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Apple ne fera pas fusionner tablettes et ordinateurs portables

| 25/04/2012 | 12:00 |  

« Vous pouvez fusionner un grille-pain et un réfrigérateur, mais ça ne va sans doute pas plaire à l'utilisateur. » : c'est ainsi que Tim Cook a balayé d'un revers de la main la possibilité qu'Apple rapproche les MacBook de l'iPad. Le CEO d'Apple répondait à une question mentionnant Windows 8 et les ultrabooks tactiles : Apple ne devrait donc pas ajouter une couche tactile aux écrans des MacBook Air, OS X n'étant de toute manière pas adapté à la manipulation au doigt.


Le Lenovo Ideapad Yoga est un ultrabook au format Tablet PC à écran tactile.

De ce point de vue, la stratégie d'Apple est claire, et s'oppose directement à celle de Microsoft. Le tactile est apporté à OS X par le biais du trackpad, mais le système lui même garde une apparence et un fonctionnement conventionnels. iOS est quant à lui optimisé pour la manipulation tactile, au prix d'une simplification de certains paradigmes. Les deux systèmes sont unifiés fonctionnellement par le biais des services et notamment d'iCloud. Microsoft a privilégié une unification formelle, celle de l'interface Metro.

Hors de question donc, pour Tim Cook, de rapprocher ce qui n'a pas à être rapproché : « vous pouvez forcer la fusion de tout et n'importe quoi. Le problème est que ces produits sont conçus par le compromis, et que vous commencez à faire des compromis jusqu'à ce qu'au final, le résultat ne plaise à personne. » Selon le CEO d'Apple, il ne sert à rien d'apporter le tactile au Mac lorsque l'on peut mettre en avant une expérience conçue dès le premier jour pour le tactile : « de notre point de vue, le marché de la tablette est énorme. Et nous l'avons dit dès le premier jour. » En deux ans, Apple a vendu 67 millions d'iPad : il lui a fallu 24 ans pour vendre autant de Mac.

Il ne sert à rien non plus d'apporter le tactile au Mac si cela le dénature, alors qu'il est un segment pertinent représentant des usages différents du tout-tactile : « il y a un marché important pour le MacBook Air, et nous allons continuer d'innover dans ce segment. Je pense qu'il s'adresse à un public ayant des attentes légèrement différentes. » Deux types de mobilité, sans compromis, voici donc la stratégie martelée par Tim Cook : « nous n'allons pas jouer [au jeu de la convergence]. D'autres vont sûrement. D'autres vont sûrement de manière défensive, notamment. Mais nous jouerons sur les deux tableaux. »

Des tablettes Windows 8 sans fenêtres ?

| 02/12/2011 | 12:09 |  

Selon Paul Thurrott de ZDNet, Microsoft pourrait avoir décidé de supprimer l'environnement de bureau de Windows 8 sur les tablettes à processeur ARM. Celles-ci utiliseraient uniquement l'environnement Metro, avec ses tuiles et ses toutes nouvelles applications disponibles via le Marketplace. Dans la version de développement actuelle de Windows 8, le traditionnel bureau est disponible sur les tablettes ARM.

Metro

Le journaliste spécialiste de Microsoft ne sait pas si cette décision concernerait aussi les éventuels ordinateurs utilisant des puces ARM. Dans tous les cas, elle aurait un impact considérable, un Windows unique aurait un fonctionnement différent sur deux appareils, avec une rupture de la compatibilité logicielle. Microsoft prend un risque sans en prendre : si elle a toujours tenu à préserver la rétro-compatibilité des applications sur les PC quitte à handicaper Windows, elle crée ici de fait un nouvel OS pour les tablettes.

Ce nouvel environnement, Metro, est l'occasion pour Microsoft de repartir de zéro : l'utilisateur va utiliser une nouvelle interface, qui est une véritable force de proposition à l'heure du tactile (lire : iPad : les leçons à tirer de Windows 8), et le développeur va devoir utiliser de nouveaux outils, et utiliser le Marketplace. Si cette décision se confirmait, elle pourrait accentuer l'intérêt déjà vif pour Windows 8, qui s'annonce comme un point d'inflexion pour Microsoft.

On devrait en savoir plus au prochain CES, qui aura lieu à Las Vegas au début de l'année 2012. Selon The Next Web en effet, Microsoft devrait y présenter une bêta de Windows 8, nouvelle étape avant une sortie à la fin de l'année. Cette bêta serait distribuée aux développeurs dans la foulée, au mois de février.

Android : drôle de "victoire"

| 29/11/2011 | 16:48 |  

C'est bien connu, l'union fait la force. De la même manière que le ralliement des fabricants de PC derrière l'étendard Windows a assuré à cette plateforme son hégémonie sur toute l'informatique, beaucoup ont prédit que le scénario se reproduirait avec Android et l'iPhone. De fait, la part de marché d'Android a dépassé celle de l'iPhone. Mais se limiter à ces seuls pourcentages ne donnerait qu'une image très parcellaire du paysage, car la donne est en réalité bien différente de celle qui oppose OS X à Windows.

La part de marché, une donnée insuffisante

Indubitablement, la grande gagnante de la guerre Mac-PC fut Microsoft. Du point de vue des fabricants, en revanche, le bilan est un peu plus mitigé. Les constructeurs de PC ont en effet été terriblement dépendants de Microsoft, et puisqu'ils n'étaient pas en mesure de se différencier au niveau du système d'exploitation, ni de son intégration avec leur matériel, ils se sont lancés dans une guerre des prix qui les a laissés exsangues.

Moralité, en 2010 le Mac tenait 7 % de part de marché, mais 35 % des bénéfices bruts de l'industrie. À choisir, la position d'Apple sur le marché des ordinateurs est donc bien plus enviable que celle de HP, pourtant numéro un mondial en unités vendues. À y regarder de plus près, ce haut du podium tient plus de la distinction honorifique que d'une réelle performance, en réalité il s'agit d'une bien maigre consolation si l'objectif est de gagner le plus d'argent possible. La part de marché ne permet de dominer financièrement que si les volumes de vente compensent la faible marge, et c'est un savant équilibre à atteindre sachant que de plus faibles marges peuvent contribuer à un plus grand volume (sans pour autant le garantir).

De fait, si Microsoft a si bien su tirer son épingle du jeu, c'est fort de la part de marché de la plateforme Windows, et d'une particularité propre aux œuvres de l'esprit concernant la marge bénéficiaire : leurs coûts de production sont fixes, contrairement au matériel. Une fois le logiciel développé, il ne suffit plus que d'en vendre un certain nombre d'exemplaires pour atteindre l'équilibre, toutes les ventes ultérieures augmentant inexorablement la marge bénéficiaire (avec son corollaire qui permet également de réaliser une marge négative en cas d'échec commercial). Assez ironiquement, Microsoft a martelé son concept de la « taxe Apple » alors même que sa marge sur Windows est de… 85 %.

On le sait, le modèle économique d'Android n'a rien de commun avec celui de Windows, puisque l'OS mobile de Google est libre et gratuit. La firme de Mountain View compte rentabiliser le coût du développement d'Android sur l'affichage de publicités qu'elle pourra effectuer au travers de ses services, pour peu que ses partenaires les conservent dans la version d'Android livrée avec leurs smartphones. Mais en dépit de la part de marché supérieure d'Android, Google gagne malgré tout plus d'argent avec iOS, puisque de son propre aveu les deux tiers des requêtes mobiles qu'elle traite proviennent de l'OS d'Apple.

Du point de vue des fabricants, le contraste est encore plus marqué : à elle seule Apple s'arroge 52 % des bénéfices de l'industrie mobile, tous constructeurs et tous types de téléphones confondus, alors que Nokia écoule bien plus d'appareils qu'elle.

En somme, lorsque seule Microsoft tirait une domination financière de la part de marché de Windows, dans le monde mobile la domination du marché par Android ne fait guère figure que de médaille en chocolat : ni Google ni les fabricants n'en sont mieux lotis pour autant.

Influence et autonomie

Mais au-delà de la seule donnée économique, la part de marché reste malgré tout un élément crucial lorsqu'il est question de plateforme : elle lui garantit une pérennité et un écosystème. Plus une plateforme donnée séduira d'utilisateurs, plus elle sera susceptible d'attirer des développeurs qui pourront tirer parti de ce vivier, induisant un cercle vertueux puisqu'en retour, un plus grand nombre d'applications attirera plus d'utilisateurs. À leur tour, les investissements des utilisateurs dans une plateforme, en achetant des logiciels, les rendent moins susceptibles de changer de crémerie, et permettent de constituer un marché captif : c'est le puissant levier sur lequel Windows a pu assoir son hégémonie.

Mais en l'espèce, la fameuse fragmentation, tant logicielle que matérielle, de la plateforme Android vient contrecarrer ces axiomes : il n'y a pas qu'une seule plateforme Android.

Les différentes formes de téléphones (rapport, taille et définition de l'écran, clavier physique ou non, capacités graphiques, etc) et les diverses versions d'Android actuellement dans la nature viennent totalement diluer la plateforme, qui bien loin de simplifier le travail des développeurs en leur permettant avec un seul développement de s'adresser à une population homogène, rendent au contraire leur tâche bien plus ardue. Il leur faut faire le choix du plus petit dénominateur commun, ou de limiter la compatibilité à un nombre restreint d'appareils.

Si on peut faire les mêmes observations du point de vue matériel concernant les différentes générations d'iPhone, d'iPod touch et d'iPad, les variations restent malgré tout moins drastiques que sur Android. Mais c'est bien au niveau logiciel que la différence devient flagrante : les fabricants n'ayant guère d'intérêt à investir pour proposer les mises à jour d'Android à leurs clients, nombre d'appareils restent désespérément en retard sur le planning, alors même que l'iPhone 3GS, pourtant vieux de deux ans et demi, fonctionne sans problème sur la dernière version d'iOS et permet aux développeurs de tirer parti de ses dernières API.

Michael DeGusta en a fait un récapitulatif éloquent dans le tableau suivant : alors que chacun des modèles d'iPhone permettait d'exploiter la dernière version d'iOS en vigueur 3 ans après sa mise sur le marché, certains smartphones sont mis en vente avec pas moins de deux versions de retard sur Android, d'autres n'ont pas bénéficié de la moindre mise à jour, et aucun des 18 smartphones recensés n'a été à jour sur l'intégralité de la période observée.

