Test de Photoshop CS4 Extended

La redaction |
À peine a-t-on trouvé le temps de prendre ses marques avec la CS3 que la CS4 est déjà là. Pourtant, on aurait mauvaise grâce à maugréer, car la petite dernière possède juste ce qu’il faut de nouveautés pour exciter l’attention. Et encore, une bonne part de celles-ci résident sous le capot, pas visibles immédiatement.


Crédit : E.Sebbag


Malheureusement, une importante innovation de la CS4 trace d’entrée une ligne de démarcation entre Mac et PC. Il s’agit du traitement des données en 64-bits, disponible exclusivement sous Windows Vista et XP 64. Selon Adobe la faute en incomberait à des choix techniques dictés par Apple (voir l'article Pas de 64 bits pour Carbon).

Le bénéfice du 64-bits ne s’observe que si l’on manipule de très gros fichiers, autour de 1 Go et plus. Même pour qui dispose d’un reflex débitant plus de 20 millions de pixels (Canon et Sony), on reste encore éloigné de ces tailles critiques. Mais pour les photographes pros et les studios graphiques opérant sur de très grands formats (style affichage urbain, panoramique…), sans doute pour la première fois dans l’histoire de Photoshop, il y a un avantage (décisif ?) à travailler sous un système griffé Microsoft. Certes la situation ne devrait durer que jusqu’à la sortie de la CS5, mais qui peut prédire quand celle-ci sera prête ?

Encore une remarque sur ce sujet, Photoshop possède de tout temps une inclination irrépressible à écrire pratiquement en permanence des données sur les disques, au détriment des performances. Avec la gestion 64 bits, on serait en droit d’espérer que cela soit moins le cas. Il n’en est rien pour le moment sur un PC compatible 64 bits et il serait temps qu’Adobe freine ce penchant énervant de son logiciel emblématique.


OpenGL fluidifie les tâches
L’affichage au moyen d'OpenGL est l’un des atouts très appréciables de cette CS4. En exploitant le circuit graphique vidéo de certains Mac, Photoshop est à la fois libéré d’une tâche gourmande en temps processeur et plus fidèle en qualité de rendu.

Typiquement avec la CS3 et ses ancêtres, l’affichage était peu fiable sur les valeurs de zoom non entières (genre 33%, 66,7%), avec facilement des effets de moirés et autres artefacts invisibles à 50 ou 100%. Ici le rendu est optimisé quel que soit le facteur d’agrandissement. Le processus de zoom devient très fluide (façon Google Earth) tout comme les déplacements avec l’outil main (avec un effet d’inertie distrayant, un peu comme si l’image glissait toute seule sur sa lancée).

Grâce toujours à OpenGL et à un nouvel outil, la rotation du canevas de travail devient elle-aussi étonnement souple et devrait enchanter les dessinateurs. Sans compter pour ces derniers que la taille des brosses se règle désormais visuellement en glissant souris ou stylet. Dès 501% d’agrandissement, surgit une grille faisant ressortir la structure des pixels pour une meilleure précision (ci-dessous).



Toutefois, avec les outils tampons (duplication et correcteur), l’affichage OpenGL connaît parfois quelques ratés et scintillements, surtout avec les « petites » cartes graphiques. Il faut dire par ailleurs que les tampons proposent désormais un aperçu de la zone clonée directement au bout de la souris ce qui facilite considérablement ce genre d’opérations. En cas de problèmes, cette option OpenGL est facile à désactiver. Sur une machine ne disposant pas d’une carte vidéo compatible, elle est d’ailleurs purement et simplement ignorée.

