Qu’Intel ait été récemment dans de grosses difficultés, c’est un secret de polichinelle : toute personne qui s’intéresse un minimum au domaine savait pertinemment que l’entreprise n’allait pas fort. Ce qui restait à comprendre, c’est à quel point le fondeur est passé très près de sa propre fin, et à en croire les déclarations de Lip-Bu Tan à la JP Morgan Global Technology, Media and Communications Conference, le couperet est passé beaucoup plus près qu’on ne l’imagine.

« J’ai tenté de recruter de nouveaux talents. Ils m’ont répondu “Vous êtes une entreprise au bord de la faillite, pourquoi je vous rejoindrais ?” ». Lip-Bu Tan ne tourne pas autour du pot, et ne cache pas la misère dans laquelle l’entreprise était à son arrivée à la tête d’Intel. Sa première priorité a donc été de tout faire pour redonner une image positive de son entreprise, et la tâche était ardue.
Le CEO semble cependant avoir transformé l’essai, en ramenant des investisseurs de poids dans l’équation, avec dans un premier temps l’État Américain lui-même, Intel choisissant d’abandonner le programme CHIPS de l’administration Biden en échange d’une participation de l’administration US. Le second bon mouvement a été de se rapprocher de Jensen Huang, patron de Nvidia, et Masayoshi Son, dirigeant de Softbank, qui ont tous les deux mis la main à la poche en investissant dans l’entreprise.
L’étape suivante était de relancer les différents programmes sur la bonne voie. Si la génération 18A semble bien partie, avec des rendements s’améliorant de 7 % par mois, la 14A donne l’espoir de suivre le mouvement, Lip-Bu Tan l’indiquant comme « en avance sur son planning » d’étape de fin d’année. Ce qui lui permet de penser maintenant à la suite, avec les finesses 10A et 7A. Encore une fois, le CEO semble conscient qu’Intel doit faire preuve de sa fiabilité sur le long terme pour amener les clients les plus sérieux, et donc les plus rentables : « Les gens ne viennent pas vous voir pour seulement une génération de gravure. Ils regardent votre feuille de route, pour évaluer l’avenir. Et nous voulons conclure des partenariats à long terme. ».
Intel aurait déjà commencé la production test pour Apple
Si le CEO n’a pas donné de prévisions exactes pour chaque gravure, il a cependant indiqué que la technologie 14A devrait commencer sa production en 2028, pour une production de masse prévue en 2029, ce qui devrait placer le fondeur côte à côte avec son concurrent TSMC. Les process 10A et 7A ne seraient donc pas à attendre avant 2030 minimum.
Intel continue son changement de paradigme, passant avec plus ou moins de chaos de statut de créateur et fondeur de ses propres puces à fondeur offrant ses services à d’autres entreprises. C’est un changement de culture radical, loin de l’histoire d’Intel, ce qui a poussé Lip-Bu Tan à aller chercher de nouvelles têtes en dehors de l’entreprise pour montrer la voie, avec entre autres Shawn Han, qui a passé 30 ans chez Samsung Foundry, prenant la tête de la division dédiée à la fonderie pour des clients externes.
Le gros avantage d’Intel dans la période actuelle est simple : les clients potentiels sont dans une position de demande, cherchant à trouver une sortie au monopole de fait de TSMC, au point de payer d’avance les matières premières nécessaires à la fabrication de leurs puces :
Une partie des matériaux de substrat est en très forte tension, et tous nous demandent de prépayer nos engagements sur ces substrats. Alors nous disons à nos clients : si vous êtes vraiment sérieux dans votre intention d’utiliser notre technologie de packaging EMIB‑T, pouvez‑vous nous aider en prépayant les substrats ? Ils ont immédiatement sauté sur l’occasion. [...] Ils montrent ainsi leur implication, leur volonté d’avoir notre technologie à leur service. Et nous ne parlons pas de quelques millions, mais bien de plusieurs milliards sur les années à venir.
Intel et Samsung : les limites du « Plan B » d'Apple pour trouver une alternative à TSMC
Le CEO d’Intel voit aussi le rapport de force commencer à s’inverser concernant l’intelligence artificielle :
Alors que les machines d’entraînement étaient jusqu’à présent composées de 1 CPU pour 8 GPU, maintenant l’IA agentique rééquilibre le rapport de force me disent les startups : le CPU est plus utile, même en single-thread. [...] Je vois donc se réaliser mon vœu, avec un rapport de 1 pour 1. Et dans certains cas c’est même maintenant 4 pour 1, avec 4 CPU pour 1 GPU. Le CPU est donc en forte demande, et je dois faire en sorte de répondre à cette demande.
Le chemin à parcourir est encore long, Intel est clairement encore en convalescence. Cependant, si l’entreprise continue sur cette lancée, elle devrait rapidement retrouver une bonne mine. Avec qui sait de premiers profits cette année, après plusieurs années de déficit ?



