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Pire encore, la nature libre d'Android finit par se retourner contre Google, puisque des constructeurs comme Amazon en tirent leur propre parti non seulement sans intégrer les outils de Google, mais même en diluant un peu plus la plateforme Android pour en faire une version autonome, jusque dans son App Store. Ça n'est manifestement pas un hasard si Google ne s'est jamais publiquement félicité de l'arrivée du Kindle Fire, ni de l'utilisation d'Android par un grand nom tel qu'Amazon, alors même que ce pourrait être un exemple éloquent des avantages du logiciel libre. Pour permettre aux clients du Fire de venir chercher des apps sur l'Android Market, c'est Google qui a dû faire l'effort d'ouvrir sa boutique à cette nouvelle tablette. Amazon n'ayant lui pas jugé utile de faire cet effort, préférant s'en tenir à son propre store.

Ces fabricants semblent trouver moins de grâce aux yeux de Google, qui n'a pourtant jamais tari d'éloges sur l'ouverture d'Android. Google semble même avoir changé son fusil d'épaule à ce sujet, puisqu'elle a cru bon de ne pas publier le code source de HoneyComb - arguant du fait qu'il s'agissait de le sortir très vite pour répondre à l'iPad - et qu'elle a introduit une hiérarchie de l'accès à Android en fonction de ses partenaires. D'autre part Google resserre un peu plus son contrôle sur Android 4.0, en permettant par exemple aux utilisateurs finaux de supprimer les applications installées par les opérateurs (une tâche autrefois impossible…)

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Etant donné le contexte, on peut s'interroger sur la pertinence d'Android pour Google, sachant qu'iOS lui rapporte plus de connexions et lui coûte moins cher en développement, et qu'Android se retourne parfois contre son créateur en étant exploité par des concurrents. Il est d'ailleurs assez surprenant de constater que Microsoft gagne plus d'argent avec Android qu'avec Windows Phone 7 (par le jeu des accords de licence pour prévenir des attaques en justice), et que Google gagne plus d'argent avec iOS qu'avec Android. Il reste cependant un intérêt indéniable pour Google : Android lui garantit une certaine indépendance. Si demain Apple se piquait de supprimer les services de Google installés par défaut dans iOS, cela mettrait Google dans une situation délicate au niveau stratégique s'il n'y avait Android pour se garantir une survie dans le mobile. L'ironie du sort c'est que la concurrence d'Android est précisément ce qui motive Apple à rendre la monnaie de sa pièce à Google : elle investit depuis quelques années dans des services de cartographie qu'on s'attend à voir remplacer Google Maps dans de futures versions d'iOS. Plus récemment, avec Siri, Apple va jusqu'à "désintermédier" la recherche en ligne et attaquer Google sur son cœur de métier, en la plaçant à même hauteur que Yelp, Wolfram Alpha et autres, comme prestataires d'arrière-boutique.

L'ouverture et la gratuité n'avaient à vrai dire pour Google que l'intérêt de rendre caduque le modèle économique de Microsoft dans le mobile : les fabricants de téléphones, échaudés par la dépendance des fabricants d'ordinateurs à Microsoft, y ont vu leur salut. Une fois le marché des systèmes d'exploitation tout acquis à sa cause, Google aura moins d'intérêt à laisser les constructeurs faire ce qu'ils veulent d'Android, à ceci près qu'à son tour, la taxe de Microsoft sur l'exploitation d'Android ne fait que remettre en question sa gratuité. Ces coups de Jarnac successifs ne sont après tout que de bonne guerre.

Le cas d'école des tablettes

Malgré la part de marché supérieure d'Android dans le marché des smartphones, jusqu'ici aucun fabricant n'a pu transformer l'essai dans le domaine des tablettes. Ce marché semble quasi intégralement voué au seul iPad, et toutes les initiatives de concurrence semblent confinées au domaine de l'anecdotique. En dépit de leur renommée, de grands noms de l'informatique tels que HP ou Dell se sont brûlés les ailes sur ce marché. Les nombreuses tablettes Android, en dépit de la prétendue supériorité acquise par le nombre qui vaudrait pour les smartphones, n'arrivent pas à séduire : de l'aveu même d'Andy Rubin, seuls 6 millions de tablettes basées sur Android ont pu trouver acquéreur.

Il faut dire que si l'iPhone n'est arrivé qu'en outsider dans la téléphonie mobile, Apple a créé de toutes pièces le marché des tablettes (en les distinguant des TabletPC), et a bénéficié au lancement de son dernier produit d'un véritable ouragan médiatique, jusqu'ici inédit. Le grand public a donc une bonne perception de l'appareil, et conçoit de manière générale les produits concurrents comme de vagues succédanés. Si le français moyen a déjà entendu parler de l'iPad, les Xoom, Playbook et consorts bénéficient d'une notoriété bien moindre.

Une tablette Android en guise de jouet pour enfants…

Si d'aucuns ont un peu inconsidérément traité l'iPad comme un appareil voué à la seule consommation d'œuvres de l'esprit, il n'en a pas moins d'excellentes aptitudes dans ce domaine, puisqu'il fait partie intégrante des écosystèmes d'Apple, tant sur la musique, que la vidéo, les livres, la presse, et les applications. La concurrence, dans sa précipitation à ne pas laisser les coudées franches à Apple sur ce nouveau créneau, aura trop volontiers négligé cet aspect, livrant des tablettes mal abouties qui ne permettent guère que de consulter le web, le mail, et les quelques applications de l'Android Market qui se vouent à ce nouveau format. Certes, Google œuvre d'arrache-pied à rattraper son retard sur la musique et la vidéo, mais il lui reste encore fort à faire pour être à pied d'égalité.

Mais s'il est un élément qui change particulièrement la donne sur le marché des tablettes relativement à celui des smartphones, c'est bien la moindre présence des opérateurs téléphoniques. Les tablettes, du moins dans leurs modèles WiFi qui représentent l'essentiel des ventes, ne bénéficient pas des mêmes conditions de subvention, ni des abonnements et couvertures réseau qui sont liés aux smartphones. Peut-être faut-il y voir une explication au succès d'Android dans la téléphonie : il était indubitablement plus aisé de faire concurrence à l'iPhone lorsque celui-ci n'était disponible que chez un seul opérateur national, et qu'il n'était pas intégralement subventionné. Apple y a mis bonne mesure depuis, reste à voir si cela suffira à infléchir la domination d'Android.

HP : la recette pour battre Apple ?

| 26/08/2011 | 17:57 |  

Le succès de la TouchPad est aussi soudain qu’inattendu. Mais il est vrai qu’en vendant sa tablette à 99 $, HP a fait le maximum pour se débarrasser de son lot d’invendus. Une méthode brutale, mais efficace et riche d’enseignements pour tous ceux qui essaient de faire un peu d’ombre à l’iPad !

En annonçant la fin de la commercialisation de la TouchPad la semaine dernière, HP a surpris son monde. Beaucoup ont reproché à la société américaine de manquer de patience et de ne pas donner sa chance à un produit prometteur. Car si la TouchPad était clairement en retrait sur le plan matériel, sa proposition logicielle bien qu’imparfaite est sans doute l’une des meilleures alternatives du moment. La nouvelle stratégie de HP est d’ailleurs de concentrer tous ses efforts sur ce point et de laisser le soin à d’autres de l’exploiter. Mais quid de l’intégration logicielle / matérielle si déterminante ?

Suite à cette annonce (lire : HP quitte le PC), beaucoup se demandaient comment la société américaine allait écouler ses stocks. La réponse de HP fut pour le moins radicale : vendre à 99 $ son produit pour lequel il visait à terme la place de numéro "un plus" (lire : Avec la TouchPad, HP veut devenir "numéro un plus"). Et incontestablement, ce fut le cas pendant quelques jours. La TouchPad est traquée et a suscité un engouement sans précédent pour un produit non Apple. Certaines boutiques en ligne qui disaient l’avoir en stock ont même eu du mal à faire face à l’afflux de visiteurs.

De quoi sans doute donner un peu plus de regrets aux équipes de développement de webOS. Cet intérêt soudain a également touché les éditeurs pour cette plate-forme. Alors que Microsoft les draguait (lire : webOS : sus aux développeurs… et aux promos), ils ont vu ces derniers jours leurs nombres de téléchargements et leurs ventes bondir comme jamais. Bref, de quoi donner des remords à tout le monde.

Si Apple connait un tel succès ces dernières années, c’est également parce qu’elle s’est battue pendant des années contre vents et marées pour imposer Mac OS X (lire : Les X ans de Mac OS X), qui au début était loin de susciter l’adhésion totale des clients et des développeurs. Ironie du sort, John Rubinstein, alors encore responsable de l'activité Palm au sein de HP, début juillet, faisait volontiers cette comparaison (lire : HP TouchPad : Rubinstein compare son lancement à Mac OS X).

Dans un courriel adressé à ses troupes, il rappelait certaines critiques formulées par la presse en 2001 : “dans l'ensemble le logiciel est lent”, “il n'y a aucune application de qualité que l'on puisse utiliser, dès lors, il ne fera pas de vieux jours” ou encore “ça n'a tout simplement aucun sens”.

Et d’ajouter : “Il est difficile de croire que ces déclarations décrivaient Mac OS X - une plateforme qui allait changer le paysage de la Silicon Valley d'une manière que personne ne pouvait imaginer […] Nous avons encore du travail pour faire de webOS la plateforme telle que la souhaitons, mais n'oubliez pas… c'est un marathon, pas un sprint”.

Ce marathon, Léo Apotheker, le nouveau CEO de HP, n’a pas souhaité y participer. Cependant, ce qui est arrivé au constructeur américain n’est pas sans intérêt pour la concurrence. Il montre qu’il existe un moyen de se faire une place au soleil face à l’iPad. Car à ce jour, aucun fabricant n’est parvenu à trouver la formule magique pour contrecarrer Apple.

Ce statu quo a d’ailleurs poussé iHS iSuppli à revoir ses prévisions pour les années à venir. Auparavant, l’institut d’études pensait que sur ce segment, la firme de Cupertino passerait sous les 50 % de part de marché en 2012. Désormais, iSuppli mise sur 2013.

Ce succès aussi éphémère et inattendu soit-il confirme - s’il fallait encore apporter des preuves - qu’il y a un véritable appétit de la part du grand public pour les tablettes et que celui-ci ne se limite pas forcément aux produits estampillés d’une pomme. Encore faut-il mettre au point la bonne formule. Et celle-ci passe sans doute par un prix inférieur à celui de l’iPad.

Sur le marché des smartphones, les concurrents d’Apple ont misé sur le bas de gamme. Aidés par les subventions opérateurs, ils ont pu occuper des segments tarifaires délaissés par la marque à la pomme. Une tactique plus difficile à mettre en place sur le marché des tablettes.

Non seulement, les consommateurs sont peu enclins à prendre une tablette chez un opérateur, mais Apple dispose d’une force industrielle sans pareille (lire : La méthode Apple (ter)).

