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Rétro MacG : eWorld, 20 ans après

Anthony Nelzin | | 12:15 |  40

Avant iCloud, avant MobileMe, avant .Mac, avant iTools, il y eut eWorld. Présentée le 5 janvier 1994, il y a vingt ans jour pour jour, la première suite de services en ligne d'Apple était aussi l'une des premières suites de services en ligne tout court. Retour en arrière.

Apple, pionnier de l'internet

La débâcle MobileMe et les défauts d'iCloud font oublier qu'Apple fut l'une des toutes premières sociétés à comprendre que le futur serait connecté. Dès 1985, ses employés et ses distributeurs peuvent ainsi communiquer à l'aide d'AppleLink. À l'époque, la métaphore du bureau domine l'informatique : AppleLink prend la forme de dossiers et de fichiers, comme s'il n'était qu'une extension naturelle du Finder.

Les icônes d'AppleLink. Image Apple.
Les icônes d'AppleLink. Image Apple.

Apple développe son propre protocole de communication pour permettre le transfert de fichiers, et propose un service de courrier électronique et un BBS. Rapidement, AppleLink compte près de 50 000 utilisateurs, dont près de 40 000 ne travaillent pas pour Apple. Deux d'entre eux, Shannon Lucid et James C. Adamson, envoient même le premier courrier électronique depuis l'espace, sur un Macintosh Portable embarqué dans la navette Atlantis.

Un succès donc, mais un succès qui coûte cher : le coût d'accès de 6 à 15 $ de l'heure ne couvre pas totalement les plusieurs dizaines de millions de dollars que General Electric demande chaque année pour maintenir les serveurs et le réseau d'AppleLink. Soucieuse de développer son réseau à un coût plus raisonnable, Apple se tourne vers Quantum Computer Services, qui opère un service similaire pour les utilisateurs de Commodore 64.

AppleLink Personal Edition ne doit plus être réservé à une poignée d'utilisateurs, mais au contraire être accessible à tous les propriétaires de Macintosh. Un soin tout particulier est donc apporté à la présentation du service, un soin qui ne bénéficiera jamais à Apple. General Electric s'aperçoit qu'il contient du code propriétaire d'AppleLink, ce qui finit de brouiller sa relation avec la firme de Cupertino. Ses premiers utilisateurs se plaignent quant à eux de ne pouvoir accéder au « vrai » AppleLink. Et Quantum insiste pour qu'il soit inclus avec les nouveaux Mac, alors qu'Apple veut le vendre séparément.

Extrait d'une publicité pour AppleLink Personal Edition, « votre connexion au QG d'Apple ».
Extrait d'une publicité pour AppleLink Personal Edition, « votre connexion au QG d'Apple ».

Un sac de nœuds qui ne se démêlera pas : Apple décide de se désengager du marché, estimant qu'il n'est pas assez rentable. AppleLink Personal Edition est finalement lancé sur Macintosh et Windows en 1989 sous le nom d'America Online — qui deviendra plus tard AOL. AppleLink lui-même est progressivement détricoté, General Electric préférant s'adresser aux entreprises qu'au grand public et se tourner vers Windows — sa suite de produits sera à la base du Microsoft Partner Network.

eWorld, un réseau mort-né

Le succès d'AOL est tel qu'Apple décide toutefois de revenir sur le marché. Fin 1992, la firme de Cupertino se rapproche d'AOL et parvient à un accord : son réseau sera basé sur les services d'AOL… c'est-à-dire ce qui était AppleLink Personal Edition. L'Online Services Group nouvellement formé passe l'année 1993 à imaginer un « AOL à la sauce Apple ». Le 5 janvier 1994, en ouverture de la Macworld Expo, Apple présente eWorld. Six mois plus tard, il est ouvert au public.

Une brochure de présentation d'eWorld.
Une brochure de présentation d'eWorld.

