La finesse nuit-elle à l’autonomie ?

Christophe Laporte |

Finesse et autonomie, est-ce antinomique ? Autrement dit, la finesse des produits Apple nuit-elle à leur autonomie ? Ce poncif revient régulièrement dès qu’on évoque la sortie d’un nouveau produit estampillé d’une pomme. Qu'en est-il vraiment ?

L’exemple des MacBook

L’année dernière, Apple a sorti le MacBook, son ordinateur le plus fin à ce jour. Le portable a ses défauts (ce n’est pas un foudre de guerre et il n’a qu’un port), mais il dispose d’un écran superbe, d’un poids plume (0,9 kg) et ne fait que 13,1 mm d’épaisseur. À ce sujet, on vous invite à lire notre re-test publié récemment.

Et son autonomie ? Apple, qui a toujours été relativement honnête sur la question, évoque une autonomie pouvant atteindre entre 9 et 10 heures dans le meilleur des cas.

Dix ans avant sa sortie, Apple commercialisait déjà un ordinateur 12” : le PowerBook G4, une machine qui avait ses aficionados en raison de son format compact... et qui pesait plus de 2 kg. Son autonomie ? Jusqu’à 5 h 30, ce qui était déjà pas mal pour l’époque.

Comparaison n’est pas raison, on peut tout objecter, mais une chose est certaine et cet exemple le montre bien : les ordinateurs Apple sont devenus plus fins et plus légers au fil du temps, plus puissants également, sans que cela ne se fasse au détriment de l’autonomie. Et c’est bien entendu valable pour le reste de l’industrie !

La batterie des iPhone n’a jamais été aussi grande

L’une des critiques qui revient donc fréquemment, c’est que la finesse se fait au détriment de la batterie. C’est assez inexact. Apple n’a de cesse de miniaturiser les composants qui gravitent autour de la batterie.

Pour le comprendre, une image vaut mieux qu’un long discours. Voici la carte mère d’un iPhone EDGE et d’un iPhone 6s et les batteries respectives des deux appareils. Les photos sont à mettre au crédit d’iFixit.

iPhone de 1re génération
iPhone 6s

Les images ne sont pas à la même échelle, mais on se rend tout de même compte des progrès de miniaturisation d’Apple. Et il va sans dire que les iPhone 2015 sont autrement plus performants et complets.

Phil Schiller ne rate jamais une occasion d'insérer ce graphique lors d'un keynote
Phil Schiller ne rate jamais une occasion de présenter ce graphique lors d'un keynote

Tout en affinant le design de ses appareils, Apple optimise également leur aménagement intérieur. La place gagnée à coup de millimètres carrés sert souvent à la batterie. On a beaucoup reproché à Apple d’avoir supprimé les batteries amovibles, mais en même temps, la batterie n’est plus un simple bloc. À ce jour, l’exemple le plus parlant est sans aucun doute le MacBook. Sa batterie est en fait constituée de plusieurs blocs disséminés à plusieurs endroits. Ces blocs sont par ailleurs étagés, épousant ainsi la forme du châssis.

Si l’on cherche à simplifier les choses, en matière d’autonomie, il y a quatre points à prendre en compte :

  • la taille de la batterie ;
  • sa densité énergétique ;
  • l’optimisation des composants que la batterie alimente ;
  • l’optimisation logicielle.

Même en simplifiant la donne au maximum, on se rend compte à quel point cette problématique est complexe. Concernant les deux derniers éléments, les progrès sont constants. Avec iOS 9, Apple a par exemple (enfin) intégré un mode économie d’énergie lorsque la batterie passe sous la barre des 20 %. Sur le plan logiciel, l’utilisateur a également un rôle important. On pense aux réglages, mais pas seulement : tous les logiciels ne sont pas égaux en matière d’optimisation. Si vous êtes par exemple un gros consommateur de Twitter, amusez-vous à utiliser trois clients différents, chacun pendant deux trois jours. Vous aurez des petites surprises, surtout avec le client officiel…

En ce qui concerne l’aspect matériel, un exemple parmi tant d’autres : les progrès effectués par les puces réseau. À son arrivée, la 4G était présentée comme énergivore. Les iPhone récents se portent mieux désormais quand ils sont connectés en 4G plutôt qu’en 3G. Lorsque l’on parle d’autonomie, on a tendance à omettre ces deux facteurs. Pourtant ils sont cruciaux. On en ajoutera volontiers un autre : la qualité du signal délivré par votre opérateur, même si l’iPhone se débrouille bien mieux qu’avant lorsque le signal réseau est faible.

Mais pour en revenir aux batteries, leur capacité a toujours progressé au fil des versions, à deux exceptions près, l’iPhone 3G et l’iPhone 6s.

La capacité des batteries augmente lorsqu’Apple change de format. C’est logique. Il y a plus de place dans un iPhone 5 que dans un 4s pour loger une grande batterie. Mais ce qu'il faut noter, c’est que la capacité progresse également avec les versions "s".