Le coût de fabrication d’une TouchPad 16 Go est estimé à 318 $ par iSuppli. Soit 8 $ de plus qu’un iPad 2. À la différence que ce dernier est non seulement nettement plus puissant, mais également doté d’une connexion 3G.

Pour concurrencer Apple, les constructeurs vont devoir sans doute adopter une approche globale. L’une des solutions serait de s’inspirer de la méthode “Nespresso”, qui consiste à vendre à prix coûtant la machine à café et à se rattraper sur les consommables. Une stratégie que HP et bon nombre de fabricants ont expérimentée avec bonheur avec les imprimantes.

Reste à savoir ce que la “capsule” peut être pour les constructeurs de tablettes. D’où la nécessité d’être plus qu’un simple fabricant de produits. Dans l’état des choses, la capsule ne semble pas être l’app téléchargée sur la plate-forme de développement associée. Malgré son succès, l’App Store n’est pas ce qu’il y a de plus rentable chez Apple. Dernièrement, la firme de Cupertino disait avoir reversé 2,5 milliards de dollars aux développeurs. Elle a donc engrangé 750 millions de dollars qui pour la plupart sont partis en frais divers et variés (infrastructure, bande passante, équipe de validation…).

Toutefois pour appliquer cette recette, deux sociétés semblent mieux armées que d’autres pour y parvenir. La première est Google, qui peut si elle le souhaite faire cavalier seul, avec le rachat de Motorola. Dans le cas du géant de l’internet, la “capsule” serait bien entendu la mise en avant de ses nombreux services en ligne associés, eux-mêmes étant le cheval de Troie pour l'affichage publicitaire.

La seconde, c’est Amazon (lire : Amazon, le meilleur ennemi d'Apple) qui prépare une gamme de tablettes d’ici la fin de l’année. La stratégie évoquée précédemment, elle l’a expérimenté avec succès avec le Kindle sur lequel elle ne faisait quasiment aucune marge. La société de Jeff Bezos se rattrapant sur la vente de livres électroniques. Pour faire baisser le plus possible le prix de sa liseuse, Amazon a même mis en vente un modèle spécial financé en partie par la publicité. Vendu 25 $ de moins que le modèle normal, ce modèle affiche des réclames sur l’écran de veille du Kindle (lire : 25 $ de réduction sur le Kindle 3 contre de la pub).

Comme pour sa gamme de liseuses, Amazon pourrait rentabiliser ses tablettes avec ses nombreuses plates-formes de téléchargement (livres, musique, VOD…).

Mais même avec cette méthode, les fabricants ne pourront en aucun cas casser les prix comme HP l’a fait. Ils pourront au mieux vendre leurs produits légèrement à perte. En un an, un utilisateur Android ne rapporte même pas 10 $ par an à Google (lire : Android : un utilisateur rapporte 5,8 $ à Google).

Le prix est un facteur important, mais pour faire de l’ombre à la tablette d’Apple, cet argument à lui seul ne sera pas suffisant. Aux fabricants de proposer une expérience d’utilisation innovante et aboutie, chose que HP avait réussi à faire en partie. Mais c’est une tout autre affaire…

Microsoft refuse le « post-PC »

| 13/07/2011 | 06:54 |  

« Nous considérons la tablette comme un PC » : c'est par cette petite phrase qu'Andy Lees, président de Microsoft en charge de Windows Phone, a résumé toute l'ambiguïté de la démarche de la firme de Redmond sur ce terrain. Bien qu'elle veuille concurrencer l'iPad, tenant du « post-PC », Microsoft tient à réaffirmer la « normalité » de la tablette, qui serait un PC comme les autres.

Windows 8

Contrairement à ce qu'en disent les équipes de Steve Jobs (lire : Pourquoi le "post-pc" révolutionne l'informatique), le format de la tablette, les usages qu'il permet et entretient et les nouveaux modes de distribution ne seraient pas pertinents selon Microsoft. La firme de Redmond se refuse ainsi à utiliser « un OS mobile », ce qui serait « contradictoire » avec ses intérêts : Lees assure que les utilisateurs veulent un OS de bureau sur leur tablette, quand bien même le marché ne lui donne pas raison.

Lees s'exprimait dans le cadre de la Worldwide Partners Conference, peu après une démonstration de Windows 8 et de sa déclinaison serveur. Il rappelle la stratégie de Microsoft : plutôt que d'adapter son OS mobile (Windows Phone 7) à la tablette, elle va adapter l'interface de son OS de bureau (Windows 8) à la manipulation tactile et son cœur aux composants spécifiques de ces appareils (systèmes ARM). Les premières démonstrations de Windows 8 ont ainsi levé le voile sur une refonte complète de l'interface, qui reprend les codes de Metro, le système de tuiles de Windows Phone 7 (lire : Microsoft dévoile Windows 8).

Deux visions radicalement différentes vont donc s'opposer ces prochaines années, Apple ayant l'(énorme) avantage d'être en pleine consolidation de sa plateforme quand Microsoft a à peine esquissé les contours de la sienne.

Une petite histoire de l'iPad

| 27/01/2011 | 12:27 |  

Il y a un an, le 27 janvier 2010, Steve Jobs présentait l’iPad, du fond de son fauteuil Le Corbusier LC3. Il fermait ainsi une décennie ponctuée par la sortie de divers concepts de tablettes et émaillée de rumeurs d’une tablette Apple. Et ouvrait une année qui a certainement dépassé les attentes des observateurs, des utilisateurs, et peut-être bien d’Apple elle-même…

Dynabook : iPad, je suis ton père
Il est difficile de revenir aux racines du concept de tablette : certains remontent à Elisha Gray et son brevet du 31 juillet 1888 (#386.815), qui décrit une ardoise électronique sur laquelle on pourrait écrire à l’aide d’un stylet. Le tout était censé former un appareil destiné à la transmission de messages par le biais du télégraphe, du courriel avant l’heure.

On peut sûrement qualifier le Dynabook de premier mouvement vers un ordinateur au format tablette. Conçu au PARC de Xerox par Alan Kay, il est présenté une première fois en 1968, puis fait l’objet d’une publication en 1972 (A Personal Computer for Children of All Ages, [PDF]). Le Dynabook est conçu comme un ordinateur que peuvent utiliser les enfants : Kay est un constructiviste qui croit que l’ordinateur peut être utilisé comme outil pédagogique à condition que l’enfant soit acteur de l’informatique (qu’il développe des programmes pour répondre à des problèmes, par exemple). Le format tablette est le plus solide grâce à sa construction monobloc, et le Dynabook est équipé d’une connexion au réseau sans-fil.

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La maquette (en carton !) du Dynabook, tenue par Alan Kay.

Le Dynabook ne sera jamais rien de plus qu’un concept, mais un concept qui aura une influence considérable : on retrouve ses idées dans le projet OLPC, mais aussi dans plusieurs produits imaginés et développés par Apple, pour laquelle Alan Kay a travaillé pendant 13 ans.

Le premier projet de tablet computer frappé d’une pomme est conçu par Frog Design en 1983 : il s’agit à l’époque non pas de concevoir un produit qui sera commercialisé, mais d’imaginer le design des futurs produits Apple. De cette réflexion naîtra Snow White, le langage visuel utilisé par Apple pendant un peu moins d’une décennie, boîtiers blanc cassé et lignes fortes soulignées par des rainures.

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Le Bashful, premier concept de tablet computer Apple. Il servit notamment à fixer le design de l'Apple II.

Agence régulièrement consultée par Cupertino, Frog Design va imaginer d’autres concepts dans la même veine : le 24HourMac (1984), une tablette avec clavier et stylet dont l’écran LCD est tactile ou le BookMac (1985), une tablette Macintosh dont une version permet de téléphoner. Ces trois appareils utilisent une configuration très similaire à celle du Dynabook.

Sculley : Newton, retour vers le futur
Peu après le départ de Jobs, sur fond d’insuccès du Macintosh, John Sculley, devenu PDG d’Apple, cherche une nouvelle voie pour la société. Il la trouve dans le format tablette, qu’il considère pouvoir changer autant les choses que le Macintosh l’a fait avec l’interface graphique et la souris.

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Maquette du Knowledge Navigator.

Il démarre le projet Figaro, qui consiste en un concours entre designers pour concevoir un assistant personnel. Rien ne résume mieux la vision de Sculley que la vidéo de 1987 sur le Knowledge Navigator, l’assistant personnel selon Apple à l’horizon 2010.

Entre 1990 et 1991, Guigiaro, Smart Design ou des équipes internes proposent plusieurs projets de tablettes avec stylet, le projet prenant sur le tard le nom de Newton Plus. Le prix de vente de la dernière itération, le Montblanc, est alors estimé à 4 à 5.000 $. Trop cher pour un appareil trop gros : début 1992, Sculley et ses équipes abandonnent le projet Newton Plus au profit du projet Newton Junior, conçu pour passer dans une poche. Dès fin 1992, un premier concept, le Newton MessagePad Batman, est prêt.

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Un des concepts Figaro.

Entre fin 1991 et début 1993, l’équipe Newton doit faire face à plusieurs problèmes. Le premier est celui du processeur devant l’animer : de processeurs AT&T Hobbit coûteux et surpuissants, Apple passe aux processeurs ARM, joint-venture entre Acorn, VLSI et la firme de Cupertino. Le deuxième est celui de la taille : aucun Newton ne rentrera dans une poche de pantalon (le port PCMCIA empêchant sa miniaturisation), mais les équipes d’Apple ont notamment travaillé sur sa finesse.

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Figaro Montblanc.

Le troisième, et certainement le plus important, est celui de la concurrence interne avec d’autres projets : alors que le projet Newton devient une réalité avec la mise sur le marché du MessagePad 100 en août 1993, l’équipe Macintosh a présenté plusieurs concepts de tablettes. Elles ont deux particularités : elles utilisent Mac OS et non Newton OS, et sont modulaires (clavier détachable, voire même système de station d’accueil les transformant en Mac complet, etc.).

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Newton Batman.

Un des modèles parmi les plus aboutis, le Folio, est présenté en interne à l’été 1992 : il a été dessiné par Jonathan Ive, designer chez Tangerine, à l’époque consultant chez Apple pour le design des Powerbook. La firme de Cupertino l’engagera dans la foulée, et il travaillera notamment au design des premiers Powerbook, du MessagePad 110/120/130, ou du Spartacus, pour ne citer que quelques-uns des produits conçus avant sa nomination à la tête du département design industriel d’Apple.

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Un projet d'écosystème autour d'une tablette Mac. L'écran est la tablette elle-même, avec son stylet. Elle peut être connectée à une station d'accueil qui la transforme en ordinateur conventionnel avec clavier et trackpad. Divers périphériques peuvent y être connectés.