On accède à eWorld grâce à un logiciel client qui est la définition même du mot « skeuomorphisme ». Le réseau est une ville dont chacun des services est un bâtiment : ici la poste, là l'école, ici le théâtre, là le supermarché, et même un kiosque à journaux. Mais au fond, eWorld n'était qu'une jolie interface pour les services d'AOL, une jolie interface facturée 8,95 $ par mois pour deux heures d'accès le soir et le week-end et 4,95 $ l'heure supplémentaire.

L'écran d'accueil d'eWorld, une fois connecté.
L'écran d'accueil d'eWorld, une fois connecté.

D'autant que quelques mois seulement avant sa présentation avait été finalisé le premier navigateur web, Mosaic. Certes, on pouvait accéder au web via eWorld — mais Mosaic a signé la fin des réseaux fermés et la consécration du web ouvert, et Apple n'a rien fait pour se battre. Michael Spindler, à l'époque CEO de la société, a toujours refusé de faire la promotion d'eWorld. Avec seulement 115 000 utilisateurs, le service n'a jamais été rentable : lorsque Gil Amelio succède à Spindler en 1996, alors qu'Apple commence à perdre de l'argent, il prend immédiatement la décision de fermer eWorld.

Apple ferme l'accès à son réseau le 31 mars 1996 et offre une réduction à ses utilisateurs sur un abonnement à l'offre d'AOL. Lorsque Steve Jobs reprend les commandes de la firme de Cupertino à l'été 1997, il reprend aussi le contrôle de ses contenus en ligne. Le canal Apple d'AOL devient le Developer Center et la section Support du site d'Apple, un site qui va devenir capital dans le succès de la société en tant qu'outil de communication et de vente directes.

Ce qu'il reste d'eWorld

On aurait tôt fait de croire qu'il ne reste d'eWorld rien d'autre qu'un simulateur maintenu par un passionné. La relation entre AOL et Apple a perduré jusqu'au milieu des années 2000 : la firme de Cupertino s'est certes allié un temps avec EarthLink, un FAI concurrent, mais on pouvait acheter sur l'iTunes Music Store avec un compte AOL et feu iChat a commencé sa carrière comme un client AIM.

Comme QuickTime et bien avant iTunes, eWorld est aussi une manifestation du pragmatisme d'Apple : consciente que le marché du Mac était trop petit pour garantir la pérennité de son réseau, la firme de Cupertino avait commencé à développer une version Windows d'eWorld. Si les dissensions internes et les déboires financiers de la société n'en avaient pas eu raison, elle aurait été présentée fin 1995.

Les icônes d'iCloud.
Les icônes d'iCloud.

Il reste aussi peut-être un peu de l'esprit d'eWorld dans la manière dont Apple conçoit encore aujourd'hui ses services en ligne. iCloud est d'abord et avant tout construit comme une extension des systèmes d'exploitation d'Apple, avec la logique applicative de ces systèmes et la rigidité qu'elle implique. Sans exagérer ce point plus que de raison, il n'est peut-être pas tout à fait anodin que l'interface d'iCloud et de ses prédécesseurs rappelle parfois celles d'AppleLink et d'eWorld…

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40 Commentaires

avatar Bruno de Malaisie 05/01/2014 - 12:24via iGeneration pour iPad

Très intéressant article. Merci MacG!!!

avatar Link1993 05/01/2014 - 12:55via iGeneration pour iPhone

J'aime beaucoup vos retro macg, continuez comme ca ! ^^

avatar jj.dr 05/01/2014 - 12:57

Intéressant merci. Même si en tant qu'utilisateur (payant - Et je suis les différents services depuis iTools...), MobileMe ne m'ait jamais semblé être une débâcle...
Des difficultés au début ? Soit (je n'en ai pas gardé le souvenir...) ... une vraie surprise dans le domaine informatique ! ;)

avatar Christophe Laporte 05/01/2014 - 14:35via iGeneration pour iPhone

@jj.dr :
Le patron de MobileMe a juste été vite suite au lancement catastrophique du service.

http://www.macg.co/aapl/2008/08/mobileme-les-dessous-dun-lancement-rat%C3%A9-76830

avatar rapx3 05/01/2014 - 13:06via iGeneration pour iPhone

Merci MacG. Fort intéressant !

avatar Wolf 05/01/2014 - 13:27via iGeneration pour iPhone

On peut de souvenir à l'époque de Calvacom et du Village Electronique en France. le village était distribué sur les CDs de Univers Mac et Génération PC e qui permettait d'avoir un grand panel d'utilisateur. Même Icônes avait son service du même aquabit.

avatar patrick86 05/01/2014 - 13:33

Merci pour cet article instructif.