La CS4 pas plus véloce que la CS3
En terme de vitesse d'exécution (générale) nous n'avons pas relevé de différences entre la CS3 et la CS4. Nous avons utilisé un script qui applique une série d'actions (Éclairage, Halo, Rotation, Sphérisation, Flou, Flou Gaussien, Accentuation, Changement de mode, Taille de l'image). L'image de travail était un jpeg d'une définition de 4288x2848 (9,1 Mo). La machine de test était un MacBook Pro 2,2 GHz avec Leopard (4 Go de RAM). Bilan, les deux CS ont achevé le travail en 10,5 secondes.

benchPhotoshopCS4
Aucun gain (ni perte) de vitesse constaté dans notre test CS3/CS4. Crédit : DP



Une 3D toujours en retrait
La 3D était l’une des innovations saillantes de la version CS3 de Photoshop Extended. Dans la CS4 Extended, Adobe a entièrement repensé cette dimension. Premier bénéfice : la partie 3D est désormais intégrée au reste du logiciel, sans changement de mode. Précédemment, il n’était pas possible d’ajouter des textures, mais seulement d’éditer des textures existantes implantées avec un autre logiciel. Cette restriction est désormais levée et, mieux, il est possible littéralement de "peindre" sur les modèles, comme avec un logiciel spécialisé genre BodyPaint 3D (Maxon).

Pour améliorer le placage des textures, Photoshop sait créer des incrustations UV et on apprécie que les différents outils de tampons ou encore Densité +/- soient opérationnels. Le modèle d’illumination s’est lui aussi considérablement étoffé, mais sa mise en œuvre n’est pas exactement pratique par la faute d’une palette surpeuplée d’icônes.


Entièrement réécrite, la partie 3D est bien mieux intégrée au logiciel, mais le rendu n’est pas encore au niveau des meilleurs logiciels de la discipline.




Prix à payer de ces améliorations, toutes les opérations sont lentes en regard de la CS3. Et surtout, gros soucis, la qualité de rendu est toujours aussi médiocre et irréaliste. Au moins 10 ans en retard sur un Cinema 4D ou un Mental Ray ! Pas très sérieux pour un logiciel de la classe et du prix de Photoshop.

Reste quelques gadgets que vont apprécier les non-spécialistes du domaine comme la possibilité de transformer n’importe quelle image en "carte postale 3D" ou de projeter une photo sur des modèles simples et préfabriqués (cube, canette…), y compris pour créer des images panoramiques à 180° ou plus. Elle sont manipulables en 3D, voire en animation vidéo (version Extended seulement).

Nouvelles options d'interface
On le voit, OpenGL, la 3D et surtout le mode 64-bits, ne sont pas accessibles à tous. Il y a en revanche une foule de nouveautés destinées aux nombreux publics de Photoshop, à commencer par cette nouvelle interface gris neutre.

Comme sous Windows, Photoshop CS4 devient hermétique au bureau en résidant tout entier dans une seule fenêtre. Une bonne idée, car les couleurs d’un fond d’écran influencent la perception globale des couleurs. Cela évite aussi de se retrouver sur le bureau quand on « rate » une palette. Ce mode de fonctionnement n’est toutefois qu’une option, aisément débrayable.

On reste plus dubitatif sur les fichiers s’ouvrant par défaut dans différents onglets de la fenêtre principale du logiciel (style Firefox ou Safari). Les onglets n’affichent en effet qu’une partie du nom du fichier s’il est long, ils s’entassent dans un petit menu à chevrons s’ils sont trop nombreux et surtout court-circuitent Exposé, si pratique pour s’y retrouver rapidement quand de nombreuses fenêtres sont ouvertes (à noter d’ailleurs qu’OpenGL refuse d’opérer au-delà de cinq fichiers ouverts simultanément). Mais là encore, ce n’est qu’une option laissée à la discrétion de l'utilisateur.


Des onglet à l'instar des navigateurs web.


Rénovation de l‘interface toujours, tous les calques de réglages sont réunis dans une palette où les paramétrages s’effectuent sans recours aux boîtes de dialogues modales (sur lesquelles il faut nécessairement cliquer OK ou Annuler). Dommage que la présentation exclusive sous forme d’icônes soit peu évidente à mémoriser (un mode liste, avec ou sans icônes, aurait été plus simple). On aime en revanche les nouvelles facultés d’intervention directe sur l’image pour les Courbes comme pour Teinte/Saturation, à l’imitation du réglage Noir & Blanc déjà opérationnel dans la CS3. Nouveau dans la CS4 (mais emprunté à Camera RAW), le réglage de Vibrance propose un affinement sélectif de la saturation.