Le dernier projet d’Apple dans le domaine des tablettes avant le retour de Steve Jobs remonte à 1993 avec le projet MessageSlate, une sorte de version « maxi » du MessagePad. Bien que prêt pour la production, le premier concept, le Bic, ne sera fabriqué qu’à moins de 50 exemplaires en interne. John Sculley, père du Newton, quitte Apple le 15 octobre 1993 après avoir été démis de ses fonctions de PDG. Le projet, miné par l’insuccès des différents modèles de MessagePad, est arrêté en février 1998 et même transformé en filiale d’Apple, Newton Inc. À son retour aux commandes d’Apple, Steve Jobs finira par tout simplement supprimer toute trace du projet Newton du catalogue et de l’organigramme de la firme de Cupertino.

iPad : les aventuriers de la rumeur perdue
L’idée d’une tablette Apple ressurgit pourtant bien vite : dès novembre 2002, Matthew Rothenberg d’eWeek parle d’une tablette 8“ utilisant Mac OS X et un processeur PowerPC, à présenter début 2004. Et début 2004, on a bien entendu parler d’une tablette Apple, mais par le biais d’un dépôt de modèle (D504,899, déposé le 17 mars 2004). Apple l’obtient le 10 mai 2005 : la publication d’illustrations d’une tablette ressemblant à un iBook sans clavier va être le coup d’envoi d’une longue attente parsemée de rumeurs.

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De 2005 à 2007, on parle d’une tablette utilisant un processeur Intel, avec OS X ou une version modifiée de Mac OS X. À l’époque, Apple travaille déjà sur ce qui va devenir l’iPad, comme l’a confirmé Steve Jobs lors d’une intervention à la conférence D8. Contrairement au projet Newton, le projet K48 est conçu dès le départ pour ne pas utiliser un stylet, contrairement au système Tablet PC alors lancé par Microsoft : « j’ai eu cette idée de me débarrasser du clavier et de pouvoir taper à plusieurs doigts sur un écran, et j’ai demandé à mes équipes s’il était possible de concevoir un écran multitouch, sur lequel je pourrais poser mes mains, et taper. », explique Steve Jobs. Le PDG d’Apple place cette idée « au début des années 2000 » — selon nos propres informations, il s’agirait plutôt de 2004.

Apple réfléchit aussi à la possibilité de se lancer dans la téléphonie, après s’être lancé dans le marché des baladeurs avec l’iPod. Jobs prend rapidement la décision de suspendre le développement de la tablette pour appliquer ses avancées au projet de téléphone : des fournisseurs affirment pouvoir lui fournir en quantité des écrans capacitifs ; il est convaincu de l’intérêt de certains éléments d’interaction, dont le défilement inertiel. Alors que les premières pistes avaient envisagé d’ajouter une fonction téléphonie et navigation Web à l’iPod avec un OS basé sur Linux tirant parti des avancées logicielles du projet Purple, basé à Paris, le projet Purple 2, à Cupertino, repart d’une feuille blanche à partir du projet K48. Apple fait l'acquisition des équipes et de la propriété intellectuelle de FingerWorks, société spécialisée dans le tactile multipoint (notamment dans le domaine des gestes) et les claviers virtuels. Début 2007, l’iPhone est présenté.

skitched

Les rumeurs, qui ont horreur du vide, vont vite repartir de plus belle : en 2009, AppleInsider a presque tout bon, voyant une tablette 10“ qui serait une sorte de gros iPod touch avec une connexion 3G, lancée début 2010 pour 700 $, et équipée d’un processeur ARM. Presque tout bon : à l’époque, tout le monde croit encore que la tablette d’Apple sera une tablette Mac à la manière du Modbook d'Axiotron.

Mais l’animal présenté par Steve Jobs le 27 janvier 2010 est bien différent.

Tablettes : la nouvelle génération
L’iPad hérite de cette longue histoire : Apple avait contribué à la création d’ARM avec Acorn et VSLI pour développer la puce ARM6 de la gamme MessagePad ; Apple s’est entouré des meilleurs spécialistes d’ARM, faisant l’acquisition de PA Semi et d’Intrinsity et collaborant avec Samsung pour concevoir l’A4, la puce de l’iPad. Et de la même manière qu’une certaine tension était née entre les projets de tablettes sous Newton OS et les projets sous Mac OS, l’utilisation d’iOS pour l’iPad fait dire à certains qu’elle « n’est qu’un gros iPod touch » et sera donc un échec.

Les premiers acheteurs ne se posent pas tant de questions, convaincus par le discours développé par Apple, qui fait de sa tablette un appareil « magique et révolutionnaire », dont la fonction découlera de sa forme plus naturelle, plus intime, plus proche que celle de l’ordinateur personnel qui se dresse comme un mur devant l’utilisateur.

Le lancement de l’iPad, d'abord aux États-Unis uniquement et en deux temps (3 avril pour la version WiFi, 30 avril pour la version 3G), est accompagné d’une publicité en forme d’hommage au lointain ancêtre, le Newton.

Les ressemblances s’arrêtent là : l’idéal du Newton est en quelque sorte exaucé par l’iPhone et l’iPod touch (portabilité, assistance personnelle, etc.), alors que l’iPad ne reprend pas certains autres concepts du PDA de Sculley (ouverture aux écosystèmes tiers, ports standards, reconnaissance de l’écriture manuscrite). Dur de dire donc si cet iPad est un digne descendant du Newton (ou même du concept de tablette Newton) : alors que l’Apple des années 1990 plaçait le Newton dans la rue et au bureau, l’Apple des années 2010 place l’iPad au fond du canapé.

Alors que le Newton a été un échec, l’iPad est un succès incontestable — il faut dire que le visage de la firme de Cupertino a entre-temps bien changé, empêchant un peu plus toute forme de comparaison, qui n'aurait que peu de sens. Apple en vend 300.000 le premier jour de sa commercialisation. Un mois plus tard ? Un million. Encore un mois et neuf pays plus tard ? Un million de plus.

En un trimestre, Apple vend donc 3,3 millions de tablettes. Trois mois plus tard, elle en vend 4,188 millions. En moins d'un an, la firme de Cupertino a vendu 14,8 millions d'iPad. Les analystes avaient prévu un chiffre entre 3 et 3,5 millions d'unités — cinq fois au dessous.

skitched

Loin du Tablet PC et de son stylet adoré par Bill Gates mais décrié par Steve Jobs, l'iPad a défini une nouvelle catégorie aux frontières encore un peu floues : certains lui mis l'étiquette de « tablette média » (secteur sur lequel elle tiendrait alors 90 % de parts de marché), d'autres la considèrent comme un ordinateur personnel au même titre que le Mac (Apple serait donc le numéro 3 mondial de l'informatique personnelle, devant Dell).

L'iPad est d'abord un grand écran, et elle accède avec l'iTunes Store à un choix très large de contenus, tandis que l'App Store lui offre 60.000 applications dédiées. Il a donc suscité de nombreux espoirs, notamment dans le monde de la presse et de l'édition, qui a vu dans l'App Store et l'iBookstore de nouveaux débouchés. Les espoirs font aujourd'hui place aux désillusions, ou plutôt au retour à la réalité après que certains se sont laissés emporter par le discours de Steve Jobs. Ce sera un des défis d'Apple : prouver que son modèle, au-delà des chiffres, est viable et sain, et qu'il peut être la base non pas seulement de jolies histoires de startups du casual gaming, mais aussi de projets ambitieux de sociétés et fournisseurs de contenu de premier plan.

skitched

Bref, l'iPad, qui hérite d'une longue histoire chez Apple, vient à la fin d'un cycle tout en en ouvrant un nouveau. Mais de nombreuses questions restent en suspens : ce format durera-t-il dans le temps où n'est-il qu'une mode ? Les frontières entre Mac et iPad continueront-elles à s'effacer pour redéfinir l'ordinateur même chez Apple ? Ou peut-être plus simplement et plus près de nous : l'écran Retina sur l'iPad 2, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ?

Quelques références
Toutes les images de la première partie de cet article proviennent de Paul Kunkel, AppleDesign : The Work of the Apple Industrial Design Group, Watson-Guptill, New York, 1997. Sur le Newton : Message-Pad.net et le site du RANDOM. Sur les rumeurs ayant précédé iPad : les archives de iGeneration sur la tablette Apple.

Une petite histoire de l'iPad

| 27/01/2011 | 12:27 |  

Il y a un an, le 27 janvier 2010, Steve Jobs présentait l’iPad, du fond de son fauteuil Le Corbusier LC3. Il fermait ainsi une décennie ponctuée par la sortie de divers concepts de tablettes et émaillée de rumeurs d’une tablette Apple. Et ouvrait une année qui a certainement dépassé les attentes des observateurs, des utilisateurs, et peut-être bien d’Apple elle-même…

Dynabook : iPad, je suis ton père
Il est difficile de revenir aux racines du concept de tablette : certains remontent à Elisha Gray et son brevet du 31 juillet 1888 (#386.815), qui décrit une ardoise électronique sur laquelle on pourrait écrire à l’aide d’un stylet. Le tout était censé former un appareil destiné à la transmission de messages par le biais du télégraphe, du courriel avant l’heure.

On peut sûrement qualifier le Dynabook de premier mouvement vers un ordinateur au format tablette. Conçu au PARC de Xerox par Alan Kay, il est présenté une première fois en 1968, puis fait l’objet d’une publication en 1972 (A Personal Computer for Children of All Ages, [PDF]). Le Dynabook est conçu comme un ordinateur que peuvent utiliser les enfants : Kay est un constructiviste qui croit que l’ordinateur peut être utilisé comme outil pédagogique à condition que l’enfant soit acteur de l’informatique (qu’il développe des programmes pour répondre à des problèmes, par exemple). Le format tablette est le plus solide grâce à sa construction monobloc, et le Dynabook est équipé d’une connexion au réseau sans-fil.

alan-kay-dynabook-cc-fotopedia

La maquette (en carton !) du Dynabook, tenue par Alan Kay.

Le Dynabook ne sera jamais rien de plus qu’un concept, mais un concept qui aura une influence considérable : on retrouve ses idées dans le projet OLPC, mais aussi dans plusieurs produits imaginés et développés par Apple, pour laquelle Alan Kay a travaillé pendant 13 ans.

Le premier projet de tablet computer frappé d’une pomme est conçu par Frog Design en 1983 : il s’agit à l’époque non pas de concevoir un produit qui sera commercialisé, mais d’imaginer le design des futurs produits Apple. De cette réflexion naîtra Snow White, le langage visuel utilisé par Apple pendant un peu moins d’une décennie, boîtiers blanc cassé et lignes fortes soulignées par des rainures.

bashful-c-macgeneration

Le Bashful, premier concept de tablet computer Apple. Il servit notamment à fixer le design de l'Apple II.

