Vous souhaitez travailler dans le domaine des nouvelles technologies ? Faites donc des études de droit, il y a du travail, c'est très bien payé. Malheureusement, les chroniques judiciaires prennent de plus en plus de place sur les colonnes des sites d'actualité informatique.
Les grands groupes de la tech ont des armées d'avocats pour faire face à tous les dangers qui les guettent : bataille judiciaire avec un concurrent, conflit de marques, patent troll, régulation… Ce sont souvent des procédures longues qui coûtent beaucoup d'argent.

D’un partenariat avorté à une guerre totale
Prenons l'exemple de Masimo que nous suivons sur WatchGeneration depuis 2020. Cette entreprise du secteur médical a développé une technologie qui mesure les constantes du corps humain à l'aide d'une méthode non invasive exploitant des rayons lumineux. Estimant que l'Apple Watch violait dix de ses brevets, elle décide d'attaquer en justice la firme de Cupertino. L'affaire est assez complexe et ne se résume pas à une simple affaire de brevets. Quelques années auparavant, les deux sociétés avaient décidé d'un éventuel partenariat. Finalement, Apple avait préféré débaucher des personnes clés de cette entreprise.

S'en suit un interminable feuilleton juridique (nous avons publié au moins 30 actualités sur cette affaire) qui finira malgré tout par avoir de fâcheuses conséquences pour Apple. Début 2024, elle a été contrainte de désactiver la mesure de l'oxygène sanguin (SpO2) sur ses Apple Watch. Un vrai coup dur. Il ne s'agit pas forcément de la mesure la plus prisée chez les amateurs de santé connectée, mais elle peut parfois sauver des vies !

La fonction de SpO2 de l’Apple Watch aide à diagnostiquer un malade en plein vol

SpO2 : qu’est-ce que c’est ? Pourquoi la mesurer ?
Des millions engloutis dans une bataille sans fin
Si Masimo est plutôt en position favorable à ce moment-là face à Apple, son budget "affaires juridiques" n'a cessé d'enfler. En 2021, Masimo n'avait déboursé "que" 5,5 millions de dollars en frais de justice. L’année suivante, il lui en a coûté 28,7 millions de dollars. En 2023, l’addition a franchi la barre symbolique des 40 millions, avant de culminer à un vertigineux 70 millions de dollars en 2024.
L'enjeu est certainement de taille pour Masimo. Son but est sans doute d'obtenir une petite dime sur chaque Apple Watch vendue. Mais le jeu en vaut-il la chandelle ? Dans un entretien donné au Wall Street Journal en 2023, son fondateur, Joe Kiani, confiait qu'il avait été prévenu qu'il se lançait dans une aventure très incertaine. "On me disait que j’étais fou et que je ne pouvais pas m’opposer à Apple", déclarait-il avant d'ajouter "Ils disposent de ressources illimitées". La suite montra que l'entourage du patron de Masimo avait raison. Mais l'homme était confiant, car il avait réussi à obtenir gain de cause face à Philips en 2016. Il était néanmoins conscient de l'âpreté de la tache : "C’est douloureux. C’est une épreuve pénible à traverser. C’est comme la guerre".

Selon les dernières estimations, Masimo a dépensé en un peu moins de 5 ans plus de 200 millions de dollars dans cette bataille. C'est beaucoup d'argent pour une société qui réalise environ 2 milliards de dollars de chiffre d'affaires par an et qui affiche un bénéfice net annuel de l'ordre de 300 millions de dollars. La suite est particulièrement cruelle pour Joe Kiani. En 2024, suite à un revers juridique contre Apple, il décida de démissionner.
Au final, la victoire des avocats
Mais surtout, Apple a peut-être trouvé la parade cet été en sortant une mise à jour d'iOS et de watchOS qui autorisent à nouveau la mesure de la SPO2 aux États-Unis. Les calculs ne sont désormais plus effectués par l'Apple Watch, mais par l'iPhone. Tout ça pour ça…
C'est potentiellement la fin de l'histoire, mais pas pour les avocats. Dès que Masimo a eu connaissance du rétablissement de cette fonction, elle a une nouvelle fois porté plainte. À la fin, ceux qui gagnent toujours, ce sont les avocats…