Facebook/WhatsApp, des fondateurs qui divergent sur le fond

Florian Innocente |

Le 30 avril, Jan Koum annonçait son départ de WhatsApp, le service de messagerie qu'il avait créé en 2009 avec Brian Acton, l'un de ses collègues chez Yahoo. Ces deux quadragénaires sont devenus immensément riches en 2014 lorsque Facebook a acheté WhatsApp pour 19 milliards de dollars. Tous deux en ont claqué la porte à huit mois d'intervalle.

Brian Acton et Jan Koum

Le Wall Street Journal raconte quelques-unes des prises de bec qui ont émaillé cette relation a priori contre nature, alors que les dirigeants de Facebook poussaient le duo à mettre en place une politique plus favorable à la publicité. De manière à rentabiliser ce qui a été la plus grosse acquisition de faite par le réseau social (Oculus VR lui a coûté 2,3 milliards, et Instagram à peine 736 millions de dollars).

WhatsApp, avec son milliard et demi d'utilisateurs, demeure devant Facebook Messenger et ses 1,3 milliard d'utilisateurs. Dès le début, l'association de WhatsApp avec Facebook était curieuse puisque le premier a été créé par deux personnes qui portent au pinacle les notions de respect de la vie privée et de confidentialité des données, alors que tout le modèle économique de Facebook repose sur la pub et la très fine connaissance de ses utilisateurs.

WhatsApp était initialement payant (99 centimes par an une fois la première année gratuite écoulée), puis il est devenu complètement gratuit chez Facebook. D'où l'impérieuse nécessité de trouver des moyens de faire rentrer de l'argent. La pub en était un d'évident pour Mark Zuckerberg et son bras droit Sheryl Sandberg.

Ces dernières années, Koum/Acton et Zuckerberg/Sandberg se sont fréquemment opposés sur la manière de concilier vie privée, chiffrement intégral et publicités ciblées. L'équipe de Facebook poussant celle de WhatsApp à faire preuve de plus de flexibilité sur le sujet.

Au moment de l'acquisition, l'un des investisseurs dans WhatsApp assurait que les deux cofondateurs n'allaient pas renier leurs principes et qu'ils avaient obtenu de Facebook le respect d'une règle qui se résumait en trois points : « Pas de pub, pas de jeux, pas de gadgets ». Promesse tenue, WhatsApp ne s'est pas transformé en réseau bruyant, animé et coloré et la pub y est toujours invisible. Tout juste a-t-il cédé, avec ses "Statuts", à la mode des "Stories" initiée par Snapchat et copiée par tous.

C'est cet immobilisme qui a généré de plus en plus de frictions entre les deux entreprises. Koum et Acton proposèrent diverses choses comme de laisser des annonceurs contacter uniquement des utilisateurs qui leur auraient déjà acheté quelque chose. « Pas suffisant » a rétorqué Sheryl Sandberg devant les différentes idées, et de pousser à nouveau pour de l'affichage publicitaire ciblé. Elle et Mark Zuckerberg donnaient souvent en exemple le cas d'Instagram qui fait entrer la pub entre ses photos et vidéos sans provoquer de bronca chez les utilisateurs et sans faire partir son duo fondateur.

Facebook voulait que WhatsApp se dote de nouvelles fonctions alors qu'en face on militait pour conserver la simplicité intrinsèque du logiciel. C'est au moment de discussions sur l'idée de placer des pubs dans les Status, à la Instagram, que Brian Acton prit ses cliques et ses claques en septembre.

En plein scandale Cambridge Analytica au mois de mars, Acton conseilla publiquement de supprimer son compte Facebook. Lorsque David Marcus, le responsable de Messenger, le croisa au siège de Facebook, il lui reprocha ce « coup bas ». À quoi Brian Acton répondit par un haussement d'épaules, racontèrent des témoins de l'échange. Sandberg s'en émut aussi auprès de Koum qui s'attacha à relativiser les propos de son ami.

Zuckerberg et Sandberg souhaitaient que WhatsApp soit plus souple également sur le sujet du chiffrement, au moins dans le cadre d'une utilisation entre des particuliers et des entreprises désireuses de proposer des services de SAV ou de vente sur cette messagerie.

L'article cite d'autres sources de frustrations entre les deux entreprises, plus anecdotiques celles-là (des bureaux plus grands chez WhatsApp, des toilettes plus jolies chez Facebook). Une somme de petites choses mais qui mises bout à bout alimentaient la fracture.