Agence régulièrement consultée par Cupertino, Frog Design va imaginer d’autres concepts dans la même veine : le 24HourMac (1984), une tablette avec clavier et stylet dont l’écran LCD est tactile ou le BookMac (1985), une tablette Macintosh dont une version permet de téléphoner. Ces trois appareils utilisent une configuration très similaire à celle du Dynabook.

Sculley : Newton, retour vers le futur
Peu après le départ de Jobs, sur fond d’insuccès du Macintosh, John Sculley, devenu PDG d’Apple, cherche une nouvelle voie pour la société. Il la trouve dans le format tablette, qu’il considère pouvoir changer autant les choses que le Macintosh l’a fait avec l’interface graphique et la souris.

knowledge-navigator-c-macgeneration

Maquette du Knowledge Navigator.

Il démarre le projet Figaro, qui consiste en un concours entre designers pour concevoir un assistant personnel. Rien ne résume mieux la vision de Sculley que la vidéo de 1987 sur le Knowledge Navigator, l’assistant personnel selon Apple à l’horizon 2010.

Entre 1990 et 1991, Guigiaro, Smart Design ou des équipes internes proposent plusieurs projets de tablettes avec stylet, le projet prenant sur le tard le nom de Newton Plus. Le prix de vente de la dernière itération, le Montblanc, est alors estimé à 4 à 5.000 $. Trop cher pour un appareil trop gros : début 1992, Sculley et ses équipes abandonnent le projet Newton Plus au profit du projet Newton Junior, conçu pour passer dans une poche. Dès fin 1992, un premier concept, le Newton MessagePad Batman, est prêt.

figaro-dino-c-macgeneration

Un des concepts Figaro.

Entre fin 1991 et début 1993, l’équipe Newton doit faire face à plusieurs problèmes. Le premier est celui du processeur devant l’animer : de processeurs AT&T Hobbit coûteux et surpuissants, Apple passe aux processeurs ARM, joint-venture entre Acorn, VLSI et la firme de Cupertino. Le deuxième est celui de la taille : aucun Newton ne rentrera dans une poche de pantalon (le port PCMCIA empêchant sa miniaturisation), mais les équipes d’Apple ont notamment travaillé sur sa finesse.

figaro-c-macgeneration

Figaro Montblanc.

Le troisième, et certainement le plus important, est celui de la concurrence interne avec d’autres projets : alors que le projet Newton devient une réalité avec la mise sur le marché du MessagePad 100 en août 1993, l’équipe Macintosh a présenté plusieurs concepts de tablettes. Elles ont deux particularités : elles utilisent Mac OS et non Newton OS, et sont modulaires (clavier détachable, voire même système de station d’accueil les transformant en Mac complet, etc.).

batmaaaaaan-c-macgeneration

Newton Batman.

Un des modèles parmi les plus aboutis, le Folio, est présenté en interne à l’été 1992 : il a été dessiné par Jonathan Ive, designer chez Tangerine, à l’époque consultant chez Apple pour le design des Powerbook. La firme de Cupertino l’engagera dans la foulée, et il travaillera notamment au design des premiers Powerbook, du MessagePad 110/120/130, ou du Spartacus, pour ne citer que quelques-uns des produits conçus avant sa nomination à la tête du département design industriel d’Apple.

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Un projet d'écosystème autour d'une tablette Mac. L'écran est la tablette elle-même, avec son stylet. Elle peut être connectée à une station d'accueil qui la transforme en ordinateur conventionnel avec clavier et trackpad. Divers périphériques peuvent y être connectés.

Le dernier projet d’Apple dans le domaine des tablettes avant le retour de Steve Jobs remonte à 1993 avec le projet MessageSlate, une sorte de version « maxi » du MessagePad. Bien que prêt pour la production, le premier concept, le Bic, ne sera fabriqué qu’à moins de 50 exemplaires en interne. John Sculley, père du Newton, quitte Apple le 15 octobre 1993 après avoir été démis de ses fonctions de PDG. Le projet, miné par l’insuccès des différents modèles de MessagePad, est arrêté en février 1998 et même transformé en filiale d’Apple, Newton Inc. À son retour aux commandes d’Apple, Steve Jobs finira par tout simplement supprimer toute trace du projet Newton du catalogue et de l’organigramme de la firme de Cupertino.

iPad : les aventuriers de la rumeur perdue
L’idée d’une tablette Apple ressurgit pourtant bien vite : dès novembre 2002, Matthew Rothenberg d’eWeek parle d’une tablette 8“ utilisant Mac OS X et un processeur PowerPC, à présenter début 2004. Et début 2004, on a bien entendu parler d’une tablette Apple, mais par le biais d’un dépôt de modèle (D504,899, déposé le 17 mars 2004). Apple l’obtient le 10 mai 2005 : la publication d’illustrations d’une tablette ressemblant à un iBook sans clavier va être le coup d’envoi d’une longue attente parsemée de rumeurs.

apple-brevet-tablette

De 2005 à 2007, on parle d’une tablette utilisant un processeur Intel, avec OS X ou une version modifiée de Mac OS X. À l’époque, Apple travaille déjà sur ce qui va devenir l’iPad, comme l’a confirmé Steve Jobs lors d’une intervention à la conférence D8. Contrairement au projet Newton, le projet K48 est conçu dès le départ pour ne pas utiliser un stylet, contrairement au système Tablet PC alors lancé par Microsoft : « j’ai eu cette idée de me débarrasser du clavier et de pouvoir taper à plusieurs doigts sur un écran, et j’ai demandé à mes équipes s’il était possible de concevoir un écran multitouch, sur lequel je pourrais poser mes mains, et taper. », explique Steve Jobs. Le PDG d’Apple place cette idée « au début des années 2000 » — selon nos propres informations, il s’agirait plutôt de 2004.

Apple réfléchit aussi à la possibilité de se lancer dans la téléphonie, après s’être lancé dans le marché des baladeurs avec l’iPod. Jobs prend rapidement la décision de suspendre le développement de la tablette pour appliquer ses avancées au projet de téléphone : des fournisseurs affirment pouvoir lui fournir en quantité des écrans capacitifs ; il est convaincu de l’intérêt de certains éléments d’interaction, dont le défilement inertiel. Alors que les premières pistes avaient envisagé d’ajouter une fonction téléphonie et navigation Web à l’iPod avec un OS basé sur Linux tirant parti des avancées logicielles du projet Purple, basé à Paris, le projet Purple 2, à Cupertino, repart d’une feuille blanche à partir du projet K48. Apple fait l'acquisition des équipes et de la propriété intellectuelle de FingerWorks, société spécialisée dans le tactile multipoint (notamment dans le domaine des gestes) et les claviers virtuels. Début 2007, l’iPhone est présenté.

skitched

Les rumeurs, qui ont horreur du vide, vont vite repartir de plus belle : en 2009, AppleInsider a presque tout bon, voyant une tablette 10“ qui serait une sorte de gros iPod touch avec une connexion 3G, lancée début 2010 pour 700 $, et équipée d’un processeur ARM. Presque tout bon : à l’époque, tout le monde croit encore que la tablette d’Apple sera une tablette Mac à la manière du Modbook d'Axiotron.

Mais l’animal présenté par Steve Jobs le 27 janvier 2010 est bien différent.

Tablettes : la nouvelle génération
L’iPad hérite de cette longue histoire : Apple avait contribué à la création d’ARM avec Acorn et VSLI pour développer la puce ARM6 de la gamme MessagePad ; Apple s’est entouré des meilleurs spécialistes d’ARM, faisant l’acquisition de PA Semi et d’Intrinsity et collaborant avec Samsung pour concevoir l’A4, la puce de l’iPad. Et de la même manière qu’une certaine tension était née entre les projets de tablettes sous Newton OS et les projets sous Mac OS, l’utilisation d’iOS pour l’iPad fait dire à certains qu’elle « n’est qu’un gros iPod touch » et sera donc un échec.

Les premiers acheteurs ne se posent pas tant de questions, convaincus par le discours développé par Apple, qui fait de sa tablette un appareil « magique et révolutionnaire », dont la fonction découlera de sa forme plus naturelle, plus intime, plus proche que celle de l’ordinateur personnel qui se dresse comme un mur devant l’utilisateur.

Le lancement de l’iPad, d'abord aux États-Unis uniquement et en deux temps (3 avril pour la version WiFi, 30 avril pour la version 3G), est accompagné d’une publicité en forme d’hommage au lointain ancêtre, le Newton.

Les ressemblances s’arrêtent là : l’idéal du Newton est en quelque sorte exaucé par l’iPhone et l’iPod touch (portabilité, assistance personnelle, etc.), alors que l’iPad ne reprend pas certains autres concepts du PDA de Sculley (ouverture aux écosystèmes tiers, ports standards, reconnaissance de l’écriture manuscrite). Dur de dire donc si cet iPad est un digne descendant du Newton (ou même du concept de tablette Newton) : alors que l’Apple des années 1990 plaçait le Newton dans la rue et au bureau, l’Apple des années 2010 place l’iPad au fond du canapé.

Alors que le Newton a été un échec, l’iPad est un succès incontestable — il faut dire que le visage de la firme de Cupertino a entre-temps bien changé, empêchant un peu plus toute forme de comparaison, qui n'aurait que peu de sens. Apple en vend 300.000 le premier jour de sa commercialisation. Un mois plus tard ? Un million. Encore un mois et neuf pays plus tard ? Un million de plus.

En un trimestre, Apple vend donc 3,3 millions de tablettes. Trois mois plus tard, elle en vend 4,188 millions. En moins d'un an, la firme de Cupertino a vendu 14,8 millions d'iPad. Les analystes avaient prévu un chiffre entre 3 et 3,5 millions d'unités — cinq fois au dessous.

skitched

Loin du Tablet PC et de son stylet adoré par Bill Gates mais décrié par Steve Jobs, l'iPad a défini une nouvelle catégorie aux frontières encore un peu floues : certains lui mis l'étiquette de « tablette média » (secteur sur lequel elle tiendrait alors 90 % de parts de marché), d'autres la considèrent comme un ordinateur personnel au même titre que le Mac (Apple serait donc le numéro 3 mondial de l'informatique personnelle, devant Dell).

