Microsoft poursuit son intégration de Linux à Windows 10

Nicolas Furno |

Microsoft a lancé hier la BUILD 2020, son équivalent de la WWDC convertie cette année en un événement en ligne. L’entreprise a ainsi pu présenter les nouveautés à venir pour sa plateforme, et notamment les nouveautés dédiées aux développeurs pour Windows 10. Poursuivant une stratégie lancée en 2016, c’est notamment du côté de Linux que la firme de Redmond avait des annonces à faire.

Depuis quatre ans en effet, Windows 10 intègre le Windows Subsystem for Linux ou WSL. La première version émulait un noyau Linux pour permettre de lancer les outils en ligne de commande disponibles dans cet univers. L’an dernier, Microsoft avait annoncé une mise à jour majeure, qui est désormais disponible : WSL 2 repose désormais sur un vrai noyau Linux, qui fonctionne en parallèle de Windows grâce à un hyperviseur. Cela reste de la virtualisation, mais beaucoup plus performante, puisque l’on est beaucoup plus proche d’une installation « propre » d’une distribution GNU/Linux.

Un gestionnaire de fichiers issu d’une distribution Linux, affiché dans Windows 10 : la prochaine étape de l’intégration des deux systèmes.

Cette meilleure intégration va permettre à Microsoft d’offrir plusieurs nouveautés. La plus symbolique est la possibilité d’utiliser non plus seulement les outils en ligne de commande issus de l’univers Linux, mais aussi les apps graphiques. En fait, c’était déjà possible, mais les performances étaient trop mauvaises pour l’envisager au quotidien. Une future version de Windows 10 activera toutefois l’accélération graphique du système pour les apps Linux, ce qui devrait permettre de bénéficier de performances similaires sur les deux systèmes.

Cette nouveauté est en fait l’heureuse conséquence d’un changement plus important. DirectX, l’API 3D de Windows, a été modifiée pour apporter l’accélération matérielle à WSL 2 et donc à tous les outils en ligne de commande que les développeurs peuvent utiliser dans cet environnement. Ce sera notamment utile pour le machine learning et d’autres tâches qui reposent massivement sur les puces graphiques. Microsoft a aussi travaillé pour qu’OpenGL et OpenCL fonctionnent sur DX12 dans le cadre de WSL 2, et ce sera aussi le cas de Vulkan à terme. Et histoire d’être complet, CUDA de Nvidia sera aussi disponible dans ce cadre.

Si des développeurs hésitaient encore à franchir le pas pour adopter Windows 10 comme leur plateforme de développement, Microsoft a abattu une carte de plus hier en présentant winget. Ce gestionnaire de paquets en ligne de commande vient combler un vide par rapport aux distributions GNU/Linux ou à macOS. L’idée est de pouvoir installer et mettre à jour très facilement des apps ou des outils en ligne de commande, en gérant notamment les dépendances.

Installation d’une app avec winget.

Toutes les distributions Linux intègrent leur propre gestionnaire de paquets, que ce soit apt pour celles basées sur Debian (dont Ubuntu) ou yum pour les dérivées de Fedora (dont CentOS). Il en existe aussi plusieurs sur macOS, mais le plus connu est Homebrew. On pouvait aussi déjà en installer sur Windows, dont Chocolatey, mais le fait que Microsoft crée sa propre version est là encore un message fort en direction de la communauté des développeurs. Et comme la majorité de ce que fait l’entreprise désormais, winget est un projet open-source, n’importe qui peut ajouter un paquet.

WSL 2 sera disponible en version finale dans le courant du mois, et Microsoft a aussi annoncé que Docker l’exploitera dorénavant pour améliorer ses performances sur Windows 10. L’accélération graphique et les autres nouveautés liées aux processeurs commenceront à être disponibles en bêta dans les prochains mois.

avatar raoolito | 

est ce que microsoft envisagerait l'avenir de windows dans une sorte de fusion avec linux? comme le macOs > MacOSX avec une période de transition ?

avatar bonnepoire | 

@ raoolito
Macosx c'est Unix pas Linux.

avatar raoolito | 

@bonnepoire

Oui la je parlais de la transition

avatar Dumber@Redmond | 

@bonnepoire

BSD pour être plus précis 😉

avatar oomu | 

non.

