Tony Blevins, l'homme qui chasse les coûts chez les fournisseurs d'Apple

Florian Innocente |

Le Wall Street Journal dresse le portrait de Tony Blevins, un nom peu, sinon pas, connu dans la hiérarchie d'Apple. Il en est l'un des membres importants, c'est lui qui supervise les approvisionnements en composants auprès des fournisseurs.

Tony Blevins, novembre 2018. Source : NC State University

Agé de 52 ans, ce vice-president of procurement, a autrefois travaillé chez IBM, comme Tim Cook, qui l'a recruté en 2000. Au départ il pouvait s'occuper des achats de fournitures aussi basiques que le papier toilette.

Puis il a rapidement pris en charge l'approvisionnement en composants pour les iPod et géré le contrat d'exclusivité de 5 ans qu'Apple négocia sur les mémoires flash afin de couper l'oxygène à ses concurrents et les empêcher de proposer des produits équivalents.

L'article cite plusieurs anecdotes sur la manière dont il procède pour obtenir des rabais, un bréviaire du parfait commercial. Comme l'explique un ancien employé, le leitmotiv de Tim Cook après son embauche par Steve Jobs était que « 10% économisés sur l'achat de composants permettrait d'augmenter les bénéfices plus rapidement qu'en vendant davantage d'ordinateurs ».

Parmi ces bonnes techniques, il y en a de classiques, comme de faire passer, dans le hall d'attente, de potentiels nouveaux fournisseurs devant ceux avec qui Apple est déjà en affaire. Ou de montrer son mécontentement à propos des termes d'un contrat prévu avec UPS en le renvoyant à l'expéditeur… via FedEx.

Lorsque STMicroelectronics — fournisseur en gyroscopes notamment — refusa de baisser ses prix, Apple appliqua sa menace d'aller voir ailleurs, et ce sont potentiellement 150 millions de dollars de chiffre d'affaires qui s'envolèrent (les deux entreprises continuent de travailler ensemble).

En 2013, Apple voulut que Qualcomm ajoute aux rabais qu'il pratiquait déjà sur ses modems pour les iPhone et iPad, une ristourne supplémentaire liée aux composants fournis par le concurrent Infineon.

Rien dans le contrat qui liait Apple à Qualcomm ne spécifiait une telle obligation et elle « n'avait aucun sens » en soi. En outre, cela ne représentait une économie que de 40 millions de dollars, soit une goutte d'eau dans les finances d'Apple.

Mais pour Blevins, elle s'entendait comme une contribution à la « bonne entente entre partenaires ». Qualcomm refusa, l'affaire remonta aux niveaux supérieurs des deux groupes et, quand bien même le fournisseur refusa d'obtempérer, ce sont les employés concernés qui se firent tirer les oreilles pour avoir créé des difficultés avec Apple (lire aussi Apple/Qualcomm, les coulisses d'un contrat sous pression).

Il n'y a pas que les composants électroniques qui sont du ressort de Tony Blevins. Celui-ci réunit une fois plusieurs fabricants de panneaux de verre au Grand Hyatt de Hong Kong, afin d'obtenir de meilleurs prix pour les immenses vitres incurvées qui allaient habiller le bâtiment d'Apple Park. Ce seul poste de dépenses était évalué à 1 milliard de dollars dans le budget du campus. Mettant la pression sur chacun, Apple aurait réussi à économiser quelques centaines de millions.

L'article remémore également l'épisode en 2017 de l'annonce par Japan Display qu'Apple pourrait s'approvisionner en écrans LCD. Une manière pour le japonais de rassurer les investisseurs et analystes alors que l'OLED gagnait du terrain. Furieuse, Apple fit valoir que Japan Display avait un contrat de confidentialité et que l'enfreindre pouvait coûter une pénalité de 5 millions de dollars.

Japan Display ne paya pas, mais Apple obtint d'être prévenue à l'avance de toute communication et elle s'octroyait le droit de prendre connaissance de mail avec des fournisseurs de Japan Display et de l'agenda des certains responsables. Un accord qualifié de « tortueux » par un cadre de l'entreprise japonaise.

Un ancien collègue de Tony Blevins décrit ces méthodes par une analogie guerrière : « C'est un raid de vikings sur une ville pour en épuiser toutes les ressources. C'est comme de tuer les moutons plutôt que de les tondre ». Tony Blevins est parfois surnommé "Blevinator".

