MobileOne 2019 : l’âge de la maturité pour les apps mobile

Florent Morin |

La conférence européenne des professionnels du mobile, la bien nommée MobileOne, s’est tenue les 13 et 14 novembre 2019 aux Docks de Paris, l’occasion de découvrir l'état du marché et ses nouvelles tendances. Au programme : plus d’une trentaine de conférences pour une soixantaine de conférenciers et de nombreux partenaires venus partager leurs retours d’expérience avec les quelque 2 000 professionnels attendus pour l’événement.

L’âge de la maturité

Par rapport à l’édition 2018, la stratégie de conception d’une app mobile était assez peu présente. Les promesses autour des apps hybrides et autres PWA ne sont plus vraiment d’actualité. Elles ont leur place sur les stands de quelques agences, mais plus du tout dans les sessions, le retour d’expérience négatif de Betclic sur le sujet l’an dernier ayant probablement refroidi les plus aventureux.

Vincent Fillon (Air France) rappelle les promesses sur-évaluées des PWA. Image Florent Morin / MacGeneration.

Aujourd’hui, la conception des apps mobiles ne laisse plus tellement la place aux solutions intermédiaires. Au contraire : le mobile semble devenir la pierre angulaire de la stratégie numérique des entreprises. Dès lors, tous les moyens nécessaires sont déployés pour arriver au meilleur résultat possible. Sans compromis sur la qualité.

Génération Snapchat

La génération Z (née à partir de 2000) a bien grandi ! Cette génération née avec le mobile et utilisatrice de Snapchat, Instagram, YouTube, Netflix et autres TikTok n’a que faire du « web à papa ». Facebook, c’est pour les vieux !

Ce sont de nouveaux consommateurs qui arrivent sur le marché. Et ils ne consomment pas du tout comme leurs ainés. La génération Z est exigeante et veut que les marques s’inscrivent dans son quotidien. On ne surfe pas pendant deux heures pour acheter un billet d’avion : on réserve depuis Messenger, on suit sa valise depuis l’app Air France et on est informé en direct avec les notifications push. C’est tout un écosystème qui se met en place autour du consommateur.

L’heure n’est plus à démontrer l’intérêt du mobile dans la stratégie commerciale : c’est aujourd’hui une évidence. Les équipes mobiles deviennent maintenant aussi grosses que les équipes web et leur stratégie est élaborée avec rigueur et détermination.

La modularité au service de l’efficacité

Les apps de nombreux grands groupes sont de plus en plus conçues pour être pilotées depuis un service web. Pour faire simple, les développeurs mobiles conçoivent des solutions techniquement robustes mais ne s’occupent pas du contenu. Tout est contrôlé à distance, y compris l’agencement des écrans.

Cela permet de faire évoluer l’app sans avoir à la publier de nouveau sur l'App Store ou Google Play et sans avoir à remettre les mains dans le code. C’est ce que l’on appelle couramment le « low-code ».

Zalando utilise sa plate-forme AppCraft pour accélérer le développement mobile. Image Florent Morin / MacGeneration.

Des apps comme myCanal, Getaround ou Zalando, dont des représentants étaient présents à la conférence, utilisent ce type de conception. Ses adeptes présentent le résultat comme satisfaisant, aussi bien pour eux que pour les utilisateurs. L’enjeu : pouvoir faire évoluer son app rapidement tout en conservant une qualité optimale.

Une qualité sans cesse améliorée

La qualité est devenue un sujet majeur depuis que les apps mobiles sont prises au sérieux. Dès lors, celle-ci est mesurée en permanence. Cette mesure de la qualité est faite notamment grâce aux tests utilisateurs (avec de vraies personnes) et grâce aux tests automatisés.

Solocal a choisi la solution Applause afin d’effectuer des tests utilisateurs en conditions réelles : le fameux « crowdtesting » semble porter ses fruits. En premier lieu, la diversité des appareils des utilisateurs permet des tests plus approfondis que ceux réalisés en interne. Et, comme les testeurs sont aussi des consommateurs, cela permet de détecter les parcours les plus courants. La vigilance est placée là où c’est le plus nécessaire.

Pour les tests automatisés, les solutions « hybrides » comme Appium semblent délaissées au profit de la solution intégrée à Xcode pour iOS et Espresso pour Android. Ces dernières semblent mieux s’intégrer au workflow des développeurs. Le tout est savamment orchestré par le très populaire fastlane et exécuté sur des plate-formes comme Bitrise.