Au moment de partir, lors d'une réunion avec ses employés, Koum répéta son dédain pour la publicité, mais il concéda que si vraiment elle devait faire son entrée dans WhatsApp, la partie des Status serait le moins mauvais endroit, le moins intrusif (plutôt que dans le fil des discussions).

En quittant WhatsApp, Acton et Koum ont chacun laissé de jolies sommes sur la table. Potentiellement 900 millions de dollars pour le premier et une estimation de 400 millions pour le second. Des sommes qu'ils auraient pu faire valoir en novembre prochain, date à laquelle ils pouvaient exercer les actions reçues lors de l'acquisition.

Au moment de la vente de WhatsApp, Acton et Koum avaient négocié une clause très spéciale, permettant de réduire ce délai d'attente si l'un des deux hommes partait avant l'échéance de novembre. La condition était que l'autre fondateur reste à ce moment-là chez Facebook.

Quant à la raison qui pouvait déclencher cette clause : « Toute initiative poussant vers davantage de monétisation ». Acton faillit prendre prétexte de ces discussions sur la pub pour faire jouer cette condition, mais devant la bataille juridique que promettaient de livrer les avocats de Facebook, il renonça. Et puis il avait déjà 3 milliards de dollars en poche (Acton a investi 50 millions de dollars, dans la Fondation Signal, à l'origine de l'app de conversations chiffrées).

Cette séparation entre Zuckerberg et le duo de WhatsApp s'est faite sans éclats de voix, explique le Wall Street Journal, comme si cette dernière bataille ne méritait pas d'être menée, tant elle était perdue d'avance, et qu'il était plus raisonnable de se quitter en bons termes. Une relation « passive/agressive » décrit un témoin.

Juste après ce départ, Mark Zuckerberg remercia Koum durant la conférence des développeurs Facebook pour tout ce qu'il « [lui] a appris, notamment sur le chiffrement et sa capacité à reprendre le pouvoir aux systèmes centralisés pour le remettre entre les mains des gens. Ces valeurs seront toujours au cœur de WhatsApp. »

Désormais WhatsApp est dirigé par un cadre de Facebook, dans l'entreprise depuis 7 ans, qui a fait ses classes chez Microsoft sur Bing et MSN, et dont la tâche est de faire de WhatsApp une machine à générer de l'argent… sans casser la relation nouée avec ses utilisateurs.

 
avatar Anakin | 

En gros je peux faire encore un peu plus de place sur mon iphone. Cool.

avatar Biking Dutch Man | 

Je ne leur pardonnerai jamais. J'ai acheté WhatsApp, ils ont collecté mes données avec et les ont revendues à Facebook. Ce genre de pirouette remet en cause la crédibilité de l'économie numérique tout entière. Espérons que les Européens développent des outils similaires avec un cadre légal plus respectueux du client et de ses données.

avatar Kol | 

Comme alternative à Facebook il y a le nouveau réseau social français "heypster" qui respecte la vie privée des utilisateurs ;)

avatar Kabrice | 

@Kol

Du coup c’est quoi leur modèle économique ?

avatar fousfous | 

@Kabrice

Se faire racheter plus tard par Facebook ou Google? ^^

avatar Kol | 

De la publicité à l’ancienne qui n’utilise aucune donnée personnelle.

avatar fte | 

@Kol

Combien sont-ils ? Deux ?

avatar Niarlatop | 

Kol déjà, mais je ne sais pas s'il y a quelqu'un d'autre dans le projet.
Mais c'est vrai qu'il manque une page A propos sur son site pour présenter l'entreprise derrière, ça ferait un peu plus pro et pourrait potentiellement rassurer les gens.

Je ne connaissais pas en tout cas et visuellement c'est sympa. Bon courage pour contrebalancer le rouleau compresseur Facebook !

avatar Kol | 

7 personnes dans l'équipe heypster. On peut voir une partie de l'équipe sur cet article http://1001startups.fr/heypster-le-reseau-social-qui-respecte-enfin-la-v...

avatar Vostorn | 

Il y a aussi Diaspora* qui est opensource et où chacun peut créer soit créer un compte sur un pod existant (qui a ses propres conditions, souvent gratuit avec des dons), soit créer son propre pod.
Les pods sont inter-reliés, ce qui crée le réseau.

avatar Yacc | 

@Biking Dutch Man

« Je ne leur pardonnerai jamais. »

Ils en sont traumatisés du haut de leur montagne de $ 🤑

avatar XiliX | 

@Biking Dutch Man

"Je ne leur pardonnerai jamais. J'ai acheté WhatsApp, ils ont collecté mes données avec et les ont revendues à Facebook."

