ni à oser tenter d'exploiter l'Afrique à la place des africains.

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Je suis partisan effectivement du Grand Déballage des actes néfastes de la France, de la Chine et de l'ensemble des pays de la planète toute entière sur l'ensemble de l'Histoire. Commençons par les Aborigènes.

avatar Gagolak | 

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