L'iPad est d'abord un grand écran, et elle accède avec l'iTunes Store à un choix très large de contenus, tandis que l'App Store lui offre 60.000 applications dédiées. Il a donc suscité de nombreux espoirs, notamment dans le monde de la presse et de l'édition, qui a vu dans l'App Store et l'iBookstore de nouveaux débouchés. Les espoirs font aujourd'hui place aux désillusions, ou plutôt au retour à la réalité après que certains se sont laissés emporter par le discours de Steve Jobs. Ce sera un des défis d'Apple : prouver que son modèle, au-delà des chiffres, est viable et sain, et qu'il peut être la base non pas seulement de jolies histoires de startups du casual gaming, mais aussi de projets ambitieux de sociétés et fournisseurs de contenu de premier plan.

skitched

Bref, l'iPad, qui hérite d'une longue histoire chez Apple, vient à la fin d'un cycle tout en en ouvrant un nouveau. Mais de nombreuses questions restent en suspens : ce format durera-t-il dans le temps où n'est-il qu'une mode ? Les frontières entre Mac et iPad continueront-elles à s'effacer pour redéfinir l'ordinateur même chez Apple ? Ou peut-être plus simplement et plus près de nous : l'écran Retina sur l'iPad 2, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ?

Quelques références
Toutes les images de la première partie de cet article proviennent de Paul Kunkel, AppleDesign : The Work of the Apple Industrial Design Group, Watson-Guptill, New York, 1997. Sur le Newton : Message-Pad.net et le site du RANDOM. Sur les rumeurs ayant précédé iPad : les archives de iGeneration sur la tablette Apple.

Une petite histoire de l'iPad

| 27/01/2011 | 12:27 |  

Il y a un an, le 27 janvier 2010, Steve Jobs présentait l’iPad, du fond de son fauteuil Le Corbusier LC3. Il fermait ainsi une décennie ponctuée par la sortie de divers concepts de tablettes et émaillée de rumeurs d’une tablette Apple. Et ouvrait une année qui a certainement dépassé les attentes des observateurs, des utilisateurs, et peut-être bien d’Apple elle-même…

Dynabook : iPad, je suis ton père
Il est difficile de revenir aux racines du concept de tablette : certains remontent à Elisha Gray et son brevet du 31 juillet 1888 (#386.815), qui décrit une ardoise électronique sur laquelle on pourrait écrire à l’aide d’un stylet. Le tout était censé former un appareil destiné à la transmission de messages par le biais du télégraphe, du courriel avant l’heure.

On peut sûrement qualifier le Dynabook de premier mouvement vers un ordinateur au format tablette. Conçu au PARC de Xerox par Alan Kay, il est présenté une première fois en 1968, puis fait l’objet d’une publication en 1972 (A Personal Computer for Children of All Ages, [PDF]). Le Dynabook est conçu comme un ordinateur que peuvent utiliser les enfants : Kay est un constructiviste qui croit que l’ordinateur peut être utilisé comme outil pédagogique à condition que l’enfant soit acteur de l’informatique (qu’il développe des programmes pour répondre à des problèmes, par exemple). Le format tablette est le plus solide grâce à sa construction monobloc, et le Dynabook est équipé d’une connexion au réseau sans-fil.

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La maquette (en carton !) du Dynabook, tenue par Alan Kay.

Le Dynabook ne sera jamais rien de plus qu’un concept, mais un concept qui aura une influence considérable : on retrouve ses idées dans le projet OLPC, mais aussi dans plusieurs produits imaginés et développés par Apple, pour laquelle Alan Kay a travaillé pendant 13 ans.

Le premier projet de tablet computer frappé d’une pomme est conçu par Frog Design en 1983 : il s’agit à l’époque non pas de concevoir un produit qui sera commercialisé, mais d’imaginer le design des futurs produits Apple. De cette réflexion naîtra Snow White, le langage visuel utilisé par Apple pendant un peu moins d’une décennie, boîtiers blanc cassé et lignes fortes soulignées par des rainures.

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Le Bashful, premier concept de tablet computer Apple. Il servit notamment à fixer le design de l'Apple II.

Agence régulièrement consultée par Cupertino, Frog Design va imaginer d’autres concepts dans la même veine : le 24HourMac (1984), une tablette avec clavier et stylet dont l’écran LCD est tactile ou le BookMac (1985), une tablette Macintosh dont une version permet de téléphoner. Ces trois appareils utilisent une configuration très similaire à celle du Dynabook.

Sculley : Newton, retour vers le futur
Peu après le départ de Jobs, sur fond d’insuccès du Macintosh, John Sculley, devenu PDG d’Apple, cherche une nouvelle voie pour la société. Il la trouve dans le format tablette, qu’il considère pouvoir changer autant les choses que le Macintosh l’a fait avec l’interface graphique et la souris.

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Maquette du Knowledge Navigator.

Il démarre le projet Figaro, qui consiste en un concours entre designers pour concevoir un assistant personnel. Rien ne résume mieux la vision de Sculley que la vidéo de 1987 sur le Knowledge Navigator, l’assistant personnel selon Apple à l’horizon 2010.

Entre 1990 et 1991, Guigiaro, Smart Design ou des équipes internes proposent plusieurs projets de tablettes avec stylet, le projet prenant sur le tard le nom de Newton Plus. Le prix de vente de la dernière itération, le Montblanc, est alors estimé à 4 à 5.000 $. Trop cher pour un appareil trop gros : début 1992, Sculley et ses équipes abandonnent le projet Newton Plus au profit du projet Newton Junior, conçu pour passer dans une poche. Dès fin 1992, un premier concept, le Newton MessagePad Batman, est prêt.

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Un des concepts Figaro.

Entre fin 1991 et début 1993, l’équipe Newton doit faire face à plusieurs problèmes. Le premier est celui du processeur devant l’animer : de processeurs AT&T Hobbit coûteux et surpuissants, Apple passe aux processeurs ARM, joint-venture entre Acorn, VLSI et la firme de Cupertino. Le deuxième est celui de la taille : aucun Newton ne rentrera dans une poche de pantalon (le port PCMCIA empêchant sa miniaturisation), mais les équipes d’Apple ont notamment travaillé sur sa finesse.

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Figaro Montblanc.

Le troisième, et certainement le plus important, est celui de la concurrence interne avec d’autres projets : alors que le projet Newton devient une réalité avec la mise sur le marché du MessagePad 100 en août 1993, l’équipe Macintosh a présenté plusieurs concepts de tablettes. Elles ont deux particularités : elles utilisent Mac OS et non Newton OS, et sont modulaires (clavier détachable, voire même système de station d’accueil les transformant en Mac complet, etc.).

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Newton Batman.

Un des modèles parmi les plus aboutis, le Folio, est présenté en interne à l’été 1992 : il a été dessiné par Jonathan Ive, designer chez Tangerine, à l’époque consultant chez Apple pour le design des Powerbook. La firme de Cupertino l’engagera dans la foulée, et il travaillera notamment au design des premiers Powerbook, du MessagePad 110/120/130, ou du Spartacus, pour ne citer que quelques-uns des produits conçus avant sa nomination à la tête du département design industriel d’Apple.

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Un projet d'écosystème autour d'une tablette Mac. L'écran est la tablette elle-même, avec son stylet. Elle peut être connectée à une station d'accueil qui la transforme en ordinateur conventionnel avec clavier et trackpad. Divers périphériques peuvent y être connectés.

Le dernier projet d’Apple dans le domaine des tablettes avant le retour de Steve Jobs remonte à 1993 avec le projet MessageSlate, une sorte de version « maxi » du MessagePad. Bien que prêt pour la production, le premier concept, le Bic, ne sera fabriqué qu’à moins de 50 exemplaires en interne. John Sculley, père du Newton, quitte Apple le 15 octobre 1993 après avoir été démis de ses fonctions de PDG. Le projet, miné par l’insuccès des différents modèles de MessagePad, est arrêté en février 1998 et même transformé en filiale d’Apple, Newton Inc. À son retour aux commandes d’Apple, Steve Jobs finira par tout simplement supprimer toute trace du projet Newton du catalogue et de l’organigramme de la firme de Cupertino.

iPad : les aventuriers de la rumeur perdue
L’idée d’une tablette Apple ressurgit pourtant bien vite : dès novembre 2002, Matthew Rothenberg d’eWeek parle d’une tablette 8“ utilisant Mac OS X et un processeur PowerPC, à présenter début 2004. Et début 2004, on a bien entendu parler d’une tablette Apple, mais par le biais d’un dépôt de modèle (D504,899, déposé le 17 mars 2004). Apple l’obtient le 10 mai 2005 : la publication d’illustrations d’une tablette ressemblant à un iBook sans clavier va être le coup d’envoi d’une longue attente parsemée de rumeurs.

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De 2005 à 2007, on parle d’une tablette utilisant un processeur Intel, avec OS X ou une version modifiée de Mac OS X. À l’époque, Apple travaille déjà sur ce qui va devenir l’iPad, comme l’a confirmé Steve Jobs lors d’une intervention à la conférence D8. Contrairement au projet Newton, le projet K48 est conçu dès le départ pour ne pas utiliser un stylet, contrairement au système Tablet PC alors lancé par Microsoft : « j’ai eu cette idée de me débarrasser du clavier et de pouvoir taper à plusieurs doigts sur un écran, et j’ai demandé à mes équipes s’il était possible de concevoir un écran multitouch, sur lequel je pourrais poser mes mains, et taper. », explique Steve Jobs. Le PDG d’Apple place cette idée « au début des années 2000 » — selon nos propres informations, il s’agirait plutôt de 2004.

Apple réfléchit aussi à la possibilité de se lancer dans la téléphonie, après s’être lancé dans le marché des baladeurs avec l’iPod. Jobs prend rapidement la décision de suspendre le développement de la tablette pour appliquer ses avancées au projet de téléphone : des fournisseurs affirment pouvoir lui fournir en quantité des écrans capacitifs ; il est convaincu de l’intérêt de certains éléments d’interaction, dont le défilement inertiel. Alors que les premières pistes avaient envisagé d’ajouter une fonction téléphonie et navigation Web à l’iPod avec un OS basé sur Linux tirant parti des avancées logicielles du projet Purple, basé à Paris, le projet Purple 2, à Cupertino, repart d’une feuille blanche à partir du projet K48. Apple fait l'acquisition des équipes et de la propriété intellectuelle de FingerWorks, société spécialisée dans le tactile multipoint (notamment dans le domaine des gestes) et les claviers virtuels. Début 2007, l’iPhone est présenté.

skitched

Les rumeurs, qui ont horreur du vide, vont vite repartir de plus belle : en 2009, AppleInsider a presque tout bon, voyant une tablette 10“ qui serait une sorte de gros iPod touch avec une connexion 3G, lancée début 2010 pour 700 $, et équipée d’un processeur ARM. Presque tout bon : à l’époque, tout le monde croit encore que la tablette d’Apple sera une tablette Mac à la manière du Modbook d'Axiotron.