Pas sûr... je me souviens d’une option sur WA qui s’est affichée une fois si on répondait par non la demande d’autorisation de communiquer les informations à FB. J’ai répondu non, depuis je n’ai jamais revu l’option.

avatar ovea | 

@XiliX

Jolie ce FaceBook
en acronyme, accro-mimique FB
— du coup, on peut retoquer,
FacedeBoucIrresponsable en :
FBaïe

avatar noxx09 | 

Quoi qu'ils en disent, une histoire qui ne manque pas de fonds (en dollars).

avatar SLV17000 | 

Il lui répondis par un haussement d’épaule ! Mon dieu quelle insolence 😡

avatar webHAL1 | 

« Désormais WhatsApp est dirigé par un cadre de Facebook [...] et dont la tâche est de faire de WhatsApp une machine à générer de l'argent… »

On peut donc craindre le pire.
Je ne serais pas surpris que WhatsApp connaissent un destin à la Skype : en concurrence avec une autre solution maison (Facebook Messenger), incapable de trouver sa place, forcé de devenir rentable après un rachat extrêmement dispendieux, le produit finira par être gâché et connaîtra mille et une réorientations "stratégiques". J'espère que je me trompe, car je trouve que WhatsApp est un excellent service, à des années lumières de iMessage par exemple.

avatar stefhan | 

@webHAL1

Ah ? Des exemples ?

J’ai toujours du mal à m’y faire, la présentation est hideuse et ne rend pas l’expérience utilisateur agréable. Donc je suis en attente d’arguments...

avatar webHAL1 | 

@stefhan

Euh... pardon ? Des exemples de...?

avatar stefhan | 

@webHAL1

« J'espère que je me trompe, car je trouve que WhatsApp est un excellent service, à des années lumières de iMessage par exemple. »

Je pense très exactement le contraire. : iMessage est très complet. WhatApp est à la traine et est toujours aussi désagréable à utiliser.

La seule chose positive que je lui trouve est d’être multiplateforme et c’est bien le seul interêt limite. Messenger l’est aussi.

Voilà tout simplement 😊

avatar webHAL1 | 

@stefhan

WhatsApp est multiplateformes. L'envoi de message est (au minimum) deux fois plus rapides qu'avec iMessage. Il permet de voir les pièces-jointes envoyées et reçues sous forme chronologique. Il ne duplique pas les messages comme la solution d'Apple le fait si souvent. Il permet de voir exactement quand une personne était en ligne pour la dernière fois (désactivable si besoin). Et aussi précisément lorsqu'un message a été livré et lu (désactivable si besoin), y compris dans les groupes. Il permet de répondre spécifiquement à un message. Et aussi, dans un groupe, de s'adresser à une personne précise. En sélectionnant un de ses contact, on peut voir les groupes dans lesquels il se trouve. Il est possible de mettre un message en favori. Il affiche les photos des contacts dans la liste de discussions.

Quels avantages trouves-tu à iMessage ?

avatar fte | 

@webHAL1

"Quels avantages trouves-tu à iMessage ?"

Il n’appartient pas à Facebook.

avatar webHAL1 | 

@fte
« Il n’appartient pas à Facebook. »

Le fait que service n'appartient pas à une entreprise est un avantage ? À part si on est un adorateur d'une marque et qu'on refuse d'utiliser les produits de son concurrent (typiquement les inconditionnels d'Apple qui crachait sur tout ce qui venait/vient de Microsoft), je ne vois pas pourquoi...

avatar fte | 

@webHAL1

« je ne vois pas pourquoi... »

Creuse la question du capitalisme de la surveillance.

Tu verras pourquoi je considère que c’est une qualité que de ne pas appartenir à Facebook, ou Tencent, ou d’autres du genre.

avatar webHAL1 | 

@fte
« Creuse la question du capitalisme de la surveillance. »

Je pense avoir suffisamment creusé le sujet et être renseigné sur les services que j'utilise. Si tu as des informations à partager, c'est volontiers. Mais là tu n'apportes aucun arguments à la comparaison WhatsApp / iMessage...

avatar fte | 

@webHAL1

"Mais là tu n'apportes aucun arguments à la comparaison WhatsApp / iMessage..."

C’est ta liberté 🗽 inconditionnelle de le croire.

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