Le plan de licenciement de Mozilla pourrait menacer son avenir

Nicolas Furno |

L’annonce du licenciement de 250 personnes par la fondation Mozilla n’est pas seulement une mauvaise nouvelle pour tous les emplois perdus. En abandonnant ainsi un quart de ses effectifs, le créateur de Firefox va perdre beaucoup plus que des employés. C’est toute l’originalité de la fondation et on pourrait dire sa raison d’être qui pourrait désormais être menacée.

On sait que le plan social a touché plus durement les équipes impliquées dans des projets d’avenir, à l’image de celle qui écrivait Servo. Ce moteur de rendu devait être le futur de Mozilla et remplacer à terme Gecko, le moteur actuel de Firefox. C’est un projet ambitieux lancé en 2012 et qui est toujours très loin d’être finalisé, malgré une alpha distribuée depuis 2016. C’est un vrai pari sur l’avenir, avec plusieurs avantages technologiques par rapport aux autres moteurs de rendu, mais également un travail immense à accomplir pour en faire une alternative complète.

Servo en 2016.

C’était aussi probablement un projet coûteux à mener, alors que la fondation essaie de réduire ses dépenses. Cet objectif se retrouve aussi dans les autres projets touchés, dont les MDN web docs, le site de documentation le plus complet à destination des développeurs web. Vous l’avez sûrement croisé si vous avez cherché un jour une explication sur une fonction en HTML ou en CSS, c’est une vraie bible et même si Mozilla assure que le site n’est pas en fin de vie, la réduction des moyens humains aura forcément un impact.

Même ambiance pour les outils de développement de Firefox, qui ne devraient pas disparaître, mais qui ont perdu une partie de leurs développeurs. Ces outils sont parmi les meilleurs pour les créateurs de site web et l’inspecteur web du navigateur de Mozilla fait figure de référence. Même s’ils resteront en place dans le navigateur, pourront-ils garder ce statut de référence avec une équipe réduite ?

D’autres équipes ont été partiellement ou complètement touchées, dont celle qui se charge de la gestion des risques et incidents, celle responsable des relations avec les développeurs web ou encore celle qui gérait le projet WebXR, de la réalité augmentée ou virtuelle dans le navigateur. On ne sait pas encore si Mozilla s’est séparé entièrement de ces branches et projets, ou s’il s’agit « seulement » d’une réduction de leur envergure.

Les outils de développement intégrés à Firefox.

Avec ces changements, Mozilla change de stratégie et s’éloigne des projets de long-terme appelés souvent à devenir des standards du web, au profit d’une approche plus facile à rentabiliser. Ce n’est pas un mystère d’ailleurs, la fondation a justifié le départ de 250 personnes par une quête de rentabilité et la volonté de se concentrer sur des produits commerciaux, dont un VPN. L’objectif est aussi de moins dépendre de Google, qui finance toujours la majorité de ses activités en échange de sa place de moteur de recherche par défaut.

L’accord en cours entre Mozilla et Google ne devrait pas être menacé cette année et ZDnet croit savoir qu’il sera reporté pour trois ans de plus, à raison de 400 à 450 millions de dollars par an. C’est ce qui rend ce plan social aussi difficile à comprendre. Si les comptes n’étaient pas dans un état catastrophique, pourquoi arrêter des projets aussi utiles à l’avenir de la fondation ou au monde du web en général ? À terme, est-ce que Firefox ne sera pas obligé d’abandonner Gecko et d’opter à son tour pour Chromium, le moteur de rendu de Google, comme le prédit l’ancien CEO de Mozilla ?

On n’en est pas encore là, mais le message envoyé par ces départs n’est pas très positif. Des départs qui devraient toutefois faire l’affaire des concurrents de Mozilla et notamment d’Apple, dont les employés ont multiplié les appels sur Twitter pour signaler des opportunités dans de nombreuses équipes. La fondation a aussi ouvert un site pour mettre en avant les profils de ses anciens employés.

avatar Steve Molle | 

C’est quoi Mozilla ?

avatar Rcsf76 | 

@Steve Molle

Très drôle. On va perdre le seul navigateur qui nous respecte plus ou moins. Encore une fois les gros gagnent. Tous ça car les moutons suivent les gros.

avatar Rom 1 | 

@Rcsf76

Suis d’accord mais faut dire que Firefox a bien contribué par ses choix à ce que ses utilisateurs (et surtout les plus motivés) partent dans les bras des autres.

