Quitter la direction d’Apple quelques jours avant la présentation d’un produit aussi important que le premier iPhone pliable ? Certains auraient probablement attendu un dernier keynote pour profiter des applaudissements. Pas Tim Cook. Dans un entretien accordé au quotidien britannique The Independent, l’ancien CEO explique pourquoi il a préféré laisser John Ternus profiter des projecteurs. Et visiblement, ce passage de relais a été préparé avec une précision toute cupertinienne.

C’est dans les locaux britanniques d’Apple, à Battersea Power Station, que Tim Cook s’est confié au journaliste David Phelan. Devenu président exécutif du conseil d’administration le 1er septembre dernier, après quinze années passées à la tête de l’entreprise, il revient sur une succession qu’il estime particulièrement réussie. « Nous voulions vraiment réaliser la meilleure transition possible, un exemple qui pourrait être étudié et dont d’autres pourraient s’inspirer », explique-t-il. Une ambition plutôt modeste, comme toujours chez Apple.
Un iPhone Duo pour prendre son envol
Le calendrier de cette succession avait pourtant de quoi surprendre. Tim Cook a quitté son poste le 1er septembre, soit huit jours seulement avant que John Ternus ne présente l’iPhone Duo, premier smartphone pliable d’Apple. Un appareil particulièrement attendu, qui marque l’arrivée de la marque sur un marché où Samsung et plusieurs constructeurs chinois ont déjà pris leurs habitudes.
Pourquoi ne pas avoir attendu quelques jours supplémentaires pour présenter lui-même ce nouveau produit ? La réponse de Cook est simple : il voulait donner à son successeur les meilleures conditions possibles pour commencer son mandat. « Je voulais que John ait le vent dans le dos », explique-t-il, rappelant que la dynamique d’Apple repose largement sur ses cycles de renouvellement des produits. Et naturellement, l’ancien patron ne tarit pas d’éloges sur le Duo, qu’il qualifie d’extraordinaire avant sa commercialisation prévue le 23 octobre. Mais difficile d’imaginer le nouveau Chairman venir dire le contraire…
Ce choix n’a rien d’une décision prise à la dernière minute. Selon Cook, la préparation de cette succession a commencé plusieurs années auparavant. L’objectif était d’assurer une transition aussi fluide que possible, sans laisser planer de doute sur l’identité du véritable patron. Une précaution qui n’a rien d’anodin dans une entreprise où l’ombre de Steve Jobs continue de planer quinze ans après sa disparition.
Un ancien patron qui promet de ne pas mettre son nez partout
Car Tim Cook n’a pas complètement quitté Apple. Son nouveau poste de président exécutif lui permet de conserver un rôle important, notamment dans les relations avec les gouvernements et les responsables politiques du monde entier. Une situation qui pourrait rapidement devenir inconfortable pour John Ternus si son prédécesseur décidait de continuer à superviser chaque décision.
Mais Cook assure que ce n’est absolument pas son intention. Les deux hommes entretiennent une relation fondée sur une grande confiance mutuelle et communiquent régulièrement. Pour autant, l’ancien CEO affirme vouloir laisser son successeur diriger l’entreprise à sa manière : « Je ne m’immisce pas dans ses affaires. Ce n’est pas mon genre. » Une promesse maintes fois répétée qui devrait rassurer ceux qui craignaient de voir Ternus hériter d’un patron toujours installé dans le bureau d’à côté.
Vision Pro, iPhone, IA : les premiers choix de l’ère John Ternus
L’ancien dirigeant explique également avoir transmis à Ternus un conseil directement inspiré de Steve Jobs. Lorsque Cook avait pris sa succession en 2011, le cofondateur d’Apple lui avait recommandé de ne pas chercher systématiquement à deviner ce qu’il aurait fait à sa place. Quinze ans plus tard, Cook applique la même philosophie : « Fais de ce poste le tien. Consacre ton temps aux domaines dans lesquels tu peux apporter le plus à l’entreprise. Ne cherche pas à m’imiter, tout comme je n’ai pas cherché à imiter Steve. ».
Un conseil qui prend tout son sens alors que John Ternus, ancien responsable de l’ingénierie matérielle, semble déjà vouloir consacrer davantage de temps au développement et au design des produits que son prédécesseur. Après quinze années dominées par un spécialiste des opérations et de la chaîne d’approvisionnement, Apple est désormais dirigée par un ingénieur.
L’entretien s’est déroulé à l’occasion d’un événement organisé avec The King’s Trust, une association britannique soutenant les jeunes dans leur parcours professionnel. Les participants ont notamment rencontré le roi Charles III et assisté à des prestations musicales dans la nouvelle salle Apple Music Hall, inaugurée récemment avec Elton John. Cook entend d’ailleurs poursuivre son engagement dans ce type d’initiatives, estimant qu’Apple doit apporter davantage que de simples moyens financiers.
Apple et le King’s Trust lancent des ateliers créatifs avec Charles III et Elton John en invités
Reste maintenant à voir comment John Ternus imprimera durablement sa marque sur Apple. Pour Tim Cook, le message est clair : son successeur doit trouver sa propre voie, et non reproduire celle de ses prédécesseurs. Après Steve Jobs et Tim Cook, une troisième époque commence à Cupertino. Et cette fois, le nouveau patron a reçu les clés sans devoir attendre que son prédécesseur quitte le bâtiment.