Le but est de faire de Windows la plateforme de choix de Linux. (aussi paradoxal que cela puisse paraitre au début)

il s'agit de faire en sorte que tout développement et déploiement linux mette en jeu une licence Windows.

Par exemple, pour les serveurs de machines virtuelles. On aura ses environnements Linux virtualisés, tout bien, mais l'hyperviseur ne sera pas du linux, du vmware ou autre mais tout simplement Windows Server Big Licence Extensive TrucMuche.

Cela aussi encourage les développeurs à faire du linux DANS windows, et donc, l'écosystème microsoft (Teams, Visual Studio, etc).

Le but est de replacer Windows comme la Plateforme (au dessus du "pc" y aura "Windows") incontournable, que cela soit en hébergé, en nuage, en développement, etc.

avatar melaure | 

Nicolas c’est de la virtualisation, pas de l’émulation. On reste sur la même archi. Grosso modo on te file un morceau d’Hyper-V sans avoir besoin d’un Windows Server.

Et CentOS est une Red Hat sans support ;)

L’effort est louable mais la vrai révolution ce serait un Windows basé sur un noyau Unix !

avatar Nicolas Furno | 

@melaure

Ah oui, je me disais bien ce matin en l'écrivant que ça n'allait pas… 🤦‍♂️

Pour CentOS, c'est le nom le plus connu dans le monde des serveurs, c'est pour ça que je le cite comme exemple. Mais oui, les deux sont très proches/identiques.

avatar juluparien | 

Pour le coup il y a déjà hyper v sur Windows 10.
C'est juste un composant additionnel

avatar Achylle_ | 

C'est bien ce que fait Microsoft ces derniers temps je trouve, ça va dans le bon sens.
Un Windows 11 avec un noyau Linux, ce serait quand même amusant 😁 Mais je ne pense pas.
Pour le moment, MS donne simplement la possibilité de faire tourner un hyperV linux gratuitement, rien de plus. On est loin d'une fusion des OS.

avatar raoolito | 

@Achylle_

Quand on voit les roadmaps d'apple, on se dit que sur 10 ans tout devient possible, meme pour Microsoft

avatar occam | 

@raoolito

Un joli aperçu de WSL 2 :
https://www.bleepingcomputer.com/news/microsoft/whats-new-in-windows-sub...

À noter que WSL 2 vient déjà avec son propre kernel Linux, homebrewed chez MS pour ainsi dire. Comme disait Pompidou, la révolution n’a pas seulement commencé, elle est déjà largement entamée.

avatar armandgz123 | 

Pouvoir utiliser les logiciels de Linux sur Windows, c’est ce qu’il manque à mon père pour passer sous Windows 10...

avatar occam | 

@armandgz123

Pour le convaincre, il devrait suffire de le mettre devant une machine sous W10 d’un build récent, lancer le Microsoft Store, taper « Ubuntu » dans le champ de recherche, sélectionner « 20.04 LTS » parmi les versions proposées, et lire la brève note d’installation.

Il y a quelques années, cela aurait relevé de l’utopie.
C’est devenu le quotidien, une révolution culturelle est passée par là, ignorée par la plupart.

avatar armandgz123 | 

@occam

Mais... pourquoi je n’avais jamais vu cette application !
Bon, je n’ai pas pu essayé car il faut Windows Insider pour le moment, mais si ça marche c’est cool !
Merci !

avatar fredsoo | 

@occam

Merde j’aurais jamais pensé !

avatar Eyquem | 

@armandgz123

Mais pourquoi voudrait-il passer à Windows ?! Qu’il reste sur Linux ! Et quels sont les logiciels qu’on ne trouve pas sur Windows ? C’est drôle, c’est vraiment la première fois que je vois quelqu’un vouloir passer de Linux à Windows sans pouvoir à cause d’un programme.

avatar armandgz123 | 

@Eyquem

Un logiciel pour gérer les panneaux solaires, et sa licence Quicken il me semble, et d’autres petits logiciels auquel il est habitué. Y’a aussi une histoire de serveurs avec son entreprise ou je ne sais quoi

avatar Niarlatop | 

Pour le mien, c'est Aisleriot, il s'est vraiment habitué au FreeCell de Ubuntu, quand Microsoft n'en propose plus qu'un payant sur son dernier OS.

