Bon, soyons clairs d’emblée : non, Jean-Eudes avec son Flipper Zero ne pourra pas pirater l’avion qui doit l’emmener en vacances à Montélimar avec tatie pour rediriger l’avion sur Ibiza « pour le fun ». Cependant, les chercheurs de l’Université de San Diego ont trouvé une méthode, et cette « preuve de concept » permet surtout de se rendre à l’évidence : rien ou presque n’est inaccessible, à partir du moment où on s’en donne les moyens, comme le rapporte l’UC San Diego.

Le point de départ semble la question que tout le monde s’est un jour posée, sans jamais pouvoir réellement y répondre : l’avionique d’un avion de ligne est-elle réellement imperméable aux attaques ?
La réponse courte est, le plus généralement, oui : les communications radio ne donnent pas un accès direct aux commandes de l’appareil (du moins la radio ne pourra pas prendre les commandes), et bien entendu tout a été fait pour que personne ne puisse s’y infiltrer à partir d’un siège en cabine. Il serait fou qu’un petit malin profite de la prise qui se balade reliée à l’écran de divertissements pour se divertir en prenant l’avion de ligne pour Flight Simulator (ceci dit, si c’était le cas, ça en ferait le simulateur le plus réaliste du monde… mais t’as pas le droit à l’erreur sur l’atterrissage, Jean-Eudes).
Mais alors, comment diable ces chercheurs ont-ils fait ? La réponse est encore une fois à la fois simple (en apparence) et logique : ils ont cherché le point d’entrée… directement dans la baie technique de l’appareil. C’est déjà une sacrée faille dans la carapace : peu de personnes peuvent y accéder, et elles sont normalement toutes habilitées et triées sur le volet. On parle là de techniciens de maintenance, d’agents au sol, ou tout simplement de personnels navigants. Tatie Simone ne va pas s’approcher de la moindre trappe donnant sur ce matériel dans toute sa vie.
Mais bon, soyons bons princes… si une personne mal intentionnée passe ce sas, ensuite, que fait-elle ? Eh bien, elle cherche une interface préhistorique : l’ARINC 429. C’est un peu l’Ethernet sur BNC de l’aviation, le format est antédiluvien, lent (une dizaine à une centaine de kb/s maximum), mais elle a un avantage indéniable : une fois arrivé à ce connecteur, le 737 est assez ancien pour que rien ne soit chiffré, pas la moindre authentification ne permet aux appareils de vérifier qui leur parle. Le seul hic, c’est que le format des données est tellement ancien qu’il va falloir ressortir les grimoires, et une fois compris la langue des anciens, utiliser la force brute : la méthode employée pour détourner les quelques modules touchés par le hack repose simplement sur le fait… de parler plus fort qu’eux sur le bus.

Cependant, les « appareils contrôlés » sont loin d’être anodins : il s’agit du FMC (Flight Management Computer) et de l’affichage qui lui est dédié. Le premier est chargé de gérer la route et une bonne partie des données nécessaires au guidage de l’appareil. En temps normal, le FMC et son affichage discutent donc tranquillement entre eux ; avec Bus Driver au milieu, les chercheurs peuvent en revanche se faire passer pour l’un auprès de l’autre.
Et c’est là que les choses deviennent nettement moins amusantes : les chercheurs ont ainsi pu modifier la route enregistrée dans le FMC, mais aussi des données comme la masse de l’appareil, son centrage ou encore la température. Des paramètres loin d’être anecdotiques, puisqu’ils entrent notamment en compte dans la préparation du décollage. Avec des données volontairement faussées, les calculs effectués par l’équipage peuvent donc l’être tout autant, avec des conséquences potentiellement autrement plus sérieuses qu’une simple erreur d’affichage.
Mais Bus Driver (le petit nom donné à ce hack) dispose d’un tour encore plus vicieux dans son sac. Puisqu’il peut « parler plus fort » sur les communications allant dans les deux sens, il est capable de raconter une chose au FMC et une autre à son affichage. Autrement dit, il peut envoyer une instruction au calculateur tout en empêchant l’équipage de voir que celle-ci a été modifiée. Les pilotes gardent bien entendu la possibilité de reprendre la main, mais encore faut-il pour cela qu’ils se rendent compte que quelqu’un joue les passagers clandestins sur le bus avionique.
Reste qu’installer le petit module, si la manœuvre ne prend qu’une minute, nécessite donc d’accéder au nez de l’appareil et d’ouvrir une trappe sans être vu par le personnel au sol… tout en sachant tout de même où chercher une fois la trappe ouverte. Cependant, pour une personne motivée et bien entraînée, l’histoire devient déjà moins improbable. Mais rassurez-vous, à moins de vous appeler Zelensky, Poutine, Xi Jinping ou Sanae Takaichi, les barrières restent telles qu’il y a peu de chances que vous croisiez un jour un 737 piraté de cette manière… et eux ne voyagent de toute façon pas sur un vol public.













