Le dessous géopolitique de Google Maps

Stéphane Moussie |

« On s’est aperçu que Google Maps mentait. » Jean-Christophe Victor, créateur de l’excellente émission Le dessous des cartes, soulève un aspect méconnu de Google Maps dans une interview à Libération à l’occasion de la sortie d’un atlas sur l’Asie.

« Un pays s’exprime par le positionnement de ses frontières, qui peuvent être stables ou bien en litige. […] Or, Google Maps a choisi de ne pas prendre la référence internationale, que sont les cartes des Nations unies, et de s’adapter à la vision de chaque partie », indique le spécialiste en géopolitique qui a consacré une émission sur le sujet en septembre dernier.

Dans certains pays, dont la Chine, Google est contraint de suivre les lois locales sur la représentation des frontières, sous peine d’action en justice… et de mauvaise affaire commerciale. Ainsi, les utilisateurs chinois de Google Maps voient Taïwan comme une province chinoise, alors que la version internationale du service présente l’île comme un État souverain.

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Dans les autres pays où la représentation des frontières est libre, Google a fait le choix d’adapter ses cartes au cas par cas, pays par pays. Dans son émission, Jean-Christophe Victor prend l’exemple éloquent de la Crimée, qui a fait l’objet d’une lutte entre l’Ukraine et la Russie ces dernières années. Pour les utilisateurs ukrainiens de Google Maps, la péninsule est toujours incorporée au territoire ukrainien, mais pour les utilisateurs russes, elle fait partie de la Russie.

Et les autres services, comment font-ils ? Sur Bing Maps, la Crimée fait partie de l’Ukraine (il y a une ligne continue noire entre elle et la Russie), que l’on consulte le service depuis l’Ukraine ou la Russie. Contrairement à Google, Microsoft suit en effet les frontières établies par la Cour internationale de justice ou les Nations Unies. Or, dans le cas présent, l’ONU a voté en 2014 une résolution rappelant son attachement à l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

Google Maps (version française). Cliquer pour agrandir
Bing Maps. Cliquer pour agrandir
Plans. Cliquer pour agrandir

Le dessous des cartes ne mentionne pas Plans, mais il suffit d’ouvrir l’application pour voir qu’Apple n’a tracé aucune ligne entre la Crimée et la Russie et qu’il n’y en a pas non plus avec le reste de l’Ukraine (en tout cas dans la version française). En zoomant un peu plus, on peut faire apparaître une frontière, mais c’est celle des régions de l’Ukraine. En ce qui concerne la Chine, Apple se plie sans nul doute à la représentation locale des frontières, d’autant que l’entreprise qui lui fournit les données de l’Empire du Milieu, AutoNavi, basée à Pékin, est la même que celle qui fournit Google.

Le numéro du Dessous des cartes sur Google Maps, baptisé « Révolution cartographique ? », est disponible en VOD sur le site d’Arte.

Mise à jour le 29 décembre : Triste coïncidence du calendrier, Jean-Christophe Victor est décédé brutalement dans la nuit du 27 au 28 décembre à 69 ans.

avatar Ber16 | 

Taïwan n'est pas chinois !
Honte à Google qui me dégoûte depuis toujours.

avatar Costryme | 

@Ber16 :
Vous avez lu l'article ou quoi ? Même si ils le voulaient, ils ne pourraient pas déclarer Taïwan indépendant sur les carte, c'est illégal en Chine.

avatar Yohmi | 

@Costryme

Donc on fait quoi ? On confirme la vision d'un état totalitaire et le déni de la nationalité de 23 millions de gens ? Et on se regarde dans le miroir en se brossant les dents chaque matin, en se disant qu'on fait du bon travail ?

avatar Bigdidou | 

@Yohmi

"Et on se regarde dans le miroir en se brossant les dents chaque matin, en se disant qu'on fait du bon travail ?"