Mais l’animal présenté par Steve Jobs le 27 janvier 2010 est bien différent.

Tablettes : la nouvelle génération
L’iPad hérite de cette longue histoire : Apple avait contribué à la création d’ARM avec Acorn et VSLI pour développer la puce ARM6 de la gamme MessagePad ; Apple s’est entouré des meilleurs spécialistes d’ARM, faisant l’acquisition de PA Semi et d’Intrinsity et collaborant avec Samsung pour concevoir l’A4, la puce de l’iPad. Et de la même manière qu’une certaine tension était née entre les projets de tablettes sous Newton OS et les projets sous Mac OS, l’utilisation d’iOS pour l’iPad fait dire à certains qu’elle « n’est qu’un gros iPod touch » et sera donc un échec.

Les premiers acheteurs ne se posent pas tant de questions, convaincus par le discours développé par Apple, qui fait de sa tablette un appareil « magique et révolutionnaire », dont la fonction découlera de sa forme plus naturelle, plus intime, plus proche que celle de l’ordinateur personnel qui se dresse comme un mur devant l’utilisateur.

Le lancement de l’iPad, d'abord aux États-Unis uniquement et en deux temps (3 avril pour la version WiFi, 30 avril pour la version 3G), est accompagné d’une publicité en forme d’hommage au lointain ancêtre, le Newton.

Les ressemblances s’arrêtent là : l’idéal du Newton est en quelque sorte exaucé par l’iPhone et l’iPod touch (portabilité, assistance personnelle, etc.), alors que l’iPad ne reprend pas certains autres concepts du PDA de Sculley (ouverture aux écosystèmes tiers, ports standards, reconnaissance de l’écriture manuscrite). Dur de dire donc si cet iPad est un digne descendant du Newton (ou même du concept de tablette Newton) : alors que l’Apple des années 1990 plaçait le Newton dans la rue et au bureau, l’Apple des années 2010 place l’iPad au fond du canapé.

Alors que le Newton a été un échec, l’iPad est un succès incontestable — il faut dire que le visage de la firme de Cupertino a entre-temps bien changé, empêchant un peu plus toute forme de comparaison, qui n'aurait que peu de sens. Apple en vend 300.000 le premier jour de sa commercialisation. Un mois plus tard ? Un million. Encore un mois et neuf pays plus tard ? Un million de plus.

En un trimestre, Apple vend donc 3,3 millions de tablettes. Trois mois plus tard, elle en vend 4,188 millions. En moins d'un an, la firme de Cupertino a vendu 14,8 millions d'iPad. Les analystes avaient prévu un chiffre entre 3 et 3,5 millions d'unités — cinq fois au dessous.

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Loin du Tablet PC et de son stylet adoré par Bill Gates mais décrié par Steve Jobs, l'iPad a défini une nouvelle catégorie aux frontières encore un peu floues : certains lui mis l'étiquette de « tablette média » (secteur sur lequel elle tiendrait alors 90 % de parts de marché), d'autres la considèrent comme un ordinateur personnel au même titre que le Mac (Apple serait donc le numéro 3 mondial de l'informatique personnelle, devant Dell).

L'iPad est d'abord un grand écran, et elle accède avec l'iTunes Store à un choix très large de contenus, tandis que l'App Store lui offre 60.000 applications dédiées. Il a donc suscité de nombreux espoirs, notamment dans le monde de la presse et de l'édition, qui a vu dans l'App Store et l'iBookstore de nouveaux débouchés. Les espoirs font aujourd'hui place aux désillusions, ou plutôt au retour à la réalité après que certains se sont laissés emporter par le discours de Steve Jobs. Ce sera un des défis d'Apple : prouver que son modèle, au-delà des chiffres, est viable et sain, et qu'il peut être la base non pas seulement de jolies histoires de startups du casual gaming, mais aussi de projets ambitieux de sociétés et fournisseurs de contenu de premier plan.

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Bref, l'iPad, qui hérite d'une longue histoire chez Apple, vient à la fin d'un cycle tout en en ouvrant un nouveau. Mais de nombreuses questions restent en suspens : ce format durera-t-il dans le temps où n'est-il qu'une mode ? Les frontières entre Mac et iPad continueront-elles à s'effacer pour redéfinir l'ordinateur même chez Apple ? Ou peut-être plus simplement et plus près de nous : l'écran Retina sur l'iPad 2, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ?

Quelques références
Toutes les images de la première partie de cet article proviennent de Paul Kunkel, AppleDesign : The Work of the Apple Industrial Design Group, Watson-Guptill, New York, 1997. Sur le Newton : Message-Pad.net et le site du RANDOM. Sur les rumeurs ayant précédé iPad : les archives de iGeneration sur la tablette Apple.

Une petite histoire de l'iPad

| 27/01/2011 | 12:27 |  

Il y a un an, le 27 janvier 2010, Steve Jobs présentait l’iPad, du fond de son fauteuil Le Corbusier LC3. Il fermait ainsi une décennie ponctuée par la sortie de divers concepts de tablettes et émaillée de rumeurs d’une tablette Apple. Et ouvrait une année qui a certainement dépassé les attentes des observateurs, des utilisateurs, et peut-être bien d’Apple elle-même…

Dynabook : iPad, je suis ton père
Il est difficile de revenir aux racines du concept de tablette : certains remontent à Elisha Gray et son brevet du 31 juillet 1888 (#386.815), qui décrit une ardoise électronique sur laquelle on pourrait écrire à l’aide d’un stylet. Le tout était censé former un appareil destiné à la transmission de messages par le biais du télégraphe, du courriel avant l’heure.

On peut sûrement qualifier le Dynabook de premier mouvement vers un ordinateur au format tablette. Conçu au PARC de Xerox par Alan Kay, il est présenté une première fois en 1968, puis fait l’objet d’une publication en 1972 (A Personal Computer for Children of All Ages, [PDF]). Le Dynabook est conçu comme un ordinateur que peuvent utiliser les enfants : Kay est un constructiviste qui croit que l’ordinateur peut être utilisé comme outil pédagogique à condition que l’enfant soit acteur de l’informatique (qu’il développe des programmes pour répondre à des problèmes, par exemple). Le format tablette est le plus solide grâce à sa construction monobloc, et le Dynabook est équipé d’une connexion au réseau sans-fil.

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La maquette (en carton !) du Dynabook, tenue par Alan Kay.

Le Dynabook ne sera jamais rien de plus qu’un concept, mais un concept qui aura une influence considérable : on retrouve ses idées dans le projet OLPC, mais aussi dans plusieurs produits imaginés et développés par Apple, pour laquelle Alan Kay a travaillé pendant 13 ans.

Le premier projet de tablet computer frappé d’une pomme est conçu par Frog Design en 1983 : il s’agit à l’époque non pas de concevoir un produit qui sera commercialisé, mais d’imaginer le design des futurs produits Apple. De cette réflexion naîtra Snow White, le langage visuel utilisé par Apple pendant un peu moins d’une décennie, boîtiers blanc cassé et lignes fortes soulignées par des rainures.

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Le Bashful, premier concept de tablet computer Apple. Il servit notamment à fixer le design de l'Apple II.

Agence régulièrement consultée par Cupertino, Frog Design va imaginer d’autres concepts dans la même veine : le 24HourMac (1984), une tablette avec clavier et stylet dont l’écran LCD est tactile ou le BookMac (1985), une tablette Macintosh dont une version permet de téléphoner. Ces trois appareils utilisent une configuration très similaire à celle du Dynabook.

Sculley : Newton, retour vers le futur
Peu après le départ de Jobs, sur fond d’insuccès du Macintosh, John Sculley, devenu PDG d’Apple, cherche une nouvelle voie pour la société. Il la trouve dans le format tablette, qu’il considère pouvoir changer autant les choses que le Macintosh l’a fait avec l’interface graphique et la souris.

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Maquette du Knowledge Navigator.

Il démarre le projet Figaro, qui consiste en un concours entre designers pour concevoir un assistant personnel. Rien ne résume mieux la vision de Sculley que la vidéo de 1987 sur le Knowledge Navigator, l’assistant personnel selon Apple à l’horizon 2010.

Entre 1990 et 1991, Guigiaro, Smart Design ou des équipes internes proposent plusieurs projets de tablettes avec stylet, le projet prenant sur le tard le nom de Newton Plus. Le prix de vente de la dernière itération, le Montblanc, est alors estimé à 4 à 5.000 $. Trop cher pour un appareil trop gros : début 1992, Sculley et ses équipes abandonnent le projet Newton Plus au profit du projet Newton Junior, conçu pour passer dans une poche. Dès fin 1992, un premier concept, le Newton MessagePad Batman, est prêt.

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Un des concepts Figaro.

Entre fin 1991 et début 1993, l’équipe Newton doit faire face à plusieurs problèmes. Le premier est celui du processeur devant l’animer : de processeurs AT&T Hobbit coûteux et surpuissants, Apple passe aux processeurs ARM, joint-venture entre Acorn, VLSI et la firme de Cupertino. Le deuxième est celui de la taille : aucun Newton ne rentrera dans une poche de pantalon (le port PCMCIA empêchant sa miniaturisation), mais les équipes d’Apple ont notamment travaillé sur sa finesse.

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Figaro Montblanc.

Le troisième, et certainement le plus important, est celui de la concurrence interne avec d’autres projets : alors que le projet Newton devient une réalité avec la mise sur le marché du MessagePad 100 en août 1993, l’équipe Macintosh a présenté plusieurs concepts de tablettes. Elles ont deux particularités : elles utilisent Mac OS et non Newton OS, et sont modulaires (clavier détachable, voire même système de station d’accueil les transformant en Mac complet, etc.).

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Newton Batman.

Un des modèles parmi les plus aboutis, le Folio, est présenté en interne à l’été 1992 : il a été dessiné par Jonathan Ive, designer chez Tangerine, à l’époque consultant chez Apple pour le design des Powerbook. La firme de Cupertino l’engagera dans la foulée, et il travaillera notamment au design des premiers Powerbook, du MessagePad 110/120/130, ou du Spartacus, pour ne citer que quelques-uns des produits conçus avant sa nomination à la tête du département design industriel d’Apple.

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Un projet d'écosystème autour d'une tablette Mac. L'écran est la tablette elle-même, avec son stylet. Elle peut être connectée à une station d'accueil qui la transforme en ordinateur conventionnel avec clavier et trackpad. Divers périphériques peuvent y être connectés.

