Un cours de rattrapage sur Apple au Sénat

Stéphane Moussie |

Après avoir reçu des représentants de Google, Facebook et Amazon, entre autres, la commission d'enquête sur la souveraineté numérique du Sénat a auditionné cet après-midi Apple. Respect de la vie privée, modèle économique et interopérabilité, tels ont été les principaux thèmes sur lesquels ont été interrogés Michel Coulomb, responsable des ventes en Europe du Sud (il officiait jusqu'à l'année dernière en Inde, où il a été rapidement remplacé), Daniel Matray, responsable App Store Europe, et Erik Neuenschwander, responsable vie privée, venu tout droit de Californie.

Image Sénat.

Pour qui suit un minimum l'actualité Apple, cette audition cordiale ne révèle rien. Les rares questions précises des sénateurs auront amené des réponses évasives ou déjà entendues. L'audition a même pris la tournure d'un cours de rattrapage sur le business d'Apple à certains moments.

Au président de la commission Frank Montaugé qui demandait quel était l'impact potentiel du Cloud Act, une loi qui permet aux autorités américaines d'accéder aux données stockées par les entreprises américaines où quelles soient, Michel Coulomb s'est borné à répondre qu'Apple respectait les lois et que « tout ce qui concerne les données des utilisateurs européens est régi par le RGPD. »

Erik Neuenschwander a quant à lui précisé que les données des utilisateurs qui étaient stockées par Apple et par ses sous-traitants (Google et Amazon) étaient chiffrées et que ses partenaires ne possédaient pas les clés de chiffrement. Et de renvoyer au rapport de transparence publié chaque année pour avoir le détail des demandes gouvernementales.

Erik Neuenschwander. Image Sénat.

Interrogé au sujet des récentes révélations embarrassantes sur les écoutes humaines des enregistrements Siri, le responsable de la vie privée a souligné l'approche « privacy by design » qui prévaut chez Apple (sauf avec Siri, dans le cas présent). Celle-ci consiste notamment à limiter autant que possible la quantité de données personnelles utilisées pour les différentes fonctionnalités et services, ainsi qu'informer les utilisateurs sur les données collectées et leur traitement, dont ceux consacrés à Siri.

« Néanmoins, les gens ont semblé surpris et ont eu le sentiment qu'Apple ne respectait pas ses très hauts standards en matière de confidentialité », a déclaré benoitement Erik Neuenschwander, sans préciser qu'Apple n'avait jamais communiqué clairement sur son programme d'écoute avant les révélations. Il a ensuite détaillé le nouveau programme d'écoute plus respecteux annoncé par communiqué de presse fin août.

Uniques propos incisifs durant l'audition, le sénateur Jérôme Bascher a décrit la politique de confidentialité d'Apple « illisible et incompréhensible », une partie des données étant exploitée, l'autre non. Il a eu comme réponse que l'entreprise s'efforçait d'exécuter au maximum les traitements en local, sur les appareils des utilisateurs, et que ceux-ci sont automatiquement alertés via des notifications quand les applications veulent accéder à leurs infos personnelles.

Image Sénat.

Alors que la bataille fait rage entre Spotify et Apple concernant le modèle économique de l'App Store, le rapporteur Gérard Longuet a demandé si la commission de 30 % de la boutique était « un principe immuable, une fondation » ? Michel Coulomb et Daniel Matray ont déroulé le discours habituel autour de l'« app economy » créée par Apple, avec des chiffres chocs : des centaines de milliers de développeurs en France « qui travaillent avec [Apple] », 1,3 milliard d'euros reversés aux développeurs français, 2 millions d'apps disponibles dans 155 pays…

« On donne [aux développeurs] toute la technologie qui est disponible », s'est même permis le responsable de l'App Store en Europe, oubliant qu'un compte développeur permettant de distribuer ses apps sur la boutique coûte 99 $ par an. « C'est passionnant et méconnu… de moi », a répondu Gérard Longuet, satisfait des explications.

