Apple valorise ses acquisitions en fonction du nombre d'ingénieurs dans la start-up convoitée

Mickaël Bazoge |

Avec plus de 200 milliards de dollars dans son gros coffre, Apple aurait les moyens de racheter une bonne partie de la Silicon Valley. Mais contrairement à ses concurrents, le constructeur aime rester sous le radar en achetant des start-ups et de petites entreprises dans un processus connu sous le nom de « acquihire » : c'est moins les produits ou les services développés qui l'intéresse, que la matière grise qui a permis de les développer.

Il y a bien sûr des exceptions à la règle, la dernière remontant à 2014 avec l'achat de Beats pour 3 milliards de dollars. Le service de streaming mis au point par le constructeur audio a servi d'ossature à Apple Music (les casques et écouteurs Beats ont aussi intégré le catalogue d'Apple). Mais dans la très grande majorité des cas, les acquisitions de la Pomme sont discrètes, les employés des start-ups ne sont même pas autorisés à en parler à leur famille. Apple déconseille également de mettre à jour les profils LinkedIn…

En 2014 lors de l'annonce de l'acquisition de Beats : Jimmy Iovine, Tim Cook, Dr Dre et Eddy Cue.

Durant la réunion annuelle des actionnaires, Tim Cook a annoncé que l'entreprise en avait acheté 17 durant les quatre dernières années, et près d'une centaine sur les six dernières années. Un papier de CNBC revient sur cette frénésie d'acquisitions. Apple gère en général toute seule le processus d'acquisition, comprendre : sans les banques.

Le site décrit la manière dont Apple approche les entreprises dignes d'intérêt. Généralement, la start-up convoitée réalise une démo auprès des spécialistes techniques du constructeur, des réunions qui peuvent mener tout droit à une proposition d'acquisition de la part du directeur de l'équipe intéressée par la technologie.

C'est ensuite l'équipe M&A (Mergers and Acquisitions, fusion-acquisition) qui organise le rapprochement entre la start-up et Apple. Une fois l'achat en poche, c'est une autre équipe spécialisée de la Pomme qui aide les nouveaux employés à s'intégrer au mieux avec leurs collègues.

Tim Cook durant la dernière réunion des actionnaires : « Nous n'avons pas peur d'envisager des acquisitions de toutes tailles. Mais notre priorité est l'ajout de valeur et l'adéquation de l'acquisition dans notre stratégie. Nous nous concentrons sur les petites entreprises innovantes qui explorent des technologies qui complètent nos produits et contribuent à les faire progresser ».

On y apprend que la Pomme valorise les entreprises acquises en fonction du nombre d'ingénieurs et d'employés « techniques », chacun d'entre eux représentant une moyenne de 3 millions de dollars. Habituellement, lors d'un processus d'acquisition, le montant du chèque se base sur le chiffre d'affaires ou l'argent levé auprès des investisseurs.

Les employés « achetés » bénéficient de ce qu'on appelle des « golden handcuffs » (« menottes dorées ») : ce sont de gros paquets d'actions qu'ils pourront convertir en argent sonnant et trébuchant dans trois à quatre ans. Cette pratique, habituelle dans le secteur, permet à Apple de retenir les employés des start-ups. Et ça marche: ces derniers restent généralement au-delà du délai de vente de leurs actions.


avatar oboulot | 

Bien intéressant d’avoir le process d’acquisition de Apple !

avatar YetOneOtherGit | 

Attention sur les valorisation c’est assez réducteur quant aux pocess de fusac.

C’est très variable en fonction des cibles, de leurs actifs, de l’historique, de l’état du business, des VC au tour de table, des éventuelles concurrents pour l’acquisition…

La valorisation basée sur les ressources humaines c’est le degré zéro.

avatar pat3 | 

@YetOneOtherGit

"pocess de fusac"

C’est nouveau, ça vient de sortir ? 😁

avatar YetOneOtherGit | 

@pat3

"C’est nouveau, ça vient de sortir ? 😁"

Fusion-acquisition excuses moi 😉

Le M&A en anglais 😎😉

avatar Paquito06 | 

“Habituellement, lors d'un processus d'acquisition, le montant du chèque se base sur le chiffre d'affaires ou l'argent levé auprès des investisseurs.”