Enfin, il y a l'exemple d'Imagination Technologies, qui fournissait des licences sur ses puces graphiques pour mobiles. À l'heure de la rénégociation du contrat en 2017, Apple fit valoir qu'elle travaillait sur ses propres processeurs et qu'elle serait en mesure de s'affranchir de l'entreprise anglaise.

Le patron de celle-ci fit passer très officiellement l'information dans la presse, provoquant un effondrement de son action en bourse, Apple étant son principal client. Quand bien même Apple avait effectivement pour projet de se débrouiller seule, cette menace était plutôt de l'ordre d'un levier de pression pour obtenir de meilleures conditions. Pour autant, Apple ne dissuada pas le patron d'Imagination de communiquer sur l'événement.

Aujourd'hui, Imagination Technologies appartient à un fonds d'investissement chinois. Au début du mois, un accord surprise et pluriannuel a été signé avec Apple, en remplacement de celui de 2014. Il peut y avoir plusieurs raisons à cela, mais est-ce que parmi elles il y a des conditions financières plus favorables pour la Pomme que par le passé ?

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avatar lesurfeurfou | 

Après lui avoir serré la main, compter tes doigts tu dois...

avatar gwen | 

Donc ce mec est un connard de première. Un commercial qui se fiche de l’humain derrière. C’est ça le monde dans lesquels on vit. Bien dommage. Mais bon, il fait le boulot pour lesquels il est formé. Et apparement, il le fait bien.

avatar iPop | 

@gwen

Je crois qu’on en a mis un à la tête notre pays.

avatar JOHN³ | 

@iPop

Tu veux dire des États Unis :)

Dans un monde possédé par l’argent, il n’y a rien de surprenant de voir des financiers à la tête des états.

Fut un temps c’était des religieux, demain peut être des scientifiques 🤷🏼‍♂️

Je prends tant que ce ne sont pas des extrémistes :)

avatar Dimemas | 

Merci de comparer ce qui est comparable ...

avatar maxime350 | 

@gwen

Je ne crois pas que l’article puisse nous permettre de juger que ce mec est un connard ou pas 🤨🧐
Il se fiche de l’humain ? Ah bon ? Qu’est ce qui te permets de dire cela ? Au contraire, si ça se trouve une fois la négociation terminée il rassure ses interlocuteurs sur leurs qualités en dissociant la relation humaine de la décision prise !
J’espère que tu laisse une pièce à tous les SDF/mendiants/etc, que tu donne à toutes les associations parce que sinon tu serais un connard de première et un être vivant qui se fiche de l’humain ... ou pas ?

Le monde n’est ni blanc, ni noir, il est nuancé !

avatar Dimemas | 

C’est beau les naïfs

avatar Dimemas | 

Totalement d’accord !
D’accord personne pour dire justement qu’Apple est l’héroïne des pratiques anticoncurrentielles avec le contrat sur les mémoires flash

Cette entreprise est vraiment à vomir

avatar codeX | 

Sans doute pour ça que tu viens vomir ta haine ici après avoir tenté ta chance sur M4E. Tu peux aussi essayer MacBidouille où tu devrais avoir un franc succès.

avatar fifounet | 

@Dimemas

"Cette entreprise est vraiment à vomir"

Et on en a plein les bottes des litres d’acide gastrique que tu nous déverses ici depuis des mois.

🤮🤮

avatar Remi01 | 

Peux-tu me donner des exemples de groupes industriels dans des environnements concurentiels qui placent l'humain au centre de ses préoccupations ? Qu'on se le dise : toutes les entreprises industrielles (sinon la quasi totalité) ont cette obsession de réduire les coûts - c'est une questions de survie, face à la concurrence et à la pression des investisseurs... Je bosse dans une grande boîte automobile et la réduction des coûts de fait est autant répercutée dans les moyens de production que dans le cadre de vie des employés... L'humain, qu'on se le dise, quand on a pour objectif de réduire des coûts, ne saurait être une priorité...

avatar iftwst | 

Ce genre de gars n’est jamais bien vu.

Mais le monde de l’entreprise, c’est la guerre.
Huawei. Samsung. Facebook. Google. Tesla.

Les gros ne sont jamais gros avec de bons sentiments. Il y a des gars comme lui dans toutes ces boites.