Espérant sûrement bénéficier de la chance du débutant, le rapporteur a tenté d'en savoir plus sur l'hypothétique voiture qu'Apple serait en train de concevoir. Michel Coulomb, gêné aux entournures, a botté en touche en disant que le seul produit d'Apple officiel pour l'automobile était CarPlay. Tim Cook s'est pourtant déjà montré plus prolixe sur les ambitions de Cupertino dans l'automobile, même si le voile de mystère est encore très épais.

Michel Coulomb présentant Apple Pay à Gérard Longuet. Image Sénat.

À l'inverse de Gérard Longuet, le sénateur Pierre Ouzoulias connait Apple sur le bout du doigt, puisque c'est un utilisateur de la première heure, comme il l'a lui-même reconnu :

Ça fait 38 ans que j'utilise des Mac (en réalité un peu moins, le premier Mac étant sorti en 1984, ndr). [...] Pendant ces 38 ans, Apple a formaté mon esprit, tellement bien qu'aujourd'hui je suis dans l'incapacité quasi absolue de changer de système d'exploitation. J'ai essayé, je n'y arrive pas. [...] Je ne vous en fait pas le reproche, dans mon cas c'est de la servitude volontaire et consentie. Néanmoins, on peut imaginer que pour vous, avec ce modèle économique (l'intégration du logiciel et du matériel, ndr), il y a une certaine réticence à accepter une interopérabilité absolue qui me permette à moi de recréer le même univers numérique avec une autre marque. N'avez-vous pas le sentiment d'une contradiction entre votre modèle économique et l'interopérabilité qui est pour nous une des conditions de la souveraineté numérique ?

« La très grande majorité de nos services sont disponibles sur d'autres plateformes », a répondu Daniel Matray, en prenant comme exemples iTunes sur Windows et Apple Music sur Android. « Nous sommes un environnement ouvert, nous avons une plateforme ouverte », a-t-il soutenu. Il est allé plus loin en déclarant que « vous pouvez ensuite transférer ces applications, utiliser ces applications sur des périphériques et d'autres accessoires. Nous considérons que notre intégration matérielle, logicielle, services peut être utilisée sur d'autres appareils sans aucun problème. » Un discours vague qui laisse possiblement entendre que les applications achetées sur l'App Store peuvent être utilisées sur d'autres terminaux que ceux d'Apple, alors qu'il n'en est rien évidemment. Mais pas de contradicteur en face pour faire préciser les choses.

Le compte rendu complet de l'audition sera disponible prochainement sur le site du Sénat. La vidéo est pour sa part d'ores et déjà en ligne. La commission d'enquête sur la souveraineté numérique a été créée afin « de mener une réflexion approfondie pour identifier les champs fondamentaux de notre souveraineté numérique [...] et pour esquisser les moyens de la reconquérir, qu’ils relèvent de la règlementation ou de la mise en œuvre de politiques publiques. »

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Ok, complètement inutile donc cet entretien. Heureusement qu’on paie des sénateurs pour avoir des reponses pareilles ...

avatar Seb42 | 

@

A vous écouter il faudrait que les sénateurs soient compétents tels des experts dans TOUS les domaines.
Il est simple de critiquer sur UN sujet qui nous intéresse mais qu’en est-il des autres sujets ou nous ne saurions quoi dire ...
Maintenant le problème c’est qu’il aurait fallu mettre des pros du système en face, lesquels ? Économique, technique, marketing, sécurité ... ça ne se trouve pas facilement.

avatar  | 

@Seb42

Quand ma commission s’appelle “commission d’enquête sur la souveraineté numérique” j’attends qu’ils soient compétents dans le numérique oui ...
Ils ont des attachés parlementaires pour les aider et faire des recherches à leur place, on se demande vraiment à quoi servent ces gens.

avatar calotype | 

@

+1

Quand on ne sait pas on s’entoure
Et quand celui qui t’entoure ne sait pas nonplus peut lui aussi chercher à s’entourer ...

avatar Un Type Vrai | 

C'est bien le problème.
Idéalement, les politiciens ne devraient que s'occuper des budgets.
Un sujet est intéressant, on y met un budget plus gros.
Voilà...
Vouloir être expert sur tous les sujets de société, c'est débile, contre productif etc.