Le dernier projet d’Apple dans le domaine des tablettes avant le retour de Steve Jobs remonte à 1993 avec le projet MessageSlate, une sorte de version « maxi » du MessagePad. Bien que prêt pour la production, le premier concept, le Bic, ne sera fabriqué qu’à moins de 50 exemplaires en interne. John Sculley, père du Newton, quitte Apple le 15 octobre 1993 après avoir été démis de ses fonctions de PDG. Le projet, miné par l’insuccès des différents modèles de MessagePad, est arrêté en février 1998 et même transformé en filiale d’Apple, Newton Inc. À son retour aux commandes d’Apple, Steve Jobs finira par tout simplement supprimer toute trace du projet Newton du catalogue et de l’organigramme de la firme de Cupertino.

iPad : les aventuriers de la rumeur perdue
L’idée d’une tablette Apple ressurgit pourtant bien vite : dès novembre 2002, Matthew Rothenberg d’eWeek parle d’une tablette 8“ utilisant Mac OS X et un processeur PowerPC, à présenter début 2004. Et début 2004, on a bien entendu parler d’une tablette Apple, mais par le biais d’un dépôt de modèle (D504,899, déposé le 17 mars 2004). Apple l’obtient le 10 mai 2005 : la publication d’illustrations d’une tablette ressemblant à un iBook sans clavier va être le coup d’envoi d’une longue attente parsemée de rumeurs.

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De 2005 à 2007, on parle d’une tablette utilisant un processeur Intel, avec OS X ou une version modifiée de Mac OS X. À l’époque, Apple travaille déjà sur ce qui va devenir l’iPad, comme l’a confirmé Steve Jobs lors d’une intervention à la conférence D8. Contrairement au projet Newton, le projet K48 est conçu dès le départ pour ne pas utiliser un stylet, contrairement au système Tablet PC alors lancé par Microsoft : « j’ai eu cette idée de me débarrasser du clavier et de pouvoir taper à plusieurs doigts sur un écran, et j’ai demandé à mes équipes s’il était possible de concevoir un écran multitouch, sur lequel je pourrais poser mes mains, et taper. », explique Steve Jobs. Le PDG d’Apple place cette idée « au début des années 2000 » — selon nos propres informations, il s’agirait plutôt de 2004.

Apple réfléchit aussi à la possibilité de se lancer dans la téléphonie, après s’être lancé dans le marché des baladeurs avec l’iPod. Jobs prend rapidement la décision de suspendre le développement de la tablette pour appliquer ses avancées au projet de téléphone : des fournisseurs affirment pouvoir lui fournir en quantité des écrans capacitifs ; il est convaincu de l’intérêt de certains éléments d’interaction, dont le défilement inertiel. Alors que les premières pistes avaient envisagé d’ajouter une fonction téléphonie et navigation Web à l’iPod avec un OS basé sur Linux tirant parti des avancées logicielles du projet Purple, basé à Paris, le projet Purple 2, à Cupertino, repart d’une feuille blanche à partir du projet K48. Apple fait l'acquisition des équipes et de la propriété intellectuelle de FingerWorks, société spécialisée dans le tactile multipoint (notamment dans le domaine des gestes) et les claviers virtuels. Début 2007, l’iPhone est présenté.

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Les rumeurs, qui ont horreur du vide, vont vite repartir de plus belle : en 2009, AppleInsider a presque tout bon, voyant une tablette 10“ qui serait une sorte de gros iPod touch avec une connexion 3G, lancée début 2010 pour 700 $, et équipée d’un processeur ARM. Presque tout bon : à l’époque, tout le monde croit encore que la tablette d’Apple sera une tablette Mac à la manière du Modbook d'Axiotron.

Mais l’animal présenté par Steve Jobs le 27 janvier 2010 est bien différent.

Tablettes : la nouvelle génération
L’iPad hérite de cette longue histoire : Apple avait contribué à la création d’ARM avec Acorn et VSLI pour développer la puce ARM6 de la gamme MessagePad ; Apple s’est entouré des meilleurs spécialistes d’ARM, faisant l’acquisition de PA Semi et d’Intrinsity et collaborant avec Samsung pour concevoir l’A4, la puce de l’iPad. Et de la même manière qu’une certaine tension était née entre les projets de tablettes sous Newton OS et les projets sous Mac OS, l’utilisation d’iOS pour l’iPad fait dire à certains qu’elle « n’est qu’un gros iPod touch » et sera donc un échec.

Les premiers acheteurs ne se posent pas tant de questions, convaincus par le discours développé par Apple, qui fait de sa tablette un appareil « magique et révolutionnaire », dont la fonction découlera de sa forme plus naturelle, plus intime, plus proche que celle de l’ordinateur personnel qui se dresse comme un mur devant l’utilisateur.

Le lancement de l’iPad, d'abord aux États-Unis uniquement et en deux temps (3 avril pour la version WiFi, 30 avril pour la version 3G), est accompagné d’une publicité en forme d’hommage au lointain ancêtre, le Newton.

Les ressemblances s’arrêtent là : l’idéal du Newton est en quelque sorte exaucé par l’iPhone et l’iPod touch (portabilité, assistance personnelle, etc.), alors que l’iPad ne reprend pas certains autres concepts du PDA de Sculley (ouverture aux écosystèmes tiers, ports standards, reconnaissance de l’écriture manuscrite). Dur de dire donc si cet iPad est un digne descendant du Newton (ou même du concept de tablette Newton) : alors que l’Apple des années 1990 plaçait le Newton dans la rue et au bureau, l’Apple des années 2010 place l’iPad au fond du canapé.

Alors que le Newton a été un échec, l’iPad est un succès incontestable — il faut dire que le visage de la firme de Cupertino a entre-temps bien changé, empêchant un peu plus toute forme de comparaison, qui n'aurait que peu de sens. Apple en vend 300.000 le premier jour de sa commercialisation. Un mois plus tard ? Un million. Encore un mois et neuf pays plus tard ? Un million de plus.

En un trimestre, Apple vend donc 3,3 millions de tablettes. Trois mois plus tard, elle en vend 4,188 millions. En moins d'un an, la firme de Cupertino a vendu 14,8 millions d'iPad. Les analystes avaient prévu un chiffre entre 3 et 3,5 millions d'unités — cinq fois au dessous.

skitched

Loin du Tablet PC et de son stylet adoré par Bill Gates mais décrié par Steve Jobs, l'iPad a défini une nouvelle catégorie aux frontières encore un peu floues : certains lui mis l'étiquette de « tablette média » (secteur sur lequel elle tiendrait alors 90 % de parts de marché), d'autres la considèrent comme un ordinateur personnel au même titre que le Mac (Apple serait donc le numéro 3 mondial de l'informatique personnelle, devant Dell).

L'iPad est d'abord un grand écran, et elle accède avec l'iTunes Store à un choix très large de contenus, tandis que l'App Store lui offre 60.000 applications dédiées. Il a donc suscité de nombreux espoirs, notamment dans le monde de la presse et de l'édition, qui a vu dans l'App Store et l'iBookstore de nouveaux débouchés. Les espoirs font aujourd'hui place aux désillusions, ou plutôt au retour à la réalité après que certains se sont laissés emporter par le discours de Steve Jobs. Ce sera un des défis d'Apple : prouver que son modèle, au-delà des chiffres, est viable et sain, et qu'il peut être la base non pas seulement de jolies histoires de startups du casual gaming, mais aussi de projets ambitieux de sociétés et fournisseurs de contenu de premier plan.

skitched

Bref, l'iPad, qui hérite d'une longue histoire chez Apple, vient à la fin d'un cycle tout en en ouvrant un nouveau. Mais de nombreuses questions restent en suspens : ce format durera-t-il dans le temps où n'est-il qu'une mode ? Les frontières entre Mac et iPad continueront-elles à s'effacer pour redéfinir l'ordinateur même chez Apple ? Ou peut-être plus simplement et plus près de nous : l'écran Retina sur l'iPad 2, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ?

Quelques références
Toutes les images de la première partie de cet article proviennent de Paul Kunkel, AppleDesign : The Work of the Apple Industrial Design Group, Watson-Guptill, New York, 1997. Sur le Newton : Message-Pad.net et le site du RANDOM. Sur les rumeurs ayant précédé iPad : les archives de iGeneration sur la tablette Apple.

Windows 7 et Android pas encore prêts pour les tablettes

| 20/10/2010 | 15:21 |  

Lors de la présentation de Windows Phone 7, Steve Ballmer a réaffirmé le fait que son OS mobile n'était conçu que pour les seuls smartphones. S'il attend encore de voir l'évolution du marché pour se faire un avis définitif, il pense que pour le moment Windows 7 et sa déclinaison Windows CE 7 sont mieux armés. Pourtant partenaire de Microsoft, Lenovo a un tout autre avis : pour le fabricant chinois, Windows 7 n'est pas adapté aux tablettes.

Howard Locker, directeur technique de Lenovo, explique en effet « que le problème avec Windows 7 est qu'il est basé sur le modèle de l'informatique de 1985 — il a une interface optimisée pour le clavier et la souris ». Pour Ballmer, la force de Windows 7 est justement l'héritage de ces années de développement, qui lui permet de tourner sur toutes les configurations.

Lenovo ne compte pas concevoir de tablette utilisant Windows 7, même avec une interface adaptée. La société chinoise préfère se tourner vers Android, mais pas avant l'été 2011. Google déconseille en effet d'utiliser Android 2.2 Froyo sur les tablettes, contrairement à ce que fait Samsung par exemple, ce qui n'avait pas manqué d'être ironiquement relevé par Steve Jobs (lire : Steve Jobs égratigne RIM et Google).

Alors qu'on attendait les premières tablettes avec un Android parfaitement adapté pour la fin de l'année, il semble qu'il faudra attendre au moins 3 mois de plus : sans que l'on ne sache vraiment pourquoi, Google a repoussé la validation des spécifications de la tablette de HTC au printemps 2011. La société taïwanaise est pourtant un des partenaires privilégiés de Google, allant jusqu'à produire son Nexus One, et elle devait concevoir une tablette haut de gamme utilisant la plateforme Tegra 2. D'ici à sa sortie, cette tablette HTC pourrait utiliser Android 3.5 Honeycomb, qui devrait être parfaitement adaptée aux tablettes.

C'est donc Motorola qui devrait dégainer la première, avec une tablette sous Android 3.0 (en grande partie optimisé pour les grands écrans) qui arriverait d'ici la fin de l'année. Une confusion qui pourrait profiter à l'iPad qui, malgré le manque de caméra ou de la toute dernière génération de processeurs ARM, sera la seule tablette à profiter des fêtes de fin d'année. Le temps que ces tablettes aux spécifications à peu près arrêtées sortent, la firme de Cupertino pourrait avoir eu le temps de revoir de fond en comble la sienne, et proposer un iPad v2 qui leur serait supérieur.

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