On peut le déplorer c’est certain.
Mais c’est ainsi.

avatar Ginger bread | 

Bien parti pour devenir un SVP de la partie Business

avatar nespresso92 | 

Bref, rien de très nouveaux dans les directions achats, et des méthodes proches de celles de la grande distribution.

avatar pagaupa | 

Sale boulot!

avatar pagaupa | 

Pire qu’un DRH!

avatar softjo | 

Si seulement les clients faisaient pareil avec Apple!

avatar iftwst | 

@softjo

Ils le font avec leurs fournisseurs.
C’est la même règle partout.
Dure mais identique sinon tu te fais bouffer.

avatar captainmajid | 

@iftwst

Il est vrai que c’est pareil partout mais j’ai des doutes sur le « sinon tu te fais bouffer » concernant Apple.
Mais triste réalité car l’éthique n’est pas forcement respectée sur tous les points dans ce genre d’entreprise.

avatar Hideyasu | 

@captainmajid

Il y a pas beaucoup d’éthiques entre entreprises ...
Si entre PME à la limite, et encore

avatar raoolito | 

+1 @iftwst sur toutes vos interventions.
Le monde du business est tout sauf celui des bisounours et des choses garanties. La seule chose que l’on peut être sure, c’est que ton meilleur client peut etre ton pire ennemi s’il y trouve un intérêt, idem pour les fournisseurs etc…
Et puis, accessoirement, vous tous qui avez un travail, n’a-t-il pas fallu un moment que le choix se fasse entre vous et une autre personne ? Etait-ce seulement une question de compétence, savez-vous combien il/elle demandait ne face? N’avez-vous pas vous aussi fait du dumping involontairement ou montré un visage moins farouche ?
Ben lui son boulot c’est de réduire les couts et il semble très fort sur ce point.

avatar Mike Mac | 

C'est donc lui qui fait recruter les petits n'enfants qui coûtent le moins cher du moins cher du Fier Monde pour alimenter les Etats munis en matériels High-Tech premier choix à très grosse marge ?

avatar Merkoriko 2 | 

Suis plus vieux que le mec et pourtant, il fait 10 ans de plus que moi ! 💪😎
Ok, donc, le gars est un cost killer, faudrait savoir comment Apple le rénumère, et mieux, combien il prend de l'autre coté...: avec son sale costard, sa cabine avancée, son cheveux gras (visiblement, pas en bonne santé...), je ne peux pas m'empêcher de penser à Philippe Noiret dans "les Rioux"...ou à un Billy Bob Thornton qui aurait repris le rôle dans le remake US...: donc tout blanc, mais pas clair !!! 😁

avatar fallherpe | 

@Merkoriko 2

C’est difficile de juger de la santé de quelqu’un sur une seule photo. Quant à faire plus jeune/vieux que son âge, ce n’est pas encore un signe d’une quelconque possible maladie 😅 (je parle d’un point de vue général hein).

Édit : mais c’est sûr que faire plus jeune que son âge et avoir bonne mine c’est davantage rassurant !

avatar Merkoriko 2 | 

@fallherpe

Bien sûr, il n'y a aucune expertise scientifique de ma part, juste un ressenti d'après une photo qui date de 2018 et une bonne petite envie de chambrer sur le ratio dégaine du gars/taille de ses responsabilités. On pourrait dire que s'il s'habillait en costume 3 pièces rayé et chaussures bicolores (oui, le cliché...), il en croque...mais, c'est là, où ça me fait marrer : avoir un super salaire, sans doute à 6 chiffres voire plus, et s'habiller chez Walmart, je trouve ça curieux.
Mais bon, après tout, quand on voit le niveau, ou le budget consacré, fringue des cadors de la boîte lors des keynotes, clairement, c'est le style de l'école des pinces d'or, spécialisation Oursins dans les poches...
Alors, je ne parle pas des chemises clinquantes Versace/Gucci mais il existe des beaux costards, pas ostentatoires, avec des matériaux très confortables en lieu et place de son mix polyester 80% , viscose 15% & coton 5% que je lui soupçonne de porter (et de tout le style de vie qui va avec : junkfood, etc...qui s'affiche sur son allure générale...)

Bref, pour en venir à : il doit faire les soldes en Chine entre 2-3 coups de fouets sur la souls-traitance...😁

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