Doit-on soutenir de manière jusqu’au-boutiste une organisation qui s’est beaucoup fourvoyée sous prétexte qu’ils défendent (un peu) mieux nos intérêts ? Je ne fais que poser la question, je n’y réponds pas mais tout n’est pas la faute de l’internaute, c’est plus compliqué.

avatar marc_os | 

@ Rom 1
Pourrais-tu préciser stp :
1. en quoi « Firefox a bien contribué par ses choix à ce que ses utilisateurs partent dans les bras des autres » ?
2. en quoi cette « organisation [...] s’est beaucoup fourvoyée » ?
Merci.

avatar YetOneOtherGit | 

@marc_os

A titre personnels je pense que quelques soit les choix et la qualité des propositions la bataille ne pouvait qu’être perdue face au rouleau compresseur des solutions propriétaires.

Ce n’est pas que je m’en réjouisse mais c’est le type de bataille qui ne peuvent qu’être perdues sur le long terme 😩

avatar byte_order | 

@YetOneOtherGit
> Ce n’est pas que je m’en réjouisse mais c’est le type de bataille qui ne peuvent
> qu’être perdues sur le long terme

Et pourtant une majorité d'ordinateurs et d'appareils électroniques fonctionnent dans le monde sur des fondations qui sont issues de projets open source plutôt que propriétaires...

avatar YetOneOtherGit | 

@byte_order

"Et pourtant une majorité d'ordinateurs et d'appareils électroniques fonctionnent dans le monde sur des fondations qui sont issues de projets open source plutôt que propriétaires...
"

Je parle de produits B2C où l’utilisateur a une liberté de choix d’installation.

Et le fait qu’Android, par exemple, repose sur un noyau Linux ne change rien à mon constat c’est un choix opéré par les industriel pas part les clients.

je suis très loin d’être un opposant modèle Libre/Open, mais force est de constater ses limites sur un marché B2C concurrentiel.

avatar byte_order | 

@YetOneOtherGit

> Je parle de produits B2C où l’utilisateur a une liberté de choix d’installation.

Ah, okay, comme tu semblais reposer la raison sur le fait que les solutions étaient propriétaires ou pas.

Perso, Chrome étant largement open source, Android tout autant, de mon point de vu ce n'est pas une question d'open source vs proprio, c'est une question de gros moyen marketing vs peu de moyen. Aka l'éternel histoire de David contre Goliath.

> mais force est de constater ses limites sur un marché B2C concurrentiel.

C'est surtout parce que la machine Marketing a bien plus d'impact sur l'utilisateur lambda, qui en large majorité est un suiveur plus qu'un érudi (et c'est logique, il a d'autre chose à faire).

Comme le modèle open n'a jamais eu officiellement l'intention de devenir acteur économique majeur, c'est pas bien grave.
Ce qui l'est plus, par contre, c'est l'échec à sensibiliser suffisament bien l'utilisateur lambda de l'importance pour *sa* liberté dans sa vie numérique de pouvoir garder le contrôle final dessus, une position où le modèle open source a pourtant une position interessante à jouer.

Comme toujours, il faut que les gens sentent les murs de la prison se rapprocher pour qu'ils ouvrent les yeux sur leur capitivité...

avatar YetOneOtherGit | 

@byte_order

Chrome n’est pas Chromnium 😉

Et la PDM de Chromnium est marginale.

Nous sommes bien d’accord sur ce qui manque aux projets adhérents à la vision de la FSF c’est la puissance marketing.

avatar YetOneOtherGit | 

@byte_order

"C'est surtout parce que la machine Marketing a bien plus d'impact sur l'utilisateur lambda"

Là tu es dans le truisme qui ne change pas la nature du constat sur l’efficacité du marketing dans ce contexte 😎

avatar YetOneOtherGit | 

@byte_order

"Comme le modèle open n'a jamais eu officiellement l'intention de devenir acteur économique majeur, c'est pas bien grave."

