Avec Calibra, Facebook ouvre Libra aux cryptomonnaies

Anthony Nelzin-Santos |

La rumeur enflait depuis plusieurs semaines. Facebook vient de lever le voile sur sa cryptomonnaie, la Libra, en lui consacrant un livre blanc. Conçue comme une véritable devise numérique, la Libra est placée sous l’égide d’une association basée à Genève, officiellement indépendante. Mais il ne fait aucun doute que Facebook mène la barque : Calibra, l’un des 27 membres de l’association, est la nouvelle filiale bancaire du plus grand réseau social du monde.

Les partenaires de l’association Libra. Image Facebook.

Comme la plupart des cryptomonnaies, la Libra repose sur une blockchain, une base de données distribuée et sécurisée qui renferme toutes les transactions. Contrairement à la plupart des cryptomonnaies, la Libra est soutenue par une réserve d’actifs, qui limite les fluctuations de son cours. L’association Libra, « chargée de guider l’évolution de l’écosystème », agit comme une caisse d’émission, seule habilitée à créer et détruire des « pièces » Libra.

Cette association sort de l’ombre avec un « groupe de travail » comptant 27 membres, qui sont chargés de finaliser une charte de fonctionnement, et deviendront les « Membres fondateurs » de la Libra. Pour cette première étape, Facebook s’est entourée de spécialistes du paiement et des réseaux :

  • spécialistes des blockchains : Anchorage, Bison Trails, Coinbase, Xapo ;
  • réseaux de paiement : Mastercard, PayPal, PayU, Stripe, Visa ;
  • capital-risque : Andreessen Horowitz, Breakthrough Initiatives, Ribbit Capital, Thrive Capital, Union Square Ventures ;
  • opérateurs de télécommunications : Iliad, Vodafone Group ;
  • vente en ligne : Booking, eBay, Farfetch, Lyft, Mercado Pago, Spotify, Uber ;
  • ONG : Creative Destruction Lab, Kiva, Mercy Corps, Women’s World Banking.

Comme les membres fondateurs opèrent des nœuds de validation qui garantissent la sécurité du réseau et la validité des transactions, les candidatures doivent répondre à certaines exigences financières et techniques, et peuvent être bloquées par les membres existants.

L’association veut rapidement atteindre la centaine de membres, puis aller vers un modèle de blockchain ouverte1, dont la gouvernance serait complètement décentralisée. Iliad, la maison-mère de Free, parle ainsi d’un « internet de la monnaie ». Si Facebook reconnait qu’elle joue un rôle central dans l’organisation, elle assure qu’elle lâchera les rênes dès l’année prochaine.

Mais elle garde un pied dans l’association Libra, dont le siège est situé à Genève et les locaux dans la Silicon Valley, par le biais de Calibra. Confiée à David Marcus, vice-président de Facebook en charge de Messenger passé par la présidence de PayPal et le conseil d’administration de Coinbase, cette filiale n’est rien d’autre que la « banque Facebook ».

Le portefeuille numérique de Calibra. Image Facebook.

Elle proposera un portefeuille numérique pour Libra, qui permettra d’acheter et de dépenser des « pièces ». D’autres entreprises pourront concevoir de tels portefeuilles, mais celui de Calibra sera intégré à Facebook Messenger et Whatsapp, ainsi que la plateforme mercantile de Facebook. Facebook ne compte pas s’arrêter là : ce portefeuille n’est que le « premier produit » de Calibra, qui devrait progressivement développer une offre bancaire.

Mais revenons à la Libra. Quand on dit « cryptomonnaie », on pense immédiatement au Bitcoin, qui est moins une monnaie qu’un instrument de spéculation. La réserve Libra, constituée des liquidités des utilisateurs et des fonds des investisseurs, est censée prévenir toute volatilité de la Libra. Comme la valeur de la Libra sera liée à un panier de monnaies, le taux de change vers une devise donnée pourra varier, mais l’association pourra modifier la composition du panier pour corriger les effets d’une crise économique dans un pays précis.

Peu à peu, la gestion de la réserve sera automatisée, l’association Libra refusant de définir une politique monétaire qui diffèrerait de celles des banques centrales mondiales. La réserve est elle-même investie « dans des actifs à faible risque », qui produiront des intérêts qui financeront les coûts du système, abaisseront les frais de transaction, et produiront des dividendes reversés aux investisseurs.

Image Facebook.

Avec cette devise numérique, Facebook veut devenir la banque de ceux qui n’en ont pas. « Près de la moitié des adultes dans le monde n’a pas de compte bancaire actif », explique le réseau social, « et ce chiffre est encore plus important dans les pays en développement et pour les femmes. » Or avec deux-milliards d’utilisateurs, Facebook est dans une position privilégiée pour fournir des services financiers aussi bien à l’échelle locale qu’à l’échelle internationale, sans commissions exorbitantes.

Reste la question de la confiance. Calibra assure qu’elle « ne partagera pas les informations de compte ou les données financières avec Facebook »… sans votre consentement. Mais Libra sera implantée au cœur des produits de Facebook, qui espère bien en tirer quelque profit. Apple, Google, et maintenant Facebook : la finance est le nouvel horizon des géants de la Silicon Valley.


  1. Et même open source : le code de la blockchain est placé sous le régime de la licence Apache 2.0. ↩︎
avatar Perceval | 

To the mooooooooon ?

avatar adrien1987 | 

@Perceval

C'est un stable coin...

avatar Perceval | 

@adrien1987

Justement ?

avatar Tchobilout23 | 

Perso... Jamais de la vie je n’utiliserai ce service!

avatar LeoCristal | 

@Tchobilout23

Rdv dans qq années

avatar Tchobilout23 | 

@LeoCristal

Pas de soucis.. je n’aurai pas changé d’avis..