Vous aurez plus vite fait d'arrêter de vous brosser les dents que d'imposer aux Chinois l'idée que Taïwan ne fait pas partie de la Chine.
L'autre solution est de ne pas se regarder dans le miroir en se brossant les dents. A mon avis, elle est tout à fait acceptable.
Au pire du pire, à force de méditation, on doit pouvoir arrêter de penser à la Chine et à Taiwan quand on se regarde dans le miroir en se brossant les dents.
Ceci étant, je dis ça, mais j'ai pas essayé.

avatar Yohmi | 

@Bigdidou

C'est plus difficile quand on y vit.

avatar SerArien | 

"Même si ils le voulaient, ils ne pourraient pas déclarer Taïwan indépendant sur les carte, c'est illégal en Chine."

Et bien dans ce cas, ils ne fournissent pas ce service en Chine.
Mais non, il y a beaucoup trop de fric à se faire.

avatar charlie105 | 

@SerArien

De même, ils préfèrent se faire du fric en France plutôt que d'arrêter leur service: j'ai repéré qu'ils considèrent entre autre une partie de Guyane et une île de l'Océan Indien comme appartenant à la France!!

avatar Ber16 | 

@Costryme

Et alors, on est pas en Chine que je sache.
Quand on a un cerveau il faut l'utiliser.
Et il est hors de question de plier à la dictature chinoise.
Je vie en Asie et ce pays est l'ennemi de l'ordre et la paix mondiale.
Renseignez vous ....

avatar Adenantes | 

En quoi c'est "l'ennemi de l'ordre et la paix mondiale"?
Qui a été les initiateurs des conflits mondiaux sur les 100 dernières années? Sont-il plus dangereux que les USA ou toutes autres puissances (ou future puissance) économique mondiale?

avatar occam | 

@Ber16

« Taïwan n'est pas chinois ! »

Les Taïwanais seraient les premiers surpris de l'apprendre.

La dénomination officielle de Taïwan est « République de Chine ».

Relique et dernier refuge de la Chine nationaliste du KMT, la République de Chine a longtemps prétendu, et officiellement prétend encore, représenter la Chine entière.
Cette « One China Policy » constitue d'ailleurs la fiction qui a paradoxalement permis depuis 45 ans, depuis la déclaration sino-américaine de Shanghai, de maintenir la paix dans le détroit de Formose. Les USA se bornent formellement à constater « que les Chinois des deux rives du détroit de Formose considèrent qu'il n'y a qu'une seule Chine. Les États-Unis ne contestent pas cette vue des choses. »
Par ailleurs, dans les instances internationales où Taïwan est encore représenté, il figure sous le sigle « Chinese Taipei », Beijing ayant signalé à maintes reprises qu'une déclaration unilatérale d'indépendance de Taïwan, ou une modification de la constitution taïwanaise qui désignerait l'île comme une entité séparée de la Chine, serait traitée comme un casus belli immédiat.

Maintenant, si vous aviez déclaré que Taïwan n'est pas sous l'autorité du régime de Beijing, vous auriez signalé une évidence. Pour l'instant, du moins, car les rodomontades de Donald Trump, en même temps que le désengagement annoncé des USA du théâtre asiatique, pourraient bien acculer la Chine communiste à une réaction violente ou même à une agression mettant un terme à l'autonomie de fait de Taïwan, avec des conséquences incalculables pour la région comme pour l'économie mondiale.

avatar Yohmi | 

@occam

Si ça peut te rassurer, les Taïwanais ne se considèrent plus comme souverains de la Chine depuis très longtemps. Je ne connais aucun Taïwanais (et j'en connais un paquet) qui se considère Chinois, et qui considère que le terme RoC (République de Chine) est autre chose qu'une relique historique. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que le nouveau gouvernement a autorisé l'utilisation de couvertures "Republic of Taiwan" pour les passeports (mais aux risques et périls des voyageurs bien sûr, selon le niveau de soumission des douanes des pays traversés à la RPC).