Les start up brulent du cash et ne degagent souvent aucun profit avant des annees, avec des revenus parfois ridicules, donc difficile a justifier lors d’un achat ahah, fallait trouver une autre methode et c’est donc avec le nombre de tournees de levees de fonds (et leur montant bien sur) aupres d’investisseurs et les talents recrutés qu’on evalue une start up dans la SV.

“Les employés « achetés » bénéficient de ce qu'on appelle des « golden handcuffs » (« menottes dorées ») : ce sont de gros paquets d'actions qu'ils pourront convertir en argent sonnant et trébuchant dans trois à quatre ans. Cette pratique, habituelle dans le secteur, permet à Apple de retenir les employés des start-ups.”

Valable pour les FAANG egalement. Les attributions d’equities (on en debloque chaque quarter, free cash pour la boite) s’etalent souvent sur 4 ans lors de l’attribution tous les 6 mois afin de fideliser l’employé, pour pas qu’il s’echappe de l’autre coté de la rue. Et ca aide beaucoup les salaires, surtout pour les ingenieurs: quand y a un base salary de $500k, un bonus de $80k, il peut y avoir $200k d’equities (sur 4 ans).

avatar YetOneOtherGit | 

@Paquito06

"Les start up brulent du cash et ne degagent souvent aucun profit avant des annees, avec des revenus parfois ridicules, donc difficile a justifier lors d’un achat ahah, fallait trouver une autre methode et c’est donc avec le nombre de tournees de levees de fonds (et leur montant bien sur) aupres d’investisseurs et les talents recrutés qu’on evalue une start up dans la SV. "

Je présume que tu es assez familier avec les diverses « techniques » de valorisation des start-up que ce soit au fil des tours de table que pour un exit.

Il y en a de pas piqué des hannetons.

Un de mes amis qui travaille chez Lazard qui est spécialisé sur cette mécanique m’expliquait ainsi son boulot : « tu me donnes le chiffre auquel je dois arriver, je te construit le modèle te le donnant  » 😂

Et au final c’est de la bonne vieille négociation basée sur du rapport de force qui aboutit au chiffre qu’ils faudra rationaliser 🤑

avatar Paquito06 | 

@YetOneOtherGit

Oui. J’ai une bonne connaissance du process (seeds/angel investor et series a, b, c, d voire e) car j’ai créé et co-créé egalement, pis on parle que de ca en networking dans la SV, mais j’ai davantage ete impliqué dans les process d’underwriting certaines IPO. Les banques d’investissements se gavent plutot bien et parfois gerent tres mal l’IPO 😆 parce que certains VC/founders sont trop gourmand et veulent decrocher la lune, et c’est pas tjrs le bon moment d’entree en bourse bien sur 😅

avatar YetOneOtherGit | 

@Paquito06

"Les banques d’investissements se gavent plutot bien et parfois gerent tres mal l’IPO 😆 parce que certains VC/founders sont trop gourmand et veulent decrocher la lune, et c’est pas tjrs le bon moment d’entree en bourse bien sur 😅"

Le nombre de créateurs d’entreprises qui ont amèrement regretté des valorisations délirantes mais flatteuses aux premiers tours de tables et certains VC aussi d’ailleurs.

J’ai l’impression que malgré tout ça c’est un rien calmé par rapport à il y a une dizaine d’années.

avatar Paquito06 | 

@YetOneOtherGit

Tous les jours (ou presque), vraiment.

avatar YetOneOtherGit | 

@Paquito06

"Tous les jours (ou presque), vraiment."

Tu veux dire que ça ne c’est absolument pas calmé, je me suis un peu éloigné du milieu start-up Silicon Valley sur les dix dernières années.