J’ai déjà viré depuis un moment tout ce qui concerne Facebook..

avatar LeoCristal | 

@Tchobilout23

Ebay, PayPal, Uber, Booking.... vont aussi utiliser Libra. C’est pas juste Facebook !

Et si Amazon entre dans la danse... ça sera partout !

avatar Tchobilout23 | 

@LeoCristal

Le jour où mon patron me paiera en Libra.. on verra bien..

En attendant, je vais rester à l’Euro ça me va bien..

avatar ancampolo | 

@LeoCristal

Moi je suis pour la fin de facebook mais une monnaie universelle en dema je prends

avatar Seize | 

@Tchobilout23

Libra toi d’avoir cette opinion.

avatar Tchobilout23 | 

@Seize

Ohhh.. joli ?

avatar MONA57 | 

@Tchobilout23

tanpis ?

avatar Seb42 | 

@Tchobilout23

Je partage ton point de vue.
On y va doucement et cela semble écrit que l’avenir se fera avec une monnaie « web » mais j’ai encore beaucoup d’interrogations

avatar Tchobilout23 | 

@Seb42

Moi ce qui me gêne le plus.. c’est que ces transactions soient “pistées” et que Facebook fasse son beurre sur notre dos!.

Nous, on a rien à y gagner.. et pourtant on est le produit..

avatar debione | 

@tchobilou23

C’est le cas quand tu utilises une carte, ou un terminal quelconque... Tu es piste... c’est d’ailleurs une des raison d’etre Du paiement dematerialise, pister et surtout te faire payer... pour utiliser ton propre argent...
Après que ce soit ta banque+visa+Apple qui te piste ou Facebook, sérieusement, le résultat final est le même, ou plutôt la finalité à ton encontre est la même... Finir par t’obliger à engraisser des actionnaires et ce le plus souvent possible... Pas pour rien que ces gens militent comme des malades pour la disparition des monnaies fiduciaires, des milliards de transaction sur lesquels ils ne touchent rien...

avatar Tchobilout23 | 

@debione

Ce n’est pas pareil, je ne suis pas d’accord.

En payant avec ma CB, je suis peut être pisté.. mais je me retrouve pas avec des pubs en rapport avec mes achats partout sur mon mobile !

Avec Libra, c’est l’essence même de ce modèle économique, utiliser tes données pour t’inonder de pubs et t’inciter a encore plus dépenser ..

avatar debione | 

@tchobilout23:

Et pourtant, ces même récoltes de données ont exactement le même but. Te pister toi et tes habitudes afin de te proposer un autre produit à un moment donné... Que cela soit le fait de banque ou de fb, le but est exactement le même... Le seul truc qui change vraiment, c’est la sensation. Avec FB, tu le vois immédiatement, les pubs apparaissent et sont profilée... Avec les banques, c’est plus insidieux, mais ces mêmes données sont utilisée pour t’envoyer de là pub ciblée afin de te faire consommer plus.
Les gens ne récoltent pas les données pour le plaisir de récoltée des données, si ils les récoltent c’est qu’elles sont monnayables, que l’on parle de fb ou des banques ne change rien à la finalité de la récolte...

Il faudrait voir à ne pas oublier qu’il y a plus requin que FB, et les banques en sont.

avatar reborn | 

"L’association Libra, « chargée de guider l’évolution de l’écosystème », agit comme une caisse d’émission, seule habilitée à créer et détruire des « pièces » Libra."

Ok merci au revoir ?‍♂️

avatar adrien1987 | 

@reborn

Ce n'est pas ce que font les banques centrales ?

avatar reborn | 

Je vais me contenter de bitcoin en attendant..

avatar Frodon | 

Pas que, et en fait les banques centrales ne réalisent que 10 à 20% de la création monétaire.

Ce sont les banques commerciales qui créées et détruisent le plus de monnaie. En effet, quand quelqu'un obtient un prêt, le capital du prêt est créé, mais pas les intérêts, ce qui impose à un moment ou à un autre qu'un acteur économique réemprunte pour que la monnaie nécessaire au paiement des intérêts soit créée (=> impératif de croissance).
Et la monnaie est détruite lorsque le capital est remboursé.

Conséquence, il faut toujours plus de prêts que de remboursements, sans quoi la masse monétaire diminue, ce qui provoque une récession lorsque cela arrive (ex: cela a été le cas lors de la crise de 2008).

Qui sont les gagnants dans l'affaire ? Les banques bien sûr, bien plus que tous les autres.

avatar debione | 

@Frodon

C’est d’autant plus dommageable que la création de monnaie devrait être un pouvoir régalien, mais gentiment, à force de marketing et de lobbying, c’est un pouvoir qui est gentiment en train d’etre Transférer aux mains de compagnie, dont le seul but est ( normal) de gagner toujours plus... et comme on est dans un principe de vase communicant, ben il n’y a qu’un seul perdant, et c’est pas la banque ni les gens proposant des solutions de paiement sans liquide...

avatar Frodon | 

Même si on parle que des banques centrales, elles ne sont pas publiques, donc même ce que font les banques centrales n'est pas contrôlé par les pouvoirs publiques mais par des intérêts privés.

Donc ça fait déjà longtemps que ce n'est plus un pouvoir régalien, plusieurs siècles en fait.

avatar SyMich | 

comment ca les Banques centrales ne sont pas publiques???

Quelques infos sur la Banque Centrale Europeenne... https://www.ecb.europa.eu/ecb/html/index.fr.html

avatar Frodon | 

Un établissement est publique si son propriétaire majoritaire est un état ou ensemble d’etats.

Les propriétaires majoritaires des banques centrales (BCE, BDF, FED...) sont des groupes privés.

Pages

CONNEXION UTILISATEUR