Un comble !

avatar TheUMan | 

Dire que Microsoft s'ouvre de plus en plus, alors qu'Apple fait le chemin inverse et se referme complètement en élaguant des pans entiers (cf. Catalina). C'est à pleurer.

avatar Krysten2001 | 

@TheUMan

En quoi macOS se renferme ?

avatar occam | 

@TheUMan

La fermeture est logique si l’on considère les différents marchés desservis — ou asservis — par Apple et MS respectivement, aujourd’hui.

Que vend Apple ? Des i-machins plus services et accessoires assortis.
Marché qu’il est logique de cloîtrer et verrouiller.
Le Mac est de plus en plus anecdotique.
L’idée qu’on s’en faisait — Unix « for the rest of » — avec l’éthique Unix à l’avenant, plus un UI accessible, simple et élégant, est simplement incommensurable avec les intérêts d’Apple 2020. C’est une relique, qui sera dûment embaumée et vénérée, une fois la transition au tout-ARM achevée.

Maintenant, MS : que vend MS ? Surtout, quels sont les marchés qui offrent à MS des perspectives d’avenir et de croissance ?
Si vous considérez cet aspect des choses, la « mue à rebours » opérée par Microsoft est inévitable. Sinon, le pan Windows, et les opérations qui vont avec, se serait effondré sous le poids de sa carapace. MS a pris le pari de préserver la carapace, mais d’éviscérer la vieille tortue, organe par organe. Pari risqué, mais tenu jusqu’ici. Pari tenable tant que les compteurs de petits pois ne reprennent pas entièrement le dessus sur les ingénieurs, avec leur éthique d’ingénieurs.

avatar TheUMan | 

@occam je "plussois" complètement ton analyse, mais c'est quand même regrettable de se couper volontairement des ouvertures vers la recherche universitaire, les chercheurs, etc... qui s'appuyaient bien volontiers sur les possibilités offertes (UNIX et autres outils) par macOS jusqu'à CATALINA...
Peu à peu, on se dirige vers un système macOS "à la iOS" on verra à l'avenir si cela aura été un bon "move" ou non.

avatar occam | 

@TheUMan

Commercialement, je ne doute pas du succès d’un système « Mac-in-name-only, iOS inside ». Si toutefois Apple va jusqu’au bout de la logique de convergence. Cela pourrait même être intéressant du point de vue de l’utilisateur-consommateur, qui bénéficierait de la simplicité d’approche d’iOS , sans plus avoir à se gaver les horreurs de Crapalina.

Pour ce qui est de la fenêtre progressivement fermée sur le monde de la recherche, j’en ai fait état ici depuis trop longtemps, étant concerné.
Je pense que les chercheurs pour qui OS X était l’OS de travail idéal ont fait leur deuil du Mac ; du moins est-ce le cas de tous ceux que je connais.

Reste la question de macOS comme Unix de développement pour applications techniques et scientifiques. Là, le Mac est en sursis.

avatar BeePotato | 

@ TheUMan : « mais c'est quand même regrettable de se couper volontairement des ouvertures vers la recherche universitaire, les chercheurs, etc... qui s'appuyaient bien volontiers sur les possibilités offertes (UNIX et autres outils) par macOS jusqu'à CATALINA... »

Notons que ces possibilités sont toujours là avec Catalina. MacOS est encore utilisé par de très nombreux chercheurs, grâce à cette intégration efficace d’un environnement Unix et d’une interface graphique très agréable.

Nul doute que WSL fasse perdre au Mac un certain nombre d’utilisateurs de ce type, car il c’est une solution qui a réellement des atous à faire valoir. Mais ça ne signifie pas pour autant que le Mac ait perdu brusquement tout intérêt aux yeux de ce profil d’utilisateurs.

avatar Ghaleon111 | 

C'est cool ce que fait Microsoft depuis quelques temps, du vrai linux dans windows, c'est de la science fiction et en plus c'est open source ^^
Et a ça on rajoute qu'ils envoient du lourd avec le cloud computing azure autant pour le travail/serveurs que son usage dans flight simulator 2020 ou xcloud, le gaming avec serie x et directx 12 ultimate, teams, project reunion qui unifie le développement d'applications UWP et Win32, les logiciels windows 64 bits sur ARM, s'ouvre a android etc etc...

Et a coté Apple se ferme de plus en plus de tous les cotés et propose que quelques apps ios sur mac...

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