Imaginez vous dans le privé que les cadres gèrent autre chose qu'un budget et des résultats ?

avatar Powerdom | 

@Seb42

Bien sur qu’ils doivent être compétents. Et s’ils ne le sont pas se faire épauler de gens qui le sont. Cela leur évitera de passer pour des guignols comme ici.

avatar Seb42 | 

@Powerdom

C’est exact, se faire entourer c’est là que ça pêche.
Ensuite l’herbe n’est pas plus verte ailleurs si on se rappelle le congrès Americans face à Facebook c’était loin d’être mieux.

avatar reborn | 

l'interopérabilité.. 😌

Top top top tout ça bientôt je vais acheter une fois un jeu video et je vais pouvoir y jouer à la fois sur PC, xbox one, play 4, play 5, xbox scarlett, switch etc..

C’est possible et facilement réalisable car évidement toutes ces plateformes partagent les même caractéristiques techniques 🤣

avatar IceWizard | 

@reborn

« l'interopérabilité.. 😌

Top top top tout ça bientôt je vais acheter une fois un jeu video et je vais pouvoir y jouer à la fois sur PC, xbox one, play 4, play 5, xbox scarlett, switch etc.. »

Civilization V sur une brosse à dents connectée, c’est mordant !

avatar max351 | 

@ reborn

"Top top top tout ça bientôt je vais acheter une fois un jeu video et je vais pouvoir y jouer à la fois sur PC, xbox one, play 4, play 5, xbox scarlett, switch etc.."

Franchement, c'est loin d'être stupide. Et les caractéristiques des appareils ne sont pas un frein étant donné que dans ton exemple précis tout est connecté à internet. Il suffirait de faire valider son achat auprès de l'éditeur et de pouvoir le télécharger pour une autre machine.

avatar reborn | 

@max351

Mais il faut le temps et l’argent pour developper sur chaque plateforme ;)

avatar stefhan | 

@reborn

+1

avatar max351 | 

@ reborn

Dans la grande majorité des cas Il s'agit d'un coût global.

avatar instantcook | 

Une commission (comme tant d’autres) pilotée par des gens qui n’y connaissent et comprennent rien...
Que pourrait-il en sortir de bien pour l’intérêt général ?

avatar _Bluetooth | 

Le côté surréaliste de la photo c’est que tout le Sénat est déjà équipé de mac et ipad pro par ailleurs 😁

avatar Maliik | 

Ce genre de débat, réunion... doit se prépare !
Connaître son sujet est la base il me semble pour un échange constructif.
Les sénateurs auraient dû s’entourer de personne qualifié sur le sujet et ainsi ne pas passer pour des ignares.
Désolé de mes mots crus, mais qu’on on se fixe des objectif (la nation >> souveraineté numérique) on y met les moyens !!!

Si jamais ils veut des cours sur le Buisness model des GAFA, ou autre question sur la protection des données je suis libre ce week-end pour une mise à niveau 🤣

avatar broketschnok | 

@Maliik

Moi, je suis libre pour un cours de conjugaison, de syntaxe et d’orthographe 😃

avatar Freitag | 

Ce sont des responsables d’Amazon Web Services qui sont questionnés dans la première partie et c’est plus intéressant, je trouve. Beaucoup moins langue de bois.

avatar pagaupa | 

Benalla bientôt chez Apple?

avatar Zine | 

Des guignols...

avatar Leadlike | 

Bref, on met des vieux pour analyser la situation Apple alors que c’est leur secrétaire qui envoi leur mail. Niveau confidentialité et intégration ils en connaissent un rayon !

avatar Smjm | 

La petite Apple Watch bien en évidence au poignet des trois interrogés 😅

avatar Jef-67 | 

La bonne vieille contradiction entre le RGPD et le CloudAct ... C'est totalement inacceptable.
On est plus a un paradoxe de plus ... On taxe les GAFA's et autre, mais dans le même temps, Sciencespo.fr (Une institution quand même) héberge ses mails chez Google, et pour l’anecdote, mets en ligne son site en mode non sécurisé ...

avatar Osei Tutu | 

À la place des auditionnés, je poufferais de rire en voyant ces vénérables gober toutes mes fadaises

avatar lepoulpebaleine | 

« Nous sommes un environnement ouvert »

😂😂😂😂

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