Un autre panneau inédit dédié aux Masques (fusion ou vectoriels) offre le paramétrage instantané d’un contour progressif ou de l’opacité, ainsi qu’un lien direct vers d’autres outils d’affinage (contours ou plage de couleurs). Pratique.

Dans le nettoyage global de l’interface opéré avec la CS4, il faut aussi compter avec le changement de certains raccourcis clavier, notamment pour l’accès aux couches (mais il existe déjà un plug-in pour revenir aux anciens !) et la disparition pure et simple de deux filtres : Extraire et Placage de Motifs. Certes le premier produisait des détourages pas très propres et le second des textures impossibles à raccorder, mais nombre d’internautes en avaient trouvé des usages détournés intéressants. Dommage surtout qu’ils ne soient pas remplacés par des filtres réalisant efficacement ce pour quoi ils étaient conçus…

Trois outils anciens jouissent d’un fonctionnement nettement amélioré, il s’agit des Densité +/- et de l’Éponge. Alors qu’autrefois, ils n’avaient pas leur pareil pour délaver ou noircir les pixels, ils respectent désormais les tons de l’image et offrent du coup une alternative intéressante, et d’application locale, à Tons Foncés/Tons Clairs. Utilisés en mode RVB, ils augmentent ou diminuent logiquement la saturation, mais il est facile de contourner cet effet avec le mode LAB. Un bonheur pour la retouche de portrait en particulier.

Etonnante mise à l'échelle
Très spectaculaire est la nouvelle fonction d’Échelle basée sur le contenu. Avec celle-ci, il devient facile d’agrandir ou de réduire une image en gardant en revanche certains éléments de son contenu à l’échelle.


Ici l’image originale…



A droite l’image redimensionnée avec le classique outil Transformation manuelle, à gauche l’image ajustée en hauteur avec le nouvel outil Échelle basé sur le contenu.


Toujours pour réjouir les photographes, il faut compter avec le mode HDR (images à haute dynamique en 32-bits) qui accepte désormais les images jpeg. Intéressant pour compenser les problèmes d’exposition et produire des clichés fourmillant de détails, mais réservé aux sujets statiques.


L'image avant…


puis après le traitement HDR.


Dans le même ordre d’idées, Photoshop propose un mode de fusion pour mélanger plusieurs clichés de la même scène afin d’obtenir une netteté optimale dans toutes les zones de l’image. Mais son exécution est assez lente.


En fusionnant plusieurs images où le point n’est pas fait au même endroit, on obtient un résultat net partout quand les conditions de prise de ne permettait pas de fermer le diaphragme au maximum.


Enfin Camera Raw 5.1, le module dédié au traitement des images "brut de capteur" dispose maintenant d’outils pour intervenir localement sur les images (comme le petit frère Lightroom 2). Facile de corriger un ciel surexposé grâce au filtre gradué, de donner de l’éclat à un regard ou du volume à un visage avec le nouveau de pinceau de retouche. Pour chaque tracé, on dispose d’un contrôle parfait sur l’exposition avec des curseurs pour doser la luminosité, le contraste, la saturation, la netteté du tracé lui-même ; un rêve. Le seul ennui est qu’il faut disposer d’un Mac particulièrement puissant, car sur une machine de moyenne puissance (genre Core 2 Duo autour de 2 GHz), l’inertie au tracé est pénalisante.


Un coup de Filtre gradué dans Camera Raw pour retrouver un ciel bleu saturé. Le traitement Raw fonctionne aussi pour les formats PSD, TIF et JPG.