Tu parles d’open je parle de free et le mouvement avez bien comme intention de changer la donne aussi sur le pan B2C du business, c’était l’utopie initiale.

avatar YetOneOtherGit | 

@byte_order

"Ce qui l'est plus, par contre, c'est l'échec à sensibiliser suffisament bien l'utilisateur lambda de l'importance pour sa liberté dans sa vie numérique de pouvoir garder le contrôle final dessus, une position où le modèle open source a pourtant une position interessante à jouer.

Comme toujours, il faut que les gens sentent les murs de la prison se rapprocher pour qu'ils ouvrent les yeux sur leur capitivité..."

Nous parlons bien du même échec d’une vision qui c’est confronté à la puissance du marketing qu’elle a longtemps méprisée.

Je crois que tu es comme moi de la génération qui a connu les emballement autour des visions de Stallman, qui a vue un potentiel avenir de l’informatique libéré du joug des majors.

A titre personnel c’est quand j’ai complété mon parcours technique par un MBA que j’ai réalisé notre naïveté et notre aveuglement de techniciens devant bien des considérations de marché et de marketing.

avatar Rom 1 | 

@marc_os

Je le dis dans un autre commentaire plus bas : « Ils m’ont perdu au moment où toutes les extensions devenaient incompatibles et l’interface de Firefox non personnalisable qui copie Chrome, c’est-à-dire après la 52 ».

Courir derrière Chrome, notamment en accélérant les versions, était une mauvaise stratégie. Les individus préfèreront quasi toujours l’original à la copie.
Les possibilités de personnalisation sont moins importantes qu’avant. Alors après je suis d’accord, je ne représente pas l’utilisateur lambda.

avatar romainB84 | 

@Rcsf76

Petit débat philosophique :
« Si tout le monde arrêtait d’être un mouton (par définition de faire comme tout le monde)... est ce que du coup, ça ne ferait pas de nous tous des moutons? »
😉

avatar marenostrum | 

mouton c'est pas un choix. c'est le destin.

avatar romainB84 | 

@marenostrum

avatar occam | 

@romainB84

Brian: You’ve got to think for yourselves! You’re ALL individuals!
The Crowd: Yes! We’re all individuals!
Brian: You’re all different!
The Crowd: Yes, we ARE all different!
Man in crowd: I’m not…
The Crowd: Shut up!

avatar YetOneOtherGit | 

@occam

Mais n’oublie pas :

avatar byte_order | 

@romainB84
> Si tout le monde arrêtait d’être un mouton (par définition de faire comme
> tout le monde)... est ce que du coup,
> ça ne ferait pas de nous tous des moutons? »

1) si tout le monde se met à faire systématiquement différement, par définition, y'a plus de troupeau ni de comportement de moutons. Cela ferait de nous tous non pas des moutons mais au contraire que des individus sans aucun comportement commun, donc aucun lien.
Donc, cela tuerait le "nous" ainsi que le "tous", en pratique.

2) même dans un troupeau de moutons, y'a toujours un (faible, certes) pourcentage d'individu qui ne fait pas comme les autres. Déjà, par définition, son leader, mais souvent également quelques éléments qui contestent justement son leadership.

3) le comportement gregaire est principalement motivé par des raisons de survie, le groupe étant l'outil de cette survie. Le choix d'un type de technologie n'a pas grand chose à voir avec les instincts de survie mais bien plus avec le marketing et/ou la paresse d'essayer des alternatives.

avatar ValentBay | 

@Rcsf76

Merci ! 🙏🏼👍🏼

avatar romainB84 | 

@Rcsf76

Mon nom c’est rcsf76.... et je suis un anticonformiste.
Penser comme un mouton pour moi, maintenant ... it’s over!
Je pense différemment PAAAF.
S’tu m’cherches trop... jte transforme en « fanboy » ... « meeeeeehhhh » un moutooooon.
Parce qu’on est tous un peu mouton... tu sais.
Je suis rcsf76 et je suis un anticonformiste.
Et toi? A quoi tu joues ?

😉

avatar mk3d | 

@Rcsf76
Le but du mouton

avatar marc_os | 

mouton noir ?

avatar vince29 | 

Donc il va rester un CEO (très) bien payé, des Chief Happiness Officers et le département "Diversity and inclusion".

avatar Maestrorocco | 

@vince29

Exactement c’est le plus important 🤣

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