Chris Espinosa. Voici un nom qui ne vous dit peut-être rien, mais il s’agit d’un individu qui travaille au sein d’Apple depuis plus de 50 ans. Âgé de 64 ans, il a commencé à travailler pour Apple à l’âge de 14 ans en 1976 et est l’employé n°8. L’homme a répondu aux questions du New York Times à l’occasion des 50 ans d’Apple : il est l'un des rares à avoir connu l'époque du garage de Palo Alto tout en étant encore présent dans l'Apple Park actuel.

Chris Espinosa a rencontré Steve Jobs dans un Byte Shop, une chaîne de magasins d'informatique qui comptait des succursales en Californie et dans les villes de la baie de San Francisco. Il a été embauché pour écrire des programmes informatiques en BASIC pour l'Apple II, une machine qui s’apprêtait à devenir l'un des premiers ordinateurs personnels à succès.
« C'était vraiment, vraiment génial, car c'était l'époque où les gens mettaient en place tout ce secteur à partir de zéro », se souvient-il. Tout était encore à construire, des magasins aux programmes. « C’était une époque à la fois pleine de promesses et de grandes inquiétudes » nuance-t-il à propos de ses débuts. La période était complexe pour les jeunes entrepreneurs. « Avoir une excellente idée, créer une entreprise, puis soit ne pas trouver de clients et faire faillite, soit ne pas réussir à gérer la croissance et faire faillite : c'était tout simplement la norme ».
Chris Espinosa s’est tout de même éloigné d’Apple en 1978 pour passer quelque temps à l’université de Californie à Berkeley. Il a cependant continué de travailler pour Apple à temps partiel, passant ses nuits à rédiger le manuel d’utilisation de l’Apple II. Il a finalement été convaincu de revenir par Steve Jobs en 1981, date à laquelle il a arrêté ses études pour entrer à plein temps chez Apple.
Parmi ses contributions les plus célèbres figure la conception de la calculatrice du premier Macintosh en 1983. Confronté aux critiques incessantes de Steve Jobs, qui n’aimait aucun des designs proposés, Espinosa a fini par créer un logiciel baptisé le « Steve Jobs Roll Your Own Calculator Construction Set ». Ce programme permettait à Jobs de modifier lui-même, via des curseurs, l'épaisseur des lignes, la forme des boutons et les nuances de gris. Après dix minutes de manipulation, Jobs a enfin trouvé le design parfait. C’est cette interface, validée par le patron lui-même, qui est restée inchangée dans macOS pendant plus de vingt ans.
La patte de Steve Jobs sur la calculette du Mac
La période NeXT de Steve Jobs aura été compliquée pour Apple. L’entreprise a alors largement licencié, et Chris Espinosa est resté grâce à son ancienneté : son manager lui a expliqué que le virer aurait tout simplement coûté trop cher. « Je me demandais ce que j’allais faire, car je n’avais pas de diplôme universitaire et je n’avais travaillé que dans une seule entreprise », confie-t-il. Il s’est finalement décidé à rester : « J’étais là quand on a allumé les lumières. Autant rester jusqu’à ce qu’on les éteigne. ».
Le retour de Jobs a permis à Apple de repartir de l’avant, et Chris Espinosa est resté, travaillant désormais sur tvOS. L’Apple TV est un concept que l’on aurait bien du mal à expliquer à quelqu’un venant des années 80. À propos de l’évolution de la technologie, il pense que « l’idée d'avoir un ordinateur chez soi, d'en avoir un que l'on emportait partout avec soi ou d'en porter un au poignet — tout cela était non seulement inimaginable, mais sans doute aussi effrayant et étrange » dans les années 1970.
Le pionnier de l’informatique se montre critique sur l’évolution de la Silicon Valley et ces startup qui naissent avant de disparaître quelques mois plus tard. Il estime que beaucoup « ont été conçues par un opportuniste qui se prend pour Steve Jobs, qui veut trouver son Steve Wozniak, lever des fonds auprès de capital-risqueurs et financer une entreprise non rentable et vouée à l’échec. »
Le modèle actuel n’est pas pensé pour la stabilité ni pour agir dans l’intérêt du client […] Une grande partie du secteur technologique ne cherche plus qu’à repérer la prochaine bulle et à s’en retirer avant qu’elle n’éclate, et ce n’est pas ce que nous faisons ici.
Si Chris Espinosa n’a pas donné de détails, une telle ancienneté dans l’une des entreprises les plus riche du monde lui accorde sans doute une certaine sérénité financière. Steve Wozniak avait offert 2 000 actions à chaque employé peu après l’entrée en Bourse d’Apple dans les années 80. Elles vaudraient désormais plus de 100 millions de dollars.











