L'Union européenne a Meta dans le collimateur. La Commission européenne mène une enquête depuis 2024 et vient de conclure, à titre préliminaire, que Meta avait enfreint la législation sur les services numériques (DSA). Qu'est-ce qui cloche ? Le régulateur pointe la conception « addictive » d'Instagram et de Facebook, ainsi que certaines fonctionnalités comme le défilement infini ou la lecture automatique de contenus.

Concrètement, la Commission estime que Meta n'a pas évalué de manière adéquate les risques liés à la conception addictive de ses applications. Le rapport prend comme exemple les recommandations hautement personnalisées ou le fil d'actualité qui présente en permanence de nouveaux contenus aux utilisateurs, l'incitant à revenir. Le régulateur estime que ces fonctionnalités alimentent l'envie de l'utilisateur de continuer à faire défiler le contenu, faisant passer le cerveau en « mode pilote automatique ».
La Commission note que les gardes-fous mis en place par Meta sont loin d'être suffisants. Les outils de gestion du temps d’Instagram et de Facebook « peuvent être facilement écartés et ne conduisent pas à une réduction ni à un contrôle significatifs de l’utilisation du service ». La Commission observe également que les outils de contrôle parental de Meta, déployés depuis 2022, ne sont pas toujours efficaces. Il faut en effet que les parents et les tuteurs possèdent quelques connaissances techniques et qu'ils y consacrent du temps et des efforts. Bref, quelque chose de plus simple serait souhaitable.
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Par conséquent, la Commission estime que Meta devrait modifier la conception d’Instagram et de Facebook. Elle prend l'exemple d'une désactivation par défaut de certaines fonctionnalités addictives comme la lecture automatique et le défilement infini. Des pauses d'utilisation efficaces sont également recommandées, tout comme une adaptation de son système de recommandation visant à le rendre « moins axé sur l’engagement ».

Meta conteste ces conclusions préliminaires. Dans une déclaration transmise à Reuters, un porte-parole estime qu‘elles ne tiennent pas correctement compte des mesures prises par l‘entreprise pour protéger les adolescents. Meta met notamment en avant ses comptes adolescents, qui permettent aux parents de bloquer Instagram la nuit ou de limiter son utilisation quotidienne à quinze minutes.
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Cette remise en cause touche au cœur du modèle économique de Meta, presque entièrement financé par la publicité et dont la rentabilité dépend largement de l’activité générée sur ses plateformes. Une plainte déposée en 2023 par plusieurs États américains cite par ailleurs un courriel interne de décembre 2015 dans lequel Mark Zuckerberg fixait des objectifs de hausse du temps passé sur les plateformes.
Meta a encore du temps pour revoir sa copie : elle peut présenter ses arguments et proposer des changements. Si les conclusions préliminaires sont finalement confirmées, la Commission pourra adopter une décision de non-conformité et lui infliger une amende pouvant atteindre 6 % de son chiffre d‘affaires annuel mondial. Meta n‘est pas la seule entreprise visée par l‘UE : la Commission a également estimé, à titre préliminaire, que TikTok présentait une conception trop addictive en février dernier.