Petit gadget sympathique dans le nouveau Camera Raw, on peut appliquer un effet vignette (assombrissement des bords de l’image) même après recadrage. Rien de neuf côté traitement du bruit. Un utilitaire complémentaire du genre NeatImage reste toujours un cran au dessus du traitement offert par Camera Raw comme Photoshop lui-même (sauf à être un expert dans le mode Lab).


Vignette, l’effet à la mode du moment est désormais disponible après recadrage.



Bonne surprise côté extensions avec l’intégration du système de création de palettes de couleurs du site Kuler d'Adobe.


Au final, Photoshop CS4 présente un bilan contrasté. Les innovations fusent dans toutes les directions, mais peu sont complètement abouties ou optimisées. Sans doute qu’avec 6 mois de gestation supplémentaires… Mais ne serait-ce que pour les bénéfices de l'utilisation OpenGL, Camera Raw ou les outils Densité rajeunis, il sera difficile de tirer un trait sur cette version.

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avatar PePeLaJoie | 
Attention, lire l'article de Milic sur son site qui prévient pourquoi il faut garder Photoshop CS3! http://www.milic.com/indesign/index.html
avatar Gabone | 
Effectivement, c'est un belle outil !!
avatar pecos | 
Pas franchement convaincu : autant j'avais été époustouflé par l'amélioration de vitesse lors du passage vers la CS3... Mais là : • je ne supporte pas de ne pas pouvoir me servir d'exposé si je ne suis pas en mode "fenêtres" • le tampon, le correcteur et même le LASSO scintillent désagréablement avec une petite carte graphique • avec une grosse CG, le pointeur d'outils ne suit pas les mouvements de la souris. (bizarrement sur mon GMA950 ce défaut là n'apparaît pas ... bug ?) • photoshop a l'air "globalement plus lent" par exemple sur le zoom, sur le changement de mode d'affichage : ça dépote bien plus avec CS3. Même si ces quelques défauts étaient résolus dans une update, j'hésiterais à mettre à jour : la CS3 me semble tellement aboutie pour ce que je fais que la nécessité de changer ne s'impose pas du tout.Et puis, effectivement, ils ont supprimé le filtre "extraire" et "placage de motif". GRRR... La bonne question qu'il faut se poser c'est : « la nouvelle version améliore-t-elle l'ancienne, POUR MON TRAVAIL ? » Si la réponse est "non", aucun intérêt d'investir IMPULSIVEMENT des centaines d'euros dans une MAJ. Surtout que la CS3 était, à tout points de vue, un cru exceptionnel.
avatar Obidjoule | 
Mouais, la gestion du 4 Bits n'est pas suffisant pour passer à Windows... De toutes façons sur les grands formats, rares sont les boites à travailler au format réèl, on fait toujours un travail à un format homotéthique, surtout pour du 4x3... vu la qualité d'impression et l'épaisseur de la trame y'a pas besoin d'une définition de malade...
avatar PECourtejoie | 
>Photoshop possède de tout temps une inclination irrépressible à écrire pratiquement en permanence des données sur les disques, au détriment des performances. Avec la gestion 64 bits, on serait en droit d’espérer que cela soit moins le cas. Il n’en est rien pour le moment sur un PC compatible 64 bits et il serait temps qu’Adobe freine ce penchant énervant de son logiciel emblématique. Certes, il faudrait une version 64 bits, et plusieurs dizaines (centaines lors du travail sur très grandes images) de gigaoctets de RAM utilisées comme RAMDISK, car la mémoire principale est bel est bien sur un disque dur, et la cache dans la RAM. Les SSD (en RAID) vont aider. Ou alors, travailler sans filet (sans historique).
avatar heero | 
Extraire et Placage de Motifs EXISTENT toujours sous photoshop ils sont sur le cd 'CONTENT' dans le dossier 'En Prime' les plug-in de gallerie web, twain et autre se trouve dessus il y a aussi la version telechargeable sur le side de Adobe http://www.adobe.com/support/downloads/detail.jsp?ftpID=4047

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