Garder le lien avec l’utilisateur

L’événement était sponsorisé par Batch, le CRM de notifications push du moment : tout un symbole.

La néo-banque des 12-25 ans Kard est fan de Batch. Image Florent Morin / MacGeneration.

La stratégie autour des notifications push s’est affinée de sorte à conserver un lien fort avec l’utilisateur sans trop le solliciter. L’idée est vraiment d’améliorer le produit mobile par un usage optimal des notifications. Le tout est agrémenté d’outils de mesure efficaces, en prenant bien soin de respecter à la lettre le RGPD. Évidemment.

Apprentissage automatique : du concret pour les apps

L’apprentissage automatique (machine learning) est de plus en plus utilisé au sein des apps mobiles. L’abandon progressif, au sein des différentes sessions, de la terminologie « intelligence artificielle » au profit du terme approprié est bien la preuve de la maturité du sujet. On ne vend plus du rêve, on vend du concret.

Il y a quelques années, on aurait probablement vu le terme « intelligence artificielle ». Image Florent Morin / MacGeneration.

Certains l’utilisent côté serveur afin de filtrer le contenu indésirable, comme le fait happn pour éviter les annonces « holé holé ». D’autres en font carrément le coeur de leur app mobile, en exploitant pleinement les possibilités offertes par les technologies des smartphones. C’est le cas de l’app PhotoRoom BG. L’idée est simple mais ingénieuse : utiliser l’apprentissage automatique (et la réalité augmentée) afin de retoucher ses photos sans effort.

En parlant de réalité augmentée, c'est un sujet qui commence à pointer le bout de son nez et qui a fait l’objet d’une table ronde pleine de bonnes idées. Certains y voient un usage d’aide à la décision d’achat, par exemple pour vendre du mobilier. D’autres y voient un usage plus pratique, comme le fait de guider un voyageur. Tous s’accordent sur le fait que la réalité augmentée est fiable sur le plan logiciel. Mais l’attente se situe surtout sur les évolutions du matériel. Une affaire à suivre…

Et quelques coups de coeur

La conférence (ici en vidéo) sur le mode sombre présentée par Lunabee était particulièrement intéressante sur le fond et très appréciable par la forme, sur le thème de Star Wars.

Eh oui, Dark Vador est un spécialiste du côté sombre ! Image Florent Morin / MacGeneration.

Les anecdotes de Whoomies étaient aussi particulièrement drôle : comment le « Tinder de la colocation » a été considéré par certains utilisateurs un peu plus comme « Tinder » tout court, dans son approche la plus explicite.

Le « Human Kind Dev Team » de Vinted a montré l’importance de la considération du bien-être des membres d’une équipe de développement. Une démarche appréciable dans un monde où on parle plutôt de ressources et d’organisation.

Sans oublier FollowAnalytics qui a su mettre en place une app B2B efficace, pour Interparfums, avec un budget modeste. L’idée est de faire du « low-code » à l’extrême pour se focaliser sur une intégration avec les outils déjà en place. Le résultat n’est pas transcendant mais il répond très bien à un besoin particulier. Plutôt bien vu au final.

En résumé

Ce qu’a illustré cette édition, c’est un marché qui arrive à maturité et qui n’a plus besoin de faire ses preuves. Les bénéfices des apps mobiles pour les entreprises sont une évidence. Reste maintenant à savoir comment exploiter pleinement leur potentiel de la manière la plus efficace qui soit.

D’un point de vue technologique, maintenant que les professionnels savent construire des apps de qualité, ils se tournent vers l’avenir, notamment l’apprentissage automatique et la réalité augmentée. Un avenir qui s’annonce des plus prometteurs.

Si vous souhaitez en savoir plus sur des sujets abordés dans ce compte-rendu, n’hésitez pas à nous en faire part dans les commentaires. Ils pourraient faire l’objet de futurs articles.

avatar christopher.saez | 

Tres bon article Florent. Merci Macg je n'ai pas pu y assister mais l'année prochaine je corrigerai le tir.
Interressé pour avoir d'autres articles detaillés sur ce sujet :)

avatar nova313 | 

Ayant participé à cet événement, et le même en 2015 (appelé AppDays), je ne peux qu’être d’accord avec le côté maturité.

Mais je trouve ça dommage de délaisser le côté développement pour parler marketing. On ressentait bien que les présentations ont été faites par des personnes issues du marketing, et pour rendre ça encore plus crédible, ont y a envoyé des personnes techniques.