J’avais à l’époque le sentiment d’une prise de conscience de certains pièges chez les startuper ou plutôt sur les business angel les accompagnant.

avatar Paquito06 | 

@YetOneOtherGit

""Tous les jours (ou presque), vraiment."
Tu veux dire que ça ne c’est absolument pas calmé, je me suis un peu éloigné du milieu start-up Silicon Valley sur les dix dernières années.
J’avais à l’époque le sentiment d’une prise de conscience de certains pièges chez les startuper ou plutôt sur les business angel les accompagnant."

A SF depuis 3 ans+ je vois pas de diminution, au contraire. Y a eu des ipo sympa dernierement, doordash, affirm, roblox, coinbase, tout ca en plein covid. Y a du fric a plus quoi savoir en faire dans la SV.

avatar YetOneOtherGit | 

@Paquito06

"A SF depuis 3 ans+ je vois pas de diminution, au contraire. Y a eu des ipo sympa dernierement, doordash, affirm, roblox, coinbase, tout ca en plein covid. Y a du fric a plus quoi savoir en faire dans la SV."

Ça je sais, je questionnais les pratique très douteuse sur les valorisation sur les premiers tour de table qui me semblaient s’être un peu assagies 😎

avatar Paquito06 | 

@YetOneOtherGit

Ah peut etre sur les premier tours, mais j’en doute. Y a des grosses series c et d.
Dans la meme dynamique, avec une vision bien plus large, la finance est en forme:
https://www.linkedin.com/pulse/from-villain-victor-finance-sector-moved-past-last-banerjee-cfa

avatar YetOneOtherGit | 

@Paquito06

"Les banques d’investissements se gavent plutot"

Le Fusac c’est une machine à cash pour les banque d’affaires et à bonus pour leurs employés 😉

avatar Nesus | 

@Paquito06

C’est logique, ça permet de mettre le bilan à zéro. Mais oui, c’est de la technique de margoulins. De toutes manières dans la tech, il y a beaucoup trop de problèmes de gestion. Parfois, je pleure devant leur raisonnement…

avatar Paquito06 | 

@Nesus

"C’est logique, ça permet de mettre le bilan à zéro. Mais oui, c’est de la technique de margoulins. De toutes manières dans la tech, il y a beaucoup trop de problèmes de gestion. Parfois, je pleure devant leur raisonnement…"

La faute a qui? A qq VC qui avaient trop de fric et les yeux plus gros que le ventre et ont commencé a financer des tonnes de boites. Alors quand on a des modeles comme Amazon ou Uber qui brulent des dizaines de milliards sur plusieurs annees ca fait rever tout le monde et ca devient la norme. Quand tu crees ta boite et que ton pote a l’etage du dessus se fait racheter par un FAANG des centaines de millions, que ton voisin du dessous boucle une series D a $200 Million, ou que ton roomate fait son IPO et empoche qq millions, bah ca motive aussi 🤓

avatar YetOneOtherGit | 

@Nesus

"je pleure devant leur raisonnement"

Il n’y a pas plus irrationnel que certains VC cela reste une activité de gambler malgré le vernis de rationalité.

avatar Nesus | 

Il n’empêche que l’acquisition de beat a été une très bonne chose. Ça a permis à Apple de remettre un pied dans les écouteurs, de récupérer des ingénieurs, sur un segment qui pèse très lourd aujourd’hui. Autant financièrement qu’en image de marque. Qui arrive à passer une journée sans voir des petits écouteurs blancs ?

avatar YetOneOtherGit | 

« Avec plus de 200 milliards de dollars dans son gros coffre »

Pour avoir une vision un peu plus claire :

https://s2.q4cdn.com/470004039/files/doc_financials/2021/q2/Q2'21-Return-of-Capital-Timeline.pdf

On a une vision intéressante avec :
- Les 204B$ de Cash
- Les 122B$ de dette
- Les 83B$ de trésorerie nette
- Les 550,7 B$ retournées à leur légitimes propriétaires depuis 2012