Apple profite des révisions pour utiliser des batteries plus performantes avec une meilleure densité énergétique. L’iPhone 6s fait exception. Apple a dû faire un peu de place à 3D Touch dans ses appareils. Mais grâce à l’optimisation du logiciel et des composants, l’autonomie sur les modèles 6s est quasi-identique à la génération d’avant.

Le marketing de l’autonomie d’Apple

Que ce soit pour ses tablettes, ses ordinateurs ou ses smartphones, le message d’Apple est limpide : votre produit tient la journée. C’est l’argument martelé par les dirigeants d’Apple, le fameux one day battery life. En chiffre, qu’est-ce que cela donne ? Tous les terminaux iOS et Mac portables ont une autonomie qui oscille entre 8 et 12 heures. Seule exception : l’iPhone SE qui fonctionne 13 heures en 4G.

Comme nous l’expliquions suite à la présentation de l’Apple Watch (lire : Autonomie : je veux un jour… ou six mois), il s’agit d’un message simple à faire passer. Dire que son smartphone tient 18 heures n’est pas vendeur.

D’un point de vue marketing, pour que l’argument de l’autonomie devienne intéressant, il faudrait que le smartphone puisse tenir deux ou trois jours, voire idéalement une semaine. Mais le monde a-t-il envie d’un smartphone de 400 grammes ?

Si l’autonomie ne donne pas l’impression de décoller aussi vite que les progrès des puces ARM en puissance, c’est en partie lié aux faibles progrès techniques réalisés dans le domaine des batteries.

Des investissements considérables sont menés, mais pour l’heure, la densité énergétique des appareils électroniques ne progresse pas aussi vite que la densité des transistors dans les semi-conducteurs. L’une des solutions à moyen terme, ce sont les batteries lithium-soufre qui pourraient accroitre l’autonomie de nos produits de 40 % (lire : Sony : 40 % d'autonomie supplémentaire avec des batteries lithium-soufre… en 2020). Mais d’ici là, sauf miracle, il ne faut pas s’attendre à des améliorations spectaculaires en matière d’autonomie, surtout si nos smartphones continuent à être toujours utilisés pour plus de choses.

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avatar frascorpion | 

Rien à foutre de la finesse !
Je veux plus d'autonomie !

avatar jipeca | 

C'est ainsi que le K10000 à 170 €, mais qui et c'est une autre question c'est vrai n'a pas par ailleurs des performance étonnantes, mais il tient 15 jours en utilisation normale, et 1 semaine en utilisation intensive... Construit n'importe comment il pèse 310 grammes ! Pas 400 !
L'art de raconter n'importe qu et d'exagérer le propos jusqu'à la caricature et à ne plus être crédible !

avatar marenostrum | 

il faut changer de marque alors.
parce que pour le moment c'est la société la plus riche du monde dans son secteur. ça montre que leur stratégie produit est impeccable.

avatar marenostrum | 

sauf que moi j'attends rien de justin bieber. tandis que toi t'attends que apple fait un produit de tes rêves.
d'où mon "changer la marque".

avatar feefee | 

@Ze_misanthrope :

"Et Justin Bieber gagne le plus d'argent dans son domaine, J'espere que tu te bases aussi la dessus pour te faire une idée de la qualité du bonhomme et baser tes choix dessus!"

Moi j'aurais plutôt mis Johnny Hallyday comme exemple , ça marche mieux .
Et puis les 2 ne sont que des chanteurs pas des auteurs , ni compositeurs .
Mais peut être que Johnny c'est ta came , c'est sûrement pour ça ... :-))

avatar byte_order | 

une stratégie produit impeccable ne prouve pas que le produit est impeccable, seulement que la stratégie pour le vendre l'est.

avatar marenostrum | 

ça leur suffit apparement.

avatar YARK | 

Pas mieux :
chez Apple la finesse ressemble souvent à l'inverse : la grossièreté :
rien à foutre non plus d'un iMac superfin.

avatar tilho | 

Vu qu'on s'en balek de la finesse, j'aimerais bien voir ta tête si on remplaçait un iMac par un eMac sur ton bureau, même en supposant qu'ils aient les mêmes performances.

avatar YARK | 

S'il a l'épaisseur d'un eMac, les mêmes performances qu'actuellement, mais qu'en contrepartie, je peux l'ouvrir facilement et l'upgrader, alors ma réponse est simple : je me contrefous tout à fait de l'épaisseur du bidule !!!

avatar Lonesome Boy | 

@YARK :
Apple sort cette machine et c'est un énorme bide assuré, tout en ayant un produit qui ne colle absolument pas à son image, donc ruineux pour son image.

avatar YARK | 

Entre 4cm d'épaisseur et 50 y'a de la marge pour faire un produit correct non ?

avatar dvd | 

En attendant la prochaine révolution concernant les batteries, je pense que le grand public est prêt à accepter quelques mm d'épaisseur pour une autonomie décente POUR LES SMARTPHONES. La course à la finesse propose des désavantages notamment en ce qui concerne la prise en main, la solidité de l'appareil. Qui peut sentir la différence entre 0.5mm et 0.6mm... Est-ce vraiment une valeur ajoutée au quotidien ?

avatar C1rc3@0rc | 

@dvd

+1

Trimbaler un Macbook Air ou un Macbook revient strictement au même, les microns en moins du second ou ses grammes en moins ne changent strictement rien.
Passer de 2 kilo a un kilo on le sent, après cela n'a plus d'importance.

