Foxconn au Wisconsin : nouveau symbole de la difficulté de produire aux États-Unis

Mickaël Bazoge |

Foxconn va revoir en profondeur la nature de ses projets dans le Wisconsin. Le géant industriel chinois, qui assemble une bonne partie des produits d’Apple, avait l’intention de créer une ligne de production d’écrans LCD pour téléviseurs : un investissement de 10 milliards de dollars, avec à la clé la création de 13 000 postes.

Finalement, Foxconn abandonne l’idée de fabriquer des écrans LCD en terre américaine : l’entreprise s’est rendue compte que cette production n’avait aucun sens économique aux États-Unis, où le coût du travail est bien plus élevé qu’en Asie (lire aussi : Une vis responsable du retard du Mac Pro 2013 et symbole de la complexité du made in USA). Les marges des constructeurs de téléviseurs sont très faibles et il faut pressurer chaque maillon de la chaîne pour gagner un peu d’argent.

À la place, le groupe continue « d’évaluer ses options », a expliqué à Reuters Louis Woo, le bras droit de Terry Gou, le patron de Foxconn. L’idée est désormais de bâtir un « centre technologique » dans le Wisconsin, de la R&D donc, avec un peu d’assemblage et de la production spécialisée pour le secteur de la santé et pour des applications professionnelles.

On est loin de l’annonce tonitruante faite en juillet 2017 par Terry Gou, pour l’occasion invité à la Maison Blanche par Donald Trump. Car l’affaire est tout autant industrielle que politique. La nature de ces emplois est bien différente : on passe d’ouvriers spécialisés pour des chaînes de montage1 à des ingénieurs, dont les salaires sont autrement plus élevés. Il y a aussi un aspect sensible : les réductions de taxes et d’impôts dont devait bénéficier Foxconn.

Pour s’établir dans cet État américain, le groupe est censé recevoir une carotte fiscale d’un montant pouvant aller jusqu’à 4 milliards de dollars. Le « deal » est cependant assujetti à des objectifs d’embauches et d’investissements ; or, l’entreprise est encore loin du compte. Foxconn avait promis la création de 5 200 postes d’ici 2020, mais dans les faits on sera sans doute plus proche des 1 000 emplois.

La première cible est déjà ratée : Foxconn n’a embauché que 178 équivalents temps plein en 2018, au lieu des 260 promis. Terry Gou doit d’ailleurs rencontrer le nouveau gouverneur du Wisconsin, qui a beaucoup critiqué l’initiative de son prédécesseur à l’origine du cadeau fiscal offert à Foxconn.


  1. Des « cols bleus » qui sont, au passage, la « clientèle » électorale que visait Donald Trump à travers l’annonce de la création de cette usine. ↩︎

Tags
avatar Dwigt | 

Il faut savoir que l'ancien gouverneur du Wisconsin était Scott Walker (pas le chanteur...) qui était arrivé au pouvoir soutenu par le "Tea Party" en 2010. Son bilan est loin d'être glorieux. Il a dépecé les services publics au nom des réductions d'impôts, il était ultra anti-avortement et pro-armes à feu. Foxconn a été une des affaires à l'origine de sa défaite l'an dernier. Il avait promis de gros avantages sans demander de contrepartie précise, et au fil des mois les ambitions du projet en matière d'embauches et de retombées économiques se sont ratatinées, alors que le coût pour le contribuable augmentait.
Après sa défaite, pendant la période dite des "canards boiteux" entre l'élection et l'entrée en fonction du nouveau gouverneur et des nouvelles assemblées (où les républicains restent majoritaires), il a fait voter une série de lois pour limiter les pouvoirs de l'équipe qui allait lui succéder. C'est vraiment une belle enflure...

avatar Lucas | 

@Dwigt

Merci pour les précisions 🙏😔

avatar occam | 

@Dwigt

En plus d’un « gerrymandering » (charcutage électoral) absolument éhonté, qui fait que les Républicains ont obtenu environ 200 000 voix de moins que les Démocrates, mais grâce à la manipulation de la découpe électorale, ils occupent 63 sur 99 sièges à l’Assemblée du Wisconsin.
https://www.gq.com/story/republican-gerrymandering-wisconsin
https://eu.jsonline.com/story/news/blogs/wisconsin-voter/2018/12/06/wisc...

avatar rikki finefleur | 

Au niveau des découpes et de la représentation nationale on est aussi très balaise en France.
En France c'est aussi le mode de scrutin qui change tout.
Un mode a un tour changerait complètement la donne, et la représentation.

avatar occam | 

@rikki finefleur

"Un mode a un tour changerait complètement la donne, et la représentation."

