Déployé dans les années 80, l'IPv4 — qui définit des adresses IP codées sur 32 bits — est dépassé et son successeur, l'IPv6, existe depuis longtemps. Mais la mise en place de l'IPv6 est parfois un peu laborieuse… sauf dans un pays européen que vous connaissez bien : la France. Selon l'Arcep, l'Hexagone est champion du monde dans ce domaine1.
Sans entrer dans des détails techniques, il faut retenir deux choses (en schématisant). Premièrement, il y a une pénurie d'IPv4 : il existe environ 4,3 milliards d'adresses IP différentes et certaines sont réservées. Depuis des années, les opérateurs doivent donc partager les IP entre plusieurs clients, les acheter (et les vendre) à prix d'or, etc. En IPv6, il est possible d'avoir 667 millions de milliards d’adresses pour chaque millimètre carré de la surface de la Terre.

Deuxièmement, IPv4 et IPv6 ne sont pas compatibles nativement. Un client IPv4 ne peut pas accéder à un serveur IPv6… et un client IPv6 ne peut pas accéder à un serveur IPv4. Dans les faits, même s'il existe quelques solutions, la voie la plus courante est d'assigner une adresse IPv4 et une adresse IPv6 aux appareils.
Une évolution lente
L'Arcep explique que le but, à long terme, est de se débarrasser de l'IPv4. La première étape — en cours— est donc de passer la majorité des connexions grand public en IPv6, en parallèle de l'IPv4. Les étapes suivantes consisteront à se débarrasser peu à peu de l'IPv4 en privilégiant l'IPv6.
Fin 2025, en France, c'est déjà à peu près le cas pour les offres fixes : 94 % des clients sont connectés en IPv6 dans le monde grand public. Dans le monde mobile, c'est un peu plus faible, mais tout de même élevé : 83 %. Dans les deux cas, c'est une évolution importante : 7 points de plus en un an sur le fixe, 13 sur les mobiles. L'Arcep s'attend à ce que la quasi-totalité des clients fixes utilise IPv6 fin 2028, et les seuls clients encore en IPv4 uniquement seront probablement ceux sur des offres ADSL ou câblées.

Du côté des sites web, c'est nettement plus compliqué : l'Arcep indique que seuls 38 % sont accessibles en IPv6, une évolution lente (3 % de plus en un an). Pour les serveurs email, c'est encore pire : 25 % fin 2025, 23 % l'année précédente.
Dans la pratique, il y a un bémol : les offres professionnelles. Bouygues Telecom est à 96 %, Free Pro à 100 %, mais une partie des clients d'Orange sont encore en IPv4 uniquement (70 % d'IPv6) et ceux de SFR sont majoritairement en IPv4 (36 % en IPv6). Dans le monde mobile professionnel, Orange, SFR et Bouygues dépassent 85 %, mais Free n'a pas encore activé en masse l'IPv6, avec seulement 2 % de clients en IPv6.

Pour cette première étape, la principale, de la migration d'IPv4 vers IPv6, la France est en bonne position : 75,6 % des connexions sont IPv6 au global (offres grand public et professionnelles). Le pays est au même niveau que l'Inde (75,1 %) et devant l'Allemagne (65,4 %).
Les prochaines étapes, selon le rapport de l'Arcep, vont être de généraliser l'IPv6 dans le monde professionnel (ce qui n'est pas encore le cas), de généraliser l'IPv6 dans les serveurs pour les hébergements (où l'IPv6 est minoritaire), d'abandonner l'IPv4 dans les offres de connexion et enfin d'abandonner l'IPv4 pour les serveurs. Pour se donner une idée, sur un échantillon limité à quelques domaines nationaux, l'Arcep indique que 0,05 % des sites étaient accessibles uniquement en IPv6.
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Pas en football, désolé. ↩︎
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