Le FBI tente de décrédibiliser Apple au tribunal

Stéphane Moussie |

La bataille de prétoires continue. Le gouvernement américain vient de transmettre au tribunal sa réponse à l'objection d'Apple dans l'affaire de San Bernardino.

Comme Apple l'avait fait pour s'opposer à sa demande d'assistance pour déverrouiller l'iPhone d'un terroriste, le gouvernement conteste point par point les arguments adverses.

Un kernel panic sur un iPhone 5c. Crédits : MacGeneration (CC BY)

Une opposition juridique...

L'avocate du gouvernement, Eileen Decker, accuse d'abord Apple et ses soutiens de vouloir faire « diversion » en invoquant des problématiques de chiffrement, de portes dérobées et de confidentialité. « Apple veut désespérément — a besoin désespérément — que cette affaire ne soit pas "celle d'un unique iPhone" », écrit-elle.

Pourtant, le patron du FBI a reconnu lui-même devant une commission du Congrès que cette affaire pourrait créer un précédent. Le procureur de New York, Cyrus Vance, a par ailleurs déclaré qu'il avait 175 iPhone qui attendaient d'être déverrouillés.

L'avocate défend ensuite fermement l'emploi de l'All Writs Act pour obliger Apple à fournir son assistance. Elle affirme que ce texte de loi de 1789 est toujours adapté aux technologies d'aujourd'hui et n'est pas un moyen de court-circuiter la voie législative.

Elle juge également que la demande ne représente pas une charge excessive pour l'entreprise, un prérequis pour que l'All Writs Act puisse s'appliquer. Pour le justifier, elle met notamment en avant que les 10 personnes nécessaires pour créer le logiciel faisant sauter des mesures de sécurité de l'iPhone (pour ensuite que le FBI fasse une attaque par force brute et découvre le code de déverrouillage) ne représentent rien à l'échelle d'Apple qui compte 100 000 employés. Mais c'est complètement occulter le fait que ces 10 personnes doivent avoir une connaissance parfaite des arcanes d'iOS, ce qui n'est évidemment le cas que d'une infime partie des employés de la Pomme.

... et technique

L'avocate du gouvernement accuse aussi Apple de ne pas s'être montrée coopérative. L'agent du FBI Christopher Pluhar raconte que des représentants de Cupertino, dont Erik Neuenschwander (Head of Privacy Engineering), n'ont pas voulu discuter de la faisabilité de la demande du gouvernement et ont à la place fourni une liste d'autres solutions techniques. Le FBI, qui les avait déjà essayées, les a testées une nouvelle fois sans succès.

Toujours dans la partie technique, le gouvernement souligne qu'il demande expressément à ce que le logiciel ne fonctionne que sur l'iPhone de Syed Rizwan Farook. Si ce logiciel venait à s'échapper des locaux d'Apple, il serait inopérant sur les autres iPhone, selon une experte technique du FBI. Quand bien même le logiciel serait adapté à d'autres iPhone, sa modification casserait sa signature électronique et empêcherait ainsi son installation, toujours d'après elle.

Tim Cook et les organisations de défense des libertés ont sinon averti que la requête du FBI pourrait faire tache d'huile dans d'autres pays, dont des régimes autoritaires. Le gouvernement américain combat cet argument en faisant remarquer qu'Apple se plie visiblement déjà aux exigences spécifiques de la Chine en hébergeant les données iCloud de ses utilisateurs chinois à l'intérieur du pays depuis 2014.

Eileen Decker revient enfin sur l'histoire de la réinitialisation du mot de passe iCloud de l'iPhone qui a empêché une sauvegarde dans le nuage plus récente. Alors que le patron du FBI a récemment déclaré qu'il s'agissait d'une erreur de ses services, le discours n'est plus le même au tribunal.

« Pour plusieurs raisons, forcer une sauvegarde iCloud n'aurait pas fonctionné même si le mot de passe n'avait pas été changé », déclare l'avocate, qui cite ensuite le témoignage de l'agent Christopher Pluhar selon lequel l'iPhone était éteint quand il a été saisi — il faut déverrouiller l'iPhone au moins une fois après un redémarrage pour que la sauvegarde se déclenche.

De plus, toujours selon cet agent qui a pu consulter un historique des opérations iCloud fourni par Apple, il semblerait qu'une réinitialisation du mot de passe ait été effectuée le 22 octobre (soit trois jours après la dernière sauvegarde qui a pu être récupérée). L'avocate ajoute que « la fonction de sauvegarde automatique a été désactivée », sans que cela n'apparaisse clairement dans le témoignage de Christopher Pluhar.

Pour conclure, Eileen Decker reprend la rhétorique du patron du FBI qui est que ce n'est pas à une entreprise, aussi populaire soit-elle, de faire sa loi.

Apple a jusqu'au 15 mars pour soumettre sa réponse définitive. Le face à face entre les deux parties aura lieu le 22 mars.

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avatar le ratiocineur masqué | 

Et ensuite ca sera les taxis qui demanderont à avoir accès aux iPhones des clients supposés des apps déloyalement concurrentes et illégales (Uber et consorts) et puis enfin on finira par mettre en prison les possesseurs de iPhone pour supposition d'encouragement à la déloyauté de masse ou un truc du genre.

avatar C1rc3@0rc | 

+1
Tas vu ce que fait le dictateur de Coree du Nord a propos des smartphones...