Oui, et la Grande-Bretagne montre exactement ce que cela donnerait.
Les dernières 36h à Westminster sont un monument à la gloire du scrutin uninominal à un tour, « first past the post ».

avatar Pancrasse | 

@occam

Si c’est éhonté au Wisconsin, il n’y a pas de mots pour la France.
En France, un parti qui a pris 13% de voix aux dernières législatives a obtenu 8 sièges sur 577, soit 1,3%.
On peut toujours aller donner des leçons de démocratie.

avatar occam | 

@Pancrasse

"On peut toujours aller donner des leçons de démocratie."

On peut surtout s’efforcer d’être lucide.
À condition de le vouloir.

Comparez-vous sérieusement le charcutage électoral et le scrutin majoritaire à deux tours ?

avatar Bigdidou | 

@occam

« On peut surtout s’efforcer d’être lucide. »

Oh mais je crois que le parti auquel fait allusion Pancrasse est tout à fait lucide quand il demande la proportionnelle ingouvernable.
Et qu’il saurait très bien quoi en faire :(
Plus c’est bordélique et incohérent, plus ils semblent être heureux.

avatar occam | 

@Bigdidou

"la proportionnelle ingouvernable"

C’est bien ce que j’imagine, et c’est pourquoi j’ai posé la question.

Car il s’agit d’être conscient des situations historiques d’instabilité et d’ingouvernabilité qui ont conduit à l’introduction du présent mode de scrutin.
En France.

Il faut le souligner : en France. MacG étant un site francophone, mais pas exclusivement français, il siérait de ne pas mener un débat exclusivement hexagonal.

La Belgique, par exemple, a été l’un des premiers pays, sinon le tout premier, à instituer le scrutin proportionnel plurinominal selon la méthode d’Hondt. Quelles sont les expériences qu’elle en a tiré, quels seraient les enseignements à retenir, en quoi son système politique diffère-t-il de la France ?

La Suisse, havre de la proportionnelle, présente le cas uniquement intéressant d’un pays aux multiples variantes de scrutin aux niveaux fédéral, cantonal et communal. Comment ça marche, et pourquoi la proportionnelle n’y résulte pas dans la chienlit absolue ? Et comment se fait-il qu’un électorat représenté à la stricte proportionnelle, dans le législatif comme — chose remarquable — dans l’exécutif, ne se prive pas d’envoyer au diable vauvert des projets de lois ou des amendements proposés par ces mêmes représentants censés le représenter par le menu, tout comme des propositions du plus grand parti, « populiste » de surcroît, et qui serait certainement majoritaire dans un système de scrutin à la pluralité relative uninominal à un tour du type anglais.

Les choses deviennent intéressantes quand on les interroge, au lieu de dire « y’a qu’à ».

avatar byte_order | 

@occam
> Comparez-vous sérieusement le charcutage électoral et le scrutin majoritaire
> à deux tours ?

Dans les deux cas on cherche à tordre l'expression démocratique pour obtenir un résultat moins représentatif de la réalité :

- on donne artificiellement plus de poids au vote d'un groupe géographique face
à un autre
- on donne artificiellement 100% d'adhésion au bulletin de vote de chaque électeur.

Dans les 2 cas, la photographie de la volonté des électeurs est déformée.

Avec les conséquences habituelles : écart grandissant entre les élus et leurs électeurs, défiance (réciproque en plus, quand on lit régulièrement que le problème c'est le manque de pédagogie (l'électeur n'est pas assez éduqué pour faire les bons choix - sous entendu, confions les à une élite !), que redonner le droit de voter sur un même sujet serait anti-démocratique (refus aux électeurs de changer d'avis, donc !)

Les démocraties souffrent depuis longtemps d'une qualité d'expression démocratique très pauvre, biaisée souvent volontairement, amputée, dont la fréquence est faible comparé à la vitesse des évolutions sociétales, qui nie le changement d'opinion, qui nie que l'adhésion derrière un bulletin n'est fort peu souvent à 100%, qui nie le refus de choisir entre la peste ou le choléra, bref, qui maintient une sélection par une minorité de la population des choix autorisés au vote ensuite à la population.

Le "Grand Débat" pré-cadré dès le départ en est une parfaite illustration d'ailleurs.

avatar Yohmi | 

Foxconn n’est pas chinois.

avatar iPop | 

En gros il développe un centre de recherche pour des brevets grâce aux cerveaux américains. Ou comment pomper du savoir-faire, ça se paye mais c’est tout benef’.

avatar Castio | 

Le seul fautif s'appelle #Apple avec ses marges de goret que @tim_cook refuse de réduire, condamnant le groupe au recours à l'esclavage asiatique pour un modèle économique de fait condamné à l'obscénité sociale.

CONNEXION UTILISATEUR