Si je prend l'avion, j'ai 13h, et pas la possibilité de charger ma machine, ben ses 8 heures effectives suffisent pas, donc j'ai besoin de 2 machines, qui cumulées pèsent lourd!

Mon iPhone, je lui demande de tenir 15h, en l'utilisant!

La question n'est pas d'avoir une durée d'utilisation minimale qui soit de 8h, mais une durée d'utilisation maximale qui soit de 12h!

Il faut bien comprendre une chose au niveau industriel: chaque micron gratté, chaque milligramme supprimé, c'est des milliers de dollars d'économie et donc autant de gagné sur la rentabilité. Le Macbook est probablement la machine la plus rentable pour Apple dans la gamme Mac, parce que tout y est optimisé pour que le prix de revient soit le plus bas possible, du choix du processeur, a l'absence de port, et a la finesse.

Les batteries ont évolue depuis 2007, faut pas dire n'importe quoi non plus. Certes l'évolution est pas phénoménale, mais elle est réelle.
Les systemes de gestion d'énergie ont fait eux des progrès monstrueux.

Si les x86 n'ont pas amélioré leur performance énergétique, Intel a réussi a pousser l'optimisation de la gestion énergétique au niveau de l'art: le processeur ne fait rien mais on ne s'en rend pas compte. On est très très loin des Pentium qui faisaient office de radiateur même lorsque le PC passait en veille.

Les ARM ont multiplié leurs puissance en améliorant sans cesse leur efficacité énergétique, et la aussi les systeme de gestion électriques sont plus efficace.

Maintenant le niveau d'optimisation est tel qu'il est difficile de savoir combien on va gagner d'autonomie par milligramme de batterie.
Mais encore une fois, la logique industrielle n'es pas celle du client...

avatar whocancatchme | 

Vous ne parlez pas de "taille" de batterie, vous faites un iPhone épai comme le iPhone 1, me dites pas qu'il tient pas une semaine franchement

avatar C1rc3@0rc | 

C'est tres difficile a savoir en fait, il pourrait tenir aussi bien 3 que 10 jours, c'est le problème de l'optimisation poussé a son extreme: c'est une question de seuil.

Par contre, si faire un iphone de 1cm permet de tenir 5j, sa rentabilité (prix de revient + transport / prix de vente ) elle va chuter.

1 millimètre d'alu, tu le multiplie par 200 millions, ça fait 200 millions de millimètres d'alu d'économisé.
C'est encore plus pour les batteries dont la densité est importante: un micro gramme de batterie en moins c'est 200 millions de micro gramme de batterie d'économisé pour Apple, et donc autant d'argent en plus de gagner!

Il faudrait que les analystes qui estiment les prix de production des smartphones donnent une estimation de l'impact sur la rentabilité d'un iPhone qui ferait aujourd'hui 1 cm... Ça ferait tomber pas mal d'illusions.

avatar lll | 

Et le SE dans tout ça ? Doit-on le placer au même niveau qu'un autre iPhone dans les graphiques ou est-ce un iPhone à part qu'Apple aura vite fait d'oublier, comme le 5C ?

avatar macinoe | 

Vu sa virtuosité, l'auteur pourrait tout aussi bien essayer de nous demontrer à l'aide d'exemples bien choisis que la terre est au centre de notre système solaire.

Un même appareil avec une plus grosse batterie aura une meilleure autonomie et sera moins fin.

Point.

Pas la peine d'essayer de prendre le problème de manière tordu et malhonnête pour essayer de démontrer le contraire.

avatar patrick86 | 

"Un même appareil avec une plus grosse batterie aura une meilleure autonomie et sera moins fin.

Point.

Pas la peine d'essayer de prendre le problème de manière tordu et malhonnête pour essayer de démontrer le contraire."

Où est-ce que l'auteur essaie de démontrer le contraire ?

Par contre, il rappelle à très juste titre un point clé lorsqu'on parle de l'autonomie des appareils Apple. Comme pour tout appareil mobile, il s'agit de faire un compromis entre autonomie, fonctions (j'y inclus les performances), poids et encombrement.

Le point clé est : Apple choisi délibérément, et l'assume, de fixer ce compromis sur une autonomie d'une journée.

Bien évidemment :
- ce choix ne peut satisfaire tout le monde — faut-il rappeler qu'Apple n'a jamais cherché à satisfaire tout le monde ?
- cette journée d'autonomie est une moyenne et nul ne peut garantir qu'un ordinateur mobile offrira son autonomie maximale pour toutes utilisations qu'il est possible d'en faire.

Le point important est : c'est un choix de conception délibéré et assumé.

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