Historiquement, c'est tout à fait juste. Mais ta première phrase ne reflète pas la réalité ☺️

avatar occam | 

@Yohmi

Je ne crois pas avoir rencontré de Taïwanais « de souche » qui se déclare d'emblée Chinois plutôt que Taïwanais, en effet. À la différence des descendants de Chinois immigrés du continent, même ceux dont les ancêtres s'y étaient déjà établis à l'époque des Qing (avant le traité de Shimonoseki).
Et j'ai bien souligné que la fiction « One China » était une relique historique. Mais j'ai trouvé que la différenciation entre identités (culturelle, ethnique, nationale, étatique et citoyenne) était plus consciente à Taïwan que dans les états-nations d'Europe, ou dans les dictatures asiatiques qui maintiennent la fiction de leur monolithisme identitaire. Et j'avais l'impression que cette différenciation subtile des identités multi-étages avait progressé à Taïwan depuis l'avènement du DPP, et peut-être même malgré lui.

avatar Moonwalker | 

Bah! Ça dépend du point de vue.

Pour les gens au pouvoir à Pékin, Taiwan appartient à la Chine.

Pour le Kuomintang à Taipei, la Chine appartient à Taiwan.

Pour les Taïwanais, ceux qui se définissent comme tels, c'est chacun chez soit et les droits de l'homme seront bien gardés.

C'est sûr que quand on voit comment le "un pays, deux systèmes" évolue du côté de Hongkong, ça ne donne pas trop envie de tomber sous la main bienveillante de monsieur Xi-Jinping.

La géographie sert à faire la guerre.

avatar CNNN | 

Moi j'ai la carte de France sur mes draps mais ça n'apparaît sur Plan... dommage !

???

avatar fosterj | 

L'excellent émission le dessous des cartes. On est 100% ok sur ca .. elle devrait être obligatoire à regarder .. cela étant .. on vit tous sur la même planète qui est en train de se dégrader.. alors les litiges de frontières..

avatar Paquito06 | 

C'est assez compliqué, meme en essayant d'etre le plus neutre possible on va en froisser plus d'un, alors autant faire plaisir a chacun, en commencant par soi meme et en protegeant son propre business. Les regions aux delimitations litigeuses sont nombreuses, il y a la Chine/Taiwan, (en plus des mers...) la Crimee/Unraine, mais on peut penser au Tibet, Moyen Orient, ...

avatar Orus | 

Voilà ce qui arrive quand nos élus occidentaux ne font plus respecter nos idéaux; mais ne pensent qu'à l'argent et au pouvoir. Les multinationales n'ont que faire de la démocratie et de la liberté; et c'est bien aux homme politiques de leur imposer nos lois.

avatar hirtrey | 

Vous n'aviez pas déjà fait un article sur ce sujet il y a quelque temps ?

avatar Stéphane Moussie | 
@hirtrey : tu penses peut-être à "Google Maps et Plans, deux représentations différentes du monde", qui portait sur le design des cartes et non les frontières. https://www.macg.co/ailleurs/2016/06/google-maps-et-plans-deux-representations-differentes-du-monde-94446
avatar hirtrey | 

@stephmouss

Non je viens de retrouver, c'était le nouvelObs en 2015 : http://m.nouvelobs.com/les-internets/20150602.OBS9998/google-maps-des-fr...

avatar scratou | 

@Charlie 105

La Guyane c'est la France! Je ne comprends pas ton commentaire, peux tu préciser ?

avatar Ielvin | 

@scratou

C'était ironique.
Il fait référence à la Guyane française, quant à l'´île au milieu de l océan indien je te laisse chercher :)

avatar KFear | 

@Ielvin

L'île de l'océan indien que tu veux parler, c'est la mienne. Et c'est Mayotte (976) qui se trouve dans l'archipel des Comores, n'est ce pas? ?

avatar françois bayrou | 

Ne parlez pas un marocain de la représentation de son pays d'origine ( Maroc, polisario, Sahara occidental, ligne en pointillés )

Que ce soit sur Google maps ou Plans.

avatar machin44 | 

Pas un mot sur Israël ? ?

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