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Et le grand vainqueur (du jour) de l’intelligence artificielle est…


Samsung. Oubliez la Silicon Valley l'espace d'un instant : si les regards se tournent machinalement vers la Californie pour scruter les avancées de l'intelligence artificielle, c’est aussi de l’autre côté du Pacifique que les véritables fortunes s'amassent aujourd'hui.

Image : Babak Habibi - Unsplash

Un trimestre dans les annales

Le géant sud-coréen vient d'annoncer des résultats trimestriels pour le moins spectaculaires. Sur le deuxième trimestre, il a tout simplement multiplié ses profits opérationnels par 19. Le bilan donne le tournis : 89 400 milliards de wons, soit peu ou prou 51,3 milliards d'euros.

Sur cette seule période allant d'avril à juin, le conglomérat s'offre le luxe de générer les plus gros bénéfices trimestriels jamais enregistrés par une entreprise du secteur de la tech. Il chipe ainsi la couronne que détenait jusqu'à présent le roi incontesté des puces, Nvidia, avec ses 46,8 milliards d’euros amassés au premier trimestre de cette année.

Quand Nvidia engrange deux fois plus de bénéfices qu’Apple

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Le centre de gravité de la Tech se déplace

Comparaison n'est pas raison, certes, mais la mise en perspective illustre la bascule en cours : sur ce même trimestre, les analystes s'attendent à ce qu'Apple dégage, dans le meilleur des cas, un bénéfice frôlant les 30 milliards de dollars. En l'espace de quelques mois, la dynamique du secteur a fondamentalement évolué. Une statistique suffit d'ailleurs à résumer cet emballement : la firme coréenne a engrangé plus de bénéfices lors de ce dernier trimestre que sur l'ensemble de ses deux dernières années cumulées.

Paradoxalement, ce bulletin de santé insolent n'a pas empêché le titre de dévisser de près de 8 % en Bourse, les investisseurs ayant logiquement profité de l'occasion pour sécuriser le pactole en prenant leurs bénéfices.

Image : Samsung

La Corée du Sud, nouvelle usine à gaz de l'IA

Au-delà du cas de ce mastodonte, c'est toute l'économie sud-coréenne qui surfe sur cette déferlante. SK Hynix, autre fleuron national spécialisé dans la mémoire vive, connaît une ascension fulgurante. Les chiffres de l'industrie sont éloquents : en mai, les exportations coréennes de semi-conducteurs ont bondi de 169,4 % sur un an pour atteindre le record de 37,16 milliards de dollars. Une paille à côté du mois de juin, où elles ont explosé de 199,5 %, frôlant la barre des 45 milliards de dollars. Rappelons à toutes fins utiles que la Corée du Sud pèse pour 60 % de la production mondiale de RAM.

L'argent coule tellement à flots que la direction a pu s'éviter une crise sociale majeure. En début d'année, l'entreprise a sorti le carnet de chèques pour désamorcer une grève, promettant aux employés de sa division semi-conducteurs (y compris les opérateurs sur les chaînes de montage) une prime annuelle pouvant grimper jusqu'à 400 000 dollars l'an prochain, à condition que certains objectifs financiers soient atteints. De quoi largement motiver les troupes.

RAMpocalypse : une grève annoncée chez Samsung Electronics pour s’enfoncer un peu plus dans la crise

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Le spectre de la bulle spéculative

Reste à savoir si cette lune de miel va durer. L'ombre d'un brutal retournement de tendance plane inévitablement sur le marché. Toute cette euphorie pourrait rapidement se muer en vulnérabilité systémique si la bulle de l'intelligence artificielle venait à se dégonfler sans crier gare.

De plus en plus d'analystes tirent d'ailleurs la sonnette d'alarme. Leur inquiétude ? Les ogres du cloud (Microsoft, Google, Amazon et Meta), qui fournissent la puissance de calcul nécessaire aux grands modèles de langage, dépensent des sommes faramineuses en infrastructures sans pour autant avoir encore prouvé leur capacité à générer un retour sur investissement viable.

Chez Jefferies, l'analyste Christopher Wood va plus loin. Dans une note adressée à ses clients, il redoute ouvertement un risque de « destruction massive de capital ». Pour appuyer son propos, il rappelle un chiffre glaçant : depuis le début de l'année, ces quatre géants américains ont émis la bagatelle de 144 milliards de dollars d'obligations pour financer leurs coûteuses infrastructures liées à l'IA. À titre de comparaison, ce montant s'élevait à 83 milliards sur l'intégralité de l'année 2025. Un pari sur l'avenir qui coûte de plus en plus cher.