---

Par contre, c'est services (en dernier lieux iCloud), s'apparentent plutôt à du Minitel, qu'à de l'Internet en tant que tel — ils ne font que passer par Internet —. iCloud est un iMinitel 2.0.

avatar mbpmbpmbp 05/01/2014 - 15:21

.

avatar fontanitum 05/01/2014 - 13:52

"La débâcle MobileMe et les défauts d'iCloud" ..... je vois: pas la peine de lire la suite.
Bientôt je vais meme arrêter de lire Mac Generation (oh, pardon: MacG).

avatar damiendu83600 05/01/2014 - 14:12via iGeneration pour iPhone

En quoi iCloud à des défauts ? Faudrait me l'expliquer ça parceque j'utilise iCloud tout le temps et je n'y vois pas de défaut.

avatar CBi 05/01/2014 - 15:03

Le principal défaut d'iCloud, c'est d'être limité à une poignée de logiciels, et fermé au reste du monde. Et encore, si on n'a pas la dernière version, on l'a dans l'os... C'est pour cela qu'entre mes iMacs ppc, mon MBA Rev.A, mon iMac dernier cri, et pour mettre en ligne du contenu, j'utilise Dropbox.
Par contre "feu iChat" continue de fonctionner parfaitement bien pour communiquer avec des machines anciennes.

avatar JLG47 05/01/2014 - 15:14via iGeneration pour iPad

Je comprends mieux le relatif succès d'AOL a ses débuts.
Un îlot d'ergonomie dans le maquis des débuts de l'Internet.

avatar Stepha 05/01/2014 - 15:18via iGeneration pour iPhone

Le réseau Calvados/Calvacom, cela date 1985/86.

avatar tempest 05/01/2014 - 15:49

Ma première connexion à "Internet" fut sur eWorld à l'été 94 depuis mon Centris 660 AV (Une révolution à l"époque) J'étais excité comme une puce. J'ai du rester connecté 20mn a découvrir émerveillé cette interface et tout ce que l'on pouvait faire dessus. J'en garde un souvenir intact…
Le tout avec mon modem Global Village 14400 bds.
Quand j'y repense j'ai l'impression d'avoir déjà vécu 300 ans !

avatar alan63 05/01/2014 - 17:54via iGeneration pour iPad

MobileMe m'était beaucoup plus utile que le nuage actuel bridé que je n'utilise d'ailleurs pas

avatar damiendu83600 05/01/2014 - 17:58via iGeneration pour iPad

@alan63

C'est une formule différente.

avatar fontanitum 05/01/2014 - 18:00

si je peux me permettre: différente ET gratuite, alors que le service précédent était payant.

avatar philoo34 05/01/2014 - 18:07via iGeneration pour iPad

@alan63

"MobileMe m'était beaucoup plus utile que le nuage actuel bridé que je n'utilise d'ailleurs pas"

Tu payais combien par mois ?

avatar ckermo 05/01/2014 - 19:02

Ce serait super si tout le monde arrêtait de faire cette faute de français : "Ce qu'il reste…"
Ce n'est pas parce qu'on dirait "Que reste-t-il" à la forme interrogative qu'il faut garder le "il".
Donc, "Ce qui reste…" est la forme exacte.
C'est devenue une plaie ce truc, même dans Le Monde on commence à le trouver. Plus personne n'arrive à écrire "Le temps qui passe" sans avoir peur de se tromper.
Le bouquet a été récemment atteint avec le titre d'un film sur tous les murs de Paris : "Le temps qu'il reste" !! En plus il y a confusion : le temps que "qui" reste ? Jean ? Edouard ? Les producteurs voulaient bien sûr dire "Le temps qui reste".
On voit aussi souvent "Ce qu'il s'est passé". Mais non !! "Ce qui s'est passé". Il n'y a qu'à ouvrir n'importe quel bouquin écrit avant les années 2000 pour se rendre compte que c'est extrêmement récent ce machin (exaspérant :).