Le plus grave dans tout cela c'est que le non seulement le FBI ment aussi effrontement que Colin Powell devant lONO avec sa petite fiole a la main, mais surtout que personne ne met en examen le FBi sur sa responsabilité dans l'attentat qui a ete perpetré.

Faut rappeler tout de meme, qu'au moins, le couple qui a commis l'attentat aurait depuis longtemps du etre sous surveillance renforcée!
Un americain qui va se marier en Arabie Saoudite c'est pas anodin surtout quand sa futur femme a tout d'un agent de Daech...
Pourquoi, alors que le Patriot Act permet des atteintes aussi graves a la démocratie dans des cas illégitimes, dans ce cas plus que légitime il n'a jamais été invoqué et les moyens qu'ils offrent aux autorités n'ont jamais été utilisé?

L'administration US se fout de la gueule du monde et le FBI est en première ligne!

avatar ovea | 

justice ? Mais pour qui ?
Quel est le réel intérêt maintenant pour l'utilisateur qui ne semble pas entendu, entendu que, la notion de liberté privé ne peut pas aller à l'encontre de l'individu, logiquement il n'existe aucunement preuve contre tout utilisateur d'iPhone sans apriori anti-démocratique, à moins que …

avatar tbr | 

On attend l'avis éclairé de STASI Finefleur sur la question. Pour lui, toute personne qui chiffre ses données EST un terroriste.

... En fait, OSEF.

Pourvu que Apple gagne !

avatar pariscanal | 

@tbr :
On attend aussi à la tribune Ipader :D , un intellectuel brillant , héritier d une des plus prestigieuse branche de la pensée spinozisssste ,qui saura éclairer notre jugement.

avatar tbr | 

@pariscanal
"On attend aussi à la tribune Ipader :D"

En effet.
Ainsi que ceux qui dénoncent sur des présomptions et autres rumeurs de comptoir, sans oser montrer leur nez; ces "braves" français qui sont tellement prêts à dire qu'ils n'ont rien à cacher de leurs vies insipides... Des honnêtes gens, eux, pas comme nous. :-)

avatar reborn | 

Ça tient pas. Apple va gagner. Le FBI ne s'attendait pas a devoir aller si loin. Ils ont voulu forcer la main a Apple en ébruitant l'affaire dans les médias, le résultat va être sévère pour eux..

avatar Ced Val | 

La justice triomphera. Mais qui est le héros dans cette affaire..?!

avatar reborn | 

@ti chen

Pourquoi vouloir un héro ?

avatar wilfried50 | 

On a bien compris que Google et la NSA marche main dans la main pour récoltes toutes les informations de la planète.

avatar karayuschij | 

C'est de toutes façons une bataille d'hypocrites…

avatar Hertzfield | 

Apple a la chance pour une entreprise d'avoir une bonne partie de la population avec lui.
Le FBI goûté lui a l'effet Streisand.

avatar Sokö | 

@Hertzfield :
« une bonne partie de la population avec lui »
Sûr de ça ? Une bonne partie des lecteurs de MacGe, probablement, mais si le gouvernement US faisait un référendum, le résultat serait peut-être différent. Beaucoup de gens ont conscience d'être autrement menacé que par leur gouvernement.

avatar bitonio | 

@Sokö :
Ne pas oublier que le pays est pro liberté: pro armes, pro peine de mort… clairement le drame de San Bernardino si tout le monde voudrait en connaître les détails personne ne veut qu'on touche à son petit pré carré… là dessus Apple est parfaitement en ligne…

avatar Ginger bread | 

Changement de juge!

avatar Spuolg | 

Dix employés parmi 100 000, il est vrai que ça ne représenterait pas un gros effort pour Apple que de les mettre à disposition du Èfebihaïe. Apple devrait céder et leur envoyer : un vigile, un balayeur, un commercial, un graphiste, etc., au choix… Le truc-machin-aïe serait bien content, j’en suis sûr.

avatar Hideyasu | 

À quoi ça sert de vouloir débloquer uniquement ce téléphone quand le mec est mort ? Ils veulent clairement créer un précédent et l'utiliser pour d'autres affaires.

avatar XiliX | 

@Hideyasu

C'est pour trouver sur "Plan" l'endroit marqué d'une croix rouge du prochain attentat aux US.

avatar XiliX | 

"L'avocate du gouvernement accuse aussi Apple de ne pas s'être montrée coopérative. L'agent du FBI Christopher Pluhar raconte que des représentants de Cupertino, dont Erik Neuenschwander (Head of Privacy Engineering), n'ont pas voulu discuter de la faisabilité de la demande du gouvernement et ont à la place fourni une liste d'autres solutions techniques."

C'est sur que c'est le rôle d'un ingénieur de communiquer sur ce genre de chose... Surtout sur un sujet aussi critique.

"Le FBI, qui les avait déjà essayées, les a testées une nouvelle fois sans succès."
Mince deuxième super pub gratuite pour Apple de la semaine...

avatar perlaurent | 

Ce qu'il manque avant tout aux autorités , c'est un outil législatif qui leur permettra de contrer plus simplement les plaintes émises dans le cadre de l'accès aux données confidentielles , quelqu'en soit leur nature. En France on est assez avancés sur ce point, dernier exemple en date avec la loi proposée à l'assemblée la semaine dernière sur le cryptage qui va dans le sens des attentes du FBI.

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