Encore une fois, c’est une différenciation par rapport aux précédentes éditions (plus technique). Cela n’empêche, on peut en retirer pleins d’enseignement intéressant, et pas que dans le cadre mobile.

avatar reborn | 

Très interessant ce retour à la réalité concernant les PWA, Xamarin et cie..

avatar esclandre77 | 

Si vous pouvez approfondir le Machine Learning svp ce serait super !

avatar camao | 

Bonjour à tous.

Merci pour cet excellent article.
Qu’en est-il des devs faits avec des plateformes comme ionic et flutter par exemple ?
Peut on dire aujourd’hui que ces frameworks sont obsolètes ? Dans le sens où le code est compilé ?

avatar Florent Morin | 

@camao

Ionic, Flutter et autres auront toujours un public. Leur avenir dépend de leurs éditeurs respectifs.

Ils ont juste moins été mis en avant que l’an dernier. Leur présence était anecdotique.

L’alternative semble être le low-code. Qui permet de rester avec les outils des constructeurs en répondant à la problématique de coût et de réactivité. Selon les témoignages.

Rien n’est figé. C’est une tendance actuelle.

avatar oomu | 

Vous devriez expliquer le principe de "low code" et fournir une traduction en français du terme.

Ces différentes approches et termes commerciaux (qui tournent autour de la même chose depuis 40 ans) sont à expliquer à un public jeune qui se confronte pour la première fois au développement d'applications via des sites d'actualités comme MacG.

Et fournir un terme en une langue comprise, ça aide à y voir le sens, la pertinence.

avatar franckontheweb | 

Article très intéressant, je veux bien en voir plus oui 🙂

avatar FredMac92 | 

@franckontheweb

Idem

avatar Hatoine | 

Article super intéressant! Faites en plus sur ce sujet

avatar anarion | 

Super article, merci ! En tant que développeur, j'aimerais en lire d'avantage.

avatar camao | 

@FloMo

Merci pour ton retour.
Le truc qui me dérange avec le dev sur le natif est la gestion... devoir gérer d’un côté iOS et de l’autre Android. C’est compliqué quand nous sommes une petite équipe. C’est pour moi tout l’avantage de ces frameworks.

Et question subsidiaire pour les grands connaisseurs :
+ Ionic ou + Flutter ? Pourquoi ??

avatar antoine_b | 

Bonjour,

Pour ma part, ça serait d'avantage flutter, après avoir avoir testé un peu les différents framework (ionic, react native, native script,...).
Car si niveau résultat on peut toujours arriver plus ou moins à une expérience convenable (d'avantage avec un react native) , l'expérience développeur de flutter est vraiment au dessus.
La qualité de la documentation, la qualité des plugins pour utiliser les api natives, la cohérence entre le langage (dart) et le framework est vraiment appréciable. L'installation des outils de travail se fait en quelques minutes et on peut réellement commencer à travailler directement dans un environnement stable sans pb de compatibilité /versions etc.
Je ne dis pas "Flutter bien /les autres pas bien" (bon un peu quand même 😉), mais je trouve que Google ont réussi à faire un framework avec lequel il est plaisant de travailler et du coup, avec une forte productivé.
Et cela sans se faire aux dépends de la qualité finale de l'app qui est réellement native, dans le sens où tout est compilé à la fin en langage bas niveau , au contraire d'un ionic ou react native qui garde un pont avec le javascript.

avatar ashdezoo | 

Bravo l'article !

avatar oomu | 

" La génération Z est exigeante et veut que les marques s’inscrivent dans son quotidien. "

ha, bon.

avatar oomu | 

"L’apprentissage automatique (machine learning) est de plus en plus utilisé au sein des apps mobiles. L’abandon progressif, au sein des différentes sessions, de la terminologie « intelligence artificielle » au profit du terme approprié est bien la preuve de la maturité du sujet. On ne vend plus du rêve, on vend du concret."

voilà un vrai exemple de sagesse. bien.

avatar morpheusz63 | 

@oomu, je vais dans votre sens, le terme IA c'est du marketing, ça n'existera jamais une machine, ordinateur quantique qui veut copier le cerveau.…c'est impossible c'est un travail d'orpheve et titanesque..il faut écouter luc Julia pour comprendre ça..
Et on ce qui concerne l'aricle est bien écrit mais c'est un constat, à moment donné, il y a un telle effet de mode que les tech change chaque année, et pour un dev c'est rédibitoire de se former en permanence…

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