avatar Ali Ibn Bachir,... 05/01/2014 - 22:26

Merci pour cette précision. C'est vrai que le niveau d'orthographe baisse dramatiquement dans les médias et c'est assez intéressant de faire quelques petits rappels de temps en temps.

Tiens, pour finir cet aparté : http://www.projet-voltaire.fr/ existe aussi sur iOS.

avatar Splinter 05/01/2014 - 23:18via iGeneration pour iPad

@ckermo

Ce qui se passe et ce qu'il se passe sont deux formulations correcte.

avatar Splinter 05/01/2014 - 23:18via iGeneration pour iPad

@Splinter

*correctes

avatar Anthony Nelzin 06/01/2014 - 11:07

@ckermo : un petit dépannage linguistique ne te sera visiblement pas de trop : http://66.46.185.79/bdl/gabarit_bdl.asp?id=1103

avatar Spuolg 07/01/2014 - 09:46

Les deux tournures sont exactes, même si dans ce cas, je pense que la tournure « Ce qui reste » est préférable. « Ce qu’il reste » est la forme élidée de « ce que il reste ». Il ne s’agit pas tant d'utiliser le pronom « il » à la forme interrogative et de le supprimer à la forme affirmative, que de savoir si « il » existe. En fait, cela dépend uniquement du sens de la phrase et donc du mot auquel renvoie « qui » ou « que il ».
« Ce » étant indéfini (c’est son rôle), et « il » n’étant pas plus précis dans une telle tournure de phrase, il me semble plutôt difficile d’épiloguer sur le sens profond de « Ce qui reste » ou « Ce qu’il reste ».
Par contre, si sur cette affiche de film il est écrit « Le temps qu’il reste », peut-être faut-il comprendre « le temps que M. Machin reste » quelque part ? Auquel cas la tournure est exacte. Exemple : « Le temps qu’il écrive une réponse à mon message, la mer sera gelée ». Écrire « Le temps qui reste » est tout aussi juste, mais a un autre sens ; celui du temps qui reste à M. Machin, par exemple. Ici, « qui » renvoie à temps.
Vous pouvez écrire « Le temps qui passe » aussi bien que « Le temps qu’il passe ». Les deux phrases sont exactes, mais n’ont pas le même sens.
Ainsi, on écrira :
— Le chien qu’il mange. (Quelqu’un mange le chien.)
— Le chien qui mange. (C’est le chien qui mange.)
Pour y voir plus clair, ne vous aidez pas seulement de la forme interrogative, mais aussi du féminin :
– La robe qu’elle porte. (« La robe qui porte » n'est pas implicitement un masculin, mais a toutes les chances d’être une tournure inexacte, sauf si c’est la robe qui porte une ceinture, ou une broche, par exemple, tandis que « La porte qui grince » est une forme exacte. « La porte qu’il grince » est évidemment une tournure erronée, puisqu’on ne saurait grincer une porte. Mais la graisser, oui. Donc, ok pour « La porte qu’il graisse ».)
Ou encore :
– Ce qu’elle reste longtemps ! Ce qu’il reste longtemps !
– Ce qui reste longtemps au soleil finit par sécher. Ici, écrire « ce qu’il » serait manifestement une erreur.
– Ce qui reste de nous après notre passage sur le web, n’est que vanité de pixels.

avatar tempest 07/01/2014 - 09:49

Ce qui me fait peur sur les réactions de cet articles c'est que si MacGé fait un "papier" sur la genèse du correcteur orthographique d'Apple, les membres du forums se mettent à disserter sur les méfaits de eWorld…
Sinon le soucis du bon usage de la langue de "Molaire" part d'un bon sentiment… Mais pas là !

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