Ceux qui ont du mal à accepter la dimension logique et inévitable des programmes de dividendes de de rachats d’actions réaliseront que sans cela le niveau de trésorerie nette d’Apple serait au ridicule niveau de 632,7 B$ soit 2,3x le CA de l’exercice 2020 🤯

avatar occam | 

Les employés « achetés » bénéficient de ce qu'on appelle des « golden handcuffs » (« menottes dorées »)

La tonalité de cet article me fait souhaiter être rassuré au sujet de la valeur relative assignée aux employés « achetés », fût-ce à prix d’or : ne compteraient-ils pas pour ⅗ d’un employé d’Apple « de souche », par hasard ?

Et le siège des M et A d’Apple ne se trouverait-il pas à Charleston SC, à Natchez, ou à la Nouvelle-Orléans, également par hasard ?

Les traditions pernicieuses semblent être aussi dures à éradiquer que les mauvais virus : il y a toujours un variant qui revient, sous une forme méconnaissable mais insidieuse.

avatar YetOneOtherGit | 

@occam

Si j’interprète bien ton propos je ne suis pas certains d’y adhérer.

C’est un parallèle que je trouve assez douteux de ta part 😉

avatar occam | 

@YetOneOtherGit

"C’est un parallèle que je trouve assez douteux de ta part"

Cela me rassure.
Car cela se rapporte à l’une de nos divergences de fond.
Vous avez parfaitement saisi mon propos, et s’il vous paraît douteux, la pratique et, plus encore, la mentalité sous-jacente qui la rend possible me paraissent inacceptables.

Si notre type de civilisation venait à survivre et à évoluer pendant encore un ou deux siècles (au lieu de régresser en accéléré, comme c’est le cas depuis trop longtemps), je suis persuadé que le genre d’assujettissement du travail de type « servile » mais salarié dont il est question ici serait regardé avec la même répugnance teintée d’incrédulité que ne l’est la « peculiar institution », telle que la décrivaient Tocqueville et Beaumont il y a près de deux siècles.

Quant à l’achat de personnel comme autant de « cheptel intellectuel », comme autant de serfs annexés au capital intellectuel, je ne crois pas qu’il faille attendre deux siècles pour en percevoir l’abomination. Faudra-t-il étendre le XIIIe Amendement à la servitude volontaire, ou la jurisprudence aura-t-elle évolué suffisamment pour décider que les « golden handcuffs », aussi dorés fussent-ils, contredisent l’intention du texte voté le 31 janvier 1865 ?

avatar YetOneOtherGit | 

@occam

"Quant à l’achat de personnel "

Ce n’est pas un achat de personnel mais une valorisation pour les propriétaires de l’entreprise s’appuyant sur la valeur de l’équipe.

- les salariés restent libre de leur avenir
- les salariés continue à être rémunérés
- dans bien des cas les salariés réalisent une belle opération financière lors de la cession, le modèle des start-up s’appuyant sur une part conséquente de distribution du capital pour attirer des ressources
- les salariés sont incités à rester avec un programme d’options de l’acquéreur conditionné à une poursuite de l’engagement sur plusieurs années

Nous avons des personnes:
- fort bien rémunérées
- ayant une grande valeur sur le marché de l’emploi
- tirants profit de la vente
- et financièrement incité à continuer leur engagement

Désolé mais je trouve accès obscène pour ceux qui sont dans une réelle situation d’esclavage ou ceux qui le furent dans notre histoire d’assimiler une situation hautement privilégiée à de l’esclavage 🤯

avatar jb18v | 

Tout ce franglais au secours ! 😱
Bon ça me rassure il n’y a pas qu’en informatique où on mélange les mots de façon étrange 😬

avatar YetOneOtherGit | 

@jb18v

"Tout ce franglais au secours ! 😱"

Pas énormément de franglais il me semble juste des termes en anglais.

J’ai même utilisé fusac